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in 2017 with funding from
University of Toronto
C-- ; /
https://archive.org/details/traitdelaveritde02abba
LJ
A I T E
A VERIlfe
DELA
religion
CHRÉTIENNE
seconde partie.
Edition , revm , corrigé^,
augmentée.
A- Rotterdam;
Chez REINIER LEERS.
M. DCCV.
AviC Ftivilé^c de Nojfei^neurs les 'EtAts de HollfiTide
^ Vvefl-Erife,
•àf.
ht y
TRAITÉ’
de la Vérité de la '
RELIGION
CHRÉTIENNE-
I. SECTION.
Preuves de la Religion Chrétienne *■
tirées du témoignage de ceux qui
l’ont les premiers annoncée.
Dejjetn de l'Ouvrdge.
Ou S fommes defeendus de cette
propolîtion y il y a un Dieu , juf-
qii’à celle-ci, Jeftu Fils de Marie
e(i le Mejjte qui devait venir. Il
faut remonter maintenant de cet¬
te propofition y 11 y a des Chré>.
tiens dans le monde y julqu’à cclle-ci, il y a un
Dieu qui a voulu fe faire connoître par la Religion»
Dans nôtre première Patrie nous avons entrevu
Jesus-Christ à la faveur de la lumière delà
Nature , & de la Révélation de MeïTe : mais à
prefent , nous allons comme tirer le rideau, pour
faire voir en Jésus- Christ un éclat de véiîtc , &
une abondance de lumière, qui répandra un jour
admirable (ur la Religion de MoiTe & fur la Ré¬
vélation de la Nature, & qui confirmera excel¬
lemment la vérité de Texiftence de Dieu.
Tûme IL A
Dans
% Traite de la Vérité
Dans cette vüc nous ferons trois chofes.
I. Nous confidcrerons d*abord la première bcor-
ce de Ja Religion Chrétienne , s'il m’eft permis
de parler aiuli j examinant toutes les preuves qui
font prifes du témoignage extérieur que les pre¬
miers Chrétiens lui ont rendu ^ confidérant leiii:
bon fens, leurs lumières, leurs préjugez , Ja h-
tuation de leur efpiit, leur martire , les motifs 1
de ce martire, &c. & cela avant que devenir à
la confidératicn de rEcriture du Nouveau Te- |
Rament. IL Nous confidcrerons cette Ecriture, *
pour voir fi elle eft fupofée , ou non.. Nous en ■
examinerons la matière. Nous tâcherons & de i
Ja défendre contre les foupçons des incrédules , j
£n faifant voir qu’elle ne contient rien que de vé- j
ritable, & d’en faire voir la divinité par le cara- |
.£lere des chofes qu’elle contient. 1 1 1. Enfin |
nous tâcherons de faire connoître la mcëlle du |
Chriftianifme , en découvrant fon excellence , i
fesufages. Tes utilitez, fa fin, fon génie, & gé- l!
néralement toutes les beautez qui lui font propres i
& naturelles. C’efl à quoi nous defiinons les Se- i
dions qui partagent cette fécondé Partie. |
Cependant , comme un des plus dangereux i
préjugez des incrédules eR la crainte qu’ils ont !
qu’on ne veuille les tromper , en leur faifant em- |
brafler par la foi des dodlrînes qu’on ne peut éta¬
blir par la raifon i & qu^il nous efi avantageux j
de leur ôter cette penfee : nous voulons bien pour !j
quelque tems douter de tout avec eux, & nous ||
clevanc par degrez à la conuoifTance des faits qui |j
.ctabliffcnt le Chriftianifme, ne recevoir les véri- j|
rez qu’à mefure qu’elles nous paroîcront cvÎt: j
deptes. j
l!
CHAP. î. I
ie la Religion Chrétienne^
chapitre i>
t>u r 'on recherche d" oh font venm les Chrétiens ,
'Ô* quelle efî leur yrofeffton , en remontant
fafqaaux premiers fié des,
N Cas fupofoDS pour céc èfet , qu’il y a des
Chrétiens dans le monde , &: qii il n’y en a
pas toujours eu. Ge!a m'aprend qu’il faut re¬
monter jufqii’aux ficelés paffez > pour trouver
l’origine de ma Religion. Je monte donc de fié-
cle en fîécie jufqu’à Conftantin, fans trouver le
moïen de m’éclaircir de ce doute.
Mais il faut un peu s’arrêter ici. La profperîtc
de ce Prince donne d’abord quelques foupçons ^
A: Ton fe défie d’un homme , qui étant le maître
de la plus confidèrable partie de TUnivers , fem-
blc avoir pu établir la Religion Chrétienne par
la force ou par l’adrefTe , la regardant peut- être
.comme plus propre que -la Païenne à faire réüiîir
les dci ieins de fa politique.
Ce foupçon ne dure pourtant pas long-tems.
Nous connoifTons très-certainement , qu’il y
avoit des Chrétiens avant le (iêcle de Coniïan-
tin. Les Auteurs Païens qui l’ont précédé en
parlent. Les Hiftoriens Ecclefiafliques ne font que
décrire leurs (ouffrances* Or bien que ces Hifto-
xiens vécnllent du tems de Confl-antin , ou mê¬
me apres lui, il faudroit ou qu’ils euffent perdu
la raifon , ou qu’ils la fupofafTent perdue dans leS'
hommes de leur fiécle, pour leur donner une hi-
ftoire de l’Eglifc Chrétienne depuis les Apôtres
jufqu’à Conftantin , s’il étoit vrai qu’il* n’y eût
pas eu de Chrétiens avant ce Prince. Il faut
donc être tout-à-fait extravagant pour s’arrêter
à ce foupçon. ^
Mais je trouve ici quelque chofe'de plus : c’eft
A ij que
'4 Traité de la Vérité !
cjue d’un cote les Chreriens qui vivoient avanC î
Conftancin , avoient entre leurs inains les Livres i
du Nouveau Teftament j & que de l’autre , ces ;
Chrétiens ccoient fi pcriiiadez de la vérité de la i
Refurredtion de Jesus-Christ , de Tes Miracles, j
de l’efFulion du S, Efprit fur les Apôtres , & de Jj
tous les autres faits qui ctablilTent la llcligioa ill
Chrétienne, qu’ils ne parlent d’autre chofe : leurs ,];
Livres en font remplis i leur dodfrine eft toute [
établie fur ce fondement, Ainh , afia que Cou- |
ftantin eût fuposé les faits qui étabiifl'ent le ,■
Chriüianifme , il faudroit qu’il eût fuposé non-
ieulement les Livres du Nouveau Tehamenr, *
Xnais encore les Ecrits de Clement, de Juftin ,
d’Irence , d’Athenagore , de Clement Alcxan- j
drin, deTcrtulien, d’Orîgene, & généralement j
de tous les Peres qui Font précédé i puifque ces !
Ecrits ont un raport cffentiel avec les faits qui j
ctabliffent la vérité de la Religion. i
Si nous montons un peu plus haut , nous ver- i
ronsdes Chrétiens affligez pendant les trois pre- i
miers ficelés , perfécutez par toute la terre, &!
d*une maniéré trés-cruelle & trés-opiniatre. On |
les fait mourir fur les roues & fur les échafauts: ;
on les tourmente par le feu ; on lesdéclyre par le !
fer : on leur coupe les' parties du corps l’une i
après l’autre : on les jette dans la mer & dans les ■
rivières: on les expofe aux bêtes fauvages : on !
les couvre de robe enfoufrées, on les allume ,
& l’on s’en fert pour éclairer les paflans. Jamais i
pn n’a vu les hommes fl bien d’accord que dans |
le deflein de tourmenter les Chrétiens : & le peu- |
pie, qui voit avec quelque mouvement de com- ;
paflioh les plus grands criminels fur l’échafaut , ;
conduit les Fidèles au fupliccs avec des crisd’al- |
iegrefle. |
Certainement il efl difficile de n’avoir pas la j
CLiriofltç de[]connoître un peu plus particulière- i
ment
de lit 'Religion Chritlenné: J
hient des gens qu’on pcrCccute avec tant de fu¬
reur. Car à voir toute la terre cmüë d’une ma-
aicre ü prodîgieufe contre une Sedte , on la croi-
roit ennemie de tout le genre humain , Sc fortie
deTEnfer pour le malheur commun des hom¬
mes.
Quel eft donc le crime des Chrétiens? On les
accule d’impietc , de meurtre & d’incefte. On
prétend qu’ils violent le refpedl qui eft dü aux 2pûlo£i
Dieux 5 qu’ils tuent leurs enfans 5 qu’ils en font
des repas apres les avoir tuez j Sc qu’en fin ils fe
mêlent confufement le frere avec la fœur , Sc
le fils avec la mere.
Mais il y a d’abord peu d’aparence que les
Chrétiens loufTrent la mort , Sc des tourmens
plus cruels que la mort meme, pour défendre
une Religion qui les engageroit à commettre
des aéfions fi infâmes. Cette fermeté, qu’ils
témoignent au milieu des fuplices^ Sc qui a
été reconnue de leurs propres ennemis , s’acor-
de mal avec la volupté Sc les débauches doue
on les aeufe.
D’ailleurs, interrogez fur ces crimes, dont iî
faut qu’ils le juftifîent, ils nous montrent des
Apologies de Juftin , d’Athenagore & de Tertu-
licn , par lefquclles ils demandent infiammenr au
Sénat & aux Empereurs Romains , qu’on faffe
une exacte recherche de leur vie,& qu’on leur
fafic foufFrir des tourmens mille fois plus cruels
que ceux qu’on leur fait endurer , s’ils font cou¬
pables de ce dont on les aceufe.
Ils nous montrent meme une Lettre de Pline
à Trajan, qui doit être regardée comme un mo¬
nument autentique de leur innocence, puifque
Pline y aprend à l’Empereur, que s’étant enquis
fort exademenc delà vie des Chrétiens , il n’a-
voit trouvé autre chofe,finoij qu’ils s’ajGTem-
bloienc dans des lieux écartez fur le point du
A iij jour
Trahi de la Verhi ]-
jour , qu'ils faifcient des prières & s’engagcoientf \.
par un fermenc foremnel, à ne commettre poinc !
de meurtre , d'adultere , d’injuftice , ni aucun I
autre ciimc. Ils nous produiroi]C une reponfe de î
Trajan à Pline, par laquelle cet Empereur or- »
donne qu'on ne recherchera plus les Chrétiens à :
l’avenir, & qu'on fe contentera de punir ceux |
qui fe feront découverts eux-mêmes. Et afin i
qu'on ne puifl'e pas dire que ces deux Lettres i
(on,, fuposées 5 c'eft Tertulien qui en parle , i
A^olog. ^dreiïant fon difeours au Sénat & à l’Empereur i
Romain , à qui il ne pouvoir impofer , fans |
mettre en danger fa tête, & fans préjudicier à 1
fa Religion. ;
I
CHAPITREII. I
0}i l'on (examine le mérite des premiers
Chrétiens.
MAis ce n’efl pas aparcmrr.ent l’innocence
des premiers Chrétiens que i'on s'avifcroic
de révoquer en doute : c'eft plutôt de leur crédu¬
lité que l'on fe défie. Il eft certain en cfet que
kur confiance naît de leur efperance , &quelcur
eipcrance vient de leur perfuafion. Mais qui fçâic
fi leur perfuafion eft bien fondée ? Qui doute
qu’il n’y ait des Mahometans tellement perfua-
dez de la divinité de l'AIcoran , qu'ils foiifFri-
roient la mort pour confirmer cette erreur ? La
multitude des Martirs fait donc voir , qu'une in¬
finité de perfonnes ont etc fort perfuadées de la
vérité de Ja Religion Chrétienne : mais elle ne
montre pas que leur perfuafion fut bien fondccf
II faut donc aller plus loin.
Nous ne devons pas craindre de nous tromper
en fupofant quelles premiers Chrétiens avoienc
quelque fens «ommun* Des gens qui font pro-
feiüon
de la Keligton Chrétienne, j
feflîon de fe mocqucr de la plaralicc des
Dieux , & de tant de ruperftitions, Païennes ,
qui ccoient en cfet contraires au bon Tens >
qui pratique une morale fi fagc. 5 qui font
fi réglez dans leur conduites qui ont tant de
haine pour les excez qui troublent la laifon 1»
qui fe forment des idées fi faines de la Di¬
vinité, en comparaifon des autres hommes 5
ne doivent pas être privez de la lumière na¬
turelle. Or il eft allez difficile de fe perfua-
-der , que des gens qui ont une étincejle de bon
fens , renoncent à leurs biens , & fouffrenc
courageufement la mort pour défendre une
caufe, s’ils n’avoient de puiflantes raifons pour
la croire bonne.
Cette confideration doit être foürenuë par
deux réflexions très- importantes. La premiè¬
re eft , que ce ne font pas feulement ici des
gens, qui étant nez Chrétiens, fuivent aveu*
glément Ip préjugé de la naiflance & de rédu-
cation : il s’agit d’une irfîniré de perfonnes ,
qui de Païens fe font Chrétiens, & qui exempts
des préjugez favorables de la naiffince & de
l’éducation , & en aïanc de tout contraires à
la Religion Chrétienne , veulent mourir pour
elle après l’avoir connue*.
La fécondé eft , que la vérité de la Religion
Chrétienne eft toute fondée fur des faîts^ Si
Jésus-Christ a fait des miracles, & fi Jesus-
Christ eft reflufeité, la foi des Chrétiens eft vcii-
table. Si Jésus- ChRist n’a point fait de mira¬
cles , & s’il n’eft poirt renTufcicé , la foi des Chré¬
tiens eft faufte. Sans mentir il faudroii que'ces
hommes enflent été des infenfez , ou des frénéti¬
ques , pour fortir d’une Communion ftoriffante,
pour revêtir l’oprobre & le nom de Chrétiens , fi
vil&fi méprifé en ce tcms-Ià , pour fouffrir vo¬
lontairement la perte de tons leurs biens, & pour’
A iiij mourir
^ Trahi de la Vérité i
mourir d\in genre de mort cpoiiventabic, dani i
la feule intention de défendre une Religion fon- '
déc fur des faits qu*on n’auroit eu aucune raifon j
de croire véritables. Des gens qui font nez & qui |
vivent paifiblement dans une Communion, peu- !
vjnt croire aveuglément ce qu*on y croit : mais !
celui qui connoîtra tant foit peu comment eft fait
Je cœur de f homme , ne pourra s’imaginer que ^
des gens renoncent aux préjugez de la nailTancc |
& de l’éducation , & fartent violence à leurs plus i
cheres inclinations , pour embrafler une foi per-
fécutée par les puirtanccs , & pourfuivie par le ;
feu, fans l’examiner auparavant, & fans (çavoii:
bien pourquoi ils rembrartént.
C’efl le peuple , dira*t-on , à qui cela eft arri¬
vé , & fon exemple ne tire point à confcqucncc
pour les perfonnes fages. Oui , mais le peuple a
accoücumé de fuivre à cet égard la force , la
profperité, la pompe & l’autorité i & de haïr la
vérité même , lors qu’elle fe trouve dénuée de
tous fes fecours. Comment fe dcment-il lui-mc-
me dans cette occahon Ou pourquoi le fupofe-
rions-nous contraire à lui- même contre toute
aparencc.
Q^e fi nous croyons que le vulgaire des Chré¬
tiens ait entièrement manqué de raifon en cela:
je ne fçai comment nous en pourrons aeufer les
premiers Dodeurs de l’Eglife , tels que font Clé¬
ment, Polycarpe, Juftin, Irenée, &c. Car d’un
cô:é l’on ne peut douter que ces hommes n’euf-
fent du bon fens j les monumens qui nous rcftenc
d’eux le faifanr trop bien connoître : & l’on fçaic .
dç l’autre , qu’ils vivoient dans un tems fi pro¬
chain de celui des Apôtres , qu’il eft impofliblc
qu’ils ayent été trompez à céc égard. Polycarpe
avoir long-tems converfé avec S. Jean. Irenée
avoir vii Polycarpe, Et Juftin eft plus ancien
qu’Irenée,
• de la Religion Chrétienne, 9
Si ces Dodtcurs s’ctoient contentez de nous
dire , que Jesus-C H R i s t & les Apôtres ont fak
des miracles, nous pourions peut-être nous dîf-
penfer de les croire fur- leur parole. Mais lors
qii*ils (oufFrent la mort pour défendre la vérité
de certains faits , dont il eft impolTible qu’ils ne
fuHent inftruits j lorfque je voi que Glement &
Polycarpe , difciples Sc contemporains des Apô¬
tres , vont à la mort pour défendre une Religion
clîéntiellement fondée fur ces faits, c’efl-à dire ,
pour foütenir que les Apôtres avoient reçu le
don de fake des miracles , de parler des langues
étrangères , é'C de communiquer même ces dons,
des faits avec Icfquels la Religion Chrétienne efb
cffcntiellement liée : j’avouë que je commence à
être convaincu- Examinons pourtant la choie de
plus prés , & voyons fi nous n’y trouverons pas
quelque* raifon de douter.
CHAPITRE IH.
•Oh Ton continue a prouver la mérité de la Religion
par des faits inconte fables,
QUi nous a dit que Clement & Polycarpe ont
foufFert le marrire ? Et quand ils l’auroient
foufFcrt , qui nous alFurera qu’ils n’avoient pas été
trompez par les Apôtres t Qui fçait meme s’ils
ont jamais été.
On me difpcnfera bien fans doute de faire de
grands raifonnemens , pour montrer que Clement
& Polycarpe ont été , & qu’ils ont foufFert le
martyre. Èiifcbe qui en fait l’hihoire , ne peut
avoir fupofé ce fait , à moins qu’il n’ait corrompu
tous les Livres des Peres qui l’ont précédé ; car ils
en font tous mention. Irenée , Juftin, Clement
Alexandrin , &c. en parlent comme d’un fait
connu. Le premier fc y^nte en plulieurs endroits
Av de
10 T Y dite de la Vente
de Tes Ecrits , d’avoir vu en fa jeunefle Poîyc^r-
pe : & ils fouffrent tons le martyre à l’exemple de
ces premiers Chrétiens. * J
Que les Apôtres ayènt trompe Polycarpe & \
Clément, comme aulTi les autres difciples , c’eft ^
ce cju’on peut encore moins fupoler : puifque !
les Apôtres (e vantent de pouvoir faire des mi- !
racles , de 2;uerîr les maladies , de parler toute i
forte de langues , l< de communiquer même
ces dons, qu’ils apellent les dons du S, El'prir.
11 eflabfolument impoflible que Clement , Poly- i
carpe & les autres s’y laifTaflent tromper, & lur |
tout jufqu’à louffrir la mort, pour rendre té¬
moignage à une Keligion fondée fur de pareilles [
impodutes. j
Mais d’cii paroît-il que les Apôtres fc vantaf- |
fent de faire des miracles , & de communiquer les
dons du Saint- Efprit ? Outre que cela paroît de
leurs Epîtres mêmes, qui ne peuvent être fupo-
fées , comme nous le montrerons tantôt 5 cela
paroît encore des Ecrits des premiers Dodlcurs
de l’Eglife 5 & enfin cela cft évident de lui-mc-^
me. Car comme l’on ne peut nier qu’Alcxandte
îe Grand u’aic été (ans détruire l’opinion que
f’on a , que l’Empire de Darius fut renverfépar
lui, ou que les Macédoniens fubjuguerent l’Afie
fous fa conduite j parce que Pun de ces faits eft
fondé fur l’autre : de même *on ne fçauroit penfer
que la Religion Chrétienne foie célcfce & divine ,
fans croire les miracles de ] e s c s*C h R i s T , fa
refurred-ion , l’efFafion du S. Efprit fur les Apô->
très, & les dons miraculeux qui croient commu¬
niquez aux Fidelles. Car que ,feroit-ce que la
Pvcügion Chrétienne fans tous ces faits ? Où fe-
roic fa divinité ? En quoi confincroicnt fa force ,
fes promeffes & fon efl'cnce ? Puis donc que Clé¬
ment & Polycarpe ont foufFcrt le martyre pour la
vérité de la Religion Chrétienne, il faut qu’ils
rayent
de la, Kcl^gîon Chféîienne. if ^
l’aycnt foufFert aiifîi pour défendre la vcrîtc de
CCS faits que nous venons de marquer. De forte
que CCS faits étant très fenfibles , & étant facile
à Clement & à Poîycarpe de fçavoir b les Apô-^
très avoicnt le don de parler des langues étrai^
o;eres, de guérir les maladies , & de commun'^
quer hicme ces dons extraordinaires , & de les
rendre fort communs dans TEglife , puis qu'ils
ont vécu & conversé avec les Apôtres : on ne
voit pas qu’il foit polîible d’en révoquer en douie
la vérité.
L’efpric humain , qui efl: fi fertile en imagina¬
tions , peut former à peine de doute que nous
puiflions conferver un moment fur ce fiijet. Car^
s’il me vient dans TeCprit , qu’on pourroit m’a¬
voir fait un faux récit du martire de Clement ,
dé celui de Poîycarpe, & de celui des fucceffeuis
des Apôtres i je perds cette penfée, en confidéiart
le nombre , la qualité & le confentement des té¬
moins qui m’aprennent ce fait. Les fucceffeuis
de Clement & de Poîycarpe foufFrir oient- ils un
martire effeélif à l'exemple de ces Martirs ima¬
ginaires } Imiteroient-ils fi courageufement un
martire fabuleux qu’ils auroicnc inventé ? Si jp
erbi que Clement & Poîycarpe ont été trompez y
que les Apôtres leur ont fait allufîon : on me fait
voir que cela ne peut être , puifque les faits dont
il s’agit font des faits d’expérience fi palpables
& fi fenfibles , qu’il n'y a perfonne qui puifTe s’y
tromper. Si je doute enfin que les Apôtres en
ayent voulu pçrfuadcr la vérité : on me montre
qu’il n’y a point de Chriflianifme fans ces faits j
& que les Apôtres n’auroienc jamais établi de
Religion Chrétienne , s’ils n’avoient perfîiadc
aux hommes que ces faits ctoient véritables-
Cette preuve recevra du jour de tout ce que nous
dirons dans les chapitres fuivans. •
Mais cependant ne pourrons- nous pas fçavoir
A vj ce
Il Traité de la Vérité T
ce que les ennemis des Chréciens en difent ? Catf jj
il femble qu*il n’eft pas jufte d*ccoucer les feuls
Chrétiens dans leur propre caufe. La chofe n’eft !
pas bien difficile. Porphîre , Celius , Julien i
llirnommc l’Apofiat , fe prefentent d*abord ,
pour foiiccnir que J e s u s-C h R i s t a fait tous !
les miracles par une vertu magique , & que c’eft '
un fantôme que les Difciples ont vu , au lieu de ;
Jesus-C h r ist rcfl'ufcité. C’eft fur quoi :
je croi qu’on doit faire quelque reflexion. Car ;
il eft tout à-fait remarquable, que des hommes 1
qui croient encore plus envenimez contre les .
Chrétiens, que les incrédules d’aujourd’hui, &. !
qui etans dans des ficelés plus proches de celui î
des Apôtres , pou voient être mieux inftruits de i
la vérité ou de la faufleté de ces faits , n’ofent |
pas les révoquer en doute, & font contraints de
recourir à des fantômes & à des vertus magiques
pour fe tirer d’embaras. C’eft une chofe digne de
confidération , que Celfus , qui doutoic aupara¬
vant qu’il y eût des Magiciens , eft contraint d’a-
tribuer les miracles de Jesus-Christ à une vertu
magique , comme Oxigéne le lui reproche en quel¬
que endroit.
Ain fi il nous paroîc d’abord , que les premiers
Chrétiens étoient des gens de bon fens & des
gens de bien 5 qu’une partie vivoitdans un tems
fi prochain de celui des Apôtres , pendant la vie
defquels toutes ces chofes s’étoient paiTcres j qu’i-I
ne fe pouvoir qu’ils n’en fçuflent la vérité 3 que
cependant ils ont loufîert la mort pour celer la
vérité d’une Religion fondée fur ces faits , & que
leurs ennemis n’ont ofé entièrement les révoquer
en doute.
Cependant , je ne me rends pas encore , il faut
s’élever un peu plus haut , & s’arrêter à la fin
du^remier fiéclc , qui eft le tems auquel S. Jean
rivoit encore , le dernier des Apôcres, & auquel
Poli-;
de lit Hellglon Chrêdcnnê* ij
Polîcârpc & Clément , dont nous avons déjà
parlé , fleurilToient ; aufli ce fera là nôtre point
fixe dans le chapitre fuivant.
CHAPITRE IV.
Ou Von continue d'établir la vérité de la Keli^.
gion par des faits qui ne peuvent être
conteftez»
IL y a cent ans qu’il n’y avoîc point’ de Chré¬
tiens dans le monde : Sc aujourd’hui il s’ert
trouve par tout, à Rome , à Antioche, à Ale¬
xandrie , à Corinthe, à Ephefe , dans rEfpa-
gne , dans les Gaules. Ce progrès me furprend,
mais il ne me convainc pas de la vérité de la Re¬
ligion Chrétienne , -parce que la Mahometane
s’eft établie en moins de rems •encore. Il faut
donc porter fa vue plus loin, & confidérer que
non-lculement la foi des Chrétiens n’a pas le le-
cours de la politique & de l’autorité , mais qu’elle
cft embralTée malgré les réfiflances de l’une & de
l’autre.
C’eft une chofe bien remarquable , que toutes
les autres Religions fe foient établies à la faveur
des profperirez éclatantes, comme la Mahome¬
tane & la Païenne , & par l’adrefle des perfonnes
élevées en dignité ; & que le Chriflianifme au
contraire fe foit rendu le maître en un fi petic
efpace de tems du cœur & de l’cfprit des hom¬
mes , lors qu’il n’eft acompagne que de mifere &
d’oprobre , & que les Princes de la terre em-
ploïent toute leur adrefle à l’anéantir dans fa
nailTance, & inventent pour cét effet des maux
& des fupÜces qu’aucun autre interet n’a jamais
fait inventer.
N ms polirions douter que les Chrétiens ayenc
foufferc de fi cruelles perfecutîons , fi les Livres
des
14 Traité de la Veriîé
des Païens ne nous en inftruifoient' enx-mêmc$ f
& (i nous n'en voïons une preuye bien claire
dans les plaintes c]uc les plus anciens des Pères
civformoient , lesquels n'ccoient pas allez extra-
vagans pour, fe plaindre publiquement: d’une
perlccution imaginaire , lots qu’il écoit m.cme
dangereux de Te plaindre d’une perfccution vé¬
ritable.
Là deffus je veux fçavoir quelle eft la foi des
Chrétiens , quelle eft cette doélrine qui leur fait
tout foufFrir & tout abandonner ; Sc je trouve
avec une furprife extrême j qu’ils croyent qu’un
Crucifie eft le Fils de Dieu ; qu’un homme a etc
pendu & attache à une Croix, elt le Souverain
Juge du monde, & l’objet de nôtre adoration.
C’eft ici ou j’avouë qu’il m’eft impofiîble de ne
pas reconnoître quelque chofe de furnaturel.
Car quand des hommes d’une aufli petite apa-
rence qu’etoient ceux qui ont les premiers an¬
noncé l’Evangile, anroicntpû balancer, fans fai¬
re aucun miracle , l’autorité des Pontifes & des
Empereurs, & toute la gloire & la magnificen¬
ce du Paganifme , qui font , comme chacun fçait,
des objets fi proportionnfi au coeur mondain
de ambitieux des hommes : comment conçoit-
on qu’ils enflent pu perfuader fans le fecours des
miracles un paradoxe aufli choquant, & qui pa-
roît d’abord aufli horrible que celui-ci : le Fils de
Dieu attaché à une Croix ?
On ne peut fe perfuader, fansfe faire violence,,
que des hommes qui ccoient acoiicumcz dés leur
jeunefle à fe reprefenter leurs Divinicez comme
ce qu’ils pouvoient fe figurer de plus grand & de
plus glorieux , & qui donnoient le nom de divin
aux chofes qu’ils vouloient. reprefenter comme
fouverainement belles & magnifiques , fubftituenc
à toutes ces grandes idées celle d’un Dieu pendu ,
ôc mourant d’un genre de mort infâme 5 quül n*y
ait
de laRefigton Chrétienne» if
aît pas un^feiil homme, mais une infinité d’hom¬
mes qui paffcnt âinfi dans un fcntiment qui dé¬
truit d’abord tous leurs préjugez & toutes leurs
idées i que ce ne Toit pas peu à peu , infenfible-
mcnt , & dans l’eTpacede pîufieurs fiécles que ce¬
la fefaiti mais dans un petit nombre d’années,
& avec une incroïable rapidité j qu’il refaffe par
le miniftere de perfonnes viles , fans puiffance
fans autorité , &: que rattachement qu’on a pouf
unedodrine qui paroît d’abord aux hommes fi
monfireufe , les porte à fouffrir la mort pour fa
dcfcnfe, apres avoir renonce à leur fortune, à
leur réputation , & à leurs plaifirs.
Mais ne préociipé- je point, croïant voir di-
fiinûcment ce que je ne voi qu’avec confufiionl
Il faut encore fe défier de foi 5 & biei> que je
fafie trop d’honneur à Terreur, par Je foupçon
que j’ai qu’elle peut être fi bien fuivie , fi liée avec
les principes du (ens commun , & envelopée de
tant d’aparcnces de vérité; je neveux pas perdre
néanmoins mes doutes pour tour ce qui a écédir.
Je voi donc que la Religion Chrétienne s’eft
établie dans le monde depuis cent ans. Je fçaiquc
les Chrétiens croïent en un Jesus-Christ cru¬
cifié. Je n’ignore pas que cette opinion n’efi: pas
née dans leur efprit fans qu’ils en aïent oiii par¬
ler, Je fuis perfuadé que ce ne (ont pas les Prê¬
tres Païens, ou leurs Conduêteurs ordinaires
qui leur ont enfeigné cette dodtrine , puisqu’ils
s’en déclarent d’abord les ennemis. Il faut donc,
malgré que j’en aïe , que j’ajoute foi , du moins
en quelque chofe , au raport que me font una¬
nimement tous les anciens Docteurs de TEglife,
qui eft que cerrajpes perfonnes qu’on apelle les
Apôtres & les Disciples de J £ s u s-C H R i s T ,
s’en allèrent prêcher par tout l’Univers, que
Jesus-cChrist étoit le Fils de Dieu,& le Mcfiie
que Dieu avoir promis aux Juifs,
Ces
Tra'té de la, Vérité
Ces vcricez fondamentales demandent pour- J'
tant un plus particulier examen. *11 faurfaire voir î
un peu plus diflin^lcment li les Apôrres ont etc i ■
d où ils font fortis > ce qu’ils ont prêche, & quel- ^
les ccoient leurs qualitez. C*eft ce que nous al- ;
Ions voir , en prenant pour principe certain , qu’au 1
tems que nous avons choifi pour nô:re_ point i
fixe, les Chrétiens avoient entre leurs mains TE-
criture du Nouveau Teftament. Je n’examinerai
pas maintenant fi cette Ecriture efl Tupofce , ou
fi elle ne l’cft pas. Je prétends raifonner quelque
tems indcpendemment de céc examen. Car lu-
pofce , ou non , elle poura nous aprendre certains 1
faits inconteftables , qui nous ferviront cnfuite de I
lumière dans nos recherches.
chapitre y.
Ou Von montre que tom les faits de VEcriîure du
Nouveau Tejlament ne peuve^it
être fupofez*
l’Eciiturc du Nouveau Teftament efl fupo-
O fée, le deflein de ceux qui ont fait cette îu-
poficion ne pouvant erre que de la faire pafTer
pour véritable , on doit préfumer qu’ils auront
voulu apuyer leurs fables fur quelque fonde¬
ment bon ou mauvais. Aînfi Ton a raifon de croi¬
re, que quand ils auroient inventé tout ce qu’ils
raporrent , ils n’ont pas du moins inventé les
noms, la patrie Sc la perfonne de Jésus- Christ
& des Apôtres, fous les noms defquels ils parlent ,
& à qui ils atribuent rétablifTement de la Religion
Chrétienne:
En éfet , avec quelle aparefice voudroient - ils
faire adorer un homme Juif apelé J e s u s , fils de
Marie, Galiléen, qui fut crucifié à Jerufalem,
qui avoir plufieurs Difciples , dont les noms font
rapor-
de la 'Religion Chreitenuo. tf
ÎTapoftex, fi les Juifspouvoient les Convaincre*
d’abord de la fauffeté de tous ces faits, en pro-
duifant le témoignage des gens de leur Nation ^
qui leur auroient dit en foule , que Jésus & fes
Difciples n*ctoient que de vains noms > & fi Ton
neüt eu qu*à conCuIcer tous les Kegiftres, cii'
Aue;ufie avoit fait enrôler tous les Juifs du îems
de Cirenius , & où J e s u s-C h R i s x devoit fc
trouver enrôle, aufli-bien que les autres ?
Cell comme fi Ton failoit aujourd’hui un Li¬
vre rempli de beaux préceptes de morale qui fe-
roient mêlez avec des faits fabuleux , qu’on vou^
lut faire palTcr pour la dodlrine d*un homme di¬
vin & extraordinaire , qui leffufcita plufieurs
morts au commencement de ce fiécle, guérit
toutes fortes de maladies, calma les vents & la
terrrpêre^ & donna à plufieurs de fes Difciples le
pouvoir défaire des miracles, qui fut pris & mis
à mort en Allemagne, & dont les Difciples qui
portoient tcls& tels noms , qui étoîeflt nez dans
un tel & dans un telpaïs, vinrent en France, fe
répandirent dans les autres parties de l’Europe
pour prêcher fa doArine, & moururent tous
pour (a defenfe. penlcz-vous de cette fa¬
ble ? Comment croïez-vous qu’elle fut regar¬
dée, finon comme un Sifiême defauflerez fenfi-^
b'es ? Comment penfez- vous qu’en parlaffenc
ceux qu’on aceuferoit d’un participe fi execrable?
Ils diroîent qu’on veut les noircir par des fiction
Les juifs cependant ne fe défendirent jamais par
là. Ils avouent que Jesus-Christ a été , & que
leurs PeresTont fait mourir. Ils ne nient aucune
circonfiance de fa vie, defon mîniftere ou de fa
mort , que celles qui peuvent le faire paffer pour
le Fils de Dieu. Mais voici qui eft le plus clair
& le plus démonfiratif.
Ou cette Ecriture, que vous croirez fiipofée ,
ou non fupofée > a feme clic -meme la dodrine
CnrC-f
Trnttê de la Vente j
Chrétienne dans le monde, ccaot portée en ciï* j'
vers lieux, fans qu’il y eut auparavant aucunsr j-
Apôjres qui eufl'enc prêché dansks diverfespar- j
tics du monde; ou cette Ecriture a etc compofée jv
apres que les Apôtres curent porté leur dodlriiie r
dans les diverfts parties de l’üniveis. je ne voi |
point de milieu. |
Si l’Ecriture a inftruît les hommes de la doc- !
trine Chrétienne avant qu'aucuns Apôtres euf- j
fent été prêcher par TUnivers, comment aura- j
t’elle peribade aux Romains , que S. Paul qui i
n’eft qu’un nom , leuravoit écrit uneEpître, à 1
Antioche 3 que S. Pierre avoir été dans leur vil- |
le , aux Calâtes , que S. Paul leur avoir évangé- i
lilé i à toute la Judée & à la Galilée, que J e s u s- i
Christ y avoir prêché avec fes Difciples j à |
Jetufalem , qu’il y avoic été condamné à more
par le Sanhédrin ?
Et h l’Ecriture a etc recueillie en divers Lî-r
vrcs, ou ^t)mpofce après que les Dilcipks de
J ESü s- Christ entent prêché dans les diveiCs
parties du monde, il s’enluie donc qu’il y avoir
eu auparavant des Apôtres r qu’il y a eu un
j Esu s- Christ crucifié , que l’on croïok Fils
de Dieu & le véritable Meflie félon la foi des
Chrétiens.
Ainfi y foît que cette Ecriture foit fLipofce;
foit qu’elle ne le foit pas, je fuis affurc qu’ellg
raporce certains faits fondamentaux qui font né-
ceffairement véritables. On ne peut douter que
Jésus n’ait etc , qu’il n’ait habité à Naza¬
reth , & qu’il n’ait été crucifié à Jerufalcm. je
ne doute point que Pierre, Jacques & Jean
n’aïent été des Pêcheurs qui le fuivirent de Ga¬
lilée y & qui annoncèrent l’Evangile apres fa
mort en divers endroits de la terre. Pourquoi
douterois-je moi fcul de ce dont on n’a jamais
douté 3 ni parmi les Chrétiens ni meme parmi
âe la Religion Chrétienne,
les Juifs} & donc les incrédules ne doutent pas
même aujourd'hui ?
Arrêtons-nous ici. Jésus Fils de Marie-
?eut pafler pour lé Fils de Dieu , ou , fi l’on veut,
pour l^Mefïie, dans un coin de lajudée. Il cft
furprenant qu’un homme ne dans une condition
ebfcure , & qui a exercé toute fa vie le métier de
Charpentier , comme Tes ennemis le lui repro¬
chent , s’avife de vouloir pafTer pour le Mefite
lequel, félon le préjugé de ce tems-là, devoit
être environné d’un éclat & d’une profperité
temporelle. Cependant je ne croi pas que nous
devions terminer là nos recherches.
Ce J E s ü s J quel qu’il foie, 8c quelque idée
qu’on s’en forme , affemble des Difciples les-
prend parmi des Pêcheurs fur les bords du lac
de Générareth , dans les villages de la Galilée,
& quelquefois parmi ies Publicains, qui étoient
l’cxecratîon du*peuple , comme l^s premiers en-
nc;nîs de la Religion Chrétienne le lui ont re- cmtra.
proche. Ces hommes qui le fuivenr, n’ont ni Celf,-
naîflance, ni éducation , ni lettres, ni policeCfc.
lis ne cônnoiiTent ni le coeur, ni les inclinations
des hommes , ni i’intercc politique de s Grinces ,
ni ce qu’il y a de plusé’cvc dans la morale des
Stoïciens, ou de plus caché dans les maximcS'
des S.rges. * Ce font des perfonnes fîmples, &
nous avons là-deffus l’aveu des ennemis mêm, es-
des Chrétiens.
Je ne veux pas examiner ici par quel mot^if ils*
s’attachent à Jesus-Christ , ni de quelles rai-
fons Jésus- Christ fe^fert pour les engager à
le fuivre. Ts font hommes ignorans, ils atten¬
dent le Me/Tie félon le préjugé commun de ce
tems-Ià} & par conféquent ^il femble d’abord
qu’on puiffe les aeufer de s’être laiffé tromper à
cét égard.
Mais je trouve d’abord ici un fujetdefuprîfe ;
c’efl
'fQ Traité de la Vérité 5
cci\ que ce€ perfonnes fimples, qui avoîent faii^ 1
douce conçu une idée fort magnifique de leur
Meflie , & qui s’imaginoicnc qu'il leur diftribuë-
loit des couronnes , pour ainfi dire, comme nous 1
aprenons que ç*a etc là de tout tems rentêcement î
des Juifs ; que cesperfonnes (impies fe contentent
de Texterieur & de la baflcfTe aparente d’un hom¬
me , qui prend une toute autre forme que celle ’
d’un Conquérant.
On ne peut nier que Jbsus n’ait été dans la baf-
fefle & dans la pauvreté , lors qu’il apela (es Dif-
dples 5 puifque c’e(l là un des reproches que lui
fontCelfus, Porphyre & julien l’Apoftat j & que
ce fait efl un de ceux qu’on ne voudroit point fu-
pofer 5 quand on le pouroit , & qu’on ne pou-^
roic point rupofer, quand on le voudroit. Il eft
fans difïicuiré , que les Juifs ateendoient & ont
toujours attendu un Meflie triomphant. Il eft
donc vrai que les Difciples s’attachent à J esu-s-
Christ malgré les préjugez dont ils étoient
prévenus dés leur naiflaiice. Cela eft allez fur-
prenant.
Les Difciples ne trouvant point en Jésus cette
gloire & cette puiflancc temporelle dont ils
étoient perfuadez que leur Meflie feroit revêtu,
s’imaginent lans doute que ce que leur Maître ne
pofleds pas encore , il Je pofledera à l’avenir. Ils
ne doutent pas qu’il ne doive rétablir le Roïau-
me d’Kraël, & furmonter les ennemis des Juifs.
C’eft dans cette pensée qu’ils commencent à dif-
puter encr’eux de la primauté. Ils veulent (ça-
voir lequel fera le plus grand au Roïaume des
Cieux, c’eft^à-dire , dans l’Empire floriflantdu
Meflie , qu’ils apellent le Roïaume des Cieux , à'
l’exemple de Daniel le Prophète. II y en a meme
qui demandent à J esus d’etre placez à fa droite &
à fa gauche , lors qu’il feroit parvenu à cet état
de gloire.
Je
de U Religion chrétienne. ii
‘Je ne reçois point maintenant ces faits , parce
c|uc TEcritiire du Nouveau Tcftament me les
aprend, mais parce que je les trouve conformes à
la Tradition des Juifs & au bon Cens. Le fens
commun nous dit, que les Difciples ne s’attachè¬
rent à J Esüs que fous quelque cfpcrance. Oi
que pouvoient«iis efperer de celui qu’ils regar-
doient comme le Metîie , que ce qu’ils atten-
doient du Mefliemcme , qui croit une délivrance
,& une profperitc temporelle.
Mais pour n’avancer rien de douteux , ou de
tant foit peu incertain, je dis que les Difciples
regardoient Jésus-Christ comme un Mefîie, &
qu’ils ne pouvoient le regarder comme un Mclîie,
que dans le fens des Juifs, ou dans le fens des
Chrét'ens , c’eft*à*dire , comme un libérateur
temporel , ou comme libérateur fpirituel ; Sc
qu’ainfi dans quelque fens qu’on le prenne , ils
dévoient efpcrer quelque chofe de lui. Voïons
où nous conduira cette double vue.
Comme les Difciples font préocupez de
pensée que Jésus eft leur Medie, c’eR-à dire, celui
qui doit élever leur nation au comble de la gloire
& de la profpérité, on prend ce j£sus3& on l’atta^
che à la Croix , lui faifanc fouffrir une mort qui
pafle pour infâme parmi toutes les nations , 8ç
qui eft particulièrement maudire dans leur Loi,
Quel coup de foudre pour des gens remplis défit
belles cfperances ? Ils font perfuadez depuis long-
tems , que le Mellie doit paroître dans un écac
glorieux , qu’il doit renverCer l’Empire de-Cefar
&la grandeur Romaine , pour rendre les Juifs les
maures de TUnivers. Ils attendent tout cela de
J Esus : ^ J Esus eft déshonoré par un fupliçe infa*
me qu’on lui fait fouffrir. La nation des Juifs
elle-même le facrifie,& leJacrifie à Cefar relie le
livre aux Romains pour le faire mourir. Aucune
puifl'ancc ne le dclivx#de la main des bourreaux.
îl
Truité de la, Vérité
Il meurt , & Tes DiCcipIes l’aprennent, on en (ont;
les ccmoiiis. Certes je ne voi pas qu’ils puiflenc'
djforma's conferver leurs prétentions. Ils peu-»i
vent être affligez de perdre une (i belle efperai:- !
ce ; mais enfin, il faut qu’ils la perdent. Ils peuvent:
haïr la paflion des principaux Sacrificateurs
du Sanhédrin, qui leur a ôté un Maître qu’ils 1
aîmoient : mais il faut qu ils fe defabulent de l'o»
pinion qu’ils avoie^n de lui. Audi n’y a-t-il rien
14* de fi vrai- femblable que ce que S. Luc leur fait j
dire dans leur affliêlion & dans leur étonnement. ^
Or ejpcricns-noî/js que ce fut celui qui devait déli^ .
vrer ifraél j ^ avec tout cela cefi aujourd'hui le !
trorfiéine jour que ces chofes font arrivées.
Mais iis n’auront pas eu ce préjugé , fi l’on i
veut. Il fnflic que les Difcîples aïciu regardé i
J E s 0 s comme le Meflîe. Que ce Toit au fens des '
Juifs, ou au fens des Chrétiens , il n’importe. Car i
fi c’eft au fens des Juifs, ils s’imaginoîent que '
Jeîüs éleveroit la gloire des Juifs à fon plus haut |
degré , bien loin de concevoir qu’il put être mis à 1
mort par les Juifs mêmes. Et fi c’efl: au fens des
Chrétiens , ils ont du croire que s’il mouroit , il
ïe releveroit dn .tombeau, & en releveroit fes Fi¬
dèles , puifque toute la ReligionChrétîcnnc roule
cfl'cnrieliement (ur ce fondement.
Ainfi les Difciples préocupez du préjuge gé¬
néral des Juifs, n’ont pu s’empêcher de le per¬
dre , en voïant mourir J esüs : & les Difciples
préocupez du fens des Chrétiens, n’ont pu s’em¬
pêcher d’être defabufez , en voyant que Jesüs-
Christ ne rtfl'afeitoit pas.
Que doii-on penfer de quelques pêcheurs &
gens de néant, .comme les ennemis du Chriltianil-
me les qualifient , qui n’ont pas eu l’aflurance d’a-
compa2:ncr leur Maître, lors qu’ils le croyoîent
le M Aie ; mais qui Font abandonné aux bour¬
reaux , & qui voyent malïtcnanc qu’ils s’étoient
trompez
de la Religion Chre tienne,
tromper fur fon fujet ? Avec quel foîn vont-ils
fc cacher , pour dérober aux hommes la connoif-
fance de leur confiifion & de leur dcplaihr ?
Voyons ce qui en eft , & confulcons revénemeni:
pour le mieux fçavoir.
Quelques lemaines apres la mort de Jisc/s-^
C H K I ST , Tes Dilciples paroiü'ent publiquement
à leruCalcm » & (oiîciennent qu’ils ont vu leur
Maître refl'ulcitc , qu’ils ont parlé à lui , qu’ils
l’ont touché , qu’ils ont mangé avec lui, & qu’il
a conversé avec eux refpace de quarante jours
depuis fa léfurredlion , & qu’enfuite il efl monte
au Ciel à leurs yeux. Ou ne doutera point que
ce n’ait été là le témoignage des Difciples , fi l’on
confidére que c’eft là la foi des premiers Chre-s»,
tiens fondée fur ce témoignage.
Certainement , on ne fe fer oit jamais attendu à
ce retour. Les Difciples difent que Jésus eft le
Mcffic : mais le peuvent-ils croire encore, eux
qui l’ont vu mourir ? Ou s’ils ne le croyent point,
-comment font- ils plus hardis à foiitenir uneim^
pofture, qu’ils ne font été à fuivre leur Maître,
lors qu’ils le regardoient comme le vraiMefïie?
Comment des pêcheurs , des pêcheurs conlier-
nez, des pêcheurs qui doivent reconnoître avec
confufîon qu’ils ont été trompez, des pêcheurs
timides , pourroient-ils inventer une fable , la
prêcher avec tant de confiance, la fôütenir avec
tanr de hardiefl'e, & s’expofer aux tourniens &: à
la mort même, pour défendre une fidlîon incroya¬
ble ? Peut-il tomber dans refprit d’un fcul, qu’ils
pourront féduire les hommes , en faifant ce faux
raport ? Et quand cela tomberoit dans l’efpric
d'un fcul , les autres feroient-ils affez extrava-
gans pour aprouver fa penfée ? Se font-ils ima¬
ginez qu’on les croira fur leur parole ? Ne craî-
g;nenr«ils plus ce Sanhédrin qui a fait mourir leur
Maître ? Croyent-ils pouvoir due impunément
.aux
i4 Traité de la Vérité
aux Juifs qu’ils ont fait mourir leur Meflic ?
ce qu’ils ne voïent point à combien de maux
de traverfes une telle fable va les expofer ? Oule
voïanr > deviennent- ils tout d'un coup courageux j
pour loütenir leur impofture ? Eft-il pofliblc.
qu'aucun d’eux ne fe dedife , qu’aucun ne fecou-’
pe,& qu’ils depofent unanimement, maigre les'!
i'uplices , un fait qu’ils fçavcnt bien qui cft fauxi.
& chimérique ? C'eft, lans mentir, ce que je|
trouve fort furprenant 5 ou plutôt, c’efteequi'
me paroît fi abfurde, que je doute que lesincrc- i
dules puffent fe le perfuader, s’ils voulolent y
faire quelque réflexion. j
Mais continuons à nous défier de nous- mêmes: ji
n’ai' je point fait quelque faufle fupofition dans jii
ce que je viens de dire ? Repalfons futiles princi-i i
pes que nous venons d’établir. i
Plus je les confidére , & moins je voi comment I
nous en pourrions révoquer en doute quelqu’un.!'
Nierai- je que Jésus ait été, qu’il ait eu des |
Difciples , & que ces Difciples l’aient cru d’a- '
bord le M.flie ? Mais douterai « je moi feul d’un ■
fait, dont les Thalmudiftes, Julien, Porphyre,!
Sc tous les ennemis du Chriftianifme font toü- |
jours convenus ? Et puis j’ai déjà fait voir l’ab- i
furditc de cette penfee. |
Douteiai-jeque fi J Esusefl mort,& n’efl point i
reflufeite, les Difciples ne fe foient defabufez par i
cela même de l’opinion qu’ils pouvoient avoir eu,
que Jésus croit le Meffie, le fils de Dieu ? Mais ou '
ils n’oiK rien entendu par ces deux termes , le ;
Meffie , Fils de Dieu i ou ils ont entendu toute i
autre chofe qu’un homme , qui apres avoir etc i
crucifié demeurât pour toujours fous l’empire de |
la mort. I
Nierai- je que les Difciples aïent annoncé la |
refurredion de Je^us-Christ apres qu’il eut ;
été crucifie par les Juifs? Mais la chofe parle.
Toute I
de î/t Religion Chrétienne,
*roiite’Ia terre a oui parler de la prédication des
Apôtres qui annonçenc Jesus-Christ reffulciic:
& c*eft fur leur tcinoignagc qu*on a crû.
Croirons-nous que les Dilciples de Jésus laif-
fcrent pafler un fort long efpace de tcms y com¬
me vingt, trente ans, après que leur Maître eue
été crucifié i & qu’alors s*étant fortifiez , & ayant
eu le loifir de concerter une i-mpofiure , ils paru¬
rent tout d'un coup dans le mpnde , & prêche^
rent que Jésus ctoit'reffufcitc ? Mais fi celaécoit,
comment ceux qui ont éciit, ou fupofé les Livres
du Nouveau Teftament , aurcient-ils pü faire
acroire queues Difciples de Jésus annoncèrent fa
rcfurredlion quelques feuiaines après qu*il eue
ctécrucific ? Comment les juifs ne fe font- ils ja¬
mais avifez de démentir nôtre Ecriture à céc
égard ? Comment cclcbre-t-on parmi lesChre-»*
tiers deux Fêtes qui fe fuivent , dont l’une fait
commémoration de la mort & réfurreétion du
Seigneur, & iauîre de la defeente du S. Efpric
fur les Apôtres , qui kur fut donne pour -aller
Evangelifcr en tous lieux ? Comment , û les Dif¬
ciples avoient annoncé la rcfurredlion de leur
Maître long- rems apres fa mort , ne leur auroit-
on point dit : Qu’avez-vous fait depuis que vôcic
Jisus a été cruçifié t Pourquoi ne reffufcitoic-il
plürôt ? Ou pourquoi annoncez-vous fa refur--
redion fi tard ? Comment les Juifs auroient-ils
etc obligez de dire que fes Difciples avoient en¬
levé Ton corps , fi fa réfurredion eut etc fi tard
annoncée ? Comment quelques années apres la
mort de J esu s- Christ, voïcz-vous par tout
des Eglifes Chrétiennes établies par le témoignage
S: la prédication des Apôtres.
Croirai-je que c’eft par un efprit de vanité , ou
parunefprit de vengeance , que les Difciples de
Jésus ont public fa refurredion , voulant faire
pafler les principaux Sacrificateurs 6c les Scribes
Tûme IL B pour
Traité de la Vérité i
pour des parricides , ou voulant îmmortaliierj
leur propre nem ?Mais cjui pourroit s’imaginer,;
que les Difciples penfent à fc vanger de ceuxj
qui leur ont fait voir qu’ils fe trompoient dans
leur préjuge j qu^ils cioïent pouvoir fe vanger,
en inventant une fable qui auroit été ridicule
& qu’ils veulent fe vanger , en s’expofant à une
mort certaine, & à des tourmens infaillibles ? Et
pour les pensées d’ambition qu’on pourroit leur
atribuer , qui croira qu’elles naiflent précisé¬
ment après la mort de celui qui en devoir être
comme le fondement ? N’auroient-ils pas etc
bien raifonnables , d’afpirer à la ^oirc ou aux
grandeurs , lors qu’on venoit de taire mourir
leurs efperances avec leur Meflie } Des pêcheurs
font-ils capables de cette réfolution & de ces (en-
•timens ? Certes, fi ç’avoii été là leur but, ils
auroient bien- tôt reculé , & l’oprobre qu’on
atacha d’abord à leur profeflion avec les maux
& la perfécLition qu’elle leur dtiroit , leur auroit
ôté bien- tôt un defl'ein fi ridicule & fi extrava-
gant
Pourquoi veut- on fe tromper foi-même ;On^
fçaic que quand on donne la quefiion à un crimi¬
nel , on lui fait confeflei fon crime : les tourmens
arrachent l’aveu des aêlions les plus fecretes i &
c'eft un moïen prefqu'infaillible de décefuvrir
la vérité, que la juftice humaine met aifez fou-
vent en ufage. Comment fe pourroit- il donc ,
quêtant d’impoftenrs tant de fois interrogez, &•
(ollicicez par Jefer & parle feu de fe dédire , per-
févérafl'ent fi confiamment dans une faulfe dépo-
fiiîon ? Car ce n’efi: pas ici un feul témoin j en
voici un très- grand nombre. On ne leur fait pas
éprouver un fuplice,mais toute forte de fuplî-
ces. Ce n’eft pas en un feul lieu qu’on les preffe
par les tourmens de fe rétraêler, mais prefque
dans tous les endroits où ils prêchent. Ce n’efi pas
dans
de laRelipon Chrétienne, 17
Bans un feul moment, mais dans tous les mo-
îîiens de leur vie, qu'ils fe trouvent expofez à
cette perfccution. Iis n’ont pas une feule partie,
lisent pour adverfaires les Juifs & les Païens >
les Magiftrats , les Rois , les Pontifes & le peu¬
ple. On ne les attaque pas feulement par ks
fouffrances, on les couvre encore d’oprobre.
Cependant aucun ne fe dédit. Séparez, ou con¬
frontez , ils depofent unanimement que Jésus-
Christ cft rtliufcitc , & qu’ils l’ont vu relevé
du tombeau. Si c’ell de cette maniéré qu’on dé<
fend l’impolture, qu’on nous aprenne de quel
air on foütient la vérité.
Mais peut-être que les Diiciples ont été trom¬
pez eux-mêmes t Peut- être que I^rre , ou quei-
qu'aiitre des Apôtres aïant eu l’adreffe d’enleven
le corps du Seigneur du Sépulcre où il avoitété
mis, fit acroiie aux autres Difciples que leur
Maître étoit véritablement reirufcité, $c que ceux
ci l’aïant crû de bonne foi , l’allerent prêcher eu
tous lieux ? Tout cela fe détruit de foi-même.
Les Apôtres ne témoignent pas leulement qu’ils
ont vü Jésus- Chîiist reffùfcitc , ïls foùtiennenc
encore que le S. Efprit eft tombé fur eux en for¬
me de langues mi- parties de feu. Ils atteftent ks
autres miracles de Jesüs-Christ : & il eO; im-
pofîible qu’ils aïent été trompez à l’égard de
tous ces faits enfemble.
Sur tout il cft néceffaire de faire attention à ce
dernier miracle : c’eft à la chute du S. Efprit fur
les Apôtres en form.e de langues. Ces Apôtres
difent que par ce miracle ils furent revêtus du
don de parler toute forte de langues. Le Grec ,
le Romain , le Parthe , le Perfan , &c. les enten¬
dent chacun parler en leur langues. C’eft un fait
fur lequel les Apôtres ne peuvent avoir été ni
trompeurs, ni trompez. Pour trompeurs, c’eft:
ce qui ne fe peur concevoir, que des pêcheurs
B ij aient
'fe ^ Traite de la Ventk |
flïent la hardiclTede fupofer qu*ils ont le don&l
l'aller toute forte de langues, cela u’étant pas>i
puisqu’ils s’expofoient à être par tout & fur lej
champ convaincus de la plus infigne fourbe du|
monde. II yavoitàRomc des gens qui parloicncji
.Grec. Il y avoit en Grece des gens qui parioieiicl
latin. Le commerce fait qu’il y a en tous païsj!
des gens de toute langue. S. Paul ne fçachant quel
Ibn Grec de Cilicie auroit-il eu la hardiefî'e de
dire en Afie , qu’il fçavoit parler Latin & toutes j]
les autres langues étrangères } N’auroit-il pas P
rencontré des gens, qui fur le champ l’auroienc j
convaincu de fauffetc ? C’eft un fait dans lequel
ils ne pouvoient non plus être trompez, car c’eft i'
une affaire de fentiment intérieur. Je puis fouf- |
fririllufion a^ehors, & croire voir un homme, j
quand je ne voi qu’un phantôme : mais je ne]
•puis pas croire parler pluhe.urs langues difteren- i
tes, pendant que je n’en parle qu’une. Et qu-and j
je voi des gens de differents païs , & qui n’onc 1
point de langue commune, m’entendre cous, il !
•ne peut y avoir d'iilufion là- dedans.
La validité d’uii tcmoignage n’eft plus doureu- i
fe, lors qu’on cft affin é de deux chofes; Pune,que |
Je témoin ne fe trompe pas lui-même : l’autrp, j
qu’il ira aucun deffein de nous tromper. Or c’eft |
ce qu’il eft bien facile de vérifier touchant les Dif- j
ciples de Jésus. Car premièrement, les faits fur j
lefquels ils depofent , font fi fcnfîblcs & fi écla- i
tans, qu’on ne peut fe tromper à leur égard. Le '
moïen que les yeux croient voir ce qu’ils ne
voient pas en cfetiquelcs oreilles s’acordent à ’
pendre un témoignage conforme à celui des yeux ; ;
que les mains rouchent ce que les yeux & les |
preille.<î aperçoivenr ,non pas une fois , mais plu¬
sieurs fois i non les yeux , les oreilles & les mains
ri’un feul homme, mais de plufieurs hommes j
faffenc eux-memes profeffion d’être rêvé-
de lit 'Religion Chrêtîênnef i f
d’une puifl'ancc extraordinaire , & du pouvois
de faire des miracles, (ans qu’ils fçaehent eux-**
memes ce qui en eft ? Q^nd on fupoleroit qu’un
homme fera affez mélancolique pour fe faire un&
pareille illufîon , on ne peut s’imaginer fans ex-^
travagance , que les Apôtres arent perdu le fens
par un meme genre de folie ; que cette folie ait
commencé précisément apres la mort de Jésus-
Christ ; qu’elle ait eu ce concert admirable qnî
a feme l’Evangile par tout l’Univers ; qu’elle le
trouve jointe avec cette morale fi belle , fi fubli-
me & fi pleine d’équité, que les ennemis mêmes
de nôtre Religion ont toujours eftîmée j 6s
qu’enfin toutes les. vertus nailfent du fein de cette
folie, qui change le monde, & fandlifie le genre
humain , acomplifTanr les oracles qui avoient
prédit la vocation des Gentils^.
Qjje fi ces hommes ne fe trompent pas eux-
memes , encore moins peut-on les foupçonner de
vouloir tromper les autres. Leur fimpiieité
leur éducation ne leur permettent pas de conce¬
voir ce delTein. Lt confufion de fe voir déchus
de fi belles efperances par la mort de leur Maî¬
tre, les en éloigne. Leur interet temporel s’y
opofe. La honte de paroîcre aprés^ ce qui s’elt
paflé , peut route feule les retenir. Leur coiffcien-
ce , qui leur reproche leur atachement à un
phantôme de Mcfiie , les arrête. Jamais ils ne
s’acorderoient tous enfeinble pour concerter
cette étrange & fignalée impofture. Mais quand
ils l’auroîent entrepris, les tourmens lesferoienc
bien- tôt repentir d’avoir conçu ce deffein : fa-
veu d’un feul (nfhroît pour les découvrir tous.
Enfin la pauvreté , l’oprobre , les prifons , les
chaînes , les coups de foiiet , le fer & le fea
qu’on a emploïez pour les faire dédire , nous ré¬
pondent qu’ils n’ont pas voulu tromper. Que fi
un feul homme qui feroiedans cette difpofition,
E iij devroie
Traité de la Vérité jli
cièvroîc pafTer pour un prodige fans exemple Sii
'comment y auroit-il une focictc d'honjmes qui j
conçüflent un dcffcin fi infensc. i
Si Je témoignage des Difciples eft faux , on
ne peut fe difpcnfer de croire que ces hom-f
mes font des fous, ou des fcelerais , & mc-!i
me l’un & l’autre. Cependant leur prcdica-i
lion fait paroître Ja gloire de leur innocenceî
&: de leur fage/î'e pour confondre cette dou-» 1
ble calomnie. Que ne lit'on les Livres de cesi*
JEcrivains admirables, & Ton y verra la bonne
foi, la fîncéritc & le defintereffement joints!
à la morale la plus pure & Ja plus faine quij
fut jamais, ,
Cette réflexion m’avertît qu’il faut fe hâter
d’examiner TEcricurc du Nouveau Teftamcnt ,
pour voir, non fi elle eft divine, ou huniain-
ne, ( cette queftion viendra en fon lieu ) maisi
fi elle eft fuposée , ou fi elle ne l’eft pas. -Car|
s’il fe trouve qu’elle n’eft pas fupofée, nous]
n’avons qu’à la lire, pour voir quel eft Je té^ |
moignage des Difciples touchant Jésus-!
Christ. Cette vérité fervira à coofirmer !
tout ce que nous avons déjà dit. C’eft donc |
par fon examen que nous commencerons cette ;
fecorîde Se^ftion. '
à e Religion Chrétienne» 51
i . ’
II. SECTION.
Où l’on établit la Divinité de la
Religion Chrétienne , en exa¬
minant l’Ecriture du Nouveau
Teftament.
CHAPITRE I.
cette Ecriture nefi point fitposée.
Lorsque j’examine les Livres du Nouveau
Teftament, je ne conçoisque trois foup-
çons , quelque éforc que je faüe pour
douter là de flus, I. SI ces Livres n*auroient pas
fcte compofez par quelque impofteur qui les eut
attribuez aux Apôtres. II. Si ces Livres aïanc
etc compofez par les Apôtres, n’ont pas cte
corrompus par les Chrétiens. III. Si les Apô¬
tres qui partent pour les Auteurs de ces Livres,
ne les ont pas eux-memes remplis de plulieurs
fixions glorieufes à leur Maître , & avanrageu-
Tes à leur Religion. Il eft jufte d’examiner 'fi ces
trois foupçons font bien ou mal fondez.
Il cft certain d’abord , qu’en ébranlant la cer¬
titude des Livres du Nouveau Teftament , on
détruit la certitude de tous les autres Livres, &
que l’on rend douteufe la mémoire de toutes les
chofes paftccs. Qui me répondra enéfet, que les
Harangues de Cicéron font de Cicéron , fi je ae
puis m’alFurcr raifonnablcment que les Epîcres
de S. Paul font de S. Paul ? Mais n’allons pas li
vîte. Peut-être qu’il a été plus facile, ou plus
avantageux de fupofer les Livres du Nouveau
Teftament , qu’il ne l’cft de Cupofer des' Livres
B iiij humains.
il T faite de la Veriîi
liamaîns. C cft ce qu’il importe de rechercRcï]
icJ.
La facilite que Ton trouve à fupofer un Ouvra» i
Îe, dépend de plufieurs circonftauccs du rems ^ j
U lieu , des perlonnes, des chofes qui font la ma- i
ticrc de ce Livre, de la difpofition des efprits,'
dis differentes vîiés, & des divers interets q.u’il *
faut ménager. Or à tous ces égards lafupofîcioa
des Livres humains nous paroît d’abord mille '
fois plus facile , que celle des Livres qui compo- :i
fent le Nouveau Teftamcnt. Car I. ceux qui lu- 1
pofent un Livre humain , ont ordinairement pour
celarcnr le tems qu’ils veulent : mais ici l’imagi- ij
nation humaine ne trouve point de tems, pen- i
d-ant lequel elle puifle fe figurer que l’Ecriture du i
Nouveau Teflameni a été fupofée. Si nous mon- ii
tons de fiécle en fiécle , nous trouverons que les ’
Chrétiens ont toujours eu cette Ecriture devant :
les yeux, & nous la voïons citée dans les plus '
anciens des Pères , qui regardent cette Ecriture |
comme divine.
II, Il n’efl pas impcfliblc de fupofer des Livres '
humains , parce qu’ordinairemcnc perfonne n’y |
prend interet, ou n’y en prend qu’un fort médio- ■
cre : mais il auroit été difficile de fupofer des |
Livres qui obligent les hommes à courir au mar- '
lire, tels que font ceux qui compofent le Nou- :
veau Tefamenr. Si un homme qui prête de l’ar- j
gert , cherche fi bien fes furetez : que doit faire
une perfonne , ou plutôt que doivent faire une
infinité deperfonnes qui renoncent à toutes cho»,
fes pour l’Evangile ?
III. II s’efi: trouvé des gens qui ont fupofe des
Livres humains : mais on n’en a point vu qui aient
voulu mourir pour défendre la gloire de leurs
fixions. Or ici l*on ne peut foiipçonner d’avoir
fhpofe l’Ecfiturc du Nouveau Teftament , que
des gens qui font morts pour défendre la Religion
! • de la KeUgion Chrêtrennê, ^5
iChrcticnne, & par confêquenc pour confirmer
}a vérité des faits & de l’Ecriture qui fondent le
Chrifijanifme.
' IV. Qn peut fupofer un Livre humain , mais
I non pas toujours , ni dans coures les circonftances:
& Ton femocqueroit d’un honime qui fiipoferoîc
des Lettres qui devroient avoir été écrites il n’y
a pas long-tems à des Societez entières , des Epî-
tres qui devroient fe trouver entre les mains
d’une infinité de perfonnes , & en une infinité de
lienx. Or c’eft ce qu’il faudroir dire de toutes
celles des Apôtres ^ qui font une^partie'’bien con-
lidcrable de l’Ecriture du Nouveau Teftamentv
Comment auroit-on fait acroire à l’Eglife de
Rome, que S. Paul lui avoit écrit uneEpî:re j à
TEglife de Corinthe, qu’elle en avoit re^ü deux
de lui ? &c.
V. Cela cil d’autant plus confidcrable, que ce*
lui qui donne un point, donne tout dans cette ma¬
tière y & quand, on m’acordera qu’une feule dos
Epîtres qui compofent l’Ecriture du Nouveau
Tcftament n’cft point fupofée , on fe verra oblige
de m’acorder la même chofeà l’égard de tous les
autres Livres qui la compofent 3 ou du moins il
ne fervira de rien à l’incrédulité de chicaner là-
deflus. Je veux en éfet qu’on croïe les quatre
Evangiles fupofez : le Livre des Ades ne contient-
il pas , ou ne fupofe-t-il pas néceffairement les
faits elTeiuiels qui font raportez dans les Evangi¬
les ? Je veux qu’on croïe le Livre des Ades fupolé :
îesEpîtresde faînt Paul ne fuiïi Cent- elles pas pour
nous aprendre que Jïsus-Christ a fait des mira¬
cles , qu’il cft rclTufcité & monté au Ciel , oC que
le S. Efprit defeendit fur les Diiciples le jour de
la Pentecôte ? Et cela me fuffic. Enfin je confens
qu’on regarde toutes les Epitres de S Paul com¬
me n’étant pas de cét Apôtre : je n’ai befoin que de
celles de S. Pierre, ou de celles de S, Jean, pour
B V prou*
jij. Traité de la Vérité i
prouv.er la même chofe. Il n’y a point d’Epître!
dans le Nouveau Teflamcncqui ne marque, ou;
ne l’upol’e ces faits efl'enticls, fans lefqucls iln*y i
a point de Chridianifnie, 1
C*cfl à nous à voir maintenant , fi nous pour- |
rons nous perfuaderquetoui; les Livres du Nou- i
veau Teflament font fupofez, fans en excepter ]
un fragment, une feule Epîcre , Sc fi nous voulons '
concevoir un foupçon, que jamais heretique ,i
incrédule , ni impie n’a conçu. !
Et en effet, comment toutes les Epîtres des »
Apôtres feroient-elles fuposces , puis qu’elles i
dévoient être entre les mains d’une infinité de i
perfonnes, qu’elles y ctoient en éfet dans les pre- i
miers rems du Chriftîanîfme : & que Tertulien i'I
nous aprend , que de fon fiécle on gardoit dans ij:
plufieurs Eglifes les originaux des Epîtres que ji!
les Apôtres leur avoîent écrites ? |
Mais encore , en quel tems & en quelle occa- i
fion cft-ce que cette fupofition fe feroit faite ? 1
Eft-ce pendant la vie des* Apôtres.^ Non: car ii
comment auroic*on reçu comme divins , des Li- I
vres que les Apôtres n’auroient pas manque de 1
démentir ? Sera-ce donc immédiatement apres |:
les Apôtres? Efl-ce à Clament, à Policarpe & '
aux autres Dodeurs de ce fiécle qu’on en cflrede- i
vable.^ Nullement : car ces Dlfciples des Apô- !
très fedivifent eux-mêmes , dés que ces grandes '
lumières n’éclairent plus le monde. Policarpe va '
à Rome, pour régler avec un Evêque de Rome >
le different qui étoit né dans l’Eglife touchant le
rems auquel on devoît célébrer la Pique. Ces
deux grands hommes ne peuvent s’acorder fur ce
point j & néanmoins ils conviennent tous deux
à recevoir les Ecrits des Apôtres ,& à les regar -
der comme la véritable régie de leur foi & de
leurs mœurs. D’ailleurs , le moïen dcTaire rece¬
voir un fi grand nombre de faiiffe s Epîtres à tant
d’Eglifes
de Ia Religion chrétienne.
^’EglifcS fi nombreufes, fi peu de tems apres ia
more des Apôtres, & lors qu’il y avoit encore un
tr ès- grand nombre de per Tonnes qui avoient con¬
verse avec eux ? En vérité, cette pensée efl une
extravagance lî outrée , qu*on eft mal- heureux
d’etre obligé de la réfuter.
Mais, dit- on , les premiers Chrétiens ont dou¬
té de l’autorité de quelques Epîtres , telles que
(ont l’Epître aux Hébreux J donc TAuteur a tou¬
jours été incertain i la fécondé Epître de S. Pier¬
re , celle de S. Jude , &c. j’en conviens: mais je
pretens que cette confidération nous eft favora¬
ble i étant inconvenablc que les Anciens euffent
tant difputé fur quelques Epîtres en particulier, fi
les autres cufl'cnc etc auffi fufpeéles que cel¬
les-là.
Mais ne femble-t-il pas qu’on pourroît feindre,
^uc pendant ces étranges confu fions qui fuivir
rent îadéfolation de ]eruralcm, quelques Chré¬
tiens ou entièrement fourbes , ou demi perfuadezj
ont pu compofer l’Ecriture du Nouveau Tefta-
ment 3 & qu’aprés y avoir mis tout ce qui leur
aura plü , ils font attribuée aux Apôtres , pour
ConfcilJcr plus de refpeâ: à leurs imaginations î
Non fans doute : car Iadéfolation de la Paleftînc
n’empcchoic pas quM n’y eut à Rome , à Antio¬
che, à Thefl'ciilonîque 5 à Phillipe , &c. de très
nombreufes Eglifes , aufquelles il eût été impoflî-
blc défaire acroire que les Apôtres leur avoient
écrit des Epîtres qui dévoient être entre leurs
mains. Outre qu’on peut connohre que l’Ecritu¬
re du Nouveau Teftamenca été composée avant
la riiine de Jerufalcm, parce qu'il efl fait plufieurs
fois mention dans ces Livres de Jerufalcm, & de
J'Eglife qui étoit à Jerufalecn , fans qu’il foit rien
cchapc à Ja plume de ceux qui les ont compofez,
qui marque que Jerufalcm étoit alors t innée 3
que d’ailleurs il cft inconcevable qu’on s’avile
B vj apres
)(> Trotté de lit Verîtê !
apres larüîncde JerLifalem, de fupofer des Livres '
cjui ne tendent qu’à humilier l’orgueil des juifs, î
à les porter à ne haïr plus les Gentils comme des }
errangers , & à leur perfuader que quoique Dieu |
fil portât encore le culte charnel de leur Loi , ce |
n'cft point par là qu’ils dévoient s’attendre d*ctrc ||
juflificz 5 ( tels que font les Livres du Nouveau 1
Teftament > & particulièrement les Epîcres de |
5. Paul , qui paroît asvoir fort à cœur de réiinir 1
les efprîrs des deux peuples. ) Car le Ciel s’etanc î
déclaré fiiffifamment contre les Juifs par la defo- !!|
lacîon de leur ville , par la confufîon de leurs \
Tribiis & de leurs familles, & par cetre difper- ij
fionqui les donna pour efclaves à toutes les na-
tions , on ne cherchoît plus de raifons apres cela, ||
pour prouver que les Juifs n’étoient pas fculs |l
apelez à la cpnnoiflance du vrai Dieu. On fe j
contentoit de cette raifon fenfîbîc , que la juftice |
de Dieu avoir écrire en quelque forte de fa propre t
main en punilfant ce peuple. 1
II faut cependant remarquer , qu’en montrr,it i
que le Nouveau Teftament a été écrit avam la ^
rüine de Jerufalem, je fais voir qu’il ell aulli an¬
cien que les Apôrres : ce qui forme un aflez bon
préjugé. Ainfi cette obiediion nous étant favora¬
ble , au lieu de nous être contraire , rien ne nous
empêche de paffer à l’examen du ^cond foupçon
que nous avons bien voulu concevoir fur le lujc2
des Livres du Nouveau Tellamcnt.
CHAPITRE IL
les Libres cjHt compofent V'EcYîture du
•veau Tejlame'fit n ont point été
corrompus,
ÎL efr certain que depuis le fiécle des Apôtres
jufqu’à celui-ci , on a regardé le Nouveau
Tefta-
lût ReUglon Chthlenne» ^7
Teftament comme une Ecriture facrce , & qu’on
ne pouvoic corrompre fans impiété. Que ce (oit
la raifon, ou le préjuge qui ait perluadé cela
aux Chrétiens , il n’imporxe : c’eft une chofe qu’il
n’eft pas néceifaire d’examiner ici. Il fuiîit que
Je rcfped qu’on a pour TEcriiurc du Nouveau
Teftamenc nous paroîc aufli ancien que cette
Ecriture meme i & que les hommes la regardant
comme le fondement de leurs cfperanccs , & la.
fource de la Révélation céltfte , la‘* lirant, la
fai Tant lire, s’çn entretenant avec leurs famil¬
les dés le héclc de Clément & de Policarpe , de
Juflin & d’irenée, il ne fcmble pas qu on ait pu
la corrompre dans des chofes cflentielles. Mais
cette vérité vaut bien qu’on l’examiDe plus par¬
ticulièrement.
Comment eft-cc que route la terre pourroît
avoir confpiré dans ce deflein de corrompre cette
Ecriture ? Quand un Dodleur i’auroit entrepris ,
les autres s’y feroient opofez. Quand tous les
E'*deurs Chrétiens qui étoient répandus dan«
le inonde l’auroient bien voulu , le peuple n’y
auroit jamais confenti. Q^nd les Docteurs éc
le peuple s’y feroient trouvez difpofez, ceux du
dehors n’auroient pas manqué de leur en faire le
reproche : les Juifs Sc les Païens, qui ne peu-
foient qu’à leur nuire , ne s’en feroient point
tus : Julien , Porphire & les autres ennemis
particuliers des Chrétiens en auroienc tiré avan¬
tage. Enfin , quand le filence des adverfaires du
dehors auroit favorifé cet étrange defléin , les
dîffercns partis qui fe formèrent bien-tôt après
dansTEglife, & les diverfes héréfiesqui naqui¬
rent parmi les Chrétiens , croient un obhacle
invincible qui s’y opofoit.
On fçait qu’immédiatement après la mort des
Apôtres, l'Eglife fut troublée par pluficurs dif¬
ferentes conteftations. Car fans parler des Gnofti-
ques ,
3$ Traité de la Vérité • i
ques , cette Sedle abominable qui ne doit pas être î
lionorce du nom Clïrccien, perfonne ne doute j
que l’opinion des Millénaires , donc Papiasparoîc ,
avoir ccc l’inventeur , & qu’il fondoic fur la Tra- j
dition Apoftolique, quinze ans apres la mort de i
S, jean , le different qui furvint bien- tôt apres au ;i
fujec de la Pâque, & les difputes des Orthodo-
xes contre les Origîniftes fur la rcfutrdlion & ;|'
fur quelqu’autres articles de la Dodlrine Chre- li
tienne , nVient partagé les Chréaens dans les i,
premiers âges de l’Eglife, Enfuice furvinrent les iii
célébrés difputes des Orthodoxes contre lesAr- v
riens, qui furent acompagnez d’une chaleur & |
d’une aniraoficc connue de tout le monde. Or ii
quelques funeftesque ces conteftacions aïent été i
à TEglife, elles ont produit ce bon éfet par la t
direêlion de la Providence , qui conduit tout à |i
de bonnes fins, qu’elles ont confervé la Révéla- '
tion du Nouveau Teflament pure & entière; &: ;
qu’aujourd’hui encore elles affurent nôtre foi |
contre tous les foupçons que nous pourrions |
avoir à cét égard.
Le moïen en éfet , que quand les Millénaires ,
les Originiftes & les Arriens auroienc voulu cor¬
rompre TEcriture, les Orthodoxes qui écoient fi
cchaufFez contr’eux , l’cuffent permis ; ou que fi
Jes Orthodoxes eufTent eu cette intention, leurs
adverfaires qui croient fi animez, euflent confpiré
avec eux dans ce deffein ?
Je veux encore que céc étrange acord a;t pu
fe faire, le nombre prefqii infini d’Exeniplaircs ,
d’Editîons & de Ver fions qu’on eut d’abord du
Nouveau Teftamenc , a rendu l’exécution de ce
dc/fein impofliblc. Car quand un homme aura
corrompu un feul de ces Exemplaires , ou qu’il
fera une Verfion infidelle de cette Ecriture ,
comment corrompra-t-il tous les autres Exem¬
plaires de ces Livres qui font dans le monde ?
de lii Religion Chrétienne, 39
Oii commenr changera- 1* il tant d’autres Ver¬
rons 2^*011 en a fait en divers tcms &: en divers
lieux.
Mais feignons encore que cela n’eft pas impof-
fible. Si l’on a corrompu les Ecrits des Apôtres ,
il faut que ç’aît écc dans rcfl'entîel, ou en des
choies de peu de conféquence : j’apelle l’effen-
ticl 5 les faits miraculeux qui font raportez dans
le Nouveau Teftament, & tous ceux qui prouvent
la vérité de la Religion Chrétienne , s’ils font vé¬
ritables. Si l’on n’a pas corrompu cette Ecriture
dans l’eflcntiel , il s’enfuit qu’elle contient affez
de faits véritables pour établir la vérité du Chri-
ftianîfmc. Et fi c’eft dansreflcntîel qu’on l’a al¬
térée, il faut qu’on y ait ajoüté les miracles de
Jesus-Christ, fa réfurredfion, fon afeenfion dans
le Ciel , l’efFüfion du S. Efprit fur les Apôtres le
jour de la Pentecôte, le pouvoir que les Apôtres
avoient de parler des langues étrangers , & de
communiquer meme aux'autres les dons miracu¬
leux. Or je fcüriens qu’on ne peut avoir ajoute
tous ces faits à l’Ecriture du Nouveau Tcfta-
ment, fans l’avoir entièrement luposce 3 puifque
la matière du Nouveau Tefiatnent n’eft compo¬
sée que de ces faits , ou de chofesqui feraportent
évidemment à ces faits , & qui feroient faulTes , fi
ces faits étoient faux. Joignons l’expérience à la
raifon, d/ conficiérons que fi les Chrétiens avoient
■corrompu îcs Ecrits des Apôtres, l’Ecriture du
Nouveau Tefiament leioic aujourd’hui toute
differente de ce qu’elle étoic dans les premiers
fiécles 3 & qu’aïanc été continuellement altérée
depuis ce tcms-là, il n’y auroit rien de fi fenfible
que ce changement. Cependant il eft aisé de s’a-
pcrccToir du contraire, & il paroît par ce nom¬
bre prefqu’infini de partages du Nouveau Terta-
ment qui fc trouvent citez dans les Livres des
Peres-, que jamais Ecriture n’a reçu moins de
chan-
40 Traité de Vérité
changement par la révolution des années ,
ceJic' là.
Il n’y a , ce me femble , que deux chofes à ré¬
pondre a cette preuve. L’une, qu’en corrompant
les Livres du Nouveau Teftament , on peut avoir
aufli change les paiï'ages citez dans les PereS.
Mais cette penfée ne fçauroic tomber dans un ef-
pric raifonnabîe ; car il faudroit Cuporer un hom¬
me immortel, qui eut eu le tems d’alterer tant de
Livres qui ont été compofez de fîécle en ficcle ÿ
êc un homme tellement maître des coeurs & des
efprits des hommes , qu’il eut pu' corrompre le
Livre le plus univerfellement lu, & le plus chè¬
rement conferve qui fut jamais, & altérer avec
lui tous les Livres des Anciens , fans qu’on s’en
aperçut , ou qu’on s’y opofât.
La fécondé chofe que l’on peut répondre, eft
que cerre corruption de l’Ecriture s’eft faite
avant qu’aucun Pere eût commencé d’écrire j
c’elT-à-dire , quinze ou vingt ans après la mort
des Apôtres. Mais nous n’avons qu’à rapeler ici
toutes les raîfons qui nous ont perfuadé que l’E¬
criture du Nouveau Tcftament n’avoit pas été
fupofée par les fuccefieurs des Apôtres : elles ne
concluent pas moins en ect endroit. Nous n’a¬
vons en effet qu’à joindre le martiredes premiers
Chrétiens , qui fans doute n’ont pas été d’hu¬
meur à mourir pour défendre leurs fixions , l’at¬
tachement des peuples aux Ecrits des Apôtres,
les divifions qui ont partagé l’Eglife immédiate¬
ment apres leur mort , la variété des Verfîons , le
nombre des Exemplaires , la Tradition confiante
& perpétuelle des Anciens, renchaînement des
faits efrentî.e!s de rEvan2;iIe, qui cfl tel , que ce¬
lui qui reçoit Tun , eft obligé de recevoir l’autre:
celui , par exemple , qui croit rAfcenfîon die
Jésus- Christ , étant obligé de croire fa Réfur-
reébion, &: celui qui nie ces faits n étant plus Chré¬
tien 5
de la Religlân Ctjrêuenné» 4^
tien y le nombre des Livres qui compofent le NoU’‘
teau Teftamenc , la répétition des memes faits
dans ces Livres , le defaut de tems & d’ocafions
pour les fupofer, ou pour les corrompre efl'enticl-
jcment ; rimpofTibilitéqu’il y a à les corrompre
cflentiellemcnc , à moins qu’on ne les fupofe tout-
à'faît ; la multitude ptodigieufe des perfonnes à-
qui il faloit împofer la nature du fait qu’il leur
faloit faire acroirc , qui eft que des foeïetez en¬
tières avoient reçu des Epîtres des Apôtres qui
contenoient telle & telle chofe qu’ils dévoient
fçavoir par cœur i l’expérience du paffé , qui nous
montre que depuis Ciement & Poiicarpe julqu’à
nous , c’ef- à-dire pendant feize Eécles , on
point corrompu eifentiellcment l’Ecriiure du
Nouveau Tcflament , la diftance des lieux ou il
auroit falu fupofer ou corrompre ces Ecrits , en
meme tems rimpolîibilitc qu’il y avoir de faire
recevoir comme vraies tant de fables , dont on
auroit aparemment rempli ces Livres (i peu de
tems apres la mort des Apôtres, c’efl-à-dircj
lorfque la mémoire dé leur prédication ctoic
fraîche & récente j le fîlence des ennemis des
Chrétiens , qui n’ont jamais parlé de cette fupo-
fîtionj la dihindlion que les premiers Chrétiens
firent d’abord des Ecrits des Peres qui écrivirent,
d’avec les Ecrits du Nouveau TePament , qu’ils
regardèrent uniquement comme la régie de leur
foi : toutes-ccs confîdcrations noue montrent ,
nous montrent évidemment , qu’il y auroit de
l’extravagance à s’arrêter à aucun de ces deux
premiers foupçons.
Je viens donc au troifîémcqui eflque les Apô¬
tres eux-memes ont écrit des fables pour faire
honneur à leur Maître, & comme c’efl le plus
confidérable ,& celui que Julien, Mahomet , Sc
prefquc tous les incrédules de ce tems preflenc
le plus, il eft juftequcje m’y arrête particulière¬
ment ,•
Traité de la Vérité
m^nr , & que je l’examine à fond dans leschapî-
.tres luivans j car aufîi c’eft là-defl'as que loùlc
la preuve de nôtre Religion.
CHAPITRE III.
§y^ie les Apôtres ri ont point écrit des chofes
P Our comprendre diflindlement , que les Au-* j
teurs donc nous parlons ne nous impofent J
point dans leurs Ecrits , il eft bon de confidcrcr j|
ces Ecrits en particulier les uns apres les autres. |
Cette Ecriture a trois parties principales , qui i
font les quatre Evangiles , le Livre des Ades, & j
les Epîcres des Apôtres.
Saint Mathieu a écrit le premier , & fon Evan¬
gile ert cite par Clemenc Evêque de Rome, Dif- ‘
ciple & contemporain des Apôtres. Barnabas-Ic
cite dans fon Epîcre. Ignace & Policarpe qui vî-
voicnt du tcms de S- Jean , }uftin & Irenée qui
vécurent peu de tems apres , Achenagore, Ter-
tulien & tous les autres Docteurs qui les ont fui-
visyle reçoivent unanimement.
Nous n’avons pas feulement l’Evangile fcfon
S. Mathieu , fur lequel il feroit allez difficile de
concevoir des foupçons raifonnables : l’Evangile
félon S. Marc fut composé enfuice , pour donner
une fécondé aide à nôtre foi. Les memes Peres
qui rendent témoignage à l’un , en rendent à l’au¬
tre. Papias, Clemenr, Alexandrin, J uftin, en font
mention; & S. Irenée raporte que Marc Difciple
de S. Pierre , le compola des chofes qu*il avoir'
oiii dire à ce dernier.
Saint Luc, qui s’attacha à S. Paul dans tous
fes voïages , écrivit un troifiéme Evangile , que
les Anciens reçoivent auffi.
de la Religion Chrétienne, 4f
Çofa un quatrième, fur la fin de Tes jours , com¬
me nous Taprenons des premiers Douleurs de
TEglife. Cet Apôtrîdcclare^ur la fin qu*il en efl,
l’Auteur: C'ejlicih Difciple qui a rendu témoi¬
gnage de ces chofes , qui a vu ces chojes*
^ Il eft d’abord remarquable , que les quatre
E)fcangelifi:es , qui conviennent dans la fimplicité
avec laquelle ils écrivent , font pourtant d’un ca-
radlere different. S. Jean s’exprime d’une maniè¬
re qui paroît affezfimple, fi on la compare avec
celle de S. Luc , qui étant Médecin , devoir avÿt
Je fiile un peu plus élevé que S. Jean, qui étoîc
originairement un pécheur. Ce qui nous ôte d’a¬
bord le foupçon que nous pourrions concevoir,
que tous ces Evangiles aïent été compoCez pat
un même Auteur.
Nous remarquons en fécond lieu, que bien que
ces Ecrivains conviennent dans rcffentiel des
chofes qu’ils raportent , il y a'entr’eux quelque
petite diverfité , qui nous montre fenfiblement ,
que ces Ecrivains n’ont pas composé leurs Evan¬
giles de concert: la providence l’aïant ainfi per¬
mis pour affurer nôtre foi.
L’incrédulité pourtant ne s'arrête pas là. Elle
concevra que les Difci pics de Jesu s s’érant a(-
fembicz à Jerufalem après la mort de leur Maî¬
tres, ils prirent des mefures pour faire acroîre aux
hommes certains faits fabuleux , qu’ils marquè¬
rent avec beaucoup d’exaditude & de précifion ,
de peur de fc couper dans le t.émoignage qu’ils
en rcndoîent ; & que comme ils eurent enfuite
fondé pluficurs Eglifes par leur prédication ,
quelques-uns d’eux eurent le foin de rédiger par
écrit ces memes faits qu’ils avoient prêchez par
tout, apres les avoir inventez. Je penfe quec’eft
là ce qu’on peut imaginer de plus fpecieux fur
ce fujet.
Il fuifiroit peut-erre de fc reflbuvenîr ,pour
réfuter
44^ Traité de la Vérité
rcfuter cette imagination , qu’il eft atfurcîe $6 ;
penfer que des Pêcheurs (impies & grofTiers y.
abatus par la mort ck leur ^üaîire, defabulez de |
l’opinion qu*il fur leur Meïlic , (i timides , qu’ils i
s*en croient fuis lors qu’on Tavoit pris pour le j
crucifier , s’avifent de concevoir le deffein '
tromper les autres , lors qu’ils fe trouvent eux- .
mêmes fi miférablcmcnt trompez s qu’iis ofent J
i-nvenrer un fait qui doit attacher un oprobre i,
éternel à leur Nation , & qui fera regarder les i
Jmfs comme des meurtriers exécrables j que tous ;
lesDifcipIes confpirent dans ce deffein : qu’aucuii' ji
n’avouë la vérité j que la diftanre des lieux, la ,
rigueur des fuplices , la force de la vciitc , les ;
mouvemens de la confcîence, les apas du monde !
qu’ils perdent par leur proftfîion , ne foient pas
capables de rompre ce concert de menfonge &
d’impoüure j qu’ils foiiffrent avec joïe pour con¬
firmer des fables 5- qu’à la confiance ils ajoutent
les bonnes mœurs j que des impo (leurs ne prêchent .
que la vertu , la tempérance , la charité a l’amour
de Dieu, l’huiTiilité j qu’ils nous ordonnent d’ai¬
mer nos ennemis , ^ de bénir pour l’amour de
Dieu ceux qui ncns'mairdiffent ; que le menfonge
enfin fuît pour la première fois à répreuve des
tourmens y la fimpücité de quelques hommes
grofiiers fufceptible de cette amhitipn délicate,
qui confifie à vouloir s’immorralifer par les
tourmens & par la mort , & la malice de quelques
împofieivrs capable de faire régner la charité,
d’établir dans fUnivers toutes les vertus, de dé¬
truire l’idolârrîe Païenne, en faîfant adorer par
tout le vrai Dieu, & d’acompHr tous les oracles
qui regardent la vocation des Gentils.
Cette confidération devient beaucoup plus
force & plus confidérable, lorfque l’on confidére
la conduire des Apôtres par onofition à celle des
Hérétiques qui troublèrent l’Eglife.prefque dans
fa
de Ix Religion Chrêtiânno. 4^
fâ ndiiïance. Combien (î^org^eiI , d’intérêt &c
d’ambition voii-on d’abord paioîcre en eux? Ils
ne penfent qu'à faire des Sectes. Chacun s’érige
en Chef de parti. Simon fedifoit la grande vertu
de Dieu 5 & il apeloic fon Heléne le S. Efprit.
Menander vint apres lui , qui pretendoie être
une vertu envoïée du Ciel pour lefaîut des hom-
ines. Bafîlides fe vantoit d’annonçer des chofes
plus hautes & plus admirables que ces deux pre¬
miers. Et Ton doit mettre dans ce même rang
Ccrinthus, Carpocrate, Mardon , qui ont
tous enchéri les uns fur les autres , dans la vue
de s’criever eux-memes 3 fans parler maiintenant
de ce qu’ils feignoient que ceux qui étoient par¬
venus à un certain degré de copnoiflance ^ qui
jccoit 5 (elon eux , uu état de peifedîon, pouvoienc
vivre comme il leur plaifoit , & s’abandonner à
toute force de pallions. Voilà quel eft le 'carac¬
tère des iniüofteurs.
Si les Difciplçs de Jesus*Christ ont inventé
les chofes qu’ils ont écrites après les avoir pre»
chées,ilsonc du regarder la Religion comme une
fable. D*oii vient donc qu*on les voit fi diffciens
de CCS Hérétiques dont nous venons de parler J
Pourquoi, au lieu d’inventer des dodfrînes favo¬
rables à leurs pallions, comme les Gnoftiques,
|?rêchent - ils une morale qui tend à mortifiée
toutes les mauvaifes pafiions ? Q£e ne s’érigent-
ils en Chefs de parti ? Pourquoi chacun ne fe fait-
il pas honneur à lui même ? Pourquoi conTpirent?
ils à élever un autre , étant fi unanimes , qu’ils ne
fe contredirent point; fi humbles, qu’aucun ne
prétend être le Maître & le Chef 3 fi definterel-
fez , qu’aucune des palTions humaines ne paroîc
avoir de part à leur conduite ?
D’ailleurs , il cfi remarquable que ces anciens
Hctctiqiies dont nous venons de parler, inven-
foient bien des points de doêlrine à l’envi les
^ Traite de la Vérité j
uns des autres. Ils imaginoienc des Eones învîfî-,
bîes. Ils raifonnoient Ibr le principe du monde. !
Ils donnoient des idées extrêmement bizarres de
jEms-CHRisT & du S. Efprit. Ils établiflbienc I
une fubordination de veftus céleftes : & comme I
c’ctoicnt-là des dogmes qui dependoient delà fpé- i
culation , & non pas de Texpcrience , il leur ctoic !
aisé de s*en fervir pour féduire les fimples. i
Les DiTcipIesde Je s u s-C h ri s t au contraire i
confirment ce qu’ils dilent , non par des Eones & >
par des Spéculations abflraîtes & impciKtrabîcs , '
comme ces impofteurs, mais par des faits dont la il
connoiffancc dépend des Cens : & les fens des per- I
fonnesles plus fimples font, comme chacun fçaic , j
auffi éclairez que les fens des perfonnes les plus )
habiles Ce qui marque qiuiis n’avoient aucun t
deflein de tromper les hommes.
Mais ce n’eft' pas affez que de faire voir que les j;
Difciples de J e st/s ne font pas d’un çaraâere à |
inventer /es chofes qui font le fujet de leur predi- •'
cation i allons plus loin , & montrons qu’il eft ab- f
jfolumeint impoOiblc que les Difciples de J e s u s- [
Christ aïent invente ces chofes. ;
C H A P I T R E IV. , i
les Difciples de fefus'Chrift ne pouvoient !
impofer fur ce qui fait la matière de leurs 1
Ecrits , OH de leur prédication, i
COmme le premier deJfTcin d’un impofleur eft I
de cacher la tromperie qu’il prétend faire,
il eft aflez facile de remarquer fon intention &
fon adrcfl'c dans le choix des circonftances qu’il !
raporte.
S’il invente un fait , il feindra qu’il y a long- !
temps qu’il eft arrivé ; ou que c’eft dans un païs ;
eJoigné quela chofe s’eft pafl'ée 3 ou qu’elle n’a |
de la Religion Chrétienne, 47
été vue* que de peu de perlonncs i ou que ceux
qui en ont çté les témoins font mores 5 ou que c’eft
un fait unique & fîngulier qui n'a pas eu de fuite
& dont on ne fçauroit plus donner une preuve
icnfible. Enfin quelque chofe qu’on invente, ou
fe referve des voies de fe tirer d’embaras, en cas
qu’on fut trop preffé par des gens qui pourpienc
s’inrereflér dans le fait qui efl raporté.
Or ici nous remarquons d’un côté , que les faits
qui font raporrez par les Apôtres , intereflenc
très particulièrement les hommes , & intereffenc
tous les hommes. Les Juifs qu’on veut faire
palier pour des parricides execrab’es , ne feau-
roient les conlidérer avec indilference. Les
Chrétiens, que la vérité de ces faits engage à
foufFrir le martire , doivent les examiner avec at¬
tention. LesPa’iens, dont ces faits une fois re¬
connus vont rüiner de fond en comble les mifle-
rcs , ont un très grand interet à ne confentî^
point à leur fupolîtion. Les Pontifes jaloux de
leur autorité , les Magiftrats ennemis des nouvel¬
les Sedes , & le peuple cfclavc des préjugez de
la fuperftition , font dans une toute autre difpoh-
tion que dans celle de recevoir ces faits fans exa¬
men.
Nous remarquons d’un autre côte , que ces
hommes qui les annoncent , non- feulement ne fe
ménagent point dans le choix des circonftances
qu’ils raporcent , mais qu’ils en marquent de li
cxprelles , en li grand nombre , & qui dévoient
être li connues, qu’il faut qu’ils foient d’abord
démentis , ou que nous acquiefeions à ce qu'ils
nous difent.
Car I. li vous demandez, Ou eft-ce qu’on a
rendu témoignage à la vérité de ces faits ? On
vous répondra , que c’eft fur les lieux mêmes cii
les ciiofes fe font palTecs, dans la Judée , à Je-
iüfalcm. Et afin que vous n’en douticîf point , on
^yous
4^ Traite de la Vérité
vous fera voir par le témoignage de toute raiitîw’
c]aicc, que les Apôtres étaDÎircnt par leur prcdi-*
cation une Eglife à Jerufalem. j
II. Si vous vous informez du tems 5 c’efl dans
Telpace de trois ans que les miracles de J Esus-i
Christ, fa Mort, fa Réfurrcdlion & fon Afceii'- i
fion doivent être arrivez ; & c*eft quelques fe-
maines apres ce dernier evenement , que les Apô-i
très commencèrent de prcclier publiquement à
Jerufalem. i
III. Si vous voulez fçavoîr quels font cesi
témoins qui dépofent que ces faits (ont véritables, j
on en produit un tres- grand nombre qui vivent , i
& qui ont convetfé avec J e s u s-Ch R i s t.
I V. Si vous cces en peine de fçavoir quelle Ij
efpece de faits on atefte ici : on vous montre que |
ce font des faits fenfîbles & cclatans , des malades !!■
guéris, les orages de la mer apaifez , les morts |
relevez du tombeau , un homme qu’on a mis à |
mort, converfant avec fes Difciplcs , & montant | ,
Ciel , &c, i
V. Si vous regardez au nombre, on vous fait ji
voir que toute la vie de Jesüs-C h R i s t n’a été î :
cju’une fuite continuelle de miracles. i .
VI. Et (i vous demandez enfin , quelles font j
les preuves fenfiblcs qu’on peut vous en donner ? :
Les Apôtres fe vantent d’avoir reçu eux-mc- ‘
mes les dons miraculeux 3 & nous verrons dans 1
la fuite, que c’eft à jufte titre qu’ils *s’en van- |
tent.
UniflTez maintenant toutes ces circonftances, & 1
voïez fi vous pouvez réfifter à l’évidence qui
naît de leur union. Comment les Apôtres au- !
toient-ils perluadé tant deper(bnnes inrereflees , |
tant de perfonnes qui avoient vu & connu j
J Esu s- Christ ? Comment ne leur auroic- on *
pas ôrc d’abord toute créance, en allant fur les ■
lieux , & recherchant fi ce qu’ils difoient croit ^
vcii-
âe la UeUpon Chrétienne, 4^
V&rîtabîc ? Oa plutôt , comment ofant publier
ces chofes dans les lieux où il faloit qu’elles fc
fuflert paflèes , les Juifs n’auroient-ils pas arreté
les piogrez de l’Evangile , en découvrant iineim-
poOnre fi vifîble & fi manifefte ? Car enfin, les
Apôtres n’annonçoient pas un feul fait de cette
nature. Ils difoient que leur Maître avoir rcfTiif-
cite Lazare, le fils delà veuve de Naïm, la fille de
Jaïriis i qu’il avoir guéri un nombre prefque infini
de démoniaques J de fourds, d’aveugles h de pa-
ralitiques ; que fa renommée s’écoic répandue dans
toute la Syrie.
Les Apôtres ne fe contentent pas de prê¬
cher toutes ces chofes , ils les écrivent ; & leurs
Ecrits font portez en tous lieux. Ils ne fe ca¬
chent donc pas. Ils veulent que tout le monde
connoifTe la vérité des chofes qu’ils'témoignent ^
& qu’on examine tant qu’on voudra les faits
qu’ils raporrent. Ils les donnent & les produi-
Icnt de toutes les manières. Je veux qu’on ait
compofe ces Livres quarante , cinquante , foixan-
te ans après la mort de J e s u s-C h R i s T : tou *
jours eft-il évident qu’avant ce tems il y avoir
une Eglifc à Jerufalem, qui avoir été fondée par
la prédication des Apôtres ; & il eft certain que
les Apôtres avoient annoncé de vive voix , les mi¬
racles & la réfurredioû de J e su s- Christ, c’efl-
à- dire les faits eflcntiels qui font contenus dans
cette Ecriture.
Car le moïen fans cela de faire adorer un
crucifié > Comment perfuader fans cela , que
Jesüs-Christ étoit le vrai Mcflie ? Comment les
Chrétiens c^iiroicnt-ils regardé comme divine,
une Ecriture qui auroit fupofé que les Apôtres
leur avoient annoncé ce qu’ils ne leur avoient
jamais annoncé en effet ? Par quel accord quatre
perfonnes qui écrivent en des lieux & en de
tems differens , & qui ne fc copient point les
Tome 11, * ^ yns
JO Tmité de Ist Vérité
uns les autres , comme il cft impoflible qu’on ne
s'en aperçoive, lorsqu’on les lie avec tant- foie-
peu d ’aplication , & que l’on confidere leur dif¬
ferente maniéré de raporter les memes chofes,
s’acorderoient-ils à nous aprendre les mêmes
faits, fl les Apôtres ne ^s’étoienc pr^nnierement
acordez à les prêcher par tout ? Comment les
Apôtres auroient-ils fait des Chrétiens , s’ils
n’euffent annoncé les Miracles, la Réfurreêlion
Bc l’Afcenfion de Jésus- Christ , puisqu’il n’y a
plus de Chrinianifme , ü ces faits ne rubfiftenc
plus ? Mais volons , les impo (leurs ont beau (’ç
déguifer , ils fe découvrent , quoi qu'ils fal-
fenr,
chapitre V.
oh Von examine plus particulieyement ^ fi les
Apôtres ont pâ , ou voulu tromper
les hommes,
DEs gens qui veulent trompéi TUnivers ^
doivent avoir plus d’efprit , d’adrefl'e ^
d’habilifé que les autres i & cette adrefl'e ,
cette habilité & cét efprit paroiffent dans leurs
Ouvrages, en dépit de leur art &: de leur polU
tique.
Mais lorfqüc j’examine les Auteurs que nous
apelons Sacrez, je ne trouve ni adreire,ni af-
fedation dans leurs Livres. Tout m’y paroîc
fimplc, nud , ouvert. Ils raportent fort' exacîfe-
ment leurs propres défauts & leurs propres foi-
bk.ffes. Ils ne cachent point leur ^ritable ex-
;raêlion : Ils marquent leur propre ambition ,
dans la difpute qui s'émlit enrr’eux , pour (çavoic
lequel feroit le plus grand dans le régne iîorif-
fant du McnTie 1 leur grofficrc ignorance , dans la
manière dont ils inrcrrogcoienc li fouvent leuç
^ ' Maître,
de la, Religion Chrétienne. f £
îMa:î:re, & dans celle dont ils fc demandoient les
•Uns aux autres , 6^*e(l-ce à dire cela, rejfufciter
des morts ? leur lâcheté , dans leur fuite à la ve¬
nue des foldats qufvçnoient prendre leur Maî¬
tre 5 & leur incrédulité , dans les doutes qu’ils
formèrent fur lefujetde fa Réfurredion.
Tout cela nous marque une extrême finccrité^'
& un grand défi n ter effement. Mais il naît ici im
foupçon qui peut fembler confidérabîe, & qui
mérite bien que nous rcxaminioiisS un peu. (^lî
Içait, dira-t-on , iî ce n’eft pas là une bonne toi
afîcdée j S: fi ce n’efi pas pour nous tromper
plus fürcment,que ces Ecrivains fonc paroîcre
cette naïveté 5 qui nous préocupe en leur faveur?-
Je ne dirai pas > pour détruire cette penfée,qae
les Ecrivains dont il SL*agit font originairement
des Pêcheurs & des Péagers , 6c qu’il {croît tout-
à fait étrange que la fimplicité fin aflFcdée en
des perfonnes de cette naiiflfance 6c de cette édu¬
cation , ou qu’ils dcvinflenc capables d’un rafine-
ment 6c d’une politique , donc on auroit bien de la
peine à nous montrer un exemple parmi les plus
habiles de ceux qui ont jamais entrepris de trom¬
per les hommes.
Je ne dirai pas non plus , que les quatre Evan-
geliftes n’aïant nullement écrit de concert, il fe-
roit fort étonnant qu’ils fe fufifenc rencontrez
dans le deflein de furprendre la crédulité des
hommes, en écrivant d’une maniéré fimple &
ingénue 5 6c que non- feulement les quatre Evan-
geliftes fufient entièrement conformes à cct
égard, mais qu’ils s’acordaflent aufii avec les
autres Auteurs du Nouveau Tefiamenr.
Il fu/fit de remarquer , qu'ils raportent quel¬
quefois des chofes , qui à une première vue don¬
nent des idées que la piété rejette , 6c dont Tin-
crédulité fe ferc pour combatre la Religion
Chrétienne en attaquant fon divin Chef : cc
C ij qu’ila
jt Traité la Vérité
qu’ils n'auroient jamais faic , s’ils euffenf contre?*' i
fait Jes ingénus par politique. Ainfi on demande, j
pourquoi Jésus- Christ, qui croit affujeti
à fa laînte & bien-heureul^ Mcre , félon lare- |
marque des Evangeliftes , lui fait cette reponfe, |j
qui lémble avoir quelque chofe d’affez rude ; |
femme, quy a-î-il entre toi ^ moi ? Mon heure n e[i \
pas encore venue, Ainli J ulien TApofiat , Celfus , i’
Porphire , & les autres ennemis de la Religion i
Chrétienne, ne ceffent de dire que J esus donna des
marques de foibicfle au jardin deGetfemané , ou 1
la crainte de la mort lui fit Tuer des grumeaux de j
fang , & où il s’écria plufieurs fois, Vere , s il e[h I
pofjîhle , que cette coupe pajfe arriéré de moi , fans I
que je la boive ! Et ils prétendent que cette excla¬
mation de Jesus ChRist attaché à la Croix, Mon
'Dieu J mon Dieu y pourquoi m as-^tu abandonné ï !
fur une expreffion de fou defefpoir. ,
Je ne fçai ce que je dois le plus admirer ici, (
l’impudence de ces fuperbes ennemis de nôtre . j
Religion , ou la force de la vérité , qui renaît de^ |
efforts que l’on fait pour la détruire. Car pour j
la première, fi les ennemis des Chrétiens n’ajoü- |
tent point de foi au laporc des Evangcliflcs i
d’cii fçavent-ils que Jésus- Christ pronon- |
ça ces paroles , qui leur donnent lieu de pen-? !
1er qu’il ait manqué de confiance ? Et s’ils ajoü- '
tent foi au raport des Evangclifics , pourquoi i
jxfufent-ils de croire tant de faits miraculeux i
que les Evangeliftes écrivent , après en avoir éic ,
les témoins ? !
Il eft certain que nous trouvons dans nos prin¬
cipes dequoi expliquer ces palfages qu’on nous i
objecîfe. Le difeours que Jesus-Ch R i s T tient
à fa bien-heureufe Mere , nous fait feulement
comprendre combien il étoit jaloux des devoirs !»
de fa vocation. II lui parle comme Médiateur
entre Dieu gc les hommes, celui en qui elle dç- .
voit !
de ta> Kèltgion Ùhrétîènnê. ^
vôk croire pour erre fauvce 3 & c]ui doute qu eu
cette qualité il n*eat' de J’empire fur elle î
Pour la triftelTe qu’il témoigna dans fon ago<^‘
nie, cJie pouvoir avoir une double caufej Tune na^^
turclle, & l’autre futnaturellc. Il pouvoit crain¬
dre la mort en tant qu’homme. Il pouvoit donner
quelques plaintes innocentes aux douleurs de fa
nature. Mais ce n’eft pâs là ce qui fait la plus
grande rigueur de fes tourmens. I! efl chargé des
péchez des hommes , & fournis à la maledidion
de la Loi. II regarde Dieu comme fon Pere , Sc
Dieu Ce prelente à lui comme un Juge irrité.
Plus il aime fon Pere, & plus il fent la douleur
d’en être éloigné. La mefurede fa vertu fait la
mefure de fes fouffrances ; Sc c’eft un langage
d’amour', plutôt qu’un langage de defefpoir ,
que celui qu’il tient à fon Pere.
Que (i les incrédules me difent ici , qu’ils ne
font pas obligez de fouferire à mes explications ,
parce qu’ils ne fçavent pas fi elles ont de fonde¬
ment que dans mon imagination : je leur permet¬
trai volontiers de Concevoir ce doute , & de le
conferver, jufqu’à ce qu’ctabliffant mes princi¬
pes, j’aïe le moïen de fatisfaire encore plus
pleinement à toutes ces difficulccz. Mais cepen¬
dant je pretens qu’il n’y eut jamais rien de fi
démonftratif que ces paflages, pour faire voir la
bonne foi des Evangeliftes , & je foütiens que la
bonne foi des Evangeliftes bien démontrée prou¬
ve invinciblement la verite de la Religion Chré¬
tienne.
En cfet , ou ceux qui ont composé les Evan¬
giles, ont eu deftein de tromper les hommes en fa¬
veur de Jesus-Christ & de fa Religion, ou ils
n’ont pas eu ce deflein. S’ils ont eu ce deffein , ils
fc feront bien gardez de marquer toutes les cir-
coniftanccs de la mort de leur Maître, qui peuvent
faire penfer qu’il ait manqué de courage, ou qu’il
C iij fe
^4 de la Vertiè
le foît cru abandonne de Dieu. Ét s’ils n'oftC paâ
eu Je dcflein de tromper les 'hommes , en écrivante
les faits cjui'font contenus dans TEvangile , il faut)
dent les regarder comme des Auteurs finceres ,
c]ui ne nous tromperont point , à moins qu’üs
niaient etc trompez eux-mémes. De forte c]uc
pat là toute laqueftion fe réduit à (çavoirj, li les
faits dont ils nous parlent font d'une nature à
pouvoir être rèçiis par illufion. Il ne faut que
conficîcrcr fi tous les Difciples ont pu voir uii
nombre prefqiie infini de miracles cclatans & fen-|
libîes, des corps reflufeitez, des malades guéris ,!
&c. & croîfe eux-mêmes faire des miracles, fansl
que tout cela foit vrai. j
Ce n’cfl plus ici le lieu de dire , que les Evan- ‘I
gelides ont affedé de paroîrre fimples & naïfs, El
pour empêcher qu’on ne fe défiât d’eux. Siç’a-;
voit etc là leur deljcin , ils fe feroient bien donncH
de garde de fournir aux impies ces paflages (urj
lefqueJs ces derniers bâtiflént leurs triomphes iii
imaginaires. On n’a aucun (ujet de croire non 'i
plus, que les Evangeliftes raporrcnc ces paroles ,
parce que leur fimplicité ne leur permet pas de l!
dilcerner fi clics font contraires ou favorables à
leur caufe. Car comimcnt des gens qui ont aficz '
d’cfprir pour tromper les autres, en auroîent-ils :
fi peu dans cette ocafion \ Faut- il être fort ha- '
bile , pour aimer mieux faire fon Maître cpn-
fiant & intrépide , que le reprefenter faifi de tri-
fieiïe jufqu’à la mort 1 Cependant ce n’efi pas i
leulement un Evangelift'e qui raporte l’hifloirc *,
de fa paflion de cette maniéré , ils conviennent
tous à cct egard. D’où vient cela f fi ce n’eft de ;
ce que fe propofant uniquement de dire la vérité,
ils la difent fans confidèrer l’impreflion qu’elle
doit faire , & fans examiner li les incrédules n’en ,
prendront pas ocafion de calomnier la Religion
Chrétienne.
j de h Religion ChYetitmè. ff
j Cependant , fi tout ce que nous venons de dire
ne fuffit pas , je confens que nous entrions dans
I un examen plus particulier de la matière qui eft
I contenue dans les Evangiles.
CHAPITRE Vr.
Où t on examine les chofes qm font contenues dans
l'Evangile , four voir fi elles font fufce^tibles
d'illufion & dimpoflurei
CEs Livres contiennent une infinité de chofes
rares , divines , admirables s mais les prin¬
cipales peuvent fe réduire à ces quatre chefs,
î. LanailTance, la généalogie & rédacation.de
J bsüs-ChrisTj avec toutes leurs circonliaa-
ces , dont nous ne parlerons pas maintenant y
pour être moins long , & parce que nous en avons’
déjà fait mention dans nôtre première Partie.^
1 1. L’exercice de fa charge, confirmé par une
infinité de miracles depuis (on Baptême jurqu’a
fon Afeenfion. 1 1 î. Sa conduite &; fa raintetc
exercée en plufieurs maniérés , Sc brillante par
pluficnrs difErrentes allions. I V. Ses enfeigne-
mens & fes prophéties. Dé ces quatre diffeicns
endroits fortent des raïons de vériic qui répan¬
dent un beau jour dans toute cette matière. Sui-^
vons les par ordre i de fur tout n’oublions point
nôtre metode , qui cft de former en pafi'ant le plus
de difiicultez que nous pourons , & de les propofet
dan^ toute leur force , afin que les incrédules ne fe
plaignent pas de nous.
On peut confidérer dans les miracles de
Jésus-Christ, leur nombre , leur variété ,
leur grandeur, l’éclat qu’ils firent , & la maniéré
dont ils furent reçus. Les Evangelihes nous en
font connoîcre le nombre , la variété & la gran¬
deur , en nous aprenant qu’il changea Tcau en
Traité de la Vérité
vin à Cana> qu*il rendit la vue aux aveugiC§; '
roiiic aux fourds, la iQintè aux malades > quil
guérie des lépreux, des paralitiijucs , une per-^ '
fonoe qui avoir Ja main lèche , un hidropiqu*
une femme affligée d*une perte de fang i qu*il
jecca hors piufieurs diables , rejfiTufcîca plufieurs
morts, calma les vents & la tempête & raflafia
miraculeufcment les troupes dans le defert en i
diverfes rencontres. Ces miracles font en grand i
nombre , paroiflent extraordinairement divers > i
& r.r peuvent être produits que par uncpuiffaii- J
ce divine. J
Il faut encore ajouter , qu’ils font d’une nature ' j
à ne pouvoir être cachez, & a fraper ncceflai- |
lement les yeux d’une infinité de témoins. De |
forte, que fi les Apôtres les avoient inventez , 1
ils fe feroient expofez à être contredits par une i;
infinité de perfonnes.
Cependant il paroît que les plus mortels en* 1
nemisde Jisus-Christ n’ofoient tout-à-fait en . i
démentir Tcvidencc, puis qu’ils raeufoient de gué»- .|
lir des malades au jour du Sabbat *, & qu’ils i
ptetendoienc qu’il jettoit hors les diables par
Eceizebut Prince des diables ; cette maniéré
de le calomnier étant un aveu forcé de fapuif- -
fance infinie , & un témoignage qu’ils ren-
doient en dépit d'eux-mêmes à la vérité de fa
vocation.
Au reflcjon croira facilement que les Evan-
gelifles n'ont pas inventé ce qu’ils font dire à cét
égards aux Scribes & aux Pharifiens, puis qji'ils
s'acordoient tous dans le raport qu’ils en font^
qu’ils reprefentent Jesc/s-Christ réfu¬
tant cette calomnie , & nous aflurant à cette
ocafion , que le blafphême contre le S. Efprit
ne feroie jamais pardonné aux hommes , ce qui
n'eft pas d'une nature à venir facilement dans
rcfpiic , & qu’enfin les Juifs qui font venus en-.
âe la. Religion Chrétienne-
filîte , ctanr contraints de reconnoître cjue
Jescs-Christ avoir fait divers prodiges , ont
etc obligez de dire , qu*il avoit trouvé la vérita¬
ble nfanicre de prononcer le grand nom defeho^ ai
& que c’eft par la force de cette prononciation,
dont il avoit trouvé le modèle dans le Temple ,
qu’il avoit fait tant de vertus. Voïez dans quel¬
les opinions extravagantes on s’engage, lors qu’on
fuit la vérité.
Mais fans s’arrêter à toutes fes cbimercs , ü
me femble qu’on ne peut raifonnablement nous
contefter ces deux véritez. L’une , que Jésus-
Christ prétendoit avoir fait divers miracles.
C’eft* là en cfet ce que fes ennemis lui repro¬
chent, lors qu’étant au tour de fa croix, ils
difent : S’il a, fauve les autres , ({ue yiefe fauve^
t-il lui- même ? §luil defeende de la Croix, & nous
croirons en lui. L’autre eft, que les Difcipks
qui l’avoient fuivi fçavoîent fort bien s’il avoir
fait des miracles , ou s’il n’en avoit pas fait.
Car s’âgiftant ici de miracles fenfibles, écla-
tans, & qui étoient vifîblement au deftus des
forces humaines , ils ne pouvoient ignorer ce
oui en croit.
Cela étant, je confîdére que d’un aftez grand
nombre de Difciplcs qu’avoit J e s u s-C h R i s T ,
il ne s’en trouve que deux qui lui foîent infidè¬
les î mais on les voit bientôt tous deux donner
gloire à la vérité , quoique d’une maniéré difFe-
re«tc. L’un eft touche d’un regret tendre , Sc
pleure amerement. L’autre eft pourfuivi par les
remords de fa confcience, qui i* obligent à fe don¬
ner la mort.
Je voudroisbien fçavoir d'oû vient le repentir
de S, Pierre, & le defefpoir de Judas, fi Jésus
n’eft qu’un impofteur. Car s’il fc vante à faux de
faite des miracles, il eft impoffible que ces deux
hommes, ces deux témoins perpétuels de fes
C V allions ,
J 8 T Y dite de la Ver hé |
adions , ne le fçachent j & s’ils fçavent que Jésus- j
Christ le vante à faux de faire des niirades,'
d’e II peuvent venir le repentir de Tun , & le de-
fclpoir de Tautre f •
Il ne ferviroit de rien de chîcanèr fur rhifloirc j
de Judas, que les Ecrivains du Nouveau Tefta- :
luenr nous reprelentent comme publique & con- i
nue de tout le monde. Lui donc , dit S. Pierre au |
chap. I. du Livre des Ades , $ étant acquis un |
chanjpdu falaire de méchanceté ^ cèt* s' étant pré dpi- i
ié y s e fi crevé par le milieu y ^ fc s entrailles ont été \
répanduès. Ce qui a été connu y ajoiire-t-il y de tous !
leshabitans dejerufalcm : de forte que ce champrlà j
ft été apellé en leur propre langue , Haceldatna > ü
c'efi-à-direy le champ du fang. Peut- on mieux Ij
particnlarifer les chofes ? Et ne faudroit-il pas j
que l’Auteur du Livre des Ades eût perdu !« I
fens, s’il avoir prétendu pouvoir inventer toutes '
ces cîrconflanccs, & les mettre en la bouche de i;
faînt Pierre, fans être d’abord démenti, ou fans i;
expofer celui qu*il fait parler, à la mocqueric de |ji
tout le monde ? ii
Les Evangeliftes circonPantîent de meme la }
mort & la rcfuriedîon de Jesus-Ch RI s T. Ils |
difent que fa mort fut acompagnee d’une éfroïa- ij,
ble obfcurîté, & d’un tremblement de terre , que l|'
les pierres fe fendirent, & que le voile du Tem- j*
p;e fut déchire depuis le haut jurqu’au bas. Il |
f.iut avoiier que h tout cela eh inventé , ces |i
Ec' ivaîns ont perdu la raifon , de choifir ainfude j
pareiPes circonftances pour vouloir les faire j
acroîre* Eft-ce une chofe bien facile, que de
p-Tfuader à tous les habitans de Jerufalem , que j
le jour que Jésus- Christ fut crucifié , le voile j
de leur Temple fe fendit ÿ & qu’on vit divers
prodiges éclatans ? N’eh-ce pas là un bon moïen j
de trouver créance parmi les hommes ? Et des 'i|
gens qui raporcer oient ces chofes contre la con- 'i
noififancc I
r de lit Keligion Chréiîenne. Ç9
f noîtTance publique , & (i peu. de tems apres qu*el-
I les dévoient s’étre paflccs, pouvoienc-ils gagner
I plu fleurs milliers de perfonnes ?
Pour la Réfurredion de J f s u s-C h R i s T , les
Evangeliftes raportenc, que Ton tombeau fut Ice'-
]c;qu*on y mit des Gardes ; que les Gardés dirent
le lendemain , que les Difciples de J e s u s ctoienc
venus enlever fon corps lorsqu’ils dormoient, &c.
Si vous doutez que les foldats gagnez par les-
piincipaux Sacrificateurs n’aïent raporté que le
corps de Jésus- Christ avoir été enlevé par fes
Difciples , S. Mathieu vous le dira d’une maniéré
qui vous empêchera d’en douter. Or, dit-il.,
qaes- uns delà Garde vinrent dans la ville , ra-
portèrent aux principaux Sacrificateurs toutes les
chofes qui étoient arrivées. Ceux-ci donc s étant
ajfemhlcz, avec les Anciens , ^ ayant tenu confeil^
donnèrent une grande fomme d' argent aux foldats,
en leur difant , T>ites , fes Difciples font venus cette
nuit, Lont emporté comme nous dormions,
fi le Gouverneur vient à ff avoir cela , nous le lui
perfuaderons , '^'ous mettrons à couvert* 'Eux
donc aiant reçu 1* argent , firent comme ils avoient
été en feignez : Ô* t:ette parole a été divulguée par^^
milesfurfsjufqHacejour,
L’Evangile n’a garde de vouloir impofer au
public fur des choies qu’il prétend que le public
a fçu. Il faut donc avouer qu’on mit dès Gardes
au tombeau de Jésus , & que ces Gardes firent le
raport qui cil marqué par les Evangeliftes, ou du
moins qu’on crut que ç’avoît été là leur raport.
Toute la queftion donc fe réduit à fçavoîr , fi les
Difciples ont efFedivement enlevé le corps de
Jesus-Christ au milieu de plufieurs Gardes qui
étoient là. l*on confidére un peu la perfon-
nc de ces Difciples , qui étoient de pauvres Sc de
timides pécheurs , leur difperfion , leur abate-
tnent , la triple abnégation du plus courageux
G vj . d’entre
Truite de la Vérité
d cntr’eux , avec toute's les autres circonflan-
ces de cct événement ; & l’on trouvera que
bien loin d’cxccuter une entreprile fi ‘dange-
reufe, il eft impoffibic qu’ils en euflent conçu
le deffein.
AufTi Pilate fut -il fi perfuadcdela vérité de
la Réfurredtion de Jesus-Christ, qu’il en écri¬
vit à Tibere j & ce fut fur la Lettre de Pilate
que cét Empereur étant allé au Sénat, propofa
de mettre Jesus-Christ au nombre des Dieux.
L’on n’a aucun lieu de tenir cette hiftoire pour
lufpedle, fi l’on confidére que c’eft Tertulien
qui la fait dans une Apologie qu’il adrefle au
Sénat & aux Empereurs Romains, qui n’avoient
qu’à faire chercher dans*leurs Regiftres pour y
trouver les Adles de Pilate, comme tous ceux
qui faifoient des Apologies pour les Chrétiens,
les y exhorwDÎent fi fouvent.
Cependant nous n’avons pas grand be foin de
ce témoignage du dehors. Rien n’eft plus lié que
les véritez le font ici 5 & il ne faut que lire les
Evangiles , & les lire avec attention , pour en de¬
meurer d’acord. Nous avons vu les miracles de
Jesus-Christ avec leurs circonftanccs, & nous
allons montrer que fa fainteté a été bien digne
de fes miracles.
CHAPITRE VIL
Tte U fainteté de J E S V S‘C H R I STj
SI Jesus-Christ n’étoît point véritablement
le Mefiie&le fils de Dieu > & s’il fe vantoît à
faux de faire des miracles, fes Difciples ont du le
regarder comme un impolleur j delabufez d’ail¬
leurs par fa mort ne voïant point d’exécution
de fes piomcfiTes. Et s’ils l’ont regardé comme un
impofieur,il n'y agueres d’aparenec qu’ils aient
conçu
; • de la 'Religion Chretlennë. ét
l^onçu le Jcfl'ein d’en faire un modèle de vertu &
de perfedion c]u*ils dévoient piopofer en exem¬
ple à tous les hommes.
Maisfupofons qu’ils aient eu ce deflein , il eft
vrai-feniblablequenViantni tant de lumière, nî
tant d.’cloquence que les Auteurs du ficcle, ils
n’auroient pas mieux rcüfli à faire à plaifir un
portrait de leur Maître , que ceux-là à peindre les
grans hommes qu’ils ont eu interet deflater. Ce¬
pendant, que l'on prenne tout ce qu’il y 5tde mieujs
écrit dans ce genre, les vies qui ont étc^compo-
sces avec le plus d’art, les Panegiriques qu’on a
été trente ans à achever^ qu’on affemble toutes les
idées de vertu, que la conduite des Sages & l’efpric
de ceux qui les ont loiiez avec plus de palïion
nous fourniffent 5 qu’on joigne enfemble les Ca»
ions& les Arihidcs3 qu’on (épare •même leurs
vertus de leurs défauts, & qu’on leur prête tou¬
tes les bonnes qualitez-que l’on voit répandues
dans les autres hommes : je foûtiens que routes
ces idées n’aprocheront point de cette perfection
que les Evangeliftes nous font concevoir en
Jesus-Christ fans hiperbole & fans arc, mais
par un récit naïf & (impies de fes adtions.
Les Héros dont l’Antiquité Païenne nous van¬
te de la vertu , raportoient tout à la gloire de
l’Etat, ou à leur orgueil 3 ne connoiffant pas même
de fin plus élevée de leurs actions : au lieu que
Jesus-Christ raporte tout à la gloire de Dieu,
On peut dire que ceux-là , qu’ils n’afpîroient , à
proprement parler, qu’à donner à une infinité de
perfonnes unies en focietc dequoi afiTouvîr leurs
pafhons les plus déréglées , comme nous l’avons
déjà remarque ailleurs fur le fujet de Caton : au
lieu que J. C. ne tendoit qu’à détruire les mauvai-
fes padionsdansle cœur des hommes. Les Sages
de rAiniquitc renorçoient quelquefois aux ri-
chcflcs & aux dignitez i mais iis dcvcnoienc les ef-.
clavcs
ét Traité de la Vérité • i
ves de la gloire qui naiflbit de ce renoncement.!
Vaincre fes paifions n’étoic donc en eux , que s*a- ;
franchir des plus petires pour fe foümettre aux i
pkis grandes. Ils ne faifoient par là qu’immoler ^
à l’orgueil Sc à l’amour de la gloire leurs autres;
affedions. Ils écoient même tellement enyvrcz ,
de l’opinion de leur fagefle , qu’ils fe croïoicnt
plus heureux que les Dieux : s'imaginant que la
difpofition de leur ame ne relcvoît d’aucune puif-
fance fupreme , qu’ils croient fuffifans à eux- ■
mêmes , qu’ils n’avoient point de paiïions , & >
que tout leur êtoit véritablement fournis. Jésus- i
Christ au contraire nous enfeigne à renoncer i
premièrement a la vaine gloire. C’eft îà le pre- .
mier clément de fa Religion. D/eu , dit- il , réj/fie j
aux orgueilleux y mais il fait grâce aux humbles. Et i
bien loin delious laiflêr croire que nous puilTions :!
être heureux indépendamment de Dieu, il nous j
aprend que l’homme n’eft que néant, foibleÏÏe, i'
corruption , féparé de Dieu. C’efl: ce que l’ufage
continuel de la priere, qu’il nous enfeigne par (|
fon exemple , nous aprendroit affez , quand fa i’
morale & fa belle vie ne nous en inflruiroîent pas :
fuffifamment. Les Sages de l’Antiquité étoient , <
ou paroiffbient des modèles de juftice : mais Jésus- j
Christ eft le Dodeur & le modèle de la charité , '
& c’eft par la charité, plutôt que par la juftice, ;
que l’on reflcmble à la Divinité , qui fait du bien, ;
fans devoir rien à perfonne. i
II eft facile d’exercer la vertu au milieu de la |
prof'peritc , & lors qu’on s’aquiert par ià l’eftime :
l^cnérale des hommes , comme cela eft arrivé aux i
Héros du Paganifme : mais il n’eft pas aifé de s’a- :
tacher à la pratique de la vertu au milieu de la
pauvreté , dans la bafleftej parmi les difgraces & les
contradidions , comme a fait Jesus-Christ. En
éfet , il fembic que l’cftime foit l’aliment du cœur
humain. Si les hommes fcconfultent eux- mêmes ,
ils
de la Religion Chreticnnê, ■ éy
jrts trouveront qu’ils ne peuvent fe paffer de ce
bien , & quand ils ne croïent pas pouvoir l’ob¬
tenir, ils s’abandonnent à un defefpoir qui les rend
capables des allions les plus noires: ce qui fait cet¬
te aliance que l’on a toujours vûë en la cruauté ,
qui rend les Princes odieux 5 &Ia volupté qui les
oblige à fc falir d’avantage , lors qu’ils fe croïent
trop hoirs dans l’efprit des homiues pour pouvoir
fe rétablir dans leur eflîme. Cependant vous n’a¬
vez qu’à conlidérer Jésus- Christ haï, méprisé,
contredit par tout ce qu’il y avoit d’illuftre & de
grand parmi les Juifs , & ne pouvant trouver d’a-
probation ni d’ePime que ‘parmi quelques pê¬
cheurs (i grodiers^ qu’ils ne comprennent pref-
que rien de ce qu il leur enfeigne:ne diroit-on
pas qu’il doit concevoir une efpece de defefpoir :
& qu’erant entièrement mortifié du côté de fa
gloire, il va fe tourner du côté des plaifirs, &
fauver ce qu’il peut du naufrage ? Cependant
vous le voïez dans cette bafTeffe & cét oprobre
qui le fuir, pratiquer toutes les vertus avec auflé-^
rite. Q^on l’outrage, il ne laifle pas d’être doux
& débonnaire. Q^on lemcprifcj il ne perd rien
de Ton aêlivicé & de fa confiance. CJ^il ne foit
fuivi que par des perfonnes fimples& grofîieres 9»
il en remercie Dieu. Pere , dk-i\ , j e te rends
ces de ce que tu as caché ces chofes aux f âges ^ aux^-
entendus y les a recelées auxpetitsenfans.
Mais ce fetoic faire tort à Jésus- Christ , que
de le comparer avec ce qui a fait l’admiration des
ficelés : ne le comparons qu’à lui-même.
En efet on n’a qu’à faire quelque réflexion fur
fa vie & fur Tes avions , & voir fi l’on peut trou¬
ver un nombre de vice, un feiil veflige des pafTions
humaines en Jesus-Christ , tel qu’il nonseftre-
prefenté par les Evangelifles. Voulez vous f çavoir
s’il efl: fujet à la volupté : confidérez que fes enne¬
mis mêmes n’ofoient lui faire reproche à cét
égard.
'^4 Treiîté de Ict Vérité |
egard. J’avoue que les Pharifîens difoîent de lui,
CV/? un mangeur ^ un buveur ^ un ami des
gersà^des 7nal viv ans : mdds ils ne pretendoient
pas par là raciifer de boire ou de*manger trop. Ils
vouloient dire qu’il ne devoir pas manger avec des
pécheurs, tels qu’croient les Peagers : reproche
que Jésus- Christ confond par cette reponfe
egalement digne de fa fagefle & de fa bonté : Ceux
qui font en fanté n ont pas befoin de Médecin , mais
ceux qui feportentmaLSï vous avez quelque foup-
çon qu’il fut ambitieux : voïezl’ufage qu’il fait de
la creance qu’il a dans l’cfprit des peuples. Il fc i!
retire, lors qu’on le veut faire Roi; & il déclare '
inceflamment que fon régne n’eft point de ce |
monde. Il cherche peut-être la vaine gloire.
Voïez, pour vous en inftruire, s’il va mendier l’a- i'
probation de Jean-Baptihe.Flate-t-il les Dodeurs :
de la Loi ? A*t-il quelqu’un de ces menagemens ,
que nôtre orgueil a toujours pour ceux de qui i
nous voulons être eflimez ? Comment foudroie-,
t-il les vices des Scribes & des Pharifîens 3 & avec ;
quelle autorité parJe-t-ilau peuple ? Si vous le :
foupçonnez d’intérêt ; vous n’avez qu’à voir le :
gain qu’il veut faire. Et s’il vous vient dans l’ef-
pritque c’eft un bizarre , un mélancolique : lifcz 1
ce Sermon excélent qu’il fit aux troupes fur la
montagne 3 examinez la foliditc des réponfes qu’il '
fait à ceux qui l’interrogent, & la beauté de fes
maximes, qui femble toutes fortir du fcîn de la
pieté & de la charité, &cetrc morale fi fublimc
& fi belle , qui eft prefque toute contenue dans les
cnfeîgnemens qu’il donne aux troupes fur la
montagne.
Il parle d’une maniéré fimple & noble , digne
de la fageffe éternelle de Dieu, & proportionnée à
là fîmplicité de tous les-hommes. Et comme s’il
ne refpiroitque pour faire du bien, il ne fe lafTs
peint d’exhorter les hommes à bien vivre; il par¬
court
I ie Ià "Rèligton Chrétienne.
iPotirt les bourgades de la Galilée avec une patieiï-
|ce infatigable i il pafle les jours à inftruire les
jltroupes, & les nuits à prier Dieu. Il ne rejette per-
Ifonnede ceux qui feprefentent à lui. Il n’a point
1 d’égard à l’aparence des perfonnes. S’il délire
I qu’on le fuive, ce n’cfl pas pour avoir le plaitir d’ê-
! tre bien efeorté , mais pour enfeigner les troupe&.
' S’il mange & s’il boit , c’eft avec des gens qu’il a
envie de convertir. S’il parle des aiFaires temporel¬
les, ce n’eft que pour en prendre des images & des
emb!cmes propres à reprefenter (jes biens fpirî-
luels. S’il reprend aigrement fés Difciples , c’eft
lors qu’il le veulent empêcher d^executer l’œuvre
de fan minifere. Si on lui parle ^ manger, il dit
que la viande eft qu’il faffe la volonté de Ton Pere.
•S’il a foif, & qu’il f^ trouve prés d’une fontaine, i-l
penfe bien plutôt à offrir fa grâce fous l’image de
l’eau, qu’à étancher la foif qui le preffe. Tout ce
qui prefenreà fes fens l’eleve à Dieu. On n’a¬
perçoit en lui aucun mouvement de cette curiofî-
té quieft fi commune dans le monde, aucune pré*
-fcrcncedc foi-même aux autres , aucun mouve»
ment de cette fauffe modeftie , ou de ces autres
vertus affetftées, qui ne découvrent pas moins le
fonds de nôtre corruption , que nos vices. L’inie-
rê: de fa famille ne le touche point au prix de l’in¬
térêt du régne de Dieu. Ce n’eft point l’amour
propre, mais l’amour divin, qui eft la régie de Tes
affedions ; puisqu’il apelle fon pere, fa mere & fef
freres ceux qui font la volonté de fon Pere. S’il fe
fâche , c’eft pour la gloire de la Divinité : & il eft
rongé de zélé , quand il voit qu’on fait de (à mai-
fen une caverne de brîgans.Il fouffre mille injures
&il les pardonne. Ils’impofe même la néceftite
d’aimer fes ennemis, en ordonnant à cous fes vrais
Difciples défaire cct éfort fur eux- mêmes. Enfin
fondez, examinez le cœur humain, vous n’en tire¬
rez jamais des vertus telles que font celles de
J. C; Confiderez bien la conduite de Jésus-
Traité de la Vérité
Christ : & vous n*y trouverez aucune des paf-
fions dcrcglccs du cœur humain Confidérezi
Tun apres l’autre tous les biens du mondes 6c '
vous verrez que Jésus Christ n’en a recherché,
aucun. Examinez l'un apres l’autre toutes Tes
dcm.arches & toutes [es adions : & vous verrez !
qu’elles ne vont nullement au monde.
Comment croit- on que le Fils cternel de Dieu;
a dii vivre , fuposc qu'il foit venu au monde, fi cci
n’efl comme Jésus- Christ ? Quel langage doit-
il avoir parlé, que celui de Jesus-Christ ?
Q^lles vertus doit-il avoir pratiquées, que les i
vertus de Je.s%*jChrist ? Qi^eîle charité doit- i
ilavoitfair éclater , que celle de Jesus-Christ^ i
Et à qui aura-t-il du ctrecpnforme , fi ce n’eft à'j
cet hommeen qui nous ne trouvons point l’hom- !
me , mais les vertus d’un Dieu cachées fous le <
voile d’une chair infirme.
On ne peut pas foupçooner Jesus-Christ d*a- 1
voir eu en vue de s'élever injuftement à un rang' !
fuprême dans la Religion , & d'avoir agi par une |
ambition , qui , aufli bien que (es autres qualiccz, 1
rélevoitaudeflus des autres hommes j II faloit |
pour cela que Jésus prévît ce qui arriva daiis
la fuite, &que fa croix feroit reconnue pir tout :
rUniveis, &pour le prévoir, il faloit qu'il fût
Prophète. Mais quand il auroit prévu tout cela,
il faloit avoir aflez de force pour fe vaincre ,pour
Te vaincre à tous égards , pour fe vaincre conti¬
nuellement, pour renoncer à toutes les douceurs
de la vie, & pour s’expofer aux plus cruelles (ouf-
frances:& Ja confideration d’une gloire én idée
& d’un avenir éloigné ne pouvoir pas donner per¬
pétuellement cette force à fon aine. Enfin nous
fçavons à peu prés quelles vertus font capables de
fortir du fond d’un cœur mondain & orgueilleux,
ôc nous connoilTonsdifiîndlcment qu’une vertu fi
folide, fi univerfelle, fi éloignée d’hîpocrifie & de
toute
!de la Religion Chrétienne, ^1
tôute affedation , fi contraire aux vertus mon¬
daines , d’un caradlere fi peu capable d’êcre imî*
(tcc, &qui cft fi fort audcfius des idées mêmes
Ique les hommes s*cn ctoient formées, ne peut
non plus fortir de ce principe , que la lumière du
fein des tenebres.
Maisquinous aflurera que les Evangeliftes ne
Hâtent point leur Maître par un portrait de fes*
vertus fait à plaifir ? Cette pensée eft encore
moins folidc que la première. Car fi c’eft ici un
jeu de rcfprit de ces Ecrivains , on demande com-‘
ment des pêcheurs (impies & grofiiers ont inven¬
té un modèle de vertu, tel qu'on n/en vit jamais , '
& qu’on n’en conçût jamais de pareil , & dont l’i¬
dée eft fi éloignée de celle que toute l’Antiquicc'
nous donne de fes Héros ? D'ailleurs, les Evange¬
liftes ne font pas l’éloge de leur Maître, ils n’e-
xagerent point fes vertus , ils n’affcârent point de
faire regarder fes adions du bon côté : ils fe con¬
tentent d’en faire un récit nud & fimple, (ans étu^
de & fans art. On voit meme que par finceritc ,*
ou fi l’on vent par défaut de difeernement ( car
nous permettons aux incrédules dt fupofer tout )
ils raportentdes chofes qui donnent d’aboid des
idées choquantes & horribles, & fur lefquelles les
impies infiftent beaucoup 5 comme cette plainte
de Jesüs-Christ , Eloï^ Eloï , $cc. Outre que les
circonftances avec lefquclles ils raportent les
adions de leur Maître, nous répondent de leur
bonne foi. Ya t-il biende raparenceenéfet,que
les Evangeliftes aient fuposé le murmure des
Scribes & des Pharifiens , qui leur difoient , Pour--
quoi eft- ce que vous mangez. que vous buvez
avec les Péagers: &c. Et cette difpute des Difciples
ambitieux, à l’ocafion de laquelle Jescs-Christ
aïant pris un petit enfant , les avertit qu’ils doi¬
vent être comme cét enfant, s’ils veillent être
bien difpofcz pour le Roïaume des Cieux ? &:c.
difeours
Tratfé de la Vérité ^ j
difcours admirables danÿ fa brièveté & cîan^ f;^
fîmplidté,& c]ui ruffiroic pour nous faire counoî-]
tre I*ame de Jïsüs-Christ I Ce n'cft pas un feül
de ces Ecrivains cjui raporte ces adions : il y en a
trois, trois qui ont écrit d’une manière qui fait
voir manifeftemenc qu*ils ne fe copioient point,»
Et fi vous voulez encore pouflér les recherches
plus loin, les Apôtres nous prouvent fenfible-^
ment la fainteté de leur divin Maître , en imf-.
tant (es allions. Les premiers Chrétiens nous
font voir que les Apôtres ont bien vécu en (uî-,
vant leur exemple. Et fi vous demandez qu’on |
Vous produire des témoignage autentiques de la|
lainteté, de la vertu, de la douceur &de la de-j
bonnaireté des premiers Chrétiens : vous en
trouverez de tfés-beau dans les Ecrits de leui's !
propres ennemis. Il ne faut qu’avoir une fort
médiocre connoilTance de l’Antiquitc pour ne j
douter point là-dciTus. i
Ainfi la vérité fort de tous les côtez. Je fa j
trouve & je la fens toutes les fois que je me re^ '
prefente la vie & les avions de Jésus- Christ.
Je confens pourtant que les incrédules ne fe rè¬
glent pas fur mon goût : & fi cette preuve ne les
touche , comme elle me touche extremement , ils
n’ont qu’à pafTer plus outre.
chapitre VIII.
"Des Prophéties de fefus-Chrifl*
ILs feront peut-être plus frapez des prophéties
qu’on trouve dans l’Evangile, II y en a plu-
fieurs qui font alTez exprefles : mais nous en choi-
firons une entre les autres, pour nous attacher àf
Ion examen ; c’eft celle qui regarde la derniere
riiine de Jerufalem.
Il n’cft pas difficile de s’apercevoîî-d’abord ,
qu’elle eft marquée fort clairement par les Evan-
gélifiés ,
!■ de la Religion Chrétienne.
iiclif^es , c]ui la mettent en fa bouche de J ê s u
jij'HRisT, & qu’cile a eu un acompliflement fore
J La Prophétie cfl: exprimée en ces paroles,
>^\llors fefî44 refondant lui dit ^ Voii-tu feu tom ces
)\frmds hâtimens f 11 ne fera laijfé pierre fur pierre
ne foit démolie , Scc. Or quand 'vous entendrez,
fes guerres^ des bruits de guerres ^ ne foyez point
roublcz , car il faut que ces chofes arrivent , malt
ncore ne fera-ce pas la la fin, Ç arnation s élever a
outre nation , Roiaume contre Roiaume ; ^ il y
Mira des tremhlemens de terre en tous lieux > ^ des
amines y ^ des troubles: car toutes ces chofes font un
\ ommencement de douleurs , &c. Or quand vous
'Serrez l abomination de la defolation , ( qui a été
iite par Daniel Prophète ) être établie la ou elle 7ie
i iit point l’être ( qui lit l'entende ) alors que ceux,
jui fon^en Judée s enfuient aux montagnes J ^ que
ztlui qui fera fur la maifon ne defeende point yScc,
\hlals malheur fur celles qui feront enceintes ^ fur
Vielles qui allaiteront en ces jours-là. Car en ces jours
\d y aura une telle affliction , quil ny en a point eu
^c pareille depuis le commencement de la création
Ees chofes , que Dieu a créées , jufquà maintenant ,
^ il ns en aura point de pareille : ^ fi le Seigneur
'eut abrégé ces jours-là à caufe des élus , &c, Rt
[alors fi quelqu'un vous dit : Voici le Chrifi efl ici 3
\ou voici il efl là , ne le croïez point. Car il y aura
\de faux Chrifls ^ de faux Prophètes qui s'élève-^
\ront y quiferont des fignesà^ des miracles pourfé-^
^duire même les élus , s'il ésoit pojfible. Mais don^^
nez-vou6' en garde. Voici je vous ai prédit tout.
i II ne faut pas être fort verse dans THiftoire des
Juifs , pour voir que cette prophétie a etc exa-
êfement acomplic. Ceux qui en douteront n*onc
qu’à jetter les y^tix fur Tnihoire qu*en fait Jo-
feph. On y trouvera des troubles , des guerres,
fi;s bruits de guerres , des famjnes, des trcmblc-
incng
70 Traité^de la Vérité
mens (le terre de lieu en lieu qui devancèrent d<
quelques années la derniere délolation de la Ju-|
dé^. Ou y remarquera Jerufalem environnée
d'armées^ & foulée par les Nations. On y verra
un temSjOii le meilleur étoit pour les habitaiu^
de ce malheureux païs d’abandonner le féjoui'
des Villes , & de fe retirer aux montagnes. Or.l
y verra le Temple de Jerufalcm brûlé & démo-|
li, fans qu’il y refiât pierre fur pierre. On fera
convaincu qu’il n’y eût jamais d’afiliélîon égale
à rafd!(fl:‘on de ces jours-là. On ne fera plus en
peine de fçavoir quelle eft cette abomination de’
la defolarion établie au lieu faint , don: parle Da-|
nîel le Prophète , puis qu‘on verra les Juifs s’enl
aller dans le Temple , & là s’égorger les uns les
aimes un jour de Fête folenneîle. Que fi l’oa
veut ensuite confulternos Hifloriens Ecclefialli-’
ques, ou les premières des PereSjOn trouvera
qu’ils raportent tous unanimement , que les fidé-|
les Dîfciples de Jésus- Christ qui étoient à'
Jerufalem , fe retirèrent dans une petite ville'
nommée Pella, après en avoir été avertis di¬
vinement j & l’oncefTera de trouver obfcures ce^
paroles de Jésus- Christ , Priez que 'votre fuite
rC arrive point en hiver , &c. Il y a peu de gens
qui ne voient la conformité de cette Prophétie
avec l’événement s & ce n’efl pas là ce qui peut
nous arrêter : mais il n’eft pas fi certain que cette !
Prophétie n’ait été faite après révenemenr, ÔC
c’efl là-deffus qu’il importe d’infifter un peu. j
II paroît d’abord que les Evangiles où elle eft
raportée^ ont été compofez avant la ruine de
Jerufalem , puîfqae S Luc n'écrivit le Livre des
Adles qu’aprés avoir compofé fon Evangile,!
comme il le témoigne lui-même en ces mots ; -
Nous avons fait le premier Traité y o Théophile ^ 1
touchant toutes les chofes que^'BSXSs s*efi iris a faire i
iér a enfeigner y &c. & que d’ailleurs S. Luc pa- ji
roîc ï
' i:
i- de la Keligton Chrettcnne. -7;i
\yit avoir écrit le Livre des Acfles avant la ruine
Jetulalem , puifque bien loin de faire quel-
■ lie mention de cct événement ^ il parle de Je-
lul'alem comme d'une ville qui l'ubfiilroit encore ,
' b cii il y avoir une Eglife Chrétienne qui fleu-
||ifloit.
P Mais ce n’eft pas là ce qui fait de la peine,
W l’on demande li cette Prophétie n’auroit
pas été inferée dans l’Evangile par quelques
Chrétiens zâlez , qui ayant vu la dei'olatioa
le Jerufalem, en euflent pris occahon de faire
lonneur à leur Maître, en fupolant qu’il Tavoic
iDi'édite ?
; Pour nous éclaircir là-deffus , nous remar¬
querons I. Que cette Prophétie étant la meme
jen fubftance dans les trois Evangiles oii elle eft
jraportéc , efl exprimée pourtant d’une maniéré
differente , & qui nous perfuade que ce n’eft pas
(un meme Auteur qui l’a inférée dans l’Evangile
félon S. Mathieu, dansTEvangile félon S. Marc,
& dans l’Evangile félon S. Luc. Car , pour n’en
! examiner que l’entrée & le commencement , voici
I comment faint Mathieu la laporte. E? J es us
leur dit y Ne pas toutes ces chof es ? Ew.
vérité je vous dis , qu il ne fera ici laiffé pierre fur
\pieYre qui ne foit démolie, "Et lui étant affts fur
f montagne des Oliviers , les Difciples vinrent a lu$
I fl part y difant y Dis nous quand ces chofes arrive^
\rorHy^c., Voici maintenant de quelle maniéré
cc commencement efl: exprimé en faint Luc.
Et comme quelques-uns difoient du Temple , quil
étoit orné de belles pierres y il dit , Efi-ce là ce
, que vous regardez ? Les jours viendront , auf^
quels il ne fera laiffé pierre fur pierre. Alors
( il ne dit pas , lors qu il étoit aflis fur la mon¬
tagne des Oliviers , comme S. Mathieu ) ils
r interrogèrent y difant. Maître, quand fera-ce
donc que ces chofes arriveront \ &c. Enfin c’eft
71 Truité de Itf, Vérité
de cette Lorte que S. Marc dans cette narration;'
Et comme il parlait du Temple , urt de fes Difciples
lui dit , Maître , regarde quelles pierres quels
bÂtimeiîs. Alors Jefm répondant ^ luidityNe 'vois-
tu pas ces grands hâîimens ? Il ne fera laijfé pierre
fur pierre qui ne foit dé?nolie. Et comme il étoit ajfis^
au mont des Oliviers , vis-à-vis duTemple , Pierre
Jacques , Jean André P interrogèrent à part^
difant : Dis-nous quand ces chofes , &c. Ce dernier
explique & acorde parfaitement les deux autres,
en faifant connoître toutes les circonftances du
fait , fçavoir que Jésus eft deux fois interroge (ur
Je fujet des bâtimens du Temple, & que la der¬
nière fois il ctoit affis fur la montagne des Oli¬
viers , d’eû Ton voïoît le Temple, & cii cette
vue donna occafion à fes Difciples de le faire ex-!
pliquer lur ce qu’il avoir déjà dit de fa démoli¬
tion , lors qu'il étoit dans le Temple meme. Ce¬
pendant il faut avoikr que cette petite diverfité i
qui fe trouve à cét égard entre les Evangeliftes , !
détruit entièrement le foupçon qu’on peut avoir , \
que cette prophétie ait etc fupolée par quelqu’un i
qui l’ait inférée dans les trois Evangiles.
II. Il eft très remarquable que les Difciples j
aïant confondu deux evénemens très éloignez
dans la demande qu’ils font à leur Maître , (çavoir
ha riiinc de Jerufalem & la fin du monde , lui di¬
fant : Vis nous quand ces chofes Arriveront ^ ^ quel
fera leftgne de ton avenement ^ de la fin dumon^^
de j Jesus-Christ répond fans détromper {
les Difciples, & fans diftingucr ce qu’ils avoient Ij
confondu. Or quelle aparence y a-t-il qu’un i
homme qui voit la riiinc de Jerufalem , & qui ne j
voit pas qu’elle foit fuivie de la fin du monde,
mette cette queftion dans la bouche des Difci- I
pies , fans faire rien dire àjzsu s- Christ qui I
i’éclaircifle
III. Mais plutôt; comment joindra-t-il dans
cette '
« de la Keligion Chrétienne^ 75
f icctte précîiclion, à la ruine de Jerufalem, la venue
(iidii Fils de 1 Homme fur les nuées avec puiffance
|8c grande gloire ? Comment un homme quiau-
roic etc le témoin de la riiine de Jerufalcm , di-
roic-ii qu'incontinent après rafâidion de ces
jours- là , le Soleil feroit obfcurci , &que la Lune
perdroit (a lumière 5 que les Etoiles tomberoient
luCiel, & que les vertus des Cieux feroient ébiaa-
îcesjque toutes les nations leroicnt comme rendant:
Tame de peur en le voïant , qu'elles lamenteroîenc
ren fe frapant la poitrine ? Comment auroit-il mêle
à l’hiOoirc de ce fait toutes ces circonflances,donc
I la faufleté lui auroit été bien connue, puis qu'Ü
j auroit compolc la Prophétie après révencmenc ?
îj Mais ne tombons-nous pas ici d'une difficulté
fidans une plus grande ? Car fi tous ces fignes qui
[ devoient acompagner la riiine de jerufalem, ne
font pas réellement arrivez , où eft la vérité de
cette Prophétie ?
i II y en a qui répondent à cette objeélion, en di-
fant que Jesüs-Christ s’exprime en cét endroit'
! à la maniéré des Prophètes , qui difent que Dieu
j vient; qu’il fait trembler la Nature; qu’il émeut la
I terre & les Cieux, lors qu’il viüte les hommes ex¬
traordinairement dans fa bonté ou dans fa jufti-
ce. Ils ajoutent , que les jugemens que Jesüs-
Christ exerça fur les J uifs , nous font repre-
fcntA comme une venue, & comme une venue
éclatante , à caufedes fléaux épouventables qu*il
fit tomber fur eux. Mais j’aime mieux m’arrêter
à une autre penfée , qui meparoîc & plus raiion-
Inablc & plus naturelle : c’eft que Jesus-Christ
I ne trouvant pas à propos de defabufer fes Difeî-
! pics, qui préocupez favorablement pour leur Na¬
tion, s’imaginoient que Jcrufalem & le Temple
ne périroient jamais qu’avec le monde , il entre
dans leur penfée , & leur repreiente ces deux
evénemens par les traits communs,
IL Tome. D
Cer-
74 Traité de la Vérité
Certainement je conçois qa’il pouyoîc y avoir
pliifieurs railbns qui obligèrent Jesüs-Çhrist
d’en ufer de la forte. Car fans dire ici , que l’ob-
fcLiritc eft le caradlere des Prophéties, & qu’il (
faloic que celle-ci fut méice de quelques ombres '
comme les autres i afin que perfonne ne put coii-
noître par avance le tems de fon acompliflement ,
Dieu s’étant refervé cette connoiffance, ce qui
cft marque dans cette meme Prophétie 5 J e s u s-
Christ ne devoit^i pas fuivre la coutume de
tous les Prophètes , qui eft d’unir des événemens
très- éloignez dans une feule vue prophétique j'
pour marquer que les chofes éloignées fe tou*
chent aux yeux de Dieu ? D’ailleurs, la ruine de je-j. ,
rufalem aïant été la plus grande 8c la plus par¬
faite image qui fut jamais de la fin du monde J
qu’y avoit-il de plus fage , que de nous faire voir,
l un au travers de l’autre, en fuivant la viie dcfi
Difciples qui mêloient des deux événemens ^ i
Il y eut des pelles , ces guerres & des famineSi
qui précédèrent la riiine de Jerufalem , il y en au-'
ra de même qui précéderont la fin du monde. Leî
lignées qui habitoient la Terre Sainte, fe frapoienti
la poitriRe,en voïanc tous les effets de la maledic»
tion célefle tomber fur leur Nation : tontes le^
Tribus de la terre feront confternées lorfque Dicc
détruira ce bas monde, pour juger les hommes
La riiine de Jerufalem n’arriva que lorfquê TE-
vangilc eût été prcchée par toute la terre, c’cfl-à-
dire dans toutes les parties du monde qui ctoien' i
alors connues : la fin du monde n’arrivera poin^
non plus, félon toutes les aparences, jufqu’à c<
que toutes les Nations barbares qui croient de¬
meurées cachées & iDconnués,aïent été apelées ;
croire en Jesüs-Christ, II y eut de faux Chriftî,
& de faux Prophètes qui parurent avant la der
nicredcfolation des Juifs j il y aura de même d( |
faux Docteurs qui tâcheront defeduire les hom-.
Il de la Keligion Chrêttennô. 7/
I mes, & Ton doit dire , Le Chrifi e/l’ici , é’ H 1^9
ïlTant .le dernier jour. Avant la ruine de Jerufa-
Llcm 5 J ESC s* Christ affeinbla en des Eglifes
I Ch retiennes les élus des quatres vents des Cieux ,
cela parla prédication de Tes Anges miftiques
[ qui croient les Apôtres ; à la fin du mondejEsus-
?:( hrist enverra les Anges de (a gloire, pour ape-
[ler fesélus de la poudre, & pour les relever de
li’obfcurité de leurs tombeauXs Car le Seigneur lui-
meme décendra du Ctel avec cri d' exhortation ô*
voix d* Archange, ô* ceux qui font morts enChrifi
rt fufciteront. Il y eut des Comètes Si des figues
3 freux qui annoncèrent la riiine de Jérufalem 3 la
fumée de îa Ville & du Temple embrafez dérobe-
; rent le jour, & obfcurcirent le Soleil & les Etoiles.
[Il ne faut pas douter que la del'olation de toute la
■t:rr^^ foie acompagnée de lignes encore plus
afrJHpt plus éfraïans. Saint Pierre dir,qiie/^ terre
i'^r/i^^que les élemens feront diffous par chaleur,
I &c. La dernière defolation des Juifs furvint d*une
maniéré aflez inopinée j le dernier jour lurvien-
dra comraele îarron en la nuit. Jerufaiem & le
Temple furent entièrement détruits , lorfque les
Juifs eurent rempli la mefure de leurs péchez : ce
inonde 011 nous habitons doit périr lorfque le tems
des Nations fera acompli, comme parle Jésus-
Christ dans cette prophétie que nous examinons
Au reffe , il femble que les Difciples foient de¬
meurez toujours préoçupezde cette penféc^que
la ruine de Jerufaiem feroit immédiatement fui-
viokde la fin du monde. Car lors qu’il courut ua
bruit entre les Difciples, que S, Jean ne mou-
roît point , fonde fur ce que Jesüs-Christ avoit
dit à quelqu’un en parlant de lui. Cfu en a s- tu affai¬
re fi je veux quîl demeure jufqu a ce que je vienne^
II#ctendoient cç jufqu*à ce que je vienne la
fin du monde &ils ppuvoicnt le borner à la ruine
de Jerufalem,qui cft un rems que cet Apôtre vit eu
• D ij effet ,
7 <5 Tj.fîîté de la Verdie
cfec , & auquel J Esos-CHRisx-vifica les Juifs en fa
juftice. D’ailleurs cette tradition s’ctanc répan¬
due, que le jour du Seigneur aprochoic IcsThef-
faloniciens en furent un peu troublez 3 & c’eft
pour lesraflurer , que S. Paul leur tient ce langa¬
ge. Nous vous prions ) Freres t que vous 77e foïez
point ébranlez, d* ente'ndement ^ni troublez d* cfprit ,
ni par parole , ni par Fpitre comyne de notre part y
comrre fi la journée de Chrifi étoit prochaine,
nul ne vous féduife en quelle forte que ce foi f', car ce
jour-la ne vieyidra point, que premièrement , Scc,
Et en éfet , il ne faut pas s’étonner fi cette
Prophétie de Jésus- Christ , que- fes Dilciples
raportoient fidèlement , laiflbit cette impreflion
dans les efprits. Car d’un côte J e s u s-C h R i sT
caradférifoit fa venue d’une telle forte, qu’elle
fcmbloit devoir être fuivie du Jugement dernier,
dilknt qu’il paroîtroic comme l’éclair q^^orc
d’Orient , & fe montre en Occident, & de f^tre,-
il avoit déclaré plufieurs fois , que toutes ces chc«»
fes arriveK)ient à cette génération 3 que plufieurs
de ceux qui étoient prefens devant lui , ne goû¬
ter oient point la mort , jufqifà ce qu’ils euflenc
vu toutes ces choies.
Je su s-C H RI s T unifTant deux évenemensdans
une meme defeription, mais deux evenemens fub-
ordonnez, femblables , & qui étoient l’image &
l’original , fa Prophétie devoir avoir deux acom-
plifTemcns , l’un prochain & l’autre éloigne. Voi¬
là , ce me femble , le vrai dénouement de toutes
ces difficultez. Les Difciples confondoient efeux
evenemens éloignez , & Jesus-Christ les
laiflc dans cette préocupation. Il faut que l’évc-
nement juftifie les Prophéties , & non pas que les
Prophéties s’opofent à l’évenement. Il faut donc
qu’elles foient obfcures avant que d’etrç accwii-
pües , & claires lorsqu’elles le font.
Mais quelques vrai-femblab]c$ que forent ceS
^rin-
. I delà 'Religion Chyétienne, 77
Jpnncîpes, je feroisbien fâche qu*on penfât que
rapuïe Jà-deffüs la force de mon railonnemenc.
fe diftingueda conjedure des principes certains.
[Je iaifle toutes ^es explications que je viens de
donner au jugement du Lecteur. Q^*on prenne
j.Ties vues , ou celles d*une autre , pour fatisfairc
^ là quelques difHcuIcez qui s’y trouvent il n’im-
Iporte, je m’arrache à deux véritez , qui font , à
jmon avis, fans difficulté. L’une efl: , que de la
paniere que cette Prophétie ell circonftancice ,
' il eft entièrement abfurde de penfer qu’elle aie
î fcté compofee après révenement : de forte qu’un.
[homme ait pris ocahon de la riiine de Jerufalem ,
où l’on ne vit pâroîtreque Tite& fon armée , de
, faire dire à J E s u s-C h R i s t en prédifant cette
idefolation , qu’il viendroit fur les nuées du Ciel j
,.,qu’il enverroit fes Anges pour aflemblcr fes élus
|des quatre vents du Ciel j qu’on le verroic venir
' avec puiflance & grande gloire j qu’il fçtoit viàr
de meme qu’un éclair qui part d’Orient, & fe
montre en Occident j que toutes les lignées de la
derrefe fraperoient la poitrine en le voïant ve¬
nir J que ce jour viendroit inopinément , comme
celui de l’embrafement de Sodome.
La fécondé vérité qui me paroît (inconteÜa-
b!e, eh que nonobhant ces petites ombres que
Ja fageffe de Dieu a trouvé bon de mêler à cette
Prophétie , elle eh pourtant , à tout prendre , ex- ^
tremement circonftanciée, & fi clairement acom-
plic , qu’on eh obligé de reconnoîcre que fi eüe
étoit avant l’évenement, elle ne pouvoir fortir que
d’un efprit prophétique. Que trouve- t-on en ef¬
fet dans l’hiftoire , qu’on ne trouve d’abord dans
la Prophétie ? Les commencemens , les degrez &
Ja perfedliondu malheur des Juifs, tout s’y trou¬
ve. On n’y prédît plus une captivité particulière
de ce peuple, mais une difpcrfion générale de la
Nation ; feront menef^ captifs partantes les
Diij Nations*
7 s Traité de la Vérité j
. Jesus-Chri.^t pleure en une autrej
ocafionfur jerufalem en y entrant , & prononce]
ces paroles touchantes. O fi toi aujfi euffes conniiy
dît moins en cette tienne journée > Iss chofes qui apar^
tiennent a ta pa ix ! Mats maintenant elles font ca- j
chées de devant tes y eux. Car les jours viendront fur j
toi , que tes ennemis t affiégeront de îrenchées , \
t environneront , ^ te ferreront de tous cotez 5 ^^1
rafer*ont y toi les enfans qui font en toi y
laifferont en toi pierre fur pierre 3 parce que tu n'as]
point connu le tems de ta vifitation. '
. En verite, croit-on qu*on ait inféré dans l’E¬
vangile, que Jésus- Christ pleura fur les mal-
iicurs qui dévoient arrivera Jerufalem ? Y a-j
t-on infère encore toutes ces fimilitudes prophe-|
tiques, dans lefqbielies J e s u s-C h R i s T menace
les Juifs de leur perte, leur difant tantôt que le
pere de famille loiiera fa vigne à d*autres vigne¬
rons après les avoir exterminez comme des fer-
viteurs infidèles 3 tantôt que le Roi qui les a in¬
vitez aux noces de fen fils, enverra fes Gendar-|
mes pour les faire périr, & pour biüler leur ville/*
Mais fans aller chftrcficr fi loin les chofes , un
des caractères aufquels on devoie coonoître que
révénement prédit par Jésus- Christ apro-
choit , ètoit quand les peuples auroient été ape-
Icz à la connoilfance du vrai Dieu. C’eft ce qui
cft dit cxprefTcment dans les endroits que nous |
avons déjà citez. Il faut donc que celui qui a |
inféré cette prophétie , s’imaginât que de fon |
tems les Nations avoient éié apellécs à la con- |
noifiance de Jésus- Christ. Il y avoir donc une j
infinité de Chrétiens difperfcz dan^ le monde 3
les Ecrits des Apôtres étoient entre les mains j
d’une infinité de perfonnes: comment y changer , \
y ajoiiter pJufieurs fimilitudes , plufieurs Cha¬
pitres ;>& corrompre trois Evangiles dans trois!
endroits efl'entiels ? Si 011 la fait dans l’Afie , |
comment ii
ide la Religion Chrêtlennê. 7,9
omment à-t-onfait paflfer cette fupofitîon dans
Europe, où il faloit qu’il y eut une infinité
‘exemplaires de ccr Evangile ? Car les Evan-
;ilcs ont été les premiers compofez de tou*s les
-ivres du Nouveau Tefiamcnt.
Les incrédules ne s’aperçoivent-ils pas que la
critc détruit plus de doutes qu’ils n’en peuvent
.jrmer, qu’ils font continuellement violence à
' jlcur raifon , en réfiftant à une vérité qui renaît
îde tant de cotez j & que fi leur raifon plie & fe
détourne au gré de leurs paflîons , pour ne re¬
garder jamais du bon côté , les objets , la nature
I des chofes, & la vérité qui eft immuable, ne gau-
chiffent point pour fuivre les caprices de leur cf-
prit , ou les penchans de leur cœur.
CHAPITRE IX.
Ou Von entre dans r examen des chofes qui font
contenues au Livre des A^es.
La matière de ce Livre peut fe réduire â ces
trois chefs : î’d|j|pnfion de Jesus-Christ ,
la décente du S. Efprit fur les Apôtres , & i’éta-
blifiement des lÿlifes Chrétiennes par le fuccez
de la prédication des Apôtres. Toutes ces cho¬
fes font d’une nature à ne pouvoir être fupofécr.
L’Afçenfion de Jesus-Christ eft trop circon-
flancice^ pour nous laifleriieu de croire que les
Difcîples y aient été trompez. L’Auteur dit ex-
prefl'ément, que Jésus converfa quarante jours
avec fes Difcîples depuis fa rélurrecftion; qu’il leuj:
promit qu’ils feroient bâtifez du S. Efprit, Scieur
ordonna d’attendre à Jerufalem l’elFet de cette
promelEc ; qu’il les mena à la montagne des Oli¬
viers , qu’il fut enlevé fur une nuée qui l’empot ra
de devant leurs yeftx j & que comme ils le re-gar-
doient montant au Ciel , deux hommes fe prefen-
D iiij terenc
1 6 *T fuite de la Verne 1
terent à eux en vcccmens blancs, éc leur prCH^;
mirent que J e su s-Ch r i st reviendroit dei
la meme maniéré qu’ils Tavoient vu s’en allant 1
au C^cl. De forte que la difficulté ne confifte
pas à fçavoir , fi les Difciples ont etc trompez àj
cet egard : mais bien s’ils n’ont pas voulu trom- i
per les autres, en faifant un faux raport d’unj
événement chimérique.
Pour le connoître il fuffit de remarquer le
tems où les Difciples commencent à Tannoncer. I
'Et comme le jour de la Eentecote s* acomplijfoit , dit 1
S- Luc , ils étoient tous d* un acord en un même lieu, j
Alorsîl) eut fubitementunfon duCiely comme d! un i
njentqui fouffle avec véhémence y lequel remplit la 1
maifon ou tls étoient ajjis. Et il leur aparut des I
^langue s mi-parties comme de feu, ^ elles fepoferent
fur chacu7i d" eux y ils furent tous remplis du |
S, .Efprity ^ commencèrent a parler des langues ;
étrangères, comme Tefprit leur donnoit à parler. Or
il y avoit des Juifs féjournant à J erufalem , gens
dévots detoute nation qui eji fous le Ciel.Aprés dont \
^uele bruit s C'a fut répandu , une multitude deper^ j
fonnes vint , qui fut toute ^^uf, parce que chacun !
îes enttndoii parler en fa propre langue , Scc, Mais \
Pierre fe preftntant avec les onze ,Jleva fa voix, '
leur dityéec. Ceux donc quire curent d'un franc cou- \
rage fa parole, furent baptifez y éo il y eut en ce jour-
là enviro7i trois mille âmes qui furent ajoutées , &C.
Or toute perfonne avoit de la crainte , ^ beaucoup
de merveilles fefaïfotent par les mains des Apôtres,
On peut voir que ce fait n’a pas été invente
pjir la fimple vue du fait meme, puifque c’efticî
une chofe qui a dü fe pafTcr à Jerufalem pen¬
dant une Fête folennelle, devant des gens de tou¬
tes les Nations , & pour ainfi dire ,aux yeux de
tout rUnivers î & qui par confequent eft d’une
nature à ne pouvoir pas cire fupeffee.
Que pouroit-oii dire pour ébranler la certitude
de
!de Ict Keli^'ion Chrétienne, 8r
le cette hiftoire ? Dira-t-on que ce fait a cce
nfcrc dans l’Ecrit de S. Luc long-tems apres la
mort de cet Auteur ? Mais il faut donc avoiier
Ijlcn même rems , que tout le Livr-e a etc Cupofé ,
jipuiCque c*cft-Ià un fait eflentiel & fondamental ,
. ifiir lequel roulent <outes les autres choies qui
K (font contenues dans le Livre des Aékcs. La pré-
ijiication des Apôtres &fon fuccez en dépendent,
f Tout ce que nous trouvons dans leurs Epîcres,
ts’y raporte. Et tout enfin eft fupofé dans le
[Nouveau Teftament, fi la defeente du S.Efpric
J! fur les Apôtres eft fupofee.
i Croirai-je que S. Luc meme a invenié ce fait 5
I &queperfonne n’en avoit parle avant lui? Mais
qu’eft-ce donc que les Apôtres ont dit à ceux à
qui ils font allez prêcher? Sur quoi fe font-il^
apuïez, fi ce n’eft fur cct envoi du S. Efprit f
Sur quel autre droit leur vocation eft-clle fon¬
dée ?
Eft-ce que les Apôtres eux-mêmes ont feint
pour tromper les hommes, qu’ils avoient re¬
çu le S. Efprit? C*eft-là tout ce que l’incrédulité
1 peut concevoir de plus aparent,& c’eft pourtant
! ce qui eft tout-à-fait abfurde. Car en quel tems
eft- ce qu’ils le feignirent ? Il faut ncceftaireraent
que ce fut ou apres avoir fondé une Eglifeà Jeru-
falem, ou avant qu’ils l’y fondaffent. Si c’eft après
l’y avoir fondée, comment aura-t-on fait acroire
enfuite à cette Eglife de Jerufalem , que les Apô¬
tres avoiènt reçu le S. Efprit , qu’ils avoient pu¬
bliquement parlé toure forte de langues , & que
c’eft par leur prédication acompagnée de divers
prodiges que cette Eglife avoit etc formée ?
fl les Apôtres feignirent d’avoir reçu le
S* Eiprit, avant qu’il y eut aucune Eglife Chrétien¬
ne à Jerufalem i & fi c’eft même en ateftant fauf-
fement ce fait & pluficurs autres qu’ils établirent
cetfc Eglife , il faut que les Apôtres aïent apris
D V toutes
8.1 Traite de la Vérité
toutes les langues du monde depuis la mort de
leur Maître, Sc avec cela le fecrct de faire mar¬
cher des boiteux, & de guérir les malades,
pnifque c’eftdà ce qu ils apeilenc avoir reçu les
dons miraculeux du S. Efpric.
Mais peut-être doute-t-o« qu*il y ait eu une
Eglife Chrétienne à jerufalem ? Si cela eft, il faut
que les anciens Doêleurs de i’Eglife vivant en di¬
vers cems & en divers lieux, aient conTpiré pour
nous tromper à cét égard, & que les Juifs&lcs
Païens, & tous les ennemis de nôtre Religion ,
anciens & modernes, qui n*ont jamais contcflc
la vérité de ce fait , aïent entièrement perdu la
rai Ton.
Enfin , quand on s’imagineroic que le Livre des
Adlcs a été compofe long-tems après la riiinc
de Jcfufalem , c’eft' à-dire lors qu’il n’y pouvoir
^ plus avoir d’Eglife doriffantcdans cette ville, on
ne gagne rien j car il eft toujours vrai que les
Apôtres ont raportc le fait dont nous parlons,
& leurs Epîtres font remplies de chofes qui y
ont une relation vilibîe.
Je n’ajouterai pas ici, que le LiVre des Ades
ne dit rien delà mort des Apôtres j ce qui marque
qu’il fut compofe pendant leur vie, & par confé-
quent dans un tems oiî l’Eglifç de Jcrufalera
fleuriffoit encore, qu’il n’y eft fait aucune men¬
tion delà derniere riiinc de Jerufalem , ni -même
d’aucun de fes préludes qui devancèrent la der¬
niere defolation de la Judée :cequi nousdif'pofc
fort .à croire que ce Livre fut compofé avant ce
grand événement, étant tout-à-fait vrai-fem-
blable, que l’Auteur de ce Livre nejl’aïant com¬
pofé que pour la gloire des Apôtres & de la Re-
ligiori Chrétienne, comme lesincrédules fe l ima-*
ginent fans doute, n’auroit pas manque d’y in¬
férer rhihoire des malheurs épouventables qui
fondirent fur les juifs, & que les Chrétien^re-
gardenc
}\ de lât 'Religion Chrétienne. 8^
ï gardent comme un effet de la reje6lion du Meflie.
r Mais comme je neveux pas laifler an ledeur
une ombre de doute , je lui promets de lui fake
j voir bien-toc , que les Apôtres ont reçu -& com¬
munique les dons miraculeux. Mais en atten¬
dant que Tordre de mes matières me permette de
le montrer, il eft*bonque je faffe quelques ré¬
flexions fur le fuccezde la prédication des Apô¬
tres , qui eft le point effentiel auquel toutes les
chofes qui font contenues dans le Livre des
Ades , fe raportenr.
chapitre X.
, oh Von conftdére le fuccez. de la Rrédlcatîon
des Apôtres,
CE fait eft raportc avec des cîrconftances
tout -à -fait remarquables. Vous voïez
I. ces hommes qui prêchent TEvangile les
premiers, font des Pêcheurs , c*eft-à-dire, des per-
fonnes (impies , fans aparence & fans autorité*
II. Que ces hommes vous prêchent qu*ils ont vüi
Jésus- Christ reffufeité & montant au Ciel , Sc
qu’ils avoiejic été auparavant les témoins oculai¬
res de fes miracles. lil. QVils choquent "par leur
Prédication toutes les puiffances de la terre, ëc
s’expofent à un nombre infini de dangers & de
maux. IV. Qffils les fouffrent fans fe rebuter ,
avec patience , ou plutôt avec joïc. V. Que le
liiccés de leur Prédication eft (i promt & fi rapi¬
de , qu’on a de la peine à le concevoir.
Il eft certain que S . Luc ne nous dit rien en
cela, que le bon fens ne nous aprenne aufli. On
fçait que ce ne furent pas des gens d’une grande
qualité, ou d’un grand crédit dans le monde,
qui prêchèrent les premiers TEvangile, Sc per-
Tonne n’a jamais rien dit de pareil.
Il
84 Traité de la Vérité ■; 1
Il efl: évident que ces hommes ont du rémor-
gner qu’ils avoient vu J e s u s-C h R i s t faifann
des miracles , Jesus-Christ refiufcitc , & Jésus- i
Christ montant au Ciel 3 puisqu’ils n’auroient 1
pas converti tant de Nations, s’ils s’ccoient con- |
tentez de prêcher qu’ils avoient oui dire toutes <
ces chofes j &que d’ailleurs les Epîcres des Apô- '
très nous aprennent quec’eft-là ce qui avoir fait ;
le (ujet de leur prédication. * !
11 n’y a pas de doute que les puîflances de la !
terre ne fe foîent cmüës contre ces hommes ,
puifque la politique eh ennemie des nouvelles i
5e<5Ies, & que les peuples font toujours jaloux 1
de leur Religion.
On peut encore moins douter, que les Apô- I
très n’aïent foufFcrt avec beaucoup de courage (
les effets de cette perfccution , puifque s’ils ;
s’étoient relâchez & s’ils avoient recule par i
la crainte des fuplîces , leur deffein avortoit 1
dans fa nai (lance. |
Enfin qui peut nier que le fuccez de leur pré- 1
dication n’ait été extraordinairement prompt & 1
rapide, puis qu’on voit dans un fort court elpacc ;
de rems des EghTes plantées dans tout Je monde !
connu C’cft-làunechofe de fait, & qui ne fut !
jamais conteftée.
. Ainfi S, Luc & le bon fens nous raportent
toutes ces circonftanccs. Le Livre des Aéles
nous aprend qu’elles font véritables j & la na¬
ture des chofes ne nous permet pas de douter
qu’elles ne le foient. Ce qui détruit le foupçon
que nous pourrions avoir qu’elles eulfenc été
inventées.
Cependant je ne fçaurois confidérer tous ces
faits , les unir, & voir la proportion quils ont
les uns avec les autres , fans croire d'abord la
vérité de la Religion qu’ils ccablilîent.
' CHA^
de U Religion Chrétienne» S J
chapitre XI.
oh Von entre dans V examen des chofes qui fonÿ
contenues dans les Rpitres des Apôtres»
QUand les Epîcres de S.€^aul ne/eroient pa$
reçues d’un commun conlentement par les
Anciens, quand Cîenient , Poîycarpe , Barnabas
ne feroient pas mention de la fécondé Epîtrede
S. Pierre ; il fuffiroic de femarquer qu’elles ont
etc écrites à des Eglifcs , c’eft* à-dire, à des fo’*
cietez entierçs,qui en ont long- tems conferve
les originaux , pour pouvoir du moins nous affû¬
ter qu'elles ne font pas luposces,
C’efl à nous maintenant à voir fi nous y trou¬
verons quelques caraderesde la divinité de nôtre
Religion. On n’y fçauroit jetter les yeux , fans
y remarquer. I. La pieté & la charité de cét Apô¬
tre. II. Son defintércfl'ement,& le mépris qu’il
fait des biens du monde. III.* Son courage à fu-
porter les affligions, qui loin de le rebuter, Icrc-
joüiffent. IV. Une répétition continuelle du té¬
moignage que les Apôtres ont rendu à la vérité
de la réfurredion du Seîgneurv V. Des chofes
qui marquent que S. Paul avoit reçu les dons
miraculeux du S. Efj^ric , & que les Eidcles
les recevoient en ce tcms-là fort com.munc-
ment.
La pieté de cét Apôtre y éclate en tant de ma¬
niérés , qu'on ne peut la croire fauffe & affedée
fan#fc faire violence. Car quand un homme fe
contraindtoic dans une occafion , le moïen qu’il
fc contraigne de la même forte , pendant tout le
cours de fa vie , dans toutes fes avions , dans tou¬
tes fes paroles, dans la manière de dire les chofes,
qui cft fouvent plus capable de découvrir le fond
du cœur , que les choies memes que l’on dit ? Je
Tyntté de la. Vérité !
fçai que Thipocrifie fe couvre de l’extérieur & des )
aparenccs de la vertu : mais en vérité il y a tou* j
jours un je ne (çai quoi , un air fîmple & naturel j
dans la véritable vertu , qui ne le trouve pas dans
riiipocrilie j ou plutôt , Thipocrilic n’eft pas fi
habile & fi éclairée , qu*elle ne fe découvre d’uu
côté oud*un autre 3^ qn’une parole qui lui écha- !
pe ne la faflé voir. !
Je confens cependant qu’on examine lesEpîtres !
de S. Paul , pourvoir fi l’on y remarquera rien î
que de naturel &de fincere. Seroit-il pofiibleque ;
du fein delà malice & de la perfidie d’un homme i
qui vient aculer fa nation d’un crime qu’il fçait i
être faux, fortilTent tant d’exhortations à crain- !
dre Dieu , fi fortes , fi touchantes & fi répetéef, i
qu’elles rem plilTent les Ecrits de S. Paul; cette f
humilité quirapoite tout à Dieu comme au cen- |
tre du bien , nous difant avec tant de vérité , i
as^-'Ut quetu ne V aies reçu 'i 'Et fi tuVas refà , i
pourquoi t en glorifie s^tu ? Nous fommes a vous , ]
vous êtes a Cnrifi , Çhrifi; e/l à Dieu ; & qu’ou |
en vîcfortir cette horreur pour le vice, qu’il ne i
perd aucune ocafion de témoigner, & qu’il ex¬
prime d’une maniéré fi vive & fi farte ?
Sa charité ne le découvre pas moins fenfibîe-
ment dans ces foins fi palfionncz qu’il a de fan-
êlîficr fes Freres. Toutes fes Epîtres ne font
qu’un tilfu de tendres exhortations , ou plutôt
de prières ardentes qu’il leur fait à s’aimer les
uns les autres. II veut qu’ils vivent fobrement ,
vjftcment & relio-ieufcment. Il s’adrelfe auxfer-
viteurs & aux maîtres, aux pauvres & aux rifhcs,
aux pères & âux enfans, aux jeunes gens & aux
vieillards. N’étant préocupé pour perfonne , &
ne haïflant perfonne, il s’épanche en allions de
grâces & en benediélions pour tous, il kur tient
un langage tendre & touchant, il les apellefes
petits enfans , fes bicn-aimez , fes entrailles , fa
i^e la Religion Chrétie^ine, S 7
gloire & fa couronne. Et quel eft Ton but en leur
parlant en cetre maniéré 3 Ceft de leur infpirer
Tamour de Dieu & celui du prochain.
Combien relevc-t- il l’excellence de la charité î
€^and je parltrois ydiiAl J lela?igage des hommes
même le langage des Anges i fi jen ai point la'
charitéyjefuis comme V airain qui raifonne.^luand
je diflribuerois tout mon bien aux pauvres , cè’
je livrerois mon corps pour être brûlé y fi jen ai
point de charité y cela ne me profit de rien» La ch a-»
rité cji d'un efprit patient lellefe montre benigne»
La charité n efi point envieufe, La chanté nufe
point d' in folence ; elle ne s'enfle point elle ne fe con-^
dtiit pas malhonnêtement I elle ne cherche point
fon propre profit : elle ne fe t^piîe point : elle ne pe7îfé
point à mal: elle ne fe réjouit point de finjujlice 9
mais elle fe réjouit de la vérité Elle endure tout ,
elle croittout > elleefpére tout. Voilà quelle eft Ti-
déc que S. Paul avoit de la charité. On y voit la
force du bon Cens & de la vraïe vertu , & non pas
les foiblefles 5^ labizareric de la fuperftitioii. Il
préfère la charité aux dons miraculeux. On voie
bien là TcCprit de la vraïe Religion.
Cette confidération du caraàere & de la vertu
de cét Apôtre eft d’autant plus confidérabîe ,
qu’on eft obligé, malgré qu’on en ait, de dire quel¬
qu’une de ces deux chofes 5 ou que S. Pau! a été
un méchant homme & un infigne impofteurj ou
qu’il avoit oui Jisüs-Christ furie chemin de
Damas , qu’il avoit reçu fon E(prit , & qu’il croit
véritablement fon Apôtre. De forte que celui
qui montre que S. Paul n’étoit pas un méchant
homme , prouve par cela meme la divinité de
la Religion Chrétienne.
Je prie donc le Ledeur de faire bien réflexion
fur le caradere de f?k Epîtres , qu’il les examine
depuis le commencement jufqu’à la fin-, qu’il en
découvre le gcriic ôc le caradere.
QiPeft-
SS Traité de la Vérité
Qu’efl-cc que ccc Apôtre demande à Dieu^>
ceux à qui il parle vivent bien , & que Dieu
lüic glorifie par leurs oeuvres. Dequoi le plaint-
il ? Du vice. Qu'eft- ce qu’il loue ? La vertu. Quel
motif Je fait agir, & 1 oblige à parler comme il
fait ? Tout autre que celui de l’intcrét.
Saint Luc nous avoit déjà apris au Livre des
Adles, qu’il travailloic de fes mains pour gagner
l'a vie , & qu’il s’ocupoit à.faire des tentes. Sur-
quoi il faut fait? deux remarques : Tune , que
S. Paul aïant été Pharifien , & élevé aux pieds
deGamaliel, auroitciü fe ravaler extrêmement
en exerçant une fi vile profefîion , pour peu qu’il
eût eu le cœur mondain & ambitieux : l’autre,
que cet Apôt.e fe réfcJüt à travailler de fes mains
pour gagner fa vie , dans une ocafion que d’au¬
tres auroient embraffée avec avidité pour s’ac¬
quérir des richefl'es., Qu’auroit-on refusé en
cfet à des gens qui ouvroient le Ciel aux hom¬
mes, &qui leur donnoient Pefpérance certaine
d’un falut éternel ? Caron ne peut nier que ce ne
flic là la pensée ou le préjugé des premiers Chré¬
tiens à l’égard des Apôtres.
Si vous craignez que S Luc ne nous ait trom¬
pez en nous aprenant ce fait, il ne faut qu’écou¬
ter Saint Paul lui- même, qui fans doute n’au-
roit pas entrepris de le faire acroire contre la
connoiflance qu’en avoient ceux à qui il parle*
1. CoriVoict , àh-W 2iV\x Corinthiens, Voici four la troi^
îî-* fiéme fois que je fuis prêt d’aller à vous y ^ je
ne vous ferai point à charge , car je ne demande
point le votre , mais vous-mêmes. Auffi les en^^
fans ne doivent point faire d* amas pour leurs per es y
mais les peres pour leurs enfans i pour moi
je depenferai volontiers ferai dépensé pour vos
âmes y &c. Et puis. Vous %i'je pris par fineffef
At~je donc fait mon profit devons. Et d’ailleurs.
Ai- je commis une off en fe yen ce que je me fuis abaifié
moi*.
j de la Religion Chrétienne* tp
; ffjoi^njéme , afin que vous fufflez élevez, parce que
fans rien prendre je vom ai annoncé l'Evangile de
i Dieu f ^
i S. Pâul n’auroit pas tenu ce langage, s’il avoît
; prêché par intercc , félon la coüriime de ceux qui
i portant un cœur mondain dans le Sanduaire,
font un commerce honteux de cequ*ii y a de plus
Éacrc & de plus augufte dans la Religion.
Mais fl S. Paul n’agiffoit point par cét interet,
dont la plupart des hommes font pofledez, qui
nous répondra qu’il n’avoit pas en vue un interet
plus délicat , & qui naît meme quelquefois de cét
autre dehntcrclTement , c*eft- à-dire , un intérêt
d’orgueil ?
J e fçai qu’il dépend du caprice d’un homme, d’a-
tribuer les meilleures adions à l’orgueil , & de trai¬
ter d’hipocrifie la plus folide vertu : car qu’eft-cc
qui peut fixer les agitations éternelles d’un efprit
qui ne cherche que des doutes ? Mais je foüticns
auffi qu’il y a des caraderes dans la conduite 6c
dans les paroles de S. Paul, qui montrent malgré
l’incrédulité , que le fonds de fa vertu cft folide, 6C
fon dcfintcrefTement finccte. C’efi: ce qui paroitra,
comme i’efpere , par les réflexions fuivantes.
Il ne faut avoir qu’une trés-médiocre connoif-
lance du cœur & des inclinations des hommes ,
pour n’ignorer pas que comme il y a deux difFe-
rens états dans lefquels ils peuvent fe trouver , il
y a aufli deux differentes fortes de paflions qui
naiflent dans leur ame j la profperité fait naître
l’orgueil avec les vices qui l’acompagnent ; la
pauvreté & la mifere font naître l’avarice avec
toutes fes dépendances. Ce n’eft pas que l’avari¬
ce ne fe trouve aufli dans la profperité , & que
l’orgueil n'acompagne auflTi quelquefois la mi¬
fere : mon fens n’efl: pas celui-là. Je veux dire
feulement, que la profperité cfl: comme le régne
l’orgueil, 6c la pauvreté le régne de l’avarice :
* parce
9Ô Trahé de la Vérité
parce qii*an homme qai a du bien , crant fatis-»
fait de ce côtc-Jà, cherche ordinairement la
gloire j au lieu qu’un hêmme qui a delà peine à
vivre , ne s’avife -gueres de travailler pour la
gloire , & chercher premièrement lesmoïens de
ïubSIler, D’où il s’enfuit , que bien loin de s’ima¬
giner que S, Paul ait voulu fe réduire à une ex¬
trême pauvreté , & travailler de fes propres mains-
pour acquérir de la gloire , il eft beaucoup plus
naturel de penfer , qu’il n’a pü fe propofer la
gloire comme Tunique fin de fes aêfions , que lors
qu’il s’efl vu au defl'us de la mifere & de la iK-
ceflîtc.
Cependant cela ne paroîc pas encore tout-à-
fait convaincant , parce qu’il y a eades hommes
qui ont méprisé les- richeffes pour s’aquerir,
Teftime des hommes. II faut donc ajoüter ,
pour dihinguer S. Paul de ces derniers, que
non • feulement il eft pauvre, que non- feule- ■
ment il eft réduit à travailler de fes mains pour
gagner fa vie, mais qu’il fouffre encore tous les
maux & toutes les difgraccs aufquelles on peut
être expefé. L’adverfitc abat les fentimens trop
élevez de nôtre cœur j tout le monde ea con¬
vient : & Ton peut dire hardiment , que fi ces
Philofophes donc nous avons parle s’étoicnc
trouvez acablez par une fuite de maux qui.re-
naiflbient les uns des autres , chargé de chaî¬
nes, déchirez à coups de fouet, expofez aux
naufrages , en bute aux outrages , à la moquerie
des Sçavans , à la raillerie des Princes , à la haine *
des Magiftrars, à la fureur du peuple , comme
nôtre S. Pàul 5 leur orgueil éperdu & déconcerte
auroit fait place bien-rôt à Tamour du repos , &
à Timpatîcncc de fe retirer fi promptement d’un fi
déplorable état.
D’ailleurs , ces Philofophes qui meprifeisnt les
richcfl'es & les dignicez, les méprifoient pour
Tamour
Il de la ReUpon chrétienne. 91
I l’amour d’eux-m^mes , & non pas pour Tamour
' des autres: puifque fans fe foucier de Tctat de
•j lcur prochain , ils fe retiioientdans des folitudes,
I ou en Ja compagnie d autres Sages, avec qui. leur
orgueil fefelicitoit d’avoir renoncé à toutes chc-
fes pour redonner tout entiers à Tétudede lafa-
gefle. Mais ici les Apôtres abandonnent toutes
chofes pour courir travaillera la converfion des
hommes. S. Paul fait des teates , comme Abdolo-
miiuis bcchoit dans un jarcin : mais S. Paul ne
cefled induire les hommes en prêchant TEvan-
gile 5 & Abdolominus nepenfoitqu’à fa tranqui-
litc & à fon repos.
Enfin les Sages dont nous avons parlé avoîent
cetee ^nfolacion, qu’en renonçant aux richef-
fes iis croïoient poffeder le fonds de la véritable
vertu. Car trompez, comme ils étoient , par leur
propre orgueil, ils n’avoient garde de penfer que
leur vertu ctoic fanfTe s «Sc ce n’eft que l’idée qu’ils
, avoientde (on excellence qui le.^ confoloit de ce
qu’ils perdoient : au lieu que S. Paul & les autres
Apôtres étant des impofteurs , comme l’impiété
H fupc^ , ne pouvoic pas avoir cette confo-
laiion qui naît du fentiment de fa vertu, ôc ils
étoient privez de ce poids qui affermit l’amc des
hommes dans les grandes afflictions & dans les
entreprifes périlleufes. Tournez la chofe derous
les côrez , vous trouverez quelque choie de fin-
gulicr dans la conduite de S. Paul j & aucun ca-
raélcre n’aprochera jamais du caraeffere Apofto-
lique.
Maïs , dira-t-on, on trouve que S. Paul fe vante
quelque part de l’excellence de fes révelation'è* II
écrit aux Galates que les plus excellens des Apôtres
ne lui avoient rien donné : que f acquêt > Cephas
Jean, qui [ont eflime^lcs colommes, lui av oient don^
né la main d' aJfociation:qu après avoir été fait Apo^
ire [il ne prit point confeil de la chair ^duf %ng pour
retour'^.
$1 Traité de la Vérité S
retourner a ferufalem y ^ là fe faire agréer de^ ;
autres yîpôtres : quil rcfifa à Pierre en face, Ô* l^l
reprit , parce qu il méritait d' être repris. - i
Cela ne peut faire aucune peine à ceux qui con- i
noîtront l’occafion qui a oblige S. Paul à parler |
& à agir de la forte* II y avoit parmi les Galatcs ii-
de faux Doéleurs , qui tâchoient de détruire le 1
fruit de la prédication de céc Apôtre , en aflbeiani i ;
les cérémonies Judaïques à la foi Chrétienne, 8c !■
qui difoient pour cét effet , qu’ils tenoient leur ;j
pratique de Pierre* Jacques & Jean , qu’ils avoient iii
vus à Jerufalcm. L’Apôtre craignant que fous le i
prétexte de fuivre îa dodlrine des trois principaux |:
Apôtres de nôtre Seigneur , on ne détruifit fou !;
ouvrage, entreprend de faire voir que rex^élencc f
de Ton miniftere ne cede à celle d’aucun autre, i
C’eft dans cette vue qa’il fe compare avec les au- |
très. Apôtres dans fon Epître aux Galates , corn- 'j
niençant par ces paroles : Paul Apôtre y non point n
de par les hommes , ni de par V homme , mais de par, il
fEStVS-CHRlST y ^ de par Dieu le Pere y &c. J
Et c’eft pour le meme interet que fe comparant il
dans fa fécondé Epître aux Corinthien^ quel^ 1
ques Dodfeurs qui tâchoient de le trouDJcr dans |
fon miniftere, il s’exprime de la forte. Sont- ils i
Hebreux ? Je le fuis* Sont-ils ifraélites ? Je le fuis 1
fiuffl» Sont-ils delà femence d* Abraham ? Je le fuis, f
Sont-ils Miniftres de JESVS- CHRIST ^ [jeparle '
cotnme imprudent ) Je le fuis en travaux davanta^ ■
ge y en battnres par deffus eux, J* ai reçu des Juifs \
par cinq fois quarante coups moins un, J' ai été batu |
de verges trois fois. J'ai été lapidé une fols. J* ai fait î
naufrage trois fois : en voyages , en périls de fleuve y
en périls de brigansy en périls de ma nationy en pénis
de Gentils , en périls entre faux Freres ; en peine ^
en travail , en veilles fouvent, en faim ép en foi f y en
jeunes foHventy en froid ^ en nudité. Ou tre les chofes
de dehors, ce qui m' afftege jour nuityC efl le foin de
îoutes^
j àe la "Religion Chrétienne* >5
Routes les 'Egltfes.^^i efl affaibli, que je ne fois affaibli
\ aufft ? §ljji efl fcandalisé, que je n en fois auffi brulé't
Croit-on que S. Paul eût ose parler de fes af-
!:flid:ions avec tant de confiance,^ les raporrer
en detail pour rinterct de l’Eglife , que des (édu-
dleurs vouloiçnt détourner de la foi, fi ces affli-
d:ions n’eufl'ent etc véritables, & meme connues
de tout le monde ? Si ce qu’il dit eft faux , com¬
ment ne s’apèrçoit-il pas, que bien loin de faire
taire fes ennemis par là , il leur fournit une nou¬
velle matière de le décrier ? Et fi ce qu’il dit eft
véritable, qui peut douter que faint Paul ne foit
perfuadé de la vérité de la Religion Chrétienne ,
lors qu’on voie ce qir’il fonffre, & la maniéré
dont il le fouffre ? Où eft l’erreur qui infpire au»
tant de confiance que cet Apôtre en fait paroi- ^
tre ? Q^’on nous faffe voir un méchant homme
devenir le-martire perpétuel ePune impofture fi-
gnalée, & ne lefpirer pourtant dans fes Ecrits
que confiance, zélé & charité. Q^on nous mon¬
tre un méchant homme , qui étant forti de prî-
fon , fe hâte en quelque forte d’y rentrer , & qui
va prêcher l’Evangile, apres avoir été déchiré à
coups de foiiet pour l’avoir prêché ; un ennemi
de fa nation , un perfide fédudeur , qui apres
avoir renoncé à tout ce qu’il poffédoit pour piê»?
cher aux autres, n’en veut pas même recevoir la
nourriture & le vêtement j qui en prêchant l’E¬
vangile immédiatement aptes ce traitement >
ne veut pas même s’exemrer du travail du
corps , de ce travail vil & abjed qui fert à
gagner (a vie j qui le déclare dans fes Epîtres
à des gens qui lui donneroient fans doute
tout ce qu’il leur demanderoit ; qui refufe enfin
après tout cela, & rejette fans alFedation , la
gloire qu’il femble qui lui revient de la prédica¬
tion de l’Evangile, & de fon renoncement à tou¬
tes chofes ; & qui nous nipiuxc le grand principe
auquel
5? 4 Traite de la Vérité !
auquel cette gloire doit fe terminer , pour faire |
voir que rien n*eft plus légitime que le refus |
qu’il en fait. De même aujft , dit-il, le Seigneur \
a ordonné (fu^ceux qui annoncent rEvangilcy 'vi- i
'uent de r Evangile. Néanmoins je nai'uféaan- |
cunes de ces chofes. Or je n ai point écrit ceci , afin i
qu on en ufe de même envers moi. Car bien que i
j* évangelife , je nWi pas dequoi me glorifier y pav^ |
ce quelanécefflté m*en ejl impofée. Malheur à moiy \
fi je n évangelife. *§lue fi je le fais volontiers yj*en i
ai la récompenfe y fi je le fais a contre- cœur y la \
difpenfaîion nelaijfe pas dem^en être confiée. G^uel
falaire donc en ai- je ? C*efi qu en prêchant l’Evan^ 1
gileijefaisque V Evangile de Clprifi n aporte point i
de dépenfey afin que je 7z'abufe point du pouvoir que I
j*ai endEvangile. Et ailleurs. Certes fcjiime que 1
toutes chofes me font dommage pour V excellence de i
la connoijfance de J. C. monseigneur y pour fi a^^ !
mour duquel je me fuis privé de toutes chofes les \
ejiime comme de VordurCy afin que je gagne Chrifi, I
Saint Paul coupe Iqi-mcme toute racine à fa 1
vanité. Ce n'e<^ point après des aparences bril- I
lantes de vertu & démérité qu’il court. Il cher- ;
chela rémifîion de les péchez. Toute fa force eftj
en Chrift. II dit que Dieu a envoie fon Fils au |
monde pour fauver les pécheurs , dont il eft le j
premier. II avoué quh'l a blafphemé le facré nom ||
par lequel il nous faut être fauvez; qu’il a per-i
fecuté Je s üs-C h r i sxenfes membres. Il attri- I
bué toute fa converfion à la grâce: il ne parle j
que de la grâce. Et quels objets furent jamais ij
capables d’humilier les cosurs des hommes, fi l
ce n’eft pas la grandeur immenfe de .Dieu , la i
profonde mifere des hommes , leur corruption i
defefpcrce, & Tinfînie mifericorde de Dieu ma- j
nifefié en fon Fils , qui font les obicts qui'!
rempIüToient les dilcours , les Epîtres & refprît il
de S. Paul, lequel renfermant toutes ces vüési!i
dans i
de la Religion Chrétienne. $ f
^ans une feule, ne fopropofoit de fçavoîr que _
jE<ius-CHRisT , & Jesüs-Christ crucifîé*
Mais, dic-on , n’cft-il pas vrai que S, Paul
agifï'ant comme iJ a agi , s*eft aquis une gloire
immortelle ? L*évcncment Ta fait voir : & pour¬
quoi ne croirons nous pas que S. Paul a agi par
un principe de vaine gloire, aïant prévu ce qui
arriveroic ?
Certes Timagination feroît belle, de penfer
que Saul prcocupé contre les Chiétiens, Phari-
fien , orgueilleux, cherchant à s’immortalifer,
s’avifera d’apuïcr une impofture aiifTi choquante
que le feroit celle des Difcîples, fi les incrédules
avoîent raifon , croira tromper TUnivers & la
pofterité par des menfonges grofllers 5 tirera la
force, le courage , la confiance, la charité, la
pieté , de ce projet chimérique & de ce deflein
perfide j combatra les bêtes en Ephefe par l’ef-
pcrance de cette immortalité en idée , quinepeun
pas un jour fiater fes cendres dans le tombeau t
que cét orgueil vivra au milieu de la honte & des
douleurs j & qu’une idée qui n’a acoütumé de
naître que dansToifiveté, & qui eft le fruit de la
{>ro(perité & de l’abondance, triomphera pour
a première fois des fentimens de la nature les
plus réels Sc les plus vifs.
Mais quoi î S. Paul eft un pblîtîque ,«un mon¬
dain qui a une fecrcte envie de travailler pour
foi-même. Ne connoîtra-t-on pas fon caraéfere 5
Ne fc dcmcntira-t-il point ? Son orgueil ne
poura-t-il pas fe découvrir un peu , lors qu’étanc
*cn Licaonie', on veut lui facrifier, le prenant
pour Mercure? Et à force de méditer fur Jes
Epîtres , n’y trouverons-nous pas quelque mar¬
que de cette prodigieufe vanité qui le fait agir ?
Pourquoi les incrédules ne fe confultent-ils pas
eux- mêmes là-defTus ,
Ils pouront trouver dans leurs cœurs quelque
5^ Traité de là Vérité
difpofîtion à être impoilwirs / mais ils n’y ciï
trouveront point à foufFrir pour leur impoftuie. ,
Ils pourront peut-être fe fentir dilpofcz à fouf- 1
frir pour une ioipoftute , qui pourroit dans la I
fuite leur procurer de'^grandes richeffes : mais’
non pas à foufFrir pour une impoftüre qui les
oblige à renoncer à toutes chofes, à foutrrir, &
à perdre même la vie pour couronnement de :
leurs foufFrances. On peut fe trouver difpofc à,
renoncer à toytes chofes , & à foufFiir la mort i
pour le bien de fa patrie , ou pour conferver fou
honneur, ou pour quelqu’autre fujet qu’on croit j
légitime : mais non pas pour défendre ce qu on i
fçait bien qui eft un menfonge. L’idée du fouvenir 1
de la poOeriré peut dater rorgueil; mais non j
pas jufqu’à l’obliger à faire un prefent affreux ||
& épouvenrable, & jufqu’à facrifier à cette idée i
ce qu’on polFcde de plus réel. On peut fe fentir ji
de la difpofîtion à tromper les hommes, & à |
aceufer fa nation d’un crime imaginé j mais non '
pas lorsqu’on lui témoigne une charité extraor- '
dinaire , & qu’on fait tous fes éforts pour la fan- 1
êlifîer. Ôn peut concevoir le defTein de féduire |
les hommes : mais on ne peut pas faire éclater en j
même tems mille vertus par fes actions , & une |
confiance admirable dans fes paroles. Qu’on [
cherche dans le coeur de tous les hommes , on n’y ;
trouvera jamais l’union de toutes ces qualitez.
Comme on n’en fçauroit donner un exemple dans ■
la vie & dans les actions d’aucun homme, l’idée?
n’en étoit peut-être jamais montée dans rcfprit '
des hommes. Qi^llc foiblcfFe n’cft-ce pas, de ,
pçnfer que cela lé trouve rccilement en la per- j
fonne de S, Paul & de quelques pêcheurs? Sur-* j
quoi peut-être fondée une pareille imagination , ;
que 'fur une envie defefpcrée de fe tromper foi- ;
même ?
Mais afin qu’on ne nous acuCs pas d’avapcer i
fans
[ de la 'Religion Chrétienne*
"ans fondement ce que nous difons de la confian-
:c de ccc Apôtre il faut l’ccoucer lui' même^
Car notre Icgere affliciton , dit-il , qui ne fan que
)afer , produit en nous un poids éternel d'une gloire
kxcélcmmenî excélente diiWtms. f e fuis plein ^
\dc joie en?2otre afJiiôlion.Car comme n ms fumes ve- ^
\*}us en Macedoine , notre chair neût aucun rdâche*
Ah contraire , nom avons été affligez en tomes fa^
^fons ; combats par dehors , craintes par dedans:
^^nais Dieu qui con foie les abatus , nous a confolez,
;&c. Et au ch. II. de cette meme Epîcre, 'Et partant
ji'e prens plaifir en infirmités yen injures, en nécejfîtésy
\en perfecutions , en angotjjes pour Chrifl ; ^ quand
UfuisfoibUyalorsje fuis fort. II prétend même que
Itous ceux qui font animez du même efprit que
lui ne peuvent s’empcclicr de fe réjouir fainte-
|mer.t en leurs foufFrances. Mais le fruit y dit-il i
r Efprit efl charité y joie , paix , efprit patient, he^
^mgni.éy bonté y fidélité, douceur , tempérance, C’ed
!lc caraélere véritable du Chrétien. Les Apôtres
neprcchoient que pour faire naître ces vertus.
Mais voïons encore quelques traits de lajoïeSC
delà confiance de S. Paul. Voici de quelle ma-
•minière il s'exprime quelque part. Etant oprejfcz
en toutes fortes y mais non point réduits à l'étroit y
\étantm perplexité , mais non point deflituez 5 étant
perfécutez, mais non point abandonnez > étant aba^
tus, mais non point perdus ; portant toujours en notre
corps la mortification du Seigneur fef us y afin aufil
que la vie defefus fait mantfejiée en nous. Et ail¬
leurs. ^ie fi je me fers d' afperfion fur le facrifice de
[vôtre fût y je m'en réjouis avec vous tous. Vous aufji
Wéjo'ùifi'ez^vous avec mot. D'où peuvent fortir ces
imouvemens de joî'c que S. Paul exprime fi naïve-
iment , que l’art ne peut imiter , qui régnent dans
toutes ks Epîtres depuis le commencement juC-
^qu'à la fin, & qui femblcnt fi bien venir d'un
' cœur, qui ne pouvant renfermer fa joïe & fa fa-
Tome 11* E cisfa-
98 Traité de la Vérité 1
tisfadion , s’oavre & s’épanche au dehors pomi
la laiiTcr paroître ? ,
Affurément ces fentîmens ne viennent poînti
de la nature. La nature le plaint , elle gémit /
lors qu’elle fouffre. Les Stoïciens qui ont voulu:
ctoufFer fes plaintes innocentes , ont prétendu
que l^n pouvoit fe vaincre jufqu’à confcrveii
toutel^a tranquiiité au milieu des tourmens : maiîi
les Stoïciens n'étoient pas allez jufqu’à croire
que la joïe devoir naître des maux mêmes que
l’on fouffroit. Il n’y a que les Chrétiens qui trou¬
vent le principe d’une confolation & d’une joïe,
inexplicable dans les affiiêlions. Qui eft donc ce
Paul qui a des fentimens h élevez ? C’eft , dit^
l’incrédulité ,un impofleur. Par quelle force va-!
t-il plus loin que toute la vertu des Stoïciens nci
s’eft vantée d»aller ? Par la force de la plus gran-'
de impofture qui fut jamair. En vérité, peut-on
bien fe perfuader cela? Pour moi > je ne trouve
de difficulté qu’à me perfuader que les furpérbea;
partifans de la raifon humaine foient fi detai-,
fonnables & fi extravagans,
chapitre XII. I
ch Von continué dV examiner Us Epitres de
SainVTauL
IA troifîéme chofe qu’il importe de remar-
^quer dans les Epîrrcs de S. Paul ^ eft qu^clles
ne font , pour ainfi dire, qu’une continuelle ré-;
pétition de la mort, de la rcfurrcêfîon & de l’af-
cenfion de J esus-Christ , ou du moins des chofes
qui s’y raportent cfléntiellemcnt : de forte que
cjuand les quatre Evangiles feroient perdus, on;
trouveroit la moelle & l’cftenticl de l’Evangile
dans les Ecrits de S. Paul, On voit cela dans le
commencement de prcfquc toutes fes Epîcres
* Touchan '
; de la Religion Chr etienne.
Touchant fon fils, dit-il aux Romains, chap.
W/ a été pleinement déclaré Fils de Dieu en
fonce félon dEfprit de fancir fi cation par la réfur^
\reciion des morts , à ffa^votr de notre Seigneur
fcfus^Chnfv. Mais on le voie plus exprefTemenc
len pluiieurs autres endroits. Voici comme il en
Ipaile au chap. 15 de la première Epïcre aux Co-
rini biens, /c vous ai donné ce quefavois aujfi recâ^
\ff avoir que Jefus^Chriji eft mort pour nos péchez,
félon les Ecritures j qtitla été enjévelt^ quil
kfî réfnfciîé le trcifiéme^our félon Les Ecritures >
jd'’ qtitl a été vâ de Cep ha s y & puis des douze ^
Depuis il a été vu de plus de cinq cens F reres a une
\fois , def quels plufienrs font vivons jufqud prefent^
Ô* quelques-uns dorment^ Après il a été vu de
'ffdques , puis de tous les Apôtres , après tous
fil a été vu aujfi de moi comme un avorton* ^
Voila quelle eft la confiance avec laquelle cét
jAporre parle de la Réfurredlion dejEsus-
iC H R I s T. Il ne dit pas feulement en termes va¬
gues & g^rnéraux , qu*on a vu J e su s*C h R i s r
'après fa rèfurredlion, il dit que J e s u s-C H R 1 sT
ia été vu deCephas , de jaques , des ancres Apô-
itres , dclui-mémcj qu'il a été vu par cinq cens
jF.-ere à la fois , dont une bonne partie vivoic en-
'corc : les prenant parla à témoins , & s’expofanc
■vifiblement à être centredit , fi cela n'eüt pas été
I véritable. S’il cft vrai qu’il y ait un fi grand nom-
^jbre de perfonnes qui témoignent qu'elles ont vii
I Jesus-Christ rcffulcitc, ce fait ne fçauro:t être
Ifaux. Car le moïen que cinq cèns, trois cens,
cinquante perlonncs confpiraffent à foütcnir cet¬
te fable nonobilant les luplicés ? Et s’il n’eft pas
vrai qu’il y^it un nombre de perfonnes qui dépo¬
nent qu’ils ont vu Jesus-Christ rcflufcicc ;
Comment S. Paul Tofe-t-il écrire aune infinité
jde gens, qui ne pouvoient avoir vu les Apôtres
'Uns fçavoir ce qui en écoit >. Comment ofe-t- il
E ij marque.»:
2 00 Traité de la Vérité
marquer par leur nom ceux à qui J e s u S-Chri§T
cft apaiu apres i'a rclurrcâ:ion ? Q^lle eft fa har»
dielle , de defigner un fi grand nombre de témoins
de cette vérité, & de dire que la plupart font
encore vivans ? Comment dit-il cela en paflant,
par manière d’aquic , & comme une ch'ofe con¬
nue de tout le monde f II le dit , & fe contente de
le dire, fans faire comme les impofteurs , qui fc
fervent du tour & de radrefle de leur efprit pour
donner plus de couleur aux chofes qifils veulent i
faire acroire , & qui emploient plus d’art, à mefu-^
le que ce qu’ils veulent perfuader efi incroïablc.
Mais pourquoi ne rendoit-il pas un témoignage
plein de confiance à la vérité de la réfurredlion de,
J ES us- Ch r I ST, puis qu’il prétend que rEfprit
meme du Seigneur en rendoit un bien fenfible &
bien éclatant ?
En éfet , faînt Paul dans fes Epîtres parle des
dons miraculeux comme de quelque chofe de
très connu. Il les apelle les dons du S. Efprit , & ;
quelquefois fimplcmcnt le S. Efprit. Celui qui
voudroît ôter de fes Epîtres tous les endroits où
iî en parle , en ôteroit fans doute une des plus
Cor. confidcrables parties. A l'un y dit-il, efi donné \
far rEJprlt la parole de fapience , ^ à l' autrey félon'
le même EJprit y la parole de connoiffance j à
l'autre la foi en ce même Efprit j ^ à Vautre les
dons de guerifon en ce même Efprit ; ^ d Vautre des
operations de vertus i 'd Vautre la prophétie
Vautre le don de difeerner les efprits ; d Vautre la
diverfité des langues : mais cefeul même Efprit '
fait toutes ces chofes , difrihuant particulièrement
d chacun félon ^uil veut^
Vous voïcz comment S.* Paul fupofe en paf-
fant ce fait comme un fait d’expérience , & que
chacun connoiflbit. Cependant il efl remarqua¬
ble qu’il ne s’agit pas là d’un feuî de ces dons, i
mais c}e pluficurs dons miraculeux, & qui iont|
même
Il de la 'Relhton Chrétienne. loi
rttocme a couvert d’illufion & d’artîfice. Car
[ juandon auroit piîfuporer, que certaines gens
^«ivoicnt reçu le don de parler des langages j quand
:;:cs gens n'auroicnt pas été démentis d’abord par
' des pcrfonnes qui (çavoicnt véritablemcnc ces
angues-là : comment y en pouvoit-il avoir d’au-
! ;:res qui expliquoient les langues, & qui encen-
’loicnt les gens de toufes les nations , & d'aiurcs
:i']ui guériflbicnc les malades , &’d’autres quifai-
Moier.t des venus, & qui avoient la foi des mira-
I :1e ? Scc.
\ Mais peut-être qu’on ne fe contenteroîc pas
le ce fcul paflage. En voici donc un tout pareil.
^a)Td bienjefarlerois lelangage des hommes , ^
\meme le langage des Anges , &c. quand f aurois les
ions de prophétie i connoîtrois îom les feçretSyScc.
yquandf aurois toute lafoiytellement que je tfanf^or^ .
ta jfe les montagnes y Scc. Tous font-ils Prophètes ^
[lit. il dans le chapitre précédent. Tous ont-ils
' des vertus ? Totu ont- ils les dons de guéri fon ?
Tous parlent - ils des langages ? Tous interpré^
îcnt-tls ? Mais foïez convoiteux de pUts excélens
(tons : je vas vous enfeigner un chemin qui
furpajfe de beaucoup. C’eü alors qu'il cominence
à faire l’clogc de la charité , & qu’il la prcfcie à
tous les dons miraculeux. Il parle tout de luéme
;cn céc endroit indircdfemeiu & en palTiat de
ces dons j & la manière dont il s’exprime fait
ibicn voir que ce fait ctoit d’une notoriété pu-
ibliquc;
Qiie h l’on veut encore une plus grande preii-
I ve de cette vérité , mais une preuve qui me paroît
jaudcHus de la fubtilité & des exceptions, il fuf-
ifira de confidércr , qu’entre ces dons celui de
parler des langues étoit devenu fi commun , étant
communiqué fort fouvent par l’impofition des
mains des Apôtres, qu’il furvint un grand trou¬
ble & une grande confufîon dans l'Eglife de Co-
£ iij rinihc
JC Z y mite de lu Vérité
linthe à cette ocafion ; parce que Ceux qutj
avoient reçu ce don , voulant tous parler des lan-
e;ue3 crrangercs dans TEglife , raffemblcc n’en
ctoic point édifice. C’eft ce qui obligea S. Paul
à leur écrire fortement là^deflus i & c’eft à quoi
il empîoïe particulièrement le chap. 14. de ia
première Epître aux Corinthiens, Je deftre bien j
leur dit-ii , que vous forlicz, tous des langages:]
mais beaucoupplus que vous pYophetifieZj afin que
L'Hgltfe en reçoive de V édification. Prophetiler;
dans le (ens de cet A pôtre , cft annoncer la parole
de Dieu , écTcxpliquer au Je rends gYacei\
d mon Dieu y ajoute-t-il, que je parle plus delan-^
gages que vous tous -.mais j' aime mieux prononcer^
én VEglife cinq paroles en mon intelligence , afin que
j* infirmée au Ifi les autres , que dix mille paroles er
une langue inconnue. C^efi pourquoi , ajoürc-t-i’
o[icl(]utzems2LŸtt&y les langages font pour figne \
non point aux croians y mais aux infidèles : au con'\\
traire la prophétie ne Ce fi point aux infidèles , mat^
AUX croians. C’eft- à- dire , comme chacun kl
conçoit fans peine, que le don dés langues que;
Dieu acordoit miraculculémcnc à TEglife , ctoii;'
deftiné à confondre , ou à convertir les Înfidélcî'
par ce témoignage fenfiblcdc la divinité du Chriv;
ftianiline : au lieu que le don de prophetifer, c’eft' !
à dire , d’annoncer ia volonté de Dieu , & de l’ex- '
pliquer au peuple, avoir été donne pour le hier,
& pour Tédification des Fidèles. C’eft à ces done;
miraculeux que regarde S. Paul, lors qu’il dit aux
Ephefiens , N'éteignez point CEJpnt: & c’eft d(
ces memes dons, de ces vertus éclatantes , qu i "
dit aux Gàlatcs , O Galates ïnfenfez , &c. Celui\
qui vous fournit CEjfirit , ^ qui produit les vertm >
en V0U4 y le fait' il par les œuvres de la Loi , ou par
la prédicatîen de la Toi t Enfin c’eft de ces donsjil
T. Cor. miiaculeux que céc Apôtre parle*, lorsqu'il dit , 1
^te Us en feignes de [on Apoflolat ont été acompUes
entre
fi de la Religion Chrétienne, loj
\^h‘e\ts Corinthiens avec toute patience , avec fi--
ines\ merveilles vertus,
1*1 Voici les incrédules un peuembaraflez : quel¬
le (que mine qu*ils faifenc , il n*y a que deux partis
!à là prendre. Il faut dire que S. Paul avoit perdu
ijle fens, lors qu’il ccrivoit tout ce que nous vc-
; nons de lir^ i ce que ces gens^Ià font bien cloi-
ijgnez de prétendre, s’imaginant au contraire ,
^ que S. Paul a été allez habile pour tromper une
l' iinfinitc de perfonnes : Ou il faut avoiier queles
jFidcIcs recevoient aflez communément les dons
imiraculciix dansTancienne Eglife ^ que ces dons
Ictoient divers 5 qu’il y avoit eu aduellement des
perlonncs dans PEglife de Corinthe qui avoîent
causé une efpccc de defordre en parlant diverfes
jfortes de langues par le S. Efprit :& par confé-
}qvient il faut rcconnoîtrc la divinité de nôtre
i Religion.
CHAPITRE XIII.
: nous devons regarder comme divine rEcrimre
; du Nouveau T eflament,
ILeft certain que nous croïons trouver des ca-
^ raderes inconteftables de divinité dans cette
! Ecriture. Car pour ne pas répéter ce que nous
j avons déjà dit dans nôtre première Partie, des
I Livres qui compolcnt la Révélation des juifs , &
qui n’cft pas moins véritable fur le fujet des Li¬
vres du Nouveau Teftamcnt! peut-on ne pas ad¬
mirer le parfait acord de ces Auteurs avec Moïfe
& les autres Prophètes ? Peut-on s’empêcher ’
d’être furpris , en voïant le confentement de ces
Ecrivains entr’eux , foit dans les chofes qu’ils
raportent , foit dans le but des exhortations
qu'ils adreflent, foit dans le témoignage qu’ils
lendciu ? Et vit-on jamais un Auteur être fi bien
£ iiij conforme
l«4 ^Traité de U Vérité
conforme à lui- meme, que ces divins Auteurs le
font les uns aux autres , dans rcflentiel de leur do-
dlrîne ? Où a-t-on vü ce caradere de douceur , dc l
débonnaireté, de /implicite, tant de charité pour'
les hommes , & de févérité pour les vices , tant de
motifs de s*humilîfer foi-meme, & tant de paf-j
fions à glorifier Dieu ? Où eft-ce cu'on trouve
cette fublimitcdans les chofes avec une telle fim- '
plicité dans rexpreffion , les affligions jointes :
avec lajoïe, une confiance héroïque avec l’état
de perfonnes miferablcs & fans fecours, une hu-
.milité profonde, une élévation de cœur &d’ef-|
prit fi grande \ que leur morale cft la plus belle i
qui fut jamais , & leurs fentimens plus élevez:
que ceux de tous les autres hommes 5 le plus!
grand deflein qui monta jamais dans le cœurj!
de perfonnes mortelles , qui eft celui de ga¬
gner tous les hommes à Dieu , joint à fi peu '
de ra finement & de politique , un ardent défit
de réüfTir dans leur miniflcrc , & extrême defin-'
tereffement ? !
Je fçai que c’efi: ici une matière de fentiment j, j
plutôt que de dcmonftration i & que je ne puis; 1
pas obliger les incrédules à trouver dans îes Li-*l 1
vrcs du Nouveau Teflament cette fublimité Sc
cette magnificence divine que j’y aperçois au ^
travers de ce langage fi groflier & fi rebutant qui :
en fait l’écorce : mais toujours ne nieront-ils
pas CCS quatre vcriccz , quelques cbfiincz qu’ils
puifTent être* I. Que jamais aucun des impofteurs ;
qui nous font connus , ne nous a lailTc défi cxcé-
Jens Livres, que les Apôtres; non pas meme Ma¬
homet, qui auroit pii emprunter leurs fentimens ;
pour fc mieux deguifer. IL Que leurs Ecrits pa- l
loilTent mille fois plus exempts des pafiions &
des foiblcfTcs humaines , que les Livres des plus
fa ges des Païens, où Torgneil du moins paioîffoic
comme fur fon trône. III. le caraclere de
i’Ecii-
r
de la Religion Chrétienne. îoj
Ecritare du Nouveau Teftament eft infiniment
defius des Ecrits de cous les Petes qui font
* 'enus (uccefiivement depuis les Apôtres jufqu’à
ous , où vous remarquez l’afFedlacion , Tenvic
: Ile faire paroicre de Terudition ou de rcfpric^ &
quelquefois beaucoup d’aigreur & d’emporte-
;nent , parce qu’ils croient bien éloignez de la *
v»erfeélion Chrétienne & de l’état Apoftoliquè.
‘V. Que tout ce qu’on a fait de meilleurs Li-
- rres de pieté parmi les Chrétiens depuis les Apô-
fres î c’eft- à-dire, les Livres qui écabliffent le
mieux le repos de la focieté , & qui tendent le
:)Ius à la gloire de Dieu , a etc fait fur le modèle
’ies Livres (àcrez, d’où Ton a même pris les ina-
jreriaux pour les compofer. Voilà ce qui me paroît
certain.
Ce qui eft confiant encore , eft que fi les Apô-,
très ne font pas infpirez divinement , il faut qu’ils
foient desimpolleurs, & même des hommes exé¬
crables qui veulent deshonorer leur Nation , &
jimmoler à une idée de gloire qui les flace , la vie
,& le fang d’une infinité de perfonnes qu’ils apel-
I lent au martire.
C’êtl à nous maintenant à voir , fi nous pou-
lions nous perfuader que les plus excélens Li¬
èvres, c’eft-à-dire les plus propres à infpirer la
; pieté & l’amour de Dieu & du prochain qui foient
) entre tous les Livres qui nous font connus, la
fource des meilleures chofes qu’on ait écrites, &
I le premier principe de la pieté & de la vertu de
i toutes les perfonnes qui en ont etc converties , ne
1 foient que l’invention des plus méchans hommes
qui furent jamais.
Et certes , -puifq ne tous les Chrétiens ont dans
tous les ficelés regarde cette Ecriture comme di¬
vine & comme la régie de leur foi , la diflinguanc
par là de toutes les autres j il faut que tous les
Chrétiens fc foient trompez dans l’cffentivl , &
E v que
10^ Trstité de lii Vérité
<|Lie leur foi foie entièrement fauffe , ou que;
cette Ecriture Toit divine en effjc ; une Tiadi-
tion univerfelle, contante , & li ncceffaircment
lice avec le but de U Religion , ne fçauroit nous
tromper.
La providence a pourvu par des voïes que nous
avons déjà marquées , à ce que. cette Ec:icure nous'
fut lailfée aufii entière qu’elle fonit des mains des
.Apôtres i & les premiers Chrétiens qui nous
aprennent en foule qu’elle efl divine , nous apren-
nent ce que la droite raifon les oblige à recon-*
noîcre ^ & nous avec eux. Car la parole préchéc
pat les Apôtres , & la parole écrite par leur plu¬
me, ne different point cfTentielIemcnc : de forte
que fi l’une eft divine, il faut que l’autre la foitj
aufîi- Or qui peut douter qu’on n’ait du regar¬
der comme divine, une parole que Dieu autori-
foit par tant de miracles \
On me dira fans doute, qu*il feroic fouyent
dangereux de raifonner de la forte, & que fi un
faux Prophète faifoic des prodiges , il ne faudroic i
pas le fuivre , fous prétexte que Dieu ne préic
pas à unimpofteur le fccours de fa puiffancc infi- j
nie. Je l’avoue , & je tiens qu’il faut examfner la :
dodrine & les miracles , pour voir par cette corn- i
paraifon le véritable principe de l’un & de l’autre, j
Aufli avons-nous cét avantage, que non- feule- j
ment nous trouvons ici des miracles qui furpaf- .
fent tout le pouvoir des enfers , tel qu’eff , par -
exemple , la rcfurrc(fl:ion d’un mort j mais que la
doctrine y porte tous les caraôlcrcs d’une doôtri- :
nevcru'édu Ciel. D’uncôtéccs miracles fi grands .
&cn fi grand nombre, qui font diie , C*efi teile j
doigt de Dieu y nous permettent. pas de croire
que la dodrine qu’ils confirment foit fauffe &
pcrnicicufe. Le bras de Dieu ne fc déploïe pas
aînfîcn faveur du menfonge. £c de l’autre, cette
dodrinefi faintc , qui rend fi paifaicement au bien ,
& à
... lu Religion Chrétienne. 107
■k à runion des hommes, & qu4 efl fi digne de ]’a~
îiOLir que Dieu a pour eux, nt>us répond que les
lîiracles qui la confirmcnc ne viennent point de
a puiffance des ténèbres, comme les ennemis du
IChriftianirme ont fait femblant de le croire.
L’enfer ne s’interefïc point dans la fainteté des
ihommes, ni dans leur union.
Les Apôtres déclarent tous exprefTcment, que
ila parole qu’ils annoncent ne vient pas d’eux-
imemes , mais de Dieu. Or , Freres , dit S. Paul au
IChap. I. dd’Epîcre aux Gilatcs , je vom déclare
\cjue l*Evangile que j*ai annoncé n efi point felort
homme; cxr je neVai point aprisni reçu d'auc^m
Ihomme y ?nais par la révélation de Jefus-Chrifi.
‘Ainfi les Apôtres étant aOTernblez à Jerufalcm
Mans le premier Concile qui fut jamais tenu, &
iécrivantaux Eglifes furquelques queftionsqu’e a
jagitoit en ce cems-Ià, ils fe fervent- de cette fa-
jçon de parler, Car il a femblé bon au S, Ef'prit
I à nous.
Les Apôtres parloient donc par l’ordre & par
! la révélation de Dieu ; ce qui fe faifoit en plu-
■ fiènrs maniérés : en vifion , comme lorfque fair t
Pierre vit un linçeul lié par les quatre bouts qui
décendoit du Ciel, & oii il y avoit de toute for¬
te d’anîmau-x immondes , & qu’il lui fut dit ,
Pierre , tfté y & mangoyipouï marquer qu’il dé¬
voie cvangelifer aux Gentils qui n’ctoienc plus
un peuple immonde aux yeux de Dieu: en fenge ,
comme lors qu’ftn homme Macédonien fe pre-
fenta à Sv Paul, liii commandant de paffer en
Macédoine pour y prêcher l’Evangile : en extafe;
c’cfl ainfi qu’il y a de l’aparcncc que S. Paul fut
ravi jufqu’au rroifiéme Ciel : mais beaucoup plus
fouvent encore par le langage intérieur que le
S. Efpric formoit dans leur amc 5 comme lorfque
l’Efprit dit à Pierre fur le fujet des fcrviceurs
de Corneille qui arri voient , avec eux y
E vj fans
loS Traite de la Vérité j
fans 671 faire difficnUé , car cefi moi qui les ai en^ \
voicz, ?
On auroit quelque fujct cîe foupçonner ces;
révélarions , fi c^étoic un leul homme qui le van- j
tât de les avoir j mais en voici pluficurs. Ce n^eft i
pas en une feule maniéré que Dieu (e rcvcle à '
eux, mais dans toutes îes maniérés. Ils ne (e con- i
tentent pas dédire, que Dieu leur a révéle quel- i
que chofe pour la faire acroire ; ils -font des mi¬
racles j. Ih parlent des langages ; ils commnni- ;
quent ces dons j ils convertiflent par là l’Univers ,
& acomplilTcnt les oracles de Dieu, Cét Efpric
qui les remplit , & qui doit les remplir , puifque |
le tems de la vocation des Païens eft arrivé , fe |
produit au dehors par des éfets qui confondent j
rincrcdulité. 1
Cerrainemenr, s’il eft vrai que Dieu répandît |
fon Erprit fur les Apôtres le jour de la Pentecô- ;
te , comme il Tcft fans doute , ce ne fut que pour i
parler aux hommes par leur miniftere ; à moins |
qu’on ne prétende que la langue des Apôtres i
qui ctoit furnaturellement élevée jufqu’à parler i
toute forte de langues , devoir fe borner à cét i
emploi , & ne pas révéler aux houimes îe con- i
feil de Dieu* Que fi nous devons regarder com- ;
me divine la parole que cette langue a annoncée >. !
nous ne fçaurions nous empêcher auiïi de regar¬
der comme divins le^ Ecrits qui contiennent cette '
parole,
J’efpere que Celui qui confidérera bien l’en- |
chaînement de tous ces principes, fera alTeï per- j
fuade qu’il n’y a lien de plus indiffoluble que '
leur union. S’il y avoît une Ecriture du Nouveau
Tcfiament du tems de Clement , de Policarpe
& des premiers Peres, comme il y en avoir une
aflurément, cette Ecriture ne fçauroit avoir été
fupofée. Si l’Ecriture du Nouveau Teftament
n’eft point Tupofee , il eft impofîible que certains
fa’\s
de la Religion Chrétienne. Ï09
faits publics , & que Ton pofe dans cette Eciiture
erre d'une nocorietc publique encre les Chrétiens ,
ne foient vrais. Si ces faits font vrais, on ne peut
nier que les Apôtres n’euffent reçu le S. El'pric.
Si les Apôtres ont reçu le S, Efpric, il eft incon-
tcfîable que leur Ecriture doit erre regardée
comme divine. Je ne choifis que ces principes
entre plufieurs autres que j’ai étabh’s 5 & afin
qu’on ne s’imagine pas qu ils ne fubfi fient que
par leur enchaînement, je prie le Ledeurde fe
îbuvenir que j’ai prouve chacun d’eux en plufieurs
differentes maniérés.
Il efi donc vrai que l’Ecriture du Nouveau
Tcftamcnt eft divine, &^ue nôtre Religion l’eft
auffi j car ces deux veritez n’en font proprement
qu’une. La Religion des Chrétiens ne peut pas
être divine, fi la parole ou l’Ecriture, qui eft la
régie de leur foi , eft humaine 5 & TEcriture ne
peur être divine , fans que la Religion des Chré¬
tiens foit célefte & venue de Dieu. Mais il eft
bon de confidércr les difficultez qu’on opofe à ce
grand principe.
CHAPITRE XIV.
Oh Fon examine les difficultez, qui peuvent étr0
opofées aux vérité!^ précédentes,
La vérité haït les menagemens : voïons donc ,
mais brièvement , ce que nous polirions con¬
cevoir de doutes (ur les véritez précédentes , &
donnons un libre effor à nôtre irragination fur le
fu jet de la perfonne de Jésus- C h R i s x, fur celles
de fes Dirciples> fur leurs miracles, fur la rclur-
redion du Seigneur, fur les dons extraerdinaires
& miraculeux qui ctoient communiquez par les
mains des Apôtres.
I. Pour commencer par la perfonne de Jésus»
Christ,
Il O Traité àe la Vérité
Christ, il y en a qui croïent que Jesus-ChrisT
^roic Eflcüien , & que c’cft de cette Sede qu’il !
avoir emprunté ce qu’il y avoir de meilleur dans •
fes moeurs, & de plusiain dans (a dod^rine. Et :
eneifjt, il paroîc par îcs portraits que PhiIon8c
JoCephe nous en ont laifl'cz , que les Efleniens vi-
voient dans une très-grande union , qu’ils poffe-
doient leurs biens en commun j qu’ils fe regar-
doient comme autant de frcres,& qu’ils avoient
des idées trés-faires & très-pures de Dieu & de
Ja Religion i ce qui ne s’acorde pas mal avec le i
Cliriflianifmc. D’aiUeurs , il ne paroîc pas que
Jesus-Christ lésait iamais combatus , pendant i
qu’il fuiminoit contre^Ies Scribes & les Pharî- 1
fiens. Cependant , fî J esüS“Ch R I s ravoir em-
pruntc fa dodlrine de cette SeéEc , il faudroic i
moins s’étonner des merveilles de fa morale , & il
delafaintetc de fa vie. Mais il fera difficile que ;
Ton ne méprife cette fpcculatîon , Ü l’on confi- t
dére qu’il n’y avoir point d’ElTeniens dans la i:
Galilée, qui ctoit la patrie de Jesus-Christ, i
que les Effieniens haïffoient le commerce des i
hommes , qu’ils regardoient comme fouillez & '
profanes, & ne vouloient point habiter pour cet- :
te raifon dans de grandes villes j au lieu que
Jesus-Christ parcouroit les villes & les bour- ^
gardes, enfeignoit les troupes, prcchoit dans les
Sinagogucs : que les Effeniens avoient en hor- '
reur le mariage ; au lieu que Jesus-Christ
choîfitdes Difciples qui croient mariez j & qu’en-
fîn on lui voit des Pécheurs, & non pas des Ef¬
feniens à fa fuite. \
K. Peut-être que Jesus-Christ doit fa con^
noiflancc & fes lumières à l’éducation ? Com¬
ment cela, puisqu’il a etc élevé dans la boutique
d’un Charpentier , de l’aveu même de fes enne¬
mis qui le lui reprochent.
III. C’eft, dira-t-on^ le chagrin qu’il avoît
contre
de la Keligion Chrétienne . iri
contre les Scribes, les Pharifiens , & ks antres
Cünclu<^eurs des Juifs, c]ui rengagea première¬
ment à parler contr'euxj & enfuice pour iescon-
trecarcr ,à inventer une Religion toute contraire
à la leur. Mais cju’eft-çeque h Fils de Marie
avoit à démcler avec ces Docteurs, n’éranc ni
Sacrificateur , ni Lévite, ni prétendant à au-?
■cune dignité ? D cù leroit venue leur concurren¬
ce ? Outre c]u*il ncfuffic pas de dire, que Jesüs-
Chp.ist paroît animé contre la conduite & la
doélrinc de ces Doéteurs, il faut voir s*ilne Tcft
point avec rai Ton.
IV. Mais peut-être qu’il fe lai fit aller à l’am¬
bition de paflérpour Prophète ; ou qu’entendant
mal certains oracles qui fembloient déterminer
la venue du MefTie à cecems-là, il croit être ce
Mcfîie de bonne foi.
On ne peut dire ni l’un ni l’autre. J b s u s-
Christ n’a pii croire être le Mefîîe par
(implicite 6c par ignorance , ni le faire croire par
malice & par impoPure. Sa morale & fes enîeî-
gnemers ne nous permeccenr point de croire le
premier 3 & fa fainteté ne nous laifl'e aucun lieu de
penfer le fécond. C’efl: réduite l’incrédulité àPab-
furditédu monde la plus fcnfible , que de la met¬
tre dans la néceflitc de dire, que Jésus- Christ
ctoit le plus grofîîer, ou le plus méchant des
hommes j le plus groflicr , s’il croïoit être le
Mcflic , fars l’é^rc vcrirablcmicnt j ou le plus mé¬
chant, s’il le vouloit faire croire an^ autres, ne
le croïant pas lui-même 3 parce qu’il faut s’ar¬
racher les yeux, pour ne point voir que la Reli¬
gion Chrétienne part d’un principe éclairé ôC
d’un bon fonds tout enfcmble.
V. Mais ne peut-on pas dire la même chofede
Mahomet r C’eft le paralclle que les incrédules
preflent ordinairement. Ils prérendent que Jesus-
Chri.t Ôc Mahomet peuvent avoir été aniijnez
du
lli Traité de la Vérité
du même efprit. E>e toutes les défaites de Timpîe^
té, celle-ci tft la plus mifcrable ; c*e(l marquer
qu*on n’a aucune idée des chofes dont on parlé ,
que de s’arrêter à cette comparaifon.
Voici en éfet bien des différences effenticlles
entre Jesüs-Christ & Mahomet, Mahomet n’a
point prétendu établir fa Religion par des mira¬
cles , encore qu’on lui en ait attribué quelqu’un :
au lieu que Jesüs Christ ne veut pas qu’on croïe
en lui, li fes œuvres magnifiques ne lui rendent
témoignage j voulant convaincre les yeux & les
fens de fes Difciples par des faits fenfibles , & par
des miracles qu’il leur donne le pouvoir de faire
eux- memes , & les envoïant prêcher fa rcfurrec-
tion Sc fes miracles , dans le même tems qu’il les
menace d’une mort & d’une condamnation éter¬
nelle , en cas qu’ils trompent perfonne , qu’ils
mentent, ou qu’ils deguifent la vérité. Mahomet
n’a point laîffé des Prophéties dont on voïc l’a-
compliffcment : au lieu que nous en avons de Jesus-
Christ , dont l’événement a déjà etc un commen¬
taire bien juftc.Ni les anciens oracles, ni l’Ecriture
du Nouveau Tefiament , ne rendent aucun Té¬
moignage à Mahomet : au lieu que les Prophètes
avoient prédit la venue de J e s u s-C h R i s t com¬
me d’un Mcflîc qui devoir réiinir les deux peuples,
& étendre l’alliance de Dieu jufqu’au bout de
l’Univers. Mahomet s’eft établi par la force &
par la violence ,& Jesüs-Christ par la patience
& par les affligions. L’un cft environné de foldats,
& l’autre acompagné de marcirs. L’un donne la
mort, & l’autre la reçoit pour nous. L’ambition
de Mahomet , qui établit un Empire floriflant ,
paroît d’abord dans le fuccez de fon deffein. Le
defintereffement de Jesüs-Christ Ce montre, en
ce qu’il fe retire , lors qu’on veut Je faire Roi j qu’il
déclare que fon régne n’eft point de ce monde j &
q'i’au lieu de s’acommoder au préjuge charnel
de la Religion Chv etienne ^ îi?
de fcs DiTciples , il prend le foin de les defabafer ,
& de leur prédire tous les n:iaux qui les acendenr.
Et quand on voudroic concefter tous ces faits,
iceîa parole alTez par la fin & par le fuccez de Ton
Evangile, qui ne fe termine qu^à la fancifîcacion
du cœur, & à la paix de Tarne. Mahomet a in¬
vente une Religion , qui fans avoir de grande con¬
trariété avec la raifon corrompue , a une extrême
convenance avec le cœur corrompu. Il a fupri-
me le (candalc de la Croix , & mis en fa place une
grandeur & une magnificence mondaine y comme
il a retranche ce qu’il y a de plus fpirituel & de
plus dificile dans la morale , pour repaître TeCpric
de fes DiTciples d’idées lenfuelles & charnelles.
Il n’^n eft pas de même de Jesus-Christ , qui
propoTc Ta Croix au cœur & à l’elprir des hommes
corrtme un paradoxe étonnant , & comme une
fource de mortification & de repentance. Maho¬
met fait régner fa Religion à la faveur des ténè¬
bres & de l’ignorance , par la Tuprefiion des Li¬
vres qui pouroient éclairer les hommes , & par
une foumifiion aveugle. ]. C. ne veut pas qu’on
croie à fa doélrine , fi elle n’eft conforme à celle
des Prophètes. Enquerez-vom diligemment des
Ecritures^ nous dit-il, car par elles vous croïez avoir
la vie éternelle» Mahomet s’établit par le déguife-
ment & par la difiimulation : il promet au com¬
mencement de tolerer les autres Religions : il
fait bonne mine aux Chrétiens , Sc enfuice il tâ¬
che de les détruire. J. C- déclare d’abord Ton
dclfein , qui eft de Tauver les perTonnes , Sc de
détruire la Tugerfiition : Sc ni lui ni Tes DiTciples ,
n’ufent d’aucune politique ni d’aucun ménage¬
ment à cet égard. Mahomet meurt &. ne refiuT-
cite , ni ne prétend relTuTciter , pour montrer
qu’il (oit aprouvé de Dieu. J. C. meurt, & l’on
croit qu’il eft reflurcirc fur le témoignage de
ceux qui l’ont vii apres Ta rcTurrcdtion , & qui
atefr
114 Traité àe la Vérité li
areflcnr cc fait aux yeux de tout riTnîvcrs auXi
dépens de leur lang èc de leur vie. La Religion '
de Mahomet a etc inventée, aidée & (bütenuë par !
Ja politique ; celle de Jesüs-Christ a choque j
toutes les puiflances , &: s*eft établie nonobflanc ,i
tous leurs cForts. La Religion de Mahomec pa- >
roît d*abord , pour ainfi dire, le triomphe de'
l’habilité humaine & de la cupidité : la Rclicrion i
de Jesüs-Christ eh: celui de la droiture, de la 1
juOice & de Ja Religion naturelle dans la pureté
& la fîmpiieité qui lui cft propre, & qui cft ré¬
tablie par la charité, Mahomet a jetté les fon- ,
demens d’une Monarchie particulière , & a auffi !j
établi des loix , qui ne font bonnes , à parler meme |i
humainement , que dans les lieux où il a établi fa ji
domination. a donné de nou- 1
veaux principes d’union & d’intelligence utiles 1
au biende'la focieté en général , & propre à ci- \
mcnterl’ union de tous les hommes , enfaifantré- j
gner l’cfpritde la charité. La venue de Mahomet |
n’a point fanélifié les hommes : celle de Jésus- i
Christ a été fuivic d’un nombre innombrable de !
perfonnes qui ont renoncé au monde .par la Foi |
qu’ils ont eue en lui. Ce n’eft point Mahomet ,
mais Jesüs-Christ qui a acompli les Oracles
qui regardent la vocation des Païens i puifque
c’eft dej. C.que Mahomet avoit tiré la connôif-
fancedu vrai Dieu , comme nous l’avons déjà vu.
Enfin la profpcrîtc temporelle eft le caraélerc de
la vocation de Mahomet: on peut dire que Ma¬
homet cftun homme divin, s’il eft vrai que tous
ceux qui font dans la profperité dans ce monde
foient aimez de Dieu, c*eft-à-dire*, à condition
que les méchans , les injuftes& les titans foient
les favoris de Ja Divinité. Le caraélere de la vo¬
cation de J. C. eft au contraire la patience, le
defintereftément , l’innocence & la fimplicitedes
moeurs 5 c’eft-à-dire qu’il eft aprouve de Dieu ,
de la Relipon Chrétienne, îif
's’il cft vrai cjue les hommes vertueux , patiens,
ihumbics , charitables Je foienc. On n*a qu’à nous
ifatisfaire fur toutes ces dîferences; & alors nous
[recevrons ce paralclle: mais jufqu’alors nous le
I icjeccons comme ridicule & extravagant.
CHAPITRE XV.
Ch Von continue' d* examiner les difficulteT^
des incrédules»
LTncréduîitc ne forme pas moins de doutes fut
les miracles de Jésus- Christ , que fur fa
perfonne ; parce que de toutes les preuves qui
cfablifTent la vérité de fa. Religion , il n'y en a
point qui frape davantage que celle qui efl prife
des vrais miracles.
I. Elle dira d’abord , que Jésus Pils de Marie
a pü opérer deux ou trois gucrifonspar hazard ,
ou'par la vertu des caufes fécondés, & que ce
bon fuccez a, pu lui acquérir la réputation de
Prophète par l’ignorance du peuple, qui attri¬
bue s des caufes furnatureîles , tout ce qu’il ne
connoîc point. On répond qu’il s’agir ici d’un
grand nombre de miracles de diferentes efpeces ,
de miracles fenfiblcs, & qui par leur nature font
audelTusde toute imitation & de toutes fourbe¬
rie j tels que font la réfurreélion des morts, la
gucrifon des aveugles, des boiteux, des para-
litiques , &c.'
Il, On a peut-être des témoins apoflez pour
attefter des miracles fabuleux ? Comment cela \
Puilque Jésus- Christ n’avoir ni argent à
donner, ni dignitez à promet re; & que l’ha¬
bilité, le rafinement , politique, les richefles
& le crédit croient entièrement du côte des Scri¬
bes , des Pharihens , des Doéleurs de la Loi , fes
ennemis implacables, qui ne perdoient aucune
ocafion
îî^ Traité la Vérité
ocafion de lui nuire , & dont il ccnfuroît hautes î
ment riiipocrifie en toutes rencontres.
I I I. J esüs-Christ avoir cette prudence , dît- j
on , de ne faire fes miracles que devant trois ;
Difciples choifis, Pierre , Jaques & Jean. Qui '
fçait fi ces trois Difciples gagnez par l’ambition
de leur Maître , n*atteftoient point comme vc- ’
ritables des miracles qui ne Tutoient point ?
Il ne faut, pour perdre ce foiipçon , que faire
icflcxion fur tant de miracles que J. C. a fait en |
la prefence de (es autres Difciples. 11 reflufeite
le fils de la veuve de Naïm comme on le portoîc
dans le fepulcre. Il reltve Lazare de fon tom- |
beau en prefence de plufîcurs Juifs, qui écoient là >
venus pour confolcr les fœurs de ce mort. Il- 1
attend quatre jours, afin qu’on ne puifle point j
dire qu’il n’etoir pas vcrirablement décédé. Il
permet que Lazare converfe parmi ceux de fa i
connoifiance apres fa rciurrcdl’on , & que- les '
Juifs aveuglez de rage, confpircnt de renvoïcr
au tornbeau celui que le tonibcau leur envoïc
pour les convertir^
IV. Mais eft'il poflible que des miracles fi
grands , qu’ils font fans exemple, faffenc fi peu
d’imprefiîon fur les efprits ? Les hommes font
bien méchans , & bien remplis de préjugez au¬
jourd’hui : cependant quel éclat ne feroic point
la refurredion d’un mort ?. Combien de gens y
auroit-il qui voudroient s’înftruire de ce fait ?
Combien peu qui doutaffent apres en avoir con¬
nu la vérité ? Je répons , que de ceux qui oüircnc
ce miracle, la plüpart ne le crurent point ; les
autres l’atribuerent à la puiflance de Beelzebut >
les autres à quçlqu’autre çaufe ; les autres ne
fçurent qu’en penfer , & refuferent de s’en in-
firuire j les autres crüient que Lazare & J. C.
éroient de concert pourféduire le peuple , &: c’é-
toit vrai-fcm’Dlablcment la difpofition de ceux
y, de la Religion Chrétiennë. tVf
i juî cherchoient apres Lazare pour le mettre à
t norc , les autres qui cioient en beaucoup plus
i petit nombre , en prirent ocafîcn de donner gloî-
\ ,:e à Dieu. Or afin qu*on ne foir pas furpris du
ipeu d*impreiïîon que ce miracle fit fur des hom-
Ties préocupez & fupcrftitieux , il fufira qu*ou
îÎFalle deux reflexions fur ce fujet. La première,
? qu’il y a eu des Juifs qui ont avoiie les miracles
de j. C. fans ccfl'er detre incrédules j aimant
rjmieux les atribucr (uperflitieufement à je ne fçai
f|quelle prononciation du nom de feho'tHy que de
Iles raporter à leur véritable caufe; ce qui fait
,voir que Tèvidence des miracles ne lufîc pas pour
vaincre reiidurciflemcnt des cfprits préocupez.
La fécondé efl , que la furperftition efl: allée quel¬
quefois jufqu’à anéantir toutes les lumières de la
raifon, &à révoquer en doute ce qu’on voit, pour^
ne pas renoncer à fes préjugez. Mais il n’eft pas
nécefl'aire de poufler plus loin cette derniere pen-
fcc. On trouvera donc des g;ens,qui par preo-
cupation , ou révoqueront en doute des véritez
palpables, ou raporreront à des caufes bizarres
& extravagantes des faits véritablement miracu¬
leux : mais vous n’en trouverez point qui veuil¬
lent mourir pour (oütenir qu’ils ont vîi ce qu’ils
n’ont pas vu en éfet , lors qu’ils font profeflion de
croire que l’impoflure efl un crime digne de mort,
& lors qu’ils peuvent être démentis par un fl grand
nombre de témoins, que ce feroit une pure folie
que de prétendre impofer aux hommes à ect
égard. Les Dodlcurs Juifs avoient aflez decrédit
& d’autorité fur le peuple, pour étoufer en par¬
tie la connoiflance de ces faits y ou ne pouvant les
étoufer , pour en donner des raifons qui flatoienc
la pafliondemelurée que tous les Juifs avoient de
voir non un Meflie crifle & abjeâ:, mais un Mcf-
fle glorieux & triomphant. Mais les Disciples
étûicnc trop foibks pour foütenix la rigueur des
11 8 Traité de la Vérité i
tourmens., s’ils avoicnc des impofteurs ; & n’é-y
toient: pas aflez infenfcz pourfc mettre dans TeC-
prit , qu'ils pourroient pcrfuadcr des faits telsj
que la rcfurredlion de Lazare. Car pour vou-'
loir cacher un fait de cette nature , il ne faut que
de la prévention & de la méchanceté : mais pour
vouloir le faire acioire, il faut une folie & une
extravagance dont on ne fçauroic aporter d'e¬
xemple.
V. Mais > direz-vous J qüclqu’opinion que les,'
Juifs eufl'em des miracles de Jesus-Chri.^t , eft-ilj
püllible qu'ils n’en euflent un peu mieux conlérvc j
la mémoire 5 & que ‘Jofephe, par exemple , quij
raportc les moindres évenemens , & qui n’oublic'
point de faire mention des fcduéleursqui avoienii'
paru de rems en tems avant lui , *ne fade pas
mention des miracles de J es us Christ ? Onl!
fupofe que le fameux témoignage qu’il lui rend,'!
eft une fraude pieufe.j ou une invention des- fié- i
clesfuivans. Si celaeft, ou fi cela n’eft pas, c’efti:
ce que nous n’examinons pas maintenant. Nous';
voulons bien prendre la chofe au pis, & il nous j
refte trois reponfes à faire à l’objcdion qu’on H
peur prendre du filcnce de Jofephe. La prcniiete 'l
eft, que ceux qui auront inféré dans les Ecrits
de céc Auteur le célébré pafl'age qui fait le fujet 1
de la critique des Sçavans , peuvent par une fuite
de leur deffein en avoir cfacc ce que Jofephe en i;
avoir véritablement raportc , & qui étoit peut-
être moins avantageux à nôtre caufe, mais fuffi-
fant pour montrer que Jesus-Christ avoit paffé
pour faire des miracles. La fécondé , que Jofephe
étant Pharifiende feéle, a pu taire les merveilles
de la vie de nôtre Sauveur , par la haine qu*il
avoir pour nôtre Religion. Et la dernière , que ;
comme cét homme avoir fait fa cour à Veipaden, :
en lui prédifant qu’il feroit Empereur , & qu’il '
lui avoit apliqué les Oracles de l’Ancien Tefta- ;
ment !
%19
^ viendroit
CCt Auteur de belle
de luRellgwn Chrétienne,
Tient , ejui promet coicnc que ie Roi
^ l’Orient : il cft très probable que
iCourtifan ne voulut point , par complaifance
pour Vefpafieii & pour (es enfans , faire iren-
■ ition d’un homme qui avoir prétendu être le Mef-
fie, & auquel quelques-uns apliquoient ces fa¬
meux Oracles dont il avoit fait fa cour à l’Empe-
. Ireur. Et certainement il n’y a aucune apaience
f ;qu‘un homme qui avoit raporté jufqu’aux moin^.
Ijdres circonhances de la vie d’Herode le Grand,
Meut oub'ic le meurtre des enfans de Bethléem , fi
^|cn découvrant la caufe de ce meurtre , il n’eut eu
jpeur de découvrir la crainte qu’Herode avoit eue
tde la naiflance d’un Mciïîe , & l’opinion qu’on
lavoit parmi les Juifs que le Mcffie devoir naître à
Bethléem.
i II efi certain en éfet , que cét Auteur n’a pu
itairc de pareils evénemens que par ignorance ,
; ou par politique. Ce n’efi point par ignorance.
(L’incrédulité meme n’oferoit penfer, que Jofe-
iphe ignorât que Jésus Christ avoit été mis à
'mort à Jcrufalcm, aculé de féduire le peuple 5
' qu’il avoit eu plufîeurs Difciplcs i que le nombre
! s’en augmentoit tous les jours de fon tems > 8c
: qu’il y avoit eu à Jerufalcm^nêmc une fort nom-
! breufe Eglifc compofée de perfonnes de cette Sc-
I ^c. Et comment n’y auroit-il pas eu des Chré-
I tiens dans la Judée j puifquc fous l’Empire de
Claude il y en avoit un nombre aflez confidéfa-
blc à Rome , comme on peut le recueillir de
l’Hifioirc de Suétone ? Il faut donc que ce foie
par politique que jofephe n’.cn a point fait men-
tion : &: l’on ne le foupçonnera point du deffein Claudt
de cacher du voile de fon filencc les impofteius
qui s’éroient élevez parmi les Juifs puis qu’il fait
mention de tous les autres 5 ni celui d’épargner
quelque honte & quelque confufion à fa nation ,
puis qu’il s’eft particulicrcmcnt attaché à décoii-
310 Truiît de la Vérité
vrir la fureur & les dcbordemens de ce peuplé^!
Que l’on ccnlidérc bien toutes ces choies , &
l’on avouera que la politique qui fait le filencc
de joréphe, ne peut ctre qu'avantageufe à nô-j
tre caille.
V I. Mais enfin, direz-vous, il n’y a rien de
il commun, que de voir des gens qui veulent
faire acroire des miracles qui n’ont jamais été*
On Içait quel a été de tout tems l’entêtemenr du
peuple à cét egard, & quelle facilite il y a à lui |
impoler. Tacite raporte que Vefpafien étant à
lib. Alexandrie , guérit deux aveugles J & que ce fait
feroit incroïable , fl toute la Cour n’en avoit été 1
le témoin.
On répond, qu’il -y a affez de vraî-(emb]ancC|i
que Vefpafien voulut paroître faire des mira-iî
des, pour le rendre plus conforme aux oracles I
qui lui promettoient l’Empire de l’Univers , félon ;
la faufle aplication que lui en avoit fait }ol’éphe. n
Il trouva bon d’abord que ce Juif le datât par i;
cette agréable promefle : mais enfuite étant à 1
Alexandrie , comme il vit fes affaires en bon train,
il crut qu’il lui importoit deperfuader au peuple ii
qu’il croit divinement apelc à l’Empire y Scccà .
fans doute dans ce (kfiein qu’il fe fit amener de !
faux aveugles , pour faire de faux miracles fur
leur fujet. Mais prenant l’objcdfîon dans une
plus grande étendue , je répons qu’il n’y a point
de miracles que je ne croïe véritables , Ôc qui ne
meparoiffent devoir être reçus fans contradic¬
tion, s’ils ont ces dix cara&cres qu’on peut re- ;
marquer dans les miracles des Apôtres. I. Si
comme ces premiers , ils ont été prédits dans les
anciens oracles. II. S’ils font frequens , en grand
nombre, divers & fenfibles. III. S’ils font operez ;
par des perfonnes fimples & defintereffées , qui
n’aïent évidemment ni 2 fiez de malice pour vou¬
loir tromper , ni aficz de iumicre pour Je poU'»
voir.
de la Rellglm Chretiennâ. liî
îi’oir, ni a fiez de hardiefle pour Tentreprendre ,
I |i:i alTcz de crédit pour le foîitenir^ TV. Si ces mira-
) :les font éprouvez par riiabiletc & la prudence
: Iles plus habiles hommes du monde , qui ne pou-
: l^anten nier tout- à-fait la verîte, font oblige? de
I es raporter àdiverfes caufes bizarres. V. S’il y a
> iinc foule de témoins qui meurent, & fe ré-
5 ouiffent de mourir, pour attefter non pas qu*ils
: es ont oiii dire , mais qu’ils les ont vus Sc opérez.
iliVI. Si ces miracles tendent non à dater fa cu-
|j?idité, mais à fandifier les hommes, & à régler
Ijeurs mœurs. VII. S’ils font atteliez & reçus
' par des perfonnes , qui d’un côté ne paroifl'enfc
[ ivoir en vüc que leur falut Sc le falut de leurs
sFreres,&quide Tautre font perfuadez que le falut
:.i:ll incompatible avec l’impodure. VIII. Si ceux
qui les attellent offrent d’en faire de pareils 3 s’ils
Iprctcndent communiquer à plufîeurs les donsmi-
Iraculciix 3 & ü par cette voïe fenfible & ceîte
preuve, qu’ils apellentla démonllration del’efprir,
iils font de plus grands progrès, que les Conque-
*|L'ans les plus heureux n’en ont fait par la force
des armes. IX. Sià ntoîns que de recevoir ces faits
miraculeux, on tombe dans une infinité de contra-
jdidions palpables 3 comme de croire que les plus
ifages des hommes foient les plus fous, & que
jlcs plus condaris foient les plus fourbes. X. Si
jtous ces faits font fi étroitement liez enfemble ,
Iqu’on ne peut avouer l’un, fans convenir de l’autre,
éc fî enchaînez avec d*autrcs faits incontellables ^
:qu*on ne peut les révoquer en doute fans renoncer
aubonfens;& enfin, s’ils font terminez par la ré-
ifurreclion d’ un homme qu’on cherche en vain dans
jfon tombeau apres fa mort , encore que fon fépul-
cre eut été fcellé & environne de Gardes 3 d’un
homme que plus de cinq cens témoins difent avoir
vil, & qui a conversé avec les Difciples pendant
quarante jours apres fa refurredion, comme ils le
Tome II, F dépo
11 1 Traité de la Vérité j
dcpofent unanimement, nonobftant tous les ru*j
plices. Il faut qu*on nous montre que nousnou
fommes trompez, en attribuant tous ces caradc'i
res aux miracles de Jésus- Christ , ou qii’oi,
ceÎTe de faire toutes ces comparâifons. |
CHAPITRE XVI. !
Ou 1*017' continué a examiner les difficultez quoh
peut opofer à nos principes. i
CEux qui ne confidcrent point Je pere de fa¬
mille, n*onr garde de refpedfer les pcrfonnci
de Tes domeftiques. Les incrédules feront toute!
ces queftions fur le fujet des Difciples de Jésus-,
Christ. Ils demanderont , pourquoi il enprenc
un G petit nombre : d’oii vient qu’il les choifii
pauvres & ignorans , puifquc des Doéleurs illu-
ftrcs, tels qu’ctoient les Pharilicns parmi les Juif:
ou les Stoïciens dans le Paganifme, auroient con¬
cilié plus de crédit & de confidération à fa Sedc
pourquoi on voit à fa fuite des Péagets & des mal*
vivans Sc des femmes qui ont vécu dans la débau¬
che pourquoi enfin on #îoit plutôt ajoütei
foi au témoignage que les Difciples de Jésus ren¬
dent par tout à leur Maître , qu’au témoignage;
de ceux que les Juifs envoïent par tout déclarei
que Jésus Gâliléen ctoit un impofleur , & que feîj
Difciples avoient enlevé de nuit fon corps du;
tombeau oii il^voit etc mis. C’eft J ufiin qui faiil
mention de ces Envoïcz de la Synagogue danîj
Ion Dialogue contre- Triphon. |
Il ne nous fera pas difficile non- feulement dc|
répondre à toutes ces objedlions, mais mémCj
d’en tirer des avantages confidcrables. |
On répond à la première, qu’outre les douztj
Difciples qu’on nomme Apôtres , Sc que Jésus*)
Christ s’eroit choifis au commencement^, il cri
envoïa encore foixantefic dix, qui nori-feulemcni|
furenî]!
f!.
de la 'Religion Chrétienne,
f ent les témoins de fes aiflions , mais encore les
litrumens dont il fe fervic pour avancer fou
llVianme j qae la vérité de fa rérurreiflion a ea
Jjiir témoins les yeux de cinq cens Freres à la
! s ; & que les dons miraculeux qui defcendirent
jir les Difciples après Ta fcenfîon de leur Maître ,
U\ les vertus que Dieu opéroit par leurs mains , '
ijt eu autant de témoins , qu’il y a eu de perfon^
'i s qui ont cru à leur prédication.
^ ! On répond à la fécondé , que le choix de ces
ijoïens fi bas Sc fi abjets , dont il a plu à .Di'eu de
ïfcivîr dans Texecuiion du plus grandi: du plus
^jagnifïque deffein qui fut jamais, nous montre
lieux que toute autre chofe , que c’eft le doigt de
-|ieu qui a agi dans cette rencontre. S’il avoir
:is pour fes Minières des Princes & des Grands
j: la terre , on auroit peut- erre attribué les mer-
, pilles de la Morale Chrétienne, à la politique
(au deffein de retenir les peuples dans leur de-
pîr, en les obligeant à s’unir par la charité. S’il
/oit choifi des Philofophes, on auroit attribué
urdefîntereffement héroïque à la fingu^arité &
l’orgueil de leur Scdle, ou à la fublimicé des
:ntimens que la Phiipfophie peut infpirer. S’il
/oit choifi des Orateurs, on auroit crii qu’ils
uroient feduit les hommes par les attraits de
ur éloquence. S’il en avoir pris de fort puifTans
•j: de fort riches , on auroit pensé que le fuccez de
>ur prédication feroit dü à leurs liberaiitez. Il
( donc choifi quelques perfonnes baffes & abjec-
jès , qui avoient toujours vécu dans la fimplicî-
é & dans les incommoditez d’une condition ob-
cure , afin qu’il parut que cette force vient de
;)icu , & non point des hommes.
On dira pour fatisfairc à la troifiéme objection,
|uc fi l’on voit des pécheurs &: des mal- vi vans à la
uitc de j£büs- Christ , ce font des pécheurs
convertis par l’efficace de fadoébrine, des maU-
i ' F ij vivans
I
114 Traité de la Vérité
vivar.s rcgcncrcz , c]ui rendent iin tcmoîgnao:
d’amant plus aucencique à la Religion Chrctier'
ne J qu’il n’y a que cette deiniere quûfanc^ifie.vc
licablement les hommes. Et certainement je r'
voi rien qui marque davantage la Divinité de ]
vocation de nôtre Sauveur, que de le voir ag
avec tant d’efficace , que des femmes pécherel
fes viennent lui laver les pieds des larmes de Ici'
repentance, & les eiTuïer de leurs cheveux, qu
ne lui faut cju’iin mot pour arracher Levi du lit*
de fon Péage , pour obliger Pierre & André à
fuivre , en abandonnant leurs filets & leur nacell
& leur pere Zébédée. '
On diraque fi Jesüs-Christ oblige fesDifcipl-
à renoncer aux avantages du monde , c’eft par l’(t
pérance qu’il leur fait concevoir d’une vie été j;
nelle & bien-heurcure,&: pat conféquenede lesd'i
dommager avantageu(ément. Je l’avoue : mais 'i
prétends q'ue cette confidération nous eft favori ||
ble, & qu’elle fuffic pour prouver invincibM
ment la vocation de noire Sauveur. Car fi l'i
Düciples ont véritablement efpéré dejESu'i
Christ la vie éternelle, & fi c’eft céc inter’
le plus grand de tous, cette cfpérance plus foi!
que leurs paflions, qui leur a tant fait fou ffii
pour le nom de J e s u s, comme il faut le croînil
ou prendre les Difciples pour desinfenfez : fi,di'
je, les Difciples ont attendu de lui la vie été'
nelle , il s’enfuit qu’ils l’ont cru de bonne foi
qu’il fe difoic ctre : puis qu’on n’attend point i
vie éternelle d’un impofteur. Et s’ils ont cru
vocation véritable, ils ont pensé que fes miraci ,
i8c fa rcfurredlion Petoient, Ets’ils ont pensé-q ;
fes miracles & fa réfurreélion croient véritable!
il s’enfuît qu’ils l’ont été : étant impoftible q:
les Difciples fe trompaflent fur des faits qui '
demandoîent point d’autre examen que la vü<;J
rouie Ç^r^ttouchement.
Q
de lût Religion Chrétienne. iij-
Pue les incrédules chicanent tant qu’üs vou¬
lu , j*ofe dire qu’ils ne répondront jamais qud
abfurditez & des impertinences à cét are;u-
[;nt, que nous prétendons ccre démonftratif &
[•incîblc. Si les Apôtres ont attendu la vieécer-
le de Jesus-Christ , il s’enfuit qu’ils n’ont pu
le regarder comme un impofteur, ni fécondée
1 impoflure , ni être des impofteurs eux- mêmes,
mme il faudroit qu’ils le fufTcnt , fî la Reli-
m Chrétienne n’étoit point véritable. Or il
certain que les Dilciples ont attendu de Jesüs-
iRiST la vie éternelle , puifque Jesus-Christ
jamais propofé d’autre objet à la foi de fes
fciples, qu’il ne leur prédît que croix & tribu-
ions dans ce monde , déclarant hautement que
n régne n’eft point de ce monde, puifque l’cx-
riencc, l’exemple, Jaraifon leur enfeignenr la
Emechofe, & que les Apôtres eux-mêmes dans
;utes leurs Epitres déclarent qu’ils n’attendent
pe traverfes & affliêlions, comparant leur vie à
À combat , à une lutte , le monde à un champ de
mbat ; fe difant les Athlètes de Jesus-Christ,
fc réjoiiiflant de fouiffrir , par l’efp'èrance de la
uronne qui leur ed réfervée.
On répond à la quatrième, que Ton confent de
\)h cœur à mettre en paralelle les témoins de ’a
nagogue avec les témoins de J e s u s Christ.
es témoins de la Synagogue arteftent ccqu’iisnc
ivent point , ce qu’ils n’ont point vu, Sc donc i's
T fcaui oient avoir aucune connoifTance.Car quel-
j foi doit- on ajouter au raport des Gardes >
' ils ont vil enlever le corps de J e s u s , que n’em-
!choicnt-iIs cette aêlion ? Et s’ils ne l’ont poirt
i , quelle eft la force de leur témoignage ? Mais
nir les Difciples du Seigneur, ils atteflent dts
ils dont ils ont eu leurs fens pour témoins. Ce
ic nori< c'oons và , difcnt-ils, de ncs propres p’^iiXy
que nows avons oài de nos oreilles , que notss
F iij avons
11 6 Traité de là Vérité
a'vons touché de nos mains de la parole de vie , niop'
vous V annonfons. Les uns font des témoins a i
mez, & les autres des témoins fouffrans. Lt
uns veulent perfuader par force , & les autre
perfuadenc maigre la violence. Pour rendre !
témoignage c]ue les Apôtres rendent , il faut de li
perfuafion & de la fermeté. Pour rendre le te :
moignageque rendent /es miniftres de la Synago;
eue , il ne faut que de la fureur & de la violent :
Mais n’y en aura-t-il point quelqu’un qui fc rr
tradfe parmi les uns, ou parmi les autres? Oi'
fans doute : & celte confidération fufHt pour d(
cider le difFcrent. i
Saul miniftre delà Synagogue s*cn allant à D;
mas, non- feulement pour témoigner que Jésus
Christ avoit été utf lédu(fbeur , mais encore afi:
de poiirfuivre ceux de cette.Sede, eft changé toil»
d*un coup y Sc devient un Difciple de celui qu’.:
alloit perfécuter avec tant d'ardeur Judas Dili
tiple& Apôtre de Jesüs-Christ avoit renié fo
Maître, & Tavoit livré aux Juifs qui l'avoier!
fait mourir. Voilà deux témoins qui fcmblent li
rétraéler. Confidérez-en la fin differente.
Saul eft Pharifien, fils de Pharifien, & par cor
féqnent d’une Sedte très particulièrement anime'
contre Jesus-Christ. Il aobtenu des Lettres d!
grand Confeîl qui eft à Jerufa'em, adrcffinte
aux Synagogues qui font à Damas , pour y trou
ver des fecours tous prêts contre les Chrétien
qui y font, & qu’il fe propofe de traîner en pri Ton
èc de faire mourir, comme cela lui eft déjà arrive
Il s'eft mis en dhemin , il aproche de Damas, i
eft fur le point de larisfairc fa fureur : mais voil
qu’il eft change tout "d'un coup. Quieft-ce qu
fait rétraefter ce témoin ? Où font les offre
qii’pn lui fait , Ou qu’on eft en état de lui faire 1
Q^llc force inopinée détruit tous les deffeins S
tous les préjugez d'un homme qui alloit répan
■ - ' de la Religion Chrêfienne» i%y
!fe le fan^ des Chrétiens Il vient cnfuîce nous
prêcher qu’il ^vü Jésus- Christ, c^u’une
^Tandc lumière arcTpIcndi au tour de lui ,que les
biftercs du Roïaume desCieux lui ont été ré^é-
:2. Il dit que Dieu l'a mis en montre à toutes
r espuiflanccs , & qu’il a été rendu Je ipedaclc
I es hommes & des Anges.
■j Si les hommes ne veulent pointajoûter foLà ce
;||U*il dit : qu’on l’cprouve par les tourmens , Sc
l’on verra quelle en fera rilTuc. Q^on le charge
jlc chaînes , qu’on le mette en prifon , qu’on l’e^i-
I Lofe aux betes à Ephefe, qu’il ait à comb^tre
, iout à la fois les élemcns , les hommes & les dé-
tmons, qu’on le fafle foiieter , qu’on le traîne,
ii^u’on le lapide, qu’on le conduife de Jerufalem à
' Cefarée , de Cefarée à Rome, pour rendre Tes
épreuves plus longues 8c plus douloureufes : Saul
Jicmoin de la Synagogue s’eft dédit , mais Paul té-
: Imoîn de Jésus ne le dédit point.
I Mais après avoir viî le changement qui eÜ arri-
^^é en la perfonne du Miniftre de la Synagogue ,
voïcz celui qui cft furvenu en celle de l’Apôtrc
dde Jésus- Christ. Judas livra Ton Maître, & re-
fjçoit pour cela trente pièces d*argent. Pourquoi
jcft-il troublé apres cette aébion? les Juifs, les
Romains , le peuple, les Doéleurs, les Juges & les
iMagiriracs, tous favorile Ton crime , & luipro-
inicc l’impunité. Cependant il elt tourmenté par
|fcs remords , jufqu’à ne trouver du repos nulle
ipart j & ne pouvant enfin être le maître de fonde-
liefpoir ,il fe donne la mort : Sc la fageffede Dieu
I permet que les juifs eux-mêmes confervent la
I memoire de céc événement, en achetant de cct ar-
î gent un champ qui eP apellé Hacelda??^a> , parce
qu’il croit un prix de l'ang. Q^IIe furprenante
> différence remarquez- vous ici ?^das fe tue dans
la profpériié :8c les autres fe réjoüiffent au miiit a
des afff étions. Judas gagné par îa Synagogue ne
f iiij ^ peut
12,8 ITrifiti de la Verhé
peut être confolê par la Synagogue, & meurt rfc-
l'cfpcrc. Paul devenu Difciple & témoin de Jésus ,
fait le fujet de fâ joie de la Croix de Jésus. A
Dieu neplaifct dit-il , que je me glorifie ^ finon en la
Croix de mon Sauveur , par laquelle je fuis crucifié
au monde , le monde m'efi crucifié • Croira-t-on
c]ue le remords d’avoir livre un impofteur aux
Juifs ait arme Judas contre lui- même f ou que S.
Paul ait tiré du fentiment de fon infidélité la con¬
fiance qu’il fait paroître en foufFrant ? Certaine*
menton peut dire qu’ils font tous deux les Mar»
lyrsde Dieu :mais Judas l’eft malgré lui, & Paul
volontairement. Si la confiance de l’un témoigne
en faveur de Jésus- Christ, le dcfcfpoir de
l’autre lui rend un hommage éclatant : & il n’y a
en cela d’autre différence , finon que Paul cfi un
Martyr proprement , & Judas un témoin inv©-
lontaire de la vérité de la Religion. j
chapitre XVII. !
£)u Von continué à fatisfaire aux difficultés de
V incrédulité.
De tous les objets que la Religion Chrétienne
nous propofe,!! n’y en a point qui ait paru
pins choquant à la raifon incicJule & préocupéc
que la mort du Mefiie. La Croix de Jésus- Christ
a été , fuivant l’exprefiion d’un Apôtre , le fcandale
du J uif & la folie du Grec. Mais il n’y a point aufli
d’objet qui porte, félon nous , plus de carad:eres
de grandeur & de divinité , que celui-là^ Les in¬
crédules nousdifent, que fi nous pouvions nous
défaire de nos préjugez , nous aurions honte d’a¬
voir des idées fi pi odigicufes de Dieu : & nous leur
dirons., que s’ils s’cioient une fois défaits des paf- •
fions qui font les ténèbres de leur efprit ,’ils a*dmi-
leioient avec nous les aicrveillcsd un objet fi di-
de Religion Chrétienne. 119
7În. Q^lont ceux qui fe trompent \ Cela paroîcra
î par Topofition de nos réponfes à leiusdifficulcez.
' On trouve d*abord en Jesus-Christ un hom¬
me qui le lailTe (aifir , & qui enOaire eft attache
à la Croix , fans que perfonne le delivre de la puif-
fancc de Tes ennemis. C*eft , dit-ou , une marque
de fa foiblefle. 5*il eft le Roy des Juifs, que ne
defcend-il de fe Croix, & tout le monde croira
en lui ? Il meurt condamné par le grand Confeîl
des Juifs, quiavoit etc établi de Dieu meme. Le
vvoilà donc jugé coupable. II eft faifi de triftef-
fe jufqLfà la mort la veille de fes foufFranccs ,
& il poufle des* cris douloureux en mourant :
vous voïez fa mifcrc. On lui fait foiiffrir le fu-
plice des efclaves. On ne peut donc pas douter
qu’il ne meure d’un genre de mort infâme. Qui
croira que la foibleftc , le crime , ou du moins la
condamnation , la miferc & l’infamie puiflent être
les cara(ft:ercs du Fils de Dieu ? C’eft le raifonne-
ment de l’incrédulité. Voici ce que nous lui opo-
fons. J E s U s-C H R I s T fouifre par le confeil de
Dieu, puifque les oracles ont prédit qu’il dévoie
être navré pour nos crimes , & froifte pour nos
iniquirez, mettre fon ame en oblation pour le
peche , être retranché , mais non pas pour foî , &
que Jean- Baptifte le voyant venir à lui, l’apelle
dans un rems où il n’y avoir aucune aparence qu’il
dut foufFrir, l'Agneau de Dieu qui ote les péchez du
monde. Jésus- Ch r i s t foufFre volontairement,
puis qu’il prédit lui-mcme fes foufFrances , & qu’il
en avertit fes Difcîples, les apellantâ porter leur
croix après lui. Il leur aprend qu^il fait comme
un parti de mifcrables & de foufFrans dans le mon¬
de , qui doivent pourtant vaincre le monde , &
établir par leurs foufFrances le Roïaume des Cieux
fur la terre. Il leur dit qu’il n’cft point venu met¬
tre la paix dans le monde, mais l’épée j que Dieu
frapera Je berger , & que les brebis du troupeau
F Y leronc
130 Traité de la Vérité I
feront éparfes; qu'ils doivent boire Ton CalîcfE
& être baprifez de Ton Baptême j c^eft* à- dire j
boire dans la coupe de -fcs affliêlions , & ctrci
bapiifez avec lui d’un Baptême de lang. 11
mêle Tes Touffrances avec les leurs , afin qu’ils
en confervent mieux le fouvenir. Que fi nous'
pouvions douter que Jesus-Christ n’eüt prc^
dit Tes foufFrances , nous n’aurions qu’à confidc-
rer quelle eft la fin du Sacrement de l’Eiichari-'
flie, & en quel rems cette ceremonie fut crablic.j
Car à moins qu’on ne s’avife derévoq.uercn doute
la vérité de rinfticucion de rEuchariftie , & de
foutehir que les Difciplcs ont feint par une bizar-‘
rerie & une extravaganceîncompréhenfible , quci
Jesus-Christ avoir inftituc cette cérémonie ,|
encore qu’il ne l’eut point inftitué en effet, il nous
paroîtra que Jesus-Christ piévoïoit fa mort
qu’il s’y préparoit 3 qu’il pretendoit la fouffrir'
volontairement, & pour le falut du monde. Le Sa-j
crement de l’Euchariftie qu’il inftituë de fensfroid,!
nous dit toutes ceschofes. Or comme uqe mort!
involontaire marqueroic en effet quelque efpe^îe |
de foiblcffe , il eft certain aiifli que rierfne mon- i
tre davantage la force & la grandeur de Jésus- |
Christ, que ce qu’il prévoit les horreurs d’une j
HiorT infâme & douloureufe , & que néan- il
moins il s’y expofe avec une volonté fi ferme & j
une réfolution-fî merveilleufe , qu’il cnfcignelui- !
même à fcs Difciples la maniéré dont ils doivent i
faire commémoration de fes foufftances. !
Jésus- Christ eft condamné par un peuple fc- i
ditieufement cmü , & par un Sanhédrin envieux
de fa gloire 3 mais il eft juftifié par la confcicnce ■
de Judas, qui fe tue’ par le remords de l’avoir livré3 |
& par la déclararicn folemnclle de Pilate , qui la- |
vefes mains en la prefencc des Juifs, pour mon¬
trer qu’il eft innocent du fang de ce jufte : il f eft
par la voix du Centenier , qui vit les prodiges qui
fuivircnc
de la ReU^îon chrétienne. 13 1
ijîvîrent fa morti & il le fera bien tôt par là.
OQche de ccux-là memes qui avoienc demandé
fi a perte, & qui ciicronc aux Apôtres avec com-
|?onélion de ccelu* , Hommes , Freres que ferons-^
\ \ious J Or c*ed une grande ojloire pour nôtre Méf¬
ie , qu’il n’y a pas jufqù’à la confcience la plus
Àupab’e, jufqu’au Juge le plus injulle, jufqu’à
lies gens de guerre durs & infenfibles , & iufqu’i
|:ics meurtriers barbares, qui ne rendent temoi-
tunage à Ton innocence.
Jeufs-Christ (oufFre , mais c’eft pour nous î
1 amis fon ame en langueur , &fa*vie en cb!a-^
|tion pour le péché. Si les plaïes cy.i’nn fujet rc-
^ çoit .en combatant aux yeux de fon Monarque,
[font honorables, & fi celle qu’un Monarque re-
riçoit pour le falut de^ fes fujers , font encore plus
îjglorîeufes, quelle eft la grandeur de J esus-
|C H R I s T , qui fouffre aux yeux & par la vo-
llontcde fon Pe re pour le falut de fes fnjets & de
[fesenfans , & qui en fouiFrant s’établit un Empi-
jrequi ne doit jamais être dillipé ?
j Enfin Jehis-Christ loufFre le fuplîce des cf-
(claves ; mais nous fçavons aufii que dans le raêmé
! tems qu’il foufFre , il fe montre le Maître de la
Nature , puifque les fépulcres s’ouvrent à fa
' mort.5 que les pierres fe fendent 5 que le jour fe
perd , que le voile du Temple eft déchiré , les
Difciples du Seigneur ne pouvant avoir fupofe
des faits fi fenfibles & fi éclatans contre la con-
noilFance refcente& publique que les hommes de
leur tems avoient 3e ceschofes, fans ^ne extra¬
vagance qui n’eft point humaine.
Nous demanderons donc ici à nôtre tour aux
incrédules, fi une mort volontaire , une innocen¬
ce reconnue , des douleurs & des angoilFes que la
charité fait foufFrir , l’hommage que. des créa¬
tures infenfibles rendent à celui que les hommes
traitent avec tant d’indignité, ne font point des
E vj carac-
13 1 Traité de lu Vérité ,
caraderes dignes du Mcflie qui nous avoit ete i
promis ? ;
Si vous detruifez les preuves qui établiffent j
que Jésus- Christ eft le Fils de Dieu , vous !
avez droit de nous objecler fa Croix comme un
objet de mépris ; mais tandis que vous laiflTercz >
ces preuves dans leur entier , fa Croix ne (ervira '
qu’à nous faire mieux connoître fa grandeur, & ;
nous ne dirons pas feulement que cette mort a
été volontaire, qu*elle avoit été prédite 5 mais ;
n^us montrerons de plus , qu’elle eft comme un
miroir qui nous reprefente toutes les vertus de
l’homme & tous les attributs de Dieu, Vous y j
trouverez la patience d’un homme qui foufFre de
la part de fes femblables , & de ceux qui dévoient j
être fes ferviteurs & fes D.ifciples 5 la charité j
d’un homme qui prie pour ceux qui le mettent à i
mort 5 la fermeté d’un homme jufte , qui fupor- 1
te le faix de toutes les iniquitez du genre 1
humain 5 êc la conftance d’un homme innocent, j
qui lutte, pour ainfi dire , avec la 'fureur des 1
hommes & avec la jufticede Dieu en meme tems. '
On y voit le chef-d’œuvre de la fagefl'e divine, |
puis qu’on y trouve les deffeins des ennemis de i
nôtre falut trompez , & les defleins de Dieu réüf-
hr au préjudice des projets des hommes 5 la pro-’ '
pitiation du péché fe faire à l’ocafîon du plus exe^ i
crable parricide qui fut jamais , ni commis ni con- 1
çii : la Synagogue enferelie dans le tombeau de J
celui qu’elle a mis à mort pour défendre fes pri- *
vileges : le^ Romains facrer un^oy qui va domi- ;
ncr fur toutes les Nations , lors qu’ils lui mettent '
un rofeau pour feeptre à la main : la chair & le
fang produire , en mettant Jésus- CHRtsr’à mort ; 1
Je modèle fur lequel les hommes feront obligez de
mortifier les affcdioirs de la chair & du fang j
3 Esu s- Christ mourant fuivi d’un nombre
prefquc infini de Martyrs qui veulent mourir à fon ^
imita-
J de la, Religion Chrétienne. 15^
‘mîtatîon , vainqueur du monde par ion oprobre ,
, rriicifiant la chair par la prédication de fa Croix,
' 5c portant le repos & la paix dans Tame de tous les
’ jbiourans par les angoifles de fon agonie.
. ' Nous aurons encore le droit de fupofer, qiieîa
^ (uftice & la mifericordcde Dieu y paroifleht dans
: fleur jour. Q^Ilevidime pouvoir mieux montrer
i(a haine que Dieu a pour le péché ? Et quel pré¬
sent fait aux hommes pou voit mieux faire con-
'jnoîtrc l’amour que Dieu a pour eux ?L’incréduli-
*ltc nous reproche donc la balTeflc d’un objet, où les
î vertus de l’homme , & les attributs’mcnies de
i Dieu, font comme fur leur trône.
P Que celui qui en doute confîdére la rcfurrec-
tion de Jisüs-Ch R i s T, qui eft la véritable clef
qui nous fera entendre tous ces événemens. Car
, il eft vrai que mourir pour demeurer fous l’empire
de la mort , eft une marque de foiblefle & de mife**
re : mais mourir pour vaincre la mort en fe rele¬
vant du tombeau , en eft une d’une puiflance fur-
naturelle & d’une gloire divine. Jesüs-Christ
nedefcenddans le feiirde la terre que pour monter
dans le Ciel j c’eft ce qu’ateftent ceux qui ont été
' les témoins oculaires d’un ft grand événement.
Mais l’incrédulité fe défie de leur raport. Elle
i prétend trouver dans l’Hiftoîre l’exemple d’un
témoignage alTez femblable à celui-là , & qui
: néanmoins a pafTé fans contredit pour une im-
pofture. On lit qu’aprés la mort de Romulus , il Vlutar»
fe trouva un Sénateur, qui ayant toüjours\écu q^^edans
dans la réputation d’un homme de probité, airiira
que Romulus étoit monté au Ciel , où il avoit été
mis au nombre des Dieux 5 & que ce Monarque
lui étoit aparu*,.&c. Ce fait n*eft-il pas tout pa¬
reil à celui que les Difciples ont été attefter par
tour rUniveis ?
Oui 3 il eft tout femblable , à toutes ces diifferen-
ces pics. Ceft que là c’eft un feul homme qui at-
tefte
1^4 Trmte de la Vérité |
tcfie qu’il a vu Romirius montant au Ciel: icîl
c’cft un très grand n#mbre de perfbnnes qui té-!
moignent qu’ils ope vu Jésus- Christ apres fai
refurredtion. Là on feint qu’un Roi magnifique!
& triomphant pendant fa vie , a etc mis au nom¬
bres des Dieux apres fa mort 5 ce qui ne s’acordc 1
pas mal -avec les idées du vulgaire : ici on tc-l
moigne d’un homme qui eft mort du fuplice des i
clclaves , qu’il eft reflufeite & monte au Ciel j ce |
qui ne feroit jamais venu dans refprir. Là un Sé-j
nateur fc Iprt d’une fidlion pour fe (auvcrtoiU;
le Sénat aeufe d’avoir fait mourir fon Roi j & ici (
Ton voit des hommes qui s’expofent à la mort,
& à des fouffrances plus infuportables que la mort i
meme, pour rendre témoignage à ce qu’ils re¬
gardent comme une vérité. Là c’eft un habile
homme qui adoucit la multitude irritée du meur¬
tre de fon Roi, en la trompant: ici ce font des i
hommes fimples & greffiers qui perfuadent les
plus habiles par leur témoignage, & les engagent
à courir à la mort. Là c’eft un homme qui attelle \
l’aparîtion de Rcmulus fans preuve : ici” vous»
trouvez des témoins qui vous convainquent de 1
Ja vérité de leur témoignage par les preuves du I
monde les plus réelles & les plus fenfîbles, qui i
font les dons extraordinaires & miraculeux du l
S. Efprir qu’ils ont reçus , & qu’ils, communi- il
juent meme aux autres. !;
Maison cbjeclera en dernier lieu, qu’il y a au- ;!
jonr’S’hui des Trembleurs & des Entoufiaftes j
qui croïent être animez du S. Efpritqui les infpi- I]
re,&Ieur jcvele ce qu’ils ont à faire & à croire, ;
encore que ce ne foit là qu’une vifion reconniië de j
toutes les perfonnes fenfées, & que peut-être les }
Difciples du Seigneur fe font-ils aiifli vantez à j
faux titre d’avoir reçii les dons du S. Efpric.On de- i
meurera d’acord qu’il n’y a rien de plus frivole que \
cette olajcdionjfi l’on remarque qu’cncore que les |
Entoi^- '
de la Religion chrétienne.
Entoufîaftes fe vanrenr d’crreinfpirez par le S. EL-
>rir, ils ne prcrendent point confirmer leur doc-
• .rine par des mirales , ils ne prétendent point par¬
ier des langues étrangères, &c. Ils croïent feule*
ment être infpirez à l’égard de la doctrine com¬
me ils parlent ordinairement d’une maniéré affez
iconforme à l’Ecriture Sainte, qu’ils ont continuel¬
lement devant les yeux , il ne faut pas s’étonner
s’ils prennent pour infpitation ce qui n’eft qu’une
icontinuelle répétition de ce qu’ils ont lu. Mais ici
ic’cil toute une autre choie. Les Apôtres préten-
:dent non-fcuîement être infpirez du S. Efpric ,
pour ne rien avancer qui ne (oit orthodoxe & con¬
forme aux Ecrituresimais ils prétendenrt avoir re¬
çu des dons furnaturels & miraculeux, 8c le jufti-
;ficr par leurs oeuvres. Et fi vous en doutez, confi-
dérez qu’ils le prouvent non par des fpéculations ,
imais en prenant à témoin de ce qu’ils difent, les
fensde ceux à qui ils s’adrefi'ent , les yeux memes
des Juifs leurs ennemis, 8c les ennemis de leur
î Maître. Ltiidoncy difent-i!s> s^éta7it ajfts dla droi¬
te du Fercyd répxndu ce o[ue inmnienantvous 'voïez
Ô» oïez. Si vous doutez que S. Pierre ait tenii^e
Tangage aux Juifs, nous vous doimerons pour ga-
rans de )a vérité de ce fait , cette multitude de
ProiCiîtes qui fe convertît par l’évidence de cette
démonfitation > nous vous montrerons toute une
Eglife fondée par l’eificace de cét argument. Si
vous croïez que les Difciples aïent trompé la
multitude , nous vous ferons fouvenir qu’ils
a voient à faire à des adverfaires fort habtles 8c fort
éclairez , & qu’ils éroient eux.- mêmes des idiots &
des ignorans. Si vous allez vous imaginer que la
populace a pris piaifir à fe laifiér féduire , nous
vous remettrons en mémoire qu’il n’y avoir point
d’objet de foi plus trille & plus affreux , félon le
jugement de l’homme ,^uc celui qu’il faloit cm-
bralk*^ en devenant Chtéticni qu’on avoir un puif-
Truité de la Vérité
fane interet à examiner des faits, dont la perfuafîoB
obligeoit d’abord les hommes à coutir au marty¬
re ; que ceux de Berce qui av.oient le foin de con¬
fronter chaque jour les Ecritures , pour fçavoir fi
les chofes ctoient comme Paul les leur difoir , n'a-
voient garde aufli de manquer à confulter leurs
yeux & leurs oreilles , pour fçavoir fi les Apôtres
le vantoient avec juftice de faire des vertus & des
iignes , ce dernief examen étant beaucoup plus (iir
& plus facile que le precedent j que ce n*eft point
ttne fois ou deux que S. Paul fe vante de s*étre
tendu aprouve par les fignes, les vertus & les mer¬
veilles qu’il a opéré au milieu de ceux à qui il écritj
que toutes fes Epîtres font pleines de pareilles dé¬
clarations, ou des chofes qui s’y faportent , qu’ili ,
prend, & fes argumens & les motifs de fes exhorta¬
tions, de cette effufîon connue & non conteftee des
grâces furnaturelles du S. Efprit. Et certainement *
on ne croira pas que S. Paul ait été alTez infenfé
pour écrire aux Corinthîbns en ces termes , Vour-
tant y Treresj defirez. de prophetifer , ^ ri empêchez
point de parler des langages, il ces dons n’eulTen t etc
dans l’Eglife. Il n’auroit pas aufli pris le foin de
remédier à des defordresqui naiffoient decequ’dn .
abufoit des dons miraculeux , comme cela a été
déjà remarqué. II n’avertiroit point , comme il
fait, que la Prophétie eft pour édifier les Fidèles j ;
mais que les dons des langues , comme étans mi- i
racuîeux , fcKit deftinez à convaincre les incrédu¬
les. Enfin, il n’entreprendroit point de corriger le
defordre^de ceux qui faifoient plus d’état de ces
dons extraordinaires que de la charité, comme il
fait lors qu’il remarque quequant aux Prophéties
elles feront abolies, & quant aux langages ils cef.
feront 3 mais que la charité ne déchet jamais. Et
qui ne voit dans fon langage la pcrfuafion de fon
efprit ? Il eft tellement ^mpli d’admiration pour
tant de vertus , de fignes & d’œuvres magriifiques,
que
dé la Religion Chrétienne, 15 7
• UC rcfprit de Dieu opère à la vue des hommes,
1 u’ilne rçaitqucl nom donner à ce divin principe.
\ c excellence de la force de Dieu j tan-
foc c*cft r excellente grandeur de fa puijfance 3 tan-
iôt c*eft r excellence de la puijfance de fa force : ex-
;refîïons aufli naturelles que forces , & qui nous
narquent mieux que tous les raifonnemens, Tidcc
que S. Paul avoic des dons miraculeux, & par
ronféquent celle que nous en devons nous-meme»
avoir.
III. SECTION.
Où l’on tâche de poufTer les preu¬
ves de fait & de fendaient juf-
qu’au degré de la démonftra-
tion.
C H A P I T R E I.
-De r état de V ejprit ^ du cœur des Difciples ^
quels étaient leurs préjugez , lorfque J £ § u s*
Christ s^ ef fait oonnoltre à eux,
♦
ON ne peut mieux connoître Pimprefliott
que les faits de l’Evangile ont du ou pii
faire fur refpric des Difciples , qu*en con-
fiderant quels avoient etc leurs préjugez jufqu’a-?
Jors. C’eft par là qu*il faut commencer cette troi-
fiéme Seéfion.
Les Difciples de Jésus- Christ étans
nez Juifs , avoient nccelTairemenc ces cinq
préjugez. I. Iis écoienc perfuadez que le
régne du M lTie fcroîc acompagné de la
prorperitc temporelle. 1 1. Ils penfoient que
le MelTie rccabliroic le Roïaume d’Ifracl , &
Riok
Traite de la Vérité
fcroîr une fécondé fois régner la Maifon de Da*i
vid qui croit dans Toubli & dans rabaiflemenr*
III. Ils regardoienc leur Loi comme devant
•duifr crerntllement : & par la Loi j’entens ici';
non la Loi Morale feulement , mais la Loi Ccrc-
monicHc , ou plutôt la Loi en general , qui com-'
prenoît la Loi Ccrcmonîelle & la Loi Morale.'
IV Ils regardoient leurs Sacrifices comme cei
qu*il y av.oît déplus (acre & de plus inviolable
dans leur Religion , & ils n’avoient garde de pen-
fer que le fang des victimes légales dut ceffer de
couler tout d*un coup , lors qu*un homme auroit
été mis à mort. V. Enfin ils ne pouvoient regar-i
der les Gentils que comme, des hommes foiüLIcz ;
& entièrement execrables à leur égard. Car fansj
conter le crime d’idolâtrie eftime fi capital par- j
mî eux , & fl digne d’un éternel abandon de Dieu , 1
les Païens étoient foiiillez Sc impurs plufieurs,
maniérés diferentes félon les idées de leur Loi,'
puis effi’ils ne faifoient rien de ce qu il faloic faite |
pour fandifîer cxteiieuremenc en évitant les im- i
puretez légales, • '
A l’égard de la profperîté temporelle , on ne '
peut douter q.ue les Juifs ne rattendiffent de leur i
MefTie. Car outre que les Prophètes fembloicnt ,
les y avoir préparez par liant d’oracles fi beaux '
& fi magnifiques, qui ne fçaît qu’ils avoient été ;
tentez de regarder Hcrode le Grand ,tout Idu- |
méen qu’il était d'origine, comme le MelTie qui
devoir venir, frapez par l’éclat de fes Vidloircs,
& de la profperirc fi confiante qui acompagna i
fon .régne ? '
Il femble qu’Herode lui-même ait eu defTein !
de pafTer pour -MefTic , & que ce foie pour cela
qu’il fît démolir le Temple de Jcrufalcm pour
lui donner une forme plus belle & plus magnifî- ;
que : le préjueé des Juifs de ce tems-là étant que '
le Meflîe devûiu faire la gloire de cette Maifon,
confoi-
0
de la Rellpo7J Chrétienne, 1^9
Iffonformcmcnt aux Oracles des Prophètes qui
'J avoient ainfi prédit.
I Mais (oit que cette conjedure foie fondée , foie
qu'elle ne le (oit pas, il eft vrai du moins que Téclac
■de Tes viéloires & de fa profperité fit une (i forte
lîmpTcfTion fur rcfpric des Juifs , qu'il y en eut un
Inombre alTez confidérable qui s*imagincrenc que
[ Hcrode étoit le Meflie qui avoic été promis par les
i Prophètes , & qui devoit élever leur nation au
j comble du bonheur & de la profperité. Car c’eft ce
'qui donna la nailfance à la Sede des Herodiens
dont il cfb fait mention dans l’Evangile.
11 ne faut point s’en étonner. Le coeur des hom¬
mes eft tellement corrompu, qu'il né ti;ouve de
charmes que dans lagrandehr & dans la profperi-
té temporelle. C’eft là ce qui fait ks délices or¬
dinaires & des grands & du peuple. Si l’on en doii-
toit , on n’auroir qu’à conhJérer Mlilioire du
genre humain, & à voir que depuis la naiflancs
du monde les focîecez diftinguées par l’éclat des
honneurs & des biens temporels l’ont toü jours
emporté.
C’écoit un fécond préjugé des Juifs , que îeiii:
hhftie rétabliroit le Roïaurae d’Ifraël. Car d’un
cô:é ils avoient apiis de leurs Prophètes, que le
régne de la maifon de David devoit être un ré¬
gne éternel ; qu’il dureroit aufti long- tems qu’il
y auroit un Soleil & une Lune. Ils voïoient de
l’autre, que la famille de David étoit en partie
perie , &• en paitie tombée dans l’abaiffementr
Ils en attendoient donc le récabliflement. Le peu¬
ple avoit eu une longue fuite de Rois qui n’ctoienc
pas même de la Tribu de Juda, fansqu’oneüt re¬
noncé à cette efperance.
Mais fur tout les Juifs ctoient fortement per-
fuadczque leur Loi feroit éternelle , c’eft-à-dire,
qu’on aborderoit toujours de toutes parts à la
montagne de Sion i que l’on olfriioit loii jours
diver.es
î40 Traité de la Vérité
divcrfcs efpcces de facrîfices dans la Terré-*"
Sainte; Car c’cfl de cette Loi qu’ils avoient en¬
tendu parler dans leur enfance , que leurs peres ,
leurs mcres , leurs anciens , leurs maîtres les
avoient tant entretenus.
Ils enteridoient parler de Jerufalcm avec re(-
pedl. C’ccoit un grand ferment que de jurer par
la ville du grand Roy. Ils regardoient les Lévi¬
tes comme des perfonnes facrées , & les Sacrifica¬
teurs comme les Officiers vifibîes d’un Dieu invi-
fibîe qui vouloit bien habiter parmi eux. Ils en-
vo‘A)ient tous les ans à Jerufalcm la dîme de leurs
biens. Ils y^menoient une infinité de vi(Slimes difc-
rentes pour y être offertes à Dieu. Ils ne croïoienc
point être agréables à Dieu , ni fuportablesles uns
aux autres s’ik ne pratiquoient tous les ufages que
la Loi leur preferivoit pour leur pureté & leur
fandlification extérieure.
Ils avoient vu punir du dernier fuplice les vio¬
lateurs de cette Loi : & les quatre genres de fu-
plices preferits par la Loi , qui ordonnoît qu’ou
étranglât) ou qu’on fit mourir par le glaive, ou
qu’on brûlât , ou qu’on lapidât ces violateurs
félon le degré du crime qu’ils avoient commis ,
étans prefens continuellement devant leurs yeux
par tant de jugemens qu'ils voïoient exercer
chaque jour, ne leur permettoient point de re¬
garder ces chofes que la Loi preferivoit , que
comme des devoirs trés faints & très inviolables.
On fçait combien ces impreffions font fortes fur
Tefprit du vulgaire.
Ils avoient l’cfprit rempli de leurs Fcces & de
leurs Solemnitez , fi capables d’attacher leur cf-
prit par ce grand nombre de .circonfiances & de.
cérémonies dont elle*: croient acompagnées. Il fa-
loic monter trois fois l’année à Jerufalcm dans des
rems facrez & qui dévoient être ccUbicz avec
une dévotion particulière. Il faloi: s’entretenir
peniant
âe la Religion Chrétienne. ï4f
pendant les jours de P^ue de la trifte captivité
cjue les anciens Ifraëliccs avoienc (buffert en Egy¬
pte. Exod. 15. 8. & pour marquer le pain d’affli-
dion que leurs Peres avoient mange, ils dévoient
manger pendant fepe jours du pain fans levain.
Il faloic égorger autant d’agneaux qii’il y avoir
de familles à Jerufalem , pour marquer i’ancieu
paffage de l’Ange deft.ruéleur par deflus les mai-
îbnsd’iriaël. La Fcte de la Pentecôte devoît cwre
cclcbrce avec une dévotion peu diferente. On de¬
voir alors ofrir à Dieu les prémices des fruits dt
la terre. Il faloit célébrer un jeune folemnel le
dixiéme jour de Septembre. On ctoîttobligé de
fc repofer de toute forte de travail le premier &
le dernier jour de la folemnitéde Pâque, & le jour
apelé Kipur , auquel iln’étoit permis ni de man¬
ger , ni de boire , ni de s’ôindre , ni de fe laver. On
ccoit dans l’obligation d’habiter pendant fept jours
dans des tentes pendant la Fête des Tabernacles.
Et cette ceremonie étoit deftinceàfaire commé¬
moration du féjour que les anciens Ifraëliics
avoient fait dans le defert.
Or qui ne fçait que le grand nombre de Fêtes &
de Solemnitez attache d autant plus l’cfprit du
peuple, qu’il fait fouvent confifter la Religion
en^des chofes extérieures ?
La multitude & la variété de facrifîces pref-
crits dans la Loi de Moïfe , & pratiquez parmi
les Juifs, étoit bien capable de produite Ic.mê-
mc efet. Tout "devoit être ofert à Dieu. On
lui ofroit les' perfonnes : Ce qui s’apeloit Confé~
crafionl On lui prefentoit des fruits delà terre:
Ce qui fe nommoit Oblation, On lui ofroit des
liqueurs : Ce qui s’apeloit Libation. On lui
prefentoit des aromates que l’on faifoit fumer
en fi prefence : Ce qui fc nom^ioit Encenfe-
ment. On lui ofroit des bccesrCe qui s’apeU
loi: propicmenç des Sacrifices, On ofroit des ho-
iocauftçs
l'Æi Tr/ttîé de ÏA^VeYîti
locaufles S: des facrifices ordinaires. On ofFroît î
des Sacrifices pour le péché , & des Sacrifices pa- ^
cifiqces. On ofFroic des Sacrifices réglez , & des |
Sacrifices accidentels & occafionnels. On en )
ofFioit tous les jours deux , Tun le matin , l’au* i;
tre le loir i un extraordinaire chaque remaine,^
un autre extraordinaire chaque mois , & de i
nouveaux à toutes les Fêtes folcmnelles. On les i
ofFroit ou pour les péchez du peuple en général ,
ou pour les péchez des particuliers. Et au jour ;
tie rexpiation folcmnelle on .ofFroit deux Sacrî- ’
fices, Fun que le fouverain Sacrificateur ofFroit 'î
pour lui*tnême & pour Fa maifon à Fes propres!
dépens , l’autre qu’il ofFroit aux dépens du 1
peuple , & pour les péchez du peuple. Car j
alors on choififFoit deux boucs : l’un étôit ofFert |
en facrifice pour le péché , & ctoit brûlé hors!
du camp ou de la ville : Fautre ctoit envoie I
dans le defert vers une montagne nommée Ha- >
lazel , là où il étoit précipité. Après quoi le |
fouverain Sacrificateur vêtu- de vétemens blancs i
ericroit dans le lieu très Saint , tenant en fes |
mains un encenfoir , où il y avoit des charbons Ij
ardens fur lefquels il jettoit des aromates , dont la j
fumée faifoit une nuée qui couvroit le Propicia- j
toire J fur lequel il verfoit le l'ang du bouc qui !
avoit été immolé dans le Parvis. En Fuite le Fou- !
verain Sacrificateur dépoüilloît fes habits facrez*,'?
& aïant repris fes habits ordinaires , il s*cn re- S
tournoit en Fa maifon acompagné de tout le peu- ?
pie , qui faifoit des feftins, & fe réjoüifibit de ^
ce que le Fouverain Sacrificateur étoit FortF fain !
& Fauf de la prefencc de Dieu. Ce nombre & j
cette variété de cérémonies & de Facrifices ne |
pouvoir naturellement qu’atacher beaucoup FcF. I
prit de ceux qui dés leur enfance avoienttous ces ,
objets devant les yeux. '
On doit faire le même jugement de leurs diiFe- '
rentes i
f ^.e la Religion chrétienne, i4j
j^fcntes cfpcces de purification. Si la coutume
fi: l’éducation nous font regarder la nudité
ilommc un état honteux & indécent^ la ooütu-
|ic, Tcducation & la Religion , plus forte lou¬
ent que l’une ni f autre , leur faifoienc le-
* [arder comme immondes tous ceux qui avoient
f ,Dntrad:é quelqu’impurcté légale. Le camp des
l [fraclices dans le delert , & depuis la ville de Je-
ufalcm , curent trois parties: La première étoic
i demeure de Dieu meme, qui habitoic dans le
f jrabernaclc , ou dans le Temple : La fécondé
^ toit la demeure des Lévites , qui habitoienc
ijju tour du Sanctuaire : Et la troifiéme étoic la
^ jcmeure du peuple , qui étoic féparée du Tem-
; i)Ie par la demeure des Lévices* Il y avoir de
\ ineme trois fortes de perfonnes immondes : les
î insqui ivétoient exclus que du Temple ou de la
; temeure de Dieu > tels qu’étoienc ceux qui
î .voient touché un corps mort, ou qui avoient
'leur prépuce; les autres plus (oiiillez qui écoient
i jiannîs de la première & de la fécondé demeure ,
jçavoir du Temple Sc de la demeure des Lévites ;
!;'cft-à-dirc , de toute la montagne de Sion ,
j:oirjme les femmes après leur enfantement , les
jiommes & les femmes qui avoient quelqu’impu-
fctc naturelle ou accidentelle : Enfin d’autres
plus immondes encore , qui étoienc bannis de
toutes ces trois demeures, & fequeürez entiere-
iment de Fa focieté & de la communion du peuple ,
;cls qu’étoîent les lépreux , qui non- feulement
ctoient fciiil'ez, mais qui étoient fenfez foiiilkr
les autres, & qui pour fe diftinguer, & pour fc
^aire connoîcie dans les lieux mêmes où iis ha-
jbitoient à part, écoient obligez fuivant la Tra-
jdition des Hébreux, de porter des habits dc-
jehirez, de laiflcr croître leurs cheveux, & de
jmarcher le vifage voilé , comme s’il eut pii
j fouiller les autres par fes regards , ou que les
I autres
144 Tr/ulté de la Vérité
autres enflent craint de fciiiller leurs yeux en L’
regardant , comTne cela paroît par Tallulion qu<
le Prophète Efaïe fait à cette coutume dans l’O-'
lacie qui eft contenu au Chapitre 55. d’Efaïe '
Nous nonsfommes détournez: arriéré de lui , commv,
l'on cache fa face arriéré d'un lépreux, 1
On ne peut douter que tant de précautioflii ‘
qu’on devoir prendre pour ne point contradci
d’impuretc legale, cette fequeftration des im«i
inondes ces foins qu’on devoir prendre de f<iS
purifier, foit par des ablutions , foitpar des fa-
crifices, foie par les cendres d’une vache roufle '
& les préjugez que cette pratique foîitenue de’
l’éducation &dela Loi de Dieu qui la prefcrivoii'
faifoit naître fi naturellement dans l’efprit, ne
•donnaflent aux Juifs une invincible averfîon
pour les Gentils qui étoient fouillez à leur égardli
en tanfde maniérés, & pour toute Religion qui;
pouvoir ou permettre ou négliger ces impurçtcz
corporelles & extérieures. I
Ajoutez à tout cela le refpeéi: du Temple, du-'
quel les anciens Kraelites avoient acoütumc'
de dire avec des rranfports de confiance & d’ad¬
miration , Le Temple de l'Eternel , Le Temple di
V Eternel : le refpeél qu’ils avoient pour les Lé-',
vîtes & pour les Sacrificateurs à qui Dieu avoir
commis le foin du Temple , Nombr», i^. de ces:
Sacrificateurs qui dévoient être fi purs dans (
leurs perfonnes , qu’ils ne dévoient jamais faire
leurs fondions dans le Temple fans laver leurs
pieds & leurs mains, qui beniflbientle peuple ,>
quifaîfoient l’encenfement & ofroient les facriS- j
ces ordinaires, & qui étoient oints aufli bien j
que les Rois & les Prophètes, pour manquer j
combien ils étoient agréables à Dieu. ‘ j
Joignez y les foins que le Legiflateur avoic il
pris de marquer leur Religion dans leurs parois <
&dans leurs habits, ou iis dévoient porter écrire ;
leur i
; fie la Religion, Chrétienne, T-ff'
ÉrLoî, du moins en partie , les foiis que ce
BÎme Lcgilliceur avoic pris 4e fandlifier les
li.-ns des riches, en leur donnant les moïens
les confacrcrà Dieu, & de confoler rindi-
Ijincc des pauvres, en faifant de fi belles loix
i ur leur fubliftancc , Lcviciq. Deuteron*
7.8.14.
f : Enfin on peut ajoûter à tout ccla ces loîx ad’»'
lljirables de juftice & d'equite -par Icfquelles lo
krgiflateur avoic régie le droit qui dévoie s*ad-
piniftrer au milieu de ce peuple, ces loix qui
|r:.roiffent n’erre que les premières & plus juftes
^luerminations de la loi naturelle ,& qui doî--
j:;nc & peuvent fervir de régie à toutes leS'
:,,ix civiles & politiques qui font établies dans
i, monde.
; , Or de tout cela , il s’enfuit premièrement , que
IJs Difcipics n’ont pu regarder J e s u s-C H R i siT
[j)mme le Mefïie qui dévoie venir, & que leur
üition ateendoie avec une fi grande impatience p
ms attendre de lui un bonheur & une profpérito
mporelle. C’eft aufTi ce qui paroic affez par la
/*mandeque la mere des enfans de Zébédée vienc
-i^irc à Jesus-Christ , lui difantii Seigneur, or-
\)nne que mes deux fils quifontici {^efens [oient
\ j; , Vun à ta main droite , ^ C autre a ta main gati’^
oe y lorfque tu feras venu en ton régne. Il ne fe
eut donc, à parler naturcllemeut , que les pif-»
iples ne foient extrêmement choquez entendant
iuc leur Maître n’eft point venu pour comman-
{er,mais pour fervir, & pour donner fa vie ea
jançon pour pluficurs , que celui-là fera le
|lus grand dans Ton Roïaume , qui fe fera le plus
jbaürc : que le plus grand doit erre comme le
]Ius petit à: comme celui qui fert,
j Mais d’ailleurs il ne fe peut qu’ils ne foient
hfiniment choquez , lors qu’ils voient qu’il»
'y a que milerc, pauvreté & affligions à
Tome II. G atten-
14^ Traité de la Vérité !
aacndrc de la profcfTion qu'ils font de fuivrj
J E s U s-C H R I s T. ;
Il faut qu'ils trouvent en leur Maître quelcju
choie qui balance la prorpcritc ternporelle, & qu,
leur fait fuporter patiemment les affligions : ^|l
ce contre-poids ne peut ccre que la dcdrine, ou le;
miracles de Jesüs-Christ. Ce n'cfl: pas fa do i
«ftiiiic : car ils ne rentendent point pendant lon^
tems, comme cela paroîc par tant dequeflions o .
vaines & frivoles, ou abfurdes & ridicules , ou me :
me choquantes & peu refpedueufes , qu'ils fon,'
à leur Maître. D^ailleurs ce qu'il y a de plu,;
faint & de plus capable d'atirer les hommes dan;!
fa dodlrine , eft ce qu'il y a de fpiricuel : & c'elj
précifénient ce qu'il y a de fpiricuel qui leur el;
cache & qu'ils ne fçauroient entendre, n’aïani
Tefprit rempli que des idées charnelles & groij
fieres du monde , comme cela paroît par le lan-;
gage qu'ils tiennent en parlant à leur Maître, é
qu’ils raportent eux-mêmes d'une maniéré fi naïv:
& Il ingenuë. Il fatit donc qu'ils trouvent en Jem
sus- Christ des miracles, qui leur tiennent lieil»
de tontes chofes. Et c'eft aufli par là principalement
que Jesus-Chrüt leur prouve la vérité & la divi t
nitc de fa vocation. Il dit que le Pere ne l'a poin!
laiflTé feul , mais que les ccuvrcs qu'il fait , temofi
gnent que c'eft le Pere qui l'a envoie. Dans une au
tre rencontre il protefte qu'il a un plus grand te ,
moignage que celui de ]ean-Baptifte , ajqütan i
que les oeuvres que le Pere lui a données à faire i
font celles qui rendent témoignage de lui.
On nous dira ici, que Jean-Baptifte a bien pi';
attirer la multitude , & pafler pour Prophète par¬
mi les juifs, fans avoir fait aucuns miracles , di
moins qui nous foîent connus , & qui foient rapor-!i
tcz dans l'Evangile , & qu'il ne feroit pasétonnani;;
•que Jesus-Christ , auffi bien que Jean-Baptifte 1
ciit trouve le moïen de s’attirer un grand nom¬
bre!
àe lu Keligion Chrétienne. 147
jifc de Dlfciples fans faire aucuns rriiracl^s , mais
^iirlcclac de là fainteté , ou par la promefle de
r|)nncrla vie éternelle. Je répons premièrement ,
^ |.i’cncore que nous ne lifîons point que Jean-»
• !aptirtcn*ait fait aucuns miracles pendant tout le
‘ ‘)urs de fa vie ni de fon miniftere , il fufEc que fa
liflance ait été fignaice par un prodige furpre-
i.iintqui ne peut manquer d’être connu de tout le
r iiondc , pour avoir fait attendre de grandes cho-
Ijsdelui. Je dis en fécond lieu, que fi Jean-Bapti-
cn*a point fait dès miracles, ilifa pas aufli etc
•garde comme un Prophète qui en diit faire. Il
'croit point ce Mefiie duquel il avoit été dit
[ u’il feroit le defirc des nations , qu*on Tar
jclleroit le Dieu & Sauveur de toute la terre >
: qu’a fon arrivée Dieu émouveroît le Ciel, la
•rre, le fec & T humide. Cétoit feulement fou
reçut feur : C' étoit voix de celui qui crie uw
âfert , Aplaniffez le chemin du Seigneur, fuites
roits fes [entiers X En troifiéme. lieu , Jean- Baptî-
:c ne faifoit qu’annoncer la venue du Mefiie : ce
■ui ne pouvoit que plaire aux Juifs , & qui s’a-
ordoit parfaitement avec leurs préjuge:^ & leurs
fpcrances. Son mîniftere n’avoit rien que d’a-
ircable. Ilnefaloit pas faire des miracles pour
jnnoncer, & faire recevoir la plus agréable nou-
»cllé que les Juifs poiivoîent jamais recevoir,
dais il n’en cft pas de meme de J esus- Christ, qui
jevoie leur montrer le Mefiie en fa perfonne, & un
defiie fi contraire à l’idée qu’ils s’en étoient faite
les leur enfance. Il ne pouvoit manquer de les
joülcvcr contre lui. Ecc’eft à cela ( pour le dire eu
jafiant ) que Ton doit raporter le different fuccez
!u mîniftere de Jcan-Baptifte,& de celui de Jésus-
Christ, marque dans les oracles des Prophètes,
puisqu’il jivoir étéditque Jean-Baptî,fteréconci-
féroic les cœurs des percs envers les enfatis 5 &
'c Jesüs-Christ au contraire, qu’il feroit une
G ij picrie
i
I4S Traité de la Vérité
pierre jd’achopem^nc & de fcandale en IfraeT. i\
LesJ uifs attendant le 1 egne du Mellie avec im-^j
patience, ils s*en faifoienc , comme ils font cnconij
aujourd’hui., une idée très agaéable, ils le revc->.
toient de tout J’cclac & de toute la gloire qu’ils ftl
fouhaitoienc à eux-mêmes ; ils le peignoient, pouj :!
ainfî dire, des couleurs de leur orgueil & de leui'ii
ambition. Iis s’atrendoient à avoir bîen-tôt leî
Rois de la terre pour nourriciers, & les Princeffei!’
pour nourrices ; ils croïoient les avoir bien- toi;
pour ferviteurs & pour fervantes. C’etoit là cc
qu’ils avoient oiii dire depuis leur enfance : & ce
Meflie charnel & temporel étoit comme ridolcii
de leur cœur. Là- deffus Jean- Baptifte paroît , le- ^
quel marquant le régne du MefTie par un terme j
que Daniel avoir emploie avant lui ; dit haute-!|
ment que le Royaume des deux efi aproché» A ccttciii
voix agréable tout le peuple acourt en foule de |
Jerufalem , de Décapolis , de la J udée , de la Gali-'a
lée , & des pais qui étoient au delà du Jordain.jil
Jean leur prêche la repentance , comme une pré- i
paration néceflairc pour être participans de tous ^
les biens qu’ils doivent attendre fous le régne du
Meifîie : ils écoutent fa prédication. Il les exhorte j
à fe reconcilier les uns avec les autres pour être ^
les fujets d’un même Roy célefte : ils renoncent à ;
leurs differens & à leurs querelles ; une efpérancc i
fl chcre étoufftnt dans leurs cœurs leurs pallions
&; leurs reffentimens. Mais lorlque Jean-Baptifte
les a menez comme par la main à J bsüs- Christ, <
ilsfoDt furpris de ne trouver en lui rien moins que
ce qu’ils cherchoient. Ils voïent la pauvreté là où '
ils avoient crû trouver l’abondance , & l’oprobre ■
& les affliêtions là où ils’croïoicnt trouver un éclat
8c une gloire temporelle. Voilà pourquoi ils le re¬
mettent avec horreur & avec deteftation, toutes '
leurs palTions fe changeant en horreur & en em- i
portement contre celui en qui tout es leurs pallions '
ont efperc. Mais i
de la Religion Chrétienne» 14^
; i Mais fl le général de la nation le ré jette ^ il y a
» |in certain nombre de perfonnesqai s’attache à le
iuivre 5 & ce nombre croît à mefure que Jesus-
|Z H R 1 s T cft affligé. On n’en voit d’abord que
‘ jlouze qui font les premiers qu’il apelle. Il en en-
;’oïc enluite foixante & dix. Il s’en trouve davan*
• 'age après fa mort. Et ce nombre croiflant^vec la
ILircurdu Sanhédrin, on en voit enfin plufleurs
■ |LU rendent témoignage à ce Crucifie.
Comment ces Difciples fe font-ils attachez à la
iiiitc d’un Meflie fi contraire à leurs idées & à
: leurs préj ugez ? Comnient , fi J esüs-C h r i s t ne
:eur a point promis des miracles, n’onr-ils pas étc
i-cbutez de fa Croix : Comment ont-ils été trois
ms & demi avec lui nuit & jour, fans s’éclaircjr de
:e fait û important , & lans fçavoir s’ilfaifoit des
miracles, ou s’il n’en faifoit point ? Ou comment
r yoïant qu’ils s’écoient trompez , que Jesus-
jC H R I s T ctoit un homme ordinaire , & qu’il ne
faifoit aucuns lignes ni aucunes vertus > ne l’ont-
i ils pas laifl'c là comme un vifîonnaire ou comme
un impofteur ? Comment leur efprit & leur cœur
pnt-ilsété changez tout d’un coup, pour regar¬
der la bafTefle , la mifere & les affligions comme
jn caraderc du Meflie , eux à qui l’éducation n’a-
Voit donné que des idées charnelles du régne florif-
ant du Mciffie ? Comment fur tout auront-ils vii
crucifier leur Maître , fans être dans le dernier
abatement &dans la derniere confufion ?
En effet , la fécondé conféquence que l’on peut
cirer des principes qui ont été déjà établis, c’efl:
que les Difciples aïant toujours cru avec leurs
pères, leurs meres , leurs freres , leurs fœars ,
leurs Maîtres, leurs Anciens, & en général toute
leur nation , que leur Meflie devoit rétablir le
Roïlume d’ifracl , & entendant tout cela à la
lettre , il efl impoffible au’ils n’aïent érc honible-
ment feanda ifez de lui voir fur la Croix une
G iij
cou-
ï^ù traite âe Veriie
ronronne d’épines fur la tête , & un rofeau po^j
feeprre à la main : & il eft moralement & humai-i
nement impoifTible que cet objet n’ait arrache cfl
fond de leur cœur toutes les penfees d’orgueil
d’ambition , & toutes les prétentions de grandcu ■
& de prorperitc temporelle que leur aveuglemcn t
Jeur ajoit fait concevoir à Toccafionde cet hom (
jne : à moins qu’il ne foit arrivé depuis fa luor
des chofes fi furnaturclles & fi extraordinaires '
qu’elles aient fait renaître ces efpcrances magnifi¬
ques dans leur cœur.
Nous concluons en troîficme lieu des prîncî i
pes que nous avons déjà établis , que les Dirciple:;j
ie trouvant , aufTi bien que les autres Juifs , atta^,^
che;^ à leur Religion par les yeux , par les oreif*;;
les , par l’efprit, par le cœur, par l’interet, pa:!j
la pieté , par la coutume , par l’éducation, par Ta-ij
vantage dont ils pouvoient (e dater d’avoir étî |
diftînguez de tous les autres peuples de la terre l
^ fe trouvant arrêtez & attachez parce grane|
nombre d’obfervances & de pratiques qu’ils ndl
pouvoient douter qui nefuffent & juftes & fain-'ij
tes, puis qu’elles avoient été fi exaêlement prcf->
crircs par la Loi de Dieu : il ne fe peut qu’il:|i
n’aïent regardé leur Loi comme éternelle jqu’il;;
n’aïent eu de l’éloignement pour tout culte nou-ii
veau , & aparemment contraire au culte de Moï- !
fe j qu’ils aïcnc pîî changer tout d’un coup dt i
fentimenr à cét égard j & qu’il foit arrivé une f
fnrprenante révolution dans le cœur & dans l’ef- 1
prit de tant de perfonnes attachées par tant d’en- i
droits à la Loi de MoîTe } qu’en fi peu de teiniij
î’ame de ces Juifs ait été tellement renversée /j
qu’ils aïent commencé de regarder la Religîor l
Judaïque comme une Economie provifionnelle-ij
& qui devoit prendre fin , & même qui ctoit de-|
formais entièrement inutile. i ,
J’avoue que ce principe ne fut pas d’abord reçu i
fanî'!
de là Religion Chretten>7e; Tji
ns conteftntion & fans difficulté , & qu’il y e ut
îndant quelque tems des Chrétiens Judaïlans
ui cnfeignoientque la Loi deMoiTe étoic encore
tcceflaire, & qu’il faloic joindre la foi de Jesüs-
’hrist avec les ordonnances de la Loi pour ob-
^nîr le falucrmais on fçait auffi que ce n’étoienc
U que des ennemis de Jesüs-Christ qui emou-
cient ces queftions pour me||re la divifion dans
Eglife du Seigneur, ou des Chrétiens convertis
U Judaïfme, encore foibles & peu confirmez ^
ijui faifoient i^aître ces conteftations par les (cru-
ules d’une pieté aveugle. Mais au fond on fçaic
'uc les vrais Dîfciples de Jesus-Christ, & fur
!biit les Apôtres , ne vécurent pas bien long- rems
ans l’erreur à cét égard , & qu’ils foütenoienc
lue la foi feule en Jésus- Christ jnftifioic les
ïommes fans les œuvres de la Loi. On fçait qu’au
•rcmier Concile qui fe tint à Jerufalem , les DiG-
iples du Seigneur abolirent les ufages de la Loi
‘Cérémonielle.
Mais enfin , que la Loi Cérémonielle ou îa
î^tligion de Moïfe ait été abolie dix ans plutôt ,
:=iix ans plus tard , cela ne fait rien. Il cil
oujours certain qu’elle a été abolie , ou pour
nrler plus exadement & plus véritablement,
lu’eile a étéacomplie, qu’elle a ceffic de s’ob-
rrver , & que c’eft l’Evangile qui a produit
pét effet.
Or je demande, comment fe peut-il que des
:^cns qui étoîenc attachez par tcùs les endroits
pc leur cœur à cette Loi , qui en faifoient l’objet
leurs penfées & de leurs entretiens les plus
ordinaires , renoncent en fi grand nombre , en fi
peu de tems , & d’un commun acord à cette Loi ,
que la pieté, & meme l’interet l’honneur, leur
|fendoit fi précîcufe $c fi vénérable ? Tant de fic¬
elés qui fe font partez avant Jésus- Christ n’ont
IpüTlcur faire perdre l’attachement qu’ils ont eti
G iiij pour
in de Ia Verîti 1
pour (îette Loi. Car bien cju’ils Taïcnt fouvei ,
violée, on peut dire qu’ils Tont pourtant prcfqu
toujours regardée comme inviolable. Tant d
/îécles qui ont coule depuis la mort de J es us
Christ n’ont piî leur ôter cette perfuafion i
profondément enracinée dans leur efpricjqu
leur Loi devoir être éternelle : & quelques année i
auront perfuadé cjfte grande multitude de Dilf
ciples qui furent convertis par la prédication de
Apôtres, que toutes ces ordonnances avoient per ^
du leur force dans la mort d’un homme que 1 :
Sanhédrin avoît condamne comme un malfai- i
^feur , fans qu’il fe foît rien pafle d’extraordinai-,»
le & de furnatiirel qui leur ait donne toutes ce;
idées particulières, & fi contraires à leurs pre- ,
.miers préjugez ? '
Certainement on peut dire que les incrédules fonij
trop d’honneur à l’impoflure & à l’ignorance. Ili
font trop d honneur à i’impofture , lors qu’ils pré¬
tendent qu’un concert de menfonge&de maüvaî-|
*fefoi ait converti les nations , fanclific les hom- t
mes , & répandu par tout l’Univers la connoilfan- 1
ce de Dieu conformement aux anciens oracleS'. >
Mais on fait bien de l’honneur auffi à l’ignorance > :
de penfer que des hommes (impies & grofliers j i
quelques pêcheurs qui ne fçavent que prendre des :
poiflons & racommoder des filets, auront trouye {
les defauts & les imperfedions de la Loi Ccrémo- *
nielle, lui auront préfcrc le culte Ipkituel, comme ;
étant en éfer plus conforme à la nature de Dieu
qui efi: efprit , & plus digne de l’homme qui eft j
une créature raifonnable, que ces hommes fim- i
pies & ignorans auront trouve le, feus des facrifi-
cesdelaLoi dans la mort d’un homme qui a été
condamné comme un malfaideur 5 qu’ils au¬
ront attribué cette penféc à Jean-Baptifie , &
la lui auront fait exprimer par ce (cul mot ,
Voici l* J gnean de Diefi^qni ôte les Péchez, du mondcy
de U Religion Chrétienne.
iirole fl pleine & ii fignifîcative , qu’elle eu-
J'irme toute la Religion ChreLienne ; Sc auront
ifîn invente des mifteres qui font fi éloignez
i!S conjectures ordinaires , & fi élevez au defîus
*,■ l'icme de Ja pèrtéc des plus grands hommes,
u’on peut dire avec raifon que ce font-là des
' 'a point vues ^ que V oreille n Ua
ne montèrent jametis au cœur
1, Enfin on fçaît par expérience quelle difficul-
• il y' a pour des perfonnes déjà avancées en
f ■
-|ge , de renoncer à des ufages communément
j jfçüs, fur tout lorfquc la Religion & l’éduca-
on s’acordent à les autorifer. Quelle peine
i’aurions- nous pas à nous réfoudre de vivre
rjomme les Juifs ? Cependant nous n’aurions
I joint tant de peine à vivre comme eux, qu’ils ont
|fü en avoir à vivre comme nous. La raifon en
fi, que nous regardons leurs ufages comme af-
:z indiiFerens en eux- memes , au lieu qu’ils ont
joiijours regardé les nôtres comme étant & hon-
ilcux & illicites. Comment donc fe fait-il que non'-
ï:“ulcinent un Juif ou deux, mais des milliers de
t juifs convertis au Chrîftianifme , ne fefaffent plus
I lucun fcrupule de converfer avec les Gentils, &
i ineme de vivre à la maniéré des Païens , qui leur
' toient auparavant un objet d’abomination ?
j Vous me* direz que cela a fouffert plufieurs
r ilifficultcz, & a été la matière de plufieurs grail¬
les contefiations. Je l’avouë : mais enfin on a
/U la Loi Cérémonielle abolie peu apres la
nort de Tesüs-Christ \ les Apôtres ont
décidé qu’elle avoir été accomplie en la mort de
Jésus- Christ, & qu’il nefaloit point afl'ocier des
ufages charnels de la Loi avec le culte fpirituel
'de l’Evangile. Or je foütiens que fi les Apôtres
h’avoient & témoigné les miracles & la réfurrcc-
tion de J bsus-Christ , & fait eux-memes de gran-
G V des
ÎJ4 Traité de la Vérité J
rnerveîlles, il ctoit narurcllemcnt împcfTible qu’il*
vinflent à bout d’un fi grand dcflcin, & fur toul
en un fi petit nombre d’annees.
Certainement fi Ton confidere les Difcipl® '
comme des Juifs , on trouvera qu’ils devoicn
être attachez à leur Loi.
Si on les regarde comme de pauvres gens , oi ,
comprendra qu’ils dévoient aimer cette Loi , qu
donnoir des préceptes fi admirables pour l’admini i
fixation de la juüicc> & pour le foulagemcnt de
pauvres. 1
Si vous les confiderez comme des perfonne '
fimples, vous trouverez qu’ils dévoient s’acta- '
cher à leur Loi, félon le caradlccre des perfonne i
vulgaires ^ ignorantes , de s’attacher à i’exterieu ,
de la R^cligion.
Si vous les confidércz remplis des préjugez or ’
dînaires de la Nation , vous comprendrez qu’ils nti
pouvoient attendre qu’un Mcffie triomphant , &
qui établiroît par toute la terre la Loi de Moïfc i
au lieu de habolir.
Cependant vous n’avez qu’à confidérer l’cvé- 'j
nement pour voir ce qui en eft. Nous ne voulonSij
pourtant pas nous arrêter à toutes les réfiexionsi
que l’on pouroit faire fur ce fujet. Ilfuiîic d’avoii
marqué ces chofes en pafTant , parce qu'elles peu- ;
vent nous fournir quelque jour dans la difeution s
particulière des faits miraculeux. • \
Nous les avons déjà confidérez dans une vü2 ^
générale , qui fuiïiroit pour convaincre des efprits ^
laifonnables 5 mais il nous fcmble que pour con- 1
fondre les opiniâtres , & leur fair'e du moins fcnrîr &
leur égarement , fi l’on ne peut point les en icti- ]
rcr, il eft bon d’y irfifter davantage. ,j
Pour y mieux réüilir , nous établirons quatre
faits miraculeux , qui feront comme muant '
de centres de la vérité eue nous recherchons , j
parce qu’il y a diverfes lignes d’cviJence & de i
lumière ;
i I de Ia Religion Chrétiennê» igg
« mîcre qui nous condui(cnt à la vérité de chacun
-II: CCS faits, & cnfuitenous les réunirons pour en
f brmer une dcmonftracion.
chapitre II.
InmieY centre de vérité • Con/idération particulière
des miracles ^^Jesos^^ Christ.
ON peut dire que ccs miracles font tels , que
ceux qui ont écrit TEvangile , n’auroient ni
fé , ni pu, ni voulu les fiipofcr , s’ils étoient faux,
pi Je dis qu’on n’auroit ofé les fupof^r , parce
.j]u'ils dévoient être d’une notoriété publique, j’en
fTarqucrai quatre exemples , qui font Thiftoire de
Iiacharie pere de Jean-Baptifte, Thiftoiredu maf-
acrc des enfans de Bethléem ,1e raflafement de ce
z;rand nombre de perfonnes que Jésus -Christ
[éput miraculeuiement par diverfes fois dans le
lefert avec un petit nombre de pains & de poif-
bns i & enfin les prodiges furnaturels qui arrive-^
ent à la mort de J e s u s-C h R i s t.
A l’éf^ard du premier , il eft bon de remarquer
ue le lu jet fur lequel il fc fait un grand miracle ,
‘jert un Sacrificateur , un Sacrificateur qui fait les
jfondions de fou miniücre , & qui eft adueîle-
[ment ocupc à faire rcnccnfcment dans le Temple
|de Jcrufalem , cians un tems remarquable , & au-
jquel le peuple qui Tatrendoit ctoit ocupc à prier
iDieu dans le Parvis, pendant qu’il é toit lui-même
f dans le Lieu faim.
i Quand rHiftoricn n’auroit remarqué autre cho-
ife fur le fujet de la naiflancc de Jean-Baptiftc,fi ce
i n’eft que Zacharie & Elizabeth croient alors avan-
I cczcn âge, & que la dcrnicre avoir été jufqu’alors
î fterile, cet événement anroit quelque chofe de ra¬
re & de furprenant , & l’on feroit piefquc afl'urc
que J’Evangelifte ne i’aurbic point ofé fupofer con-
G vj ire
ï^6 Traité de Îa Vérité
tic!a connoiflance que tout Je monde en devoîii
avoir. Comment donc , je vous prie, auroit-onl
ofc dire, que Zacharie dans leTemplcde Jcrufa-î
Jcm perdit Tufage de la parole; que tout le peuple
fut témoin de ce prodige, & qu’il ne céda d’êtrct':;
muet , que lors qu*il faiut impofer le nom à cét cn-i
faut miraculeux que Dieu lui avoit donne dans fai
vicilledc, & nonobdant la derilitc de fa femme }\
Je veux que l’Evangile qui le raporre ait été ccrit i
îong-tems apres cet événement; il eft toüjoursa
vrai que S. Luc a écrit Ton Evangile avant que l
d’écrire Ton Livre des Adtes des faims Apôtres,;!
& qu’il a écrit le Livre des Ades avant la rüinell
dejerufalem, comme cela a été déjà remarqué, 'i
& comme ce’a ed tout-à-faic incontedable. Je
veux donc qu’il y eût quarante, cinquante, foixan-
te ans d l’on veut, que ceschofes dévoient s’etre
palTées , lorfque S. Luc écrivoît Ton Evangile:
quarante , cinquante ni foîxante ans font- ils ludi-
fans pour perfuader à plufîeurs millions de per- j]
donnes, à tous les habitans de cette grande & ^
floriflante ville de Jerufalem , qu’ils avoient vu h
ou de leurs propres yeux ,ou par les yeux de leurs fl
peres, un de leurs Sacrificateurs privé de rufage ^
delà parole, après une révélation quh’l avoit eue i:
dans le Lieu faîiir , & qu’il l’avoit recouvert pré- ^
eifement & à point nommé lors qu’il falut impo- H
fer le nom à fon enfant ?
Certainement, quand il n*y auroît eu que la ü
parenté de Zacharie qui eut fçii comme lescho- i
des s’étoient paffées , il yauroitcu de la témérité i
de fupofer des délions à*cét égard ; mais il y •
auroit eu de l’extravagance à les fupofer contre :
la coni)oifrance de tout un grand peuple aficm- i
blé folemnellement , attentif à cét é<^énement , i
fu'^riis de ce prodige , ou qui fçavcît que tout *
cela n’étoit que chimère & que fiélion. Or le '
peuple, dit l’Hiftorien , attendoit Zacharie , ^ ils
iélon^ '
de la Religion Chrétienne, 1/7
h: éionnotent qu tl îardoit tant au Temple. Rt quand
1J7 fut forti y il ne pouvait parler à eux. Alors ils
ïpnnurent quil avoit vu quelque vifion au Temple,
ûCar il le leur donnait a entendre par fignes. Et il
demeura muet.
La maniéré dont Zacharie fut guéri , n’eft pas
moins (urprenante. Et il arriva ^ ditTEvangelifte,
’iu au huitième jour ils vmrent pour circoncir le petit
enfant y ^ ils l* apeloient Zacharie du nom de fon
pere. Mais fa mere prit la parole ^ dit: Non, mais
H fera apelé Jean, Et ils lui dirent. Il ny a nul en
ta parenté qui fait apelé de ce nom. Alors ils firent
figne au pere comment il voulait quil fut apelé.
Lequel aïant demandé des tablettes y écrivit, Jean
eji fon nom i dont ils furent furpris. Et immédiate^
ment après cela fa bouche fut ouverte ^ ^ fa lan^^
gue déliée : tellement quil parlait en louant Dieu,
Etions les circonvoifins furent faifis de crainte. Et
toutes ces paroles furent divulguées par toutes les
I montagnes de Juda.
' Ainfî cette hiftoîre ^ deux parties , dont la
première fut connue de toute la ville de Je-
rufalem , & dont Tautre fe répandit dans tou¬
tes lés montagnes de Juda. Il eft certaine¬
ment impoflible qu’on ait feulement conçu le
deflein d’impofer à céc égard contre cette double
notoriété.
L’Evangelifte auroît ôté toute forte de créan¬
ce à fon récit par le choix des circohftances qu’il
infère dans Ton hiftoîre. Or il n’eft point naturel
qu’un Auteur qui écrit pour faire l’hiüoire de
Jesüs-Christ & de fes miracles , dans un tems où
l’on examine, où Ton juge , & ou l’on condamne
ceux de fa Sedfe avec tant de féverite 5 dans un
tems , où comme il le fait dire lui-même fur la fin
du Livre des Adlcs aux Juifs de Rome qui parlent
à faint Paul , c'efl une chofe connue que Von contre-* Cfjap^
ditpartoutà cetteSeéle: il y dis- je, point na-
tuiel
lyS T Y dite de îd Vérité
turel que ce meme Auteur quife fçaic , qui le rc*»
marque , aille débiter des faits qui feront demen*-
tis fur le champ par deux millions de perfonnesi
qui doivent s*êcre trouvez dans le Temple avec
Zacharie , ou qui Tont oiii dire à ceux qui s*y (ont
trouvez.
Une des illufîons les plus dangereufes que
les incrédules fc falTent à eux-memes , confiüci
en ce 'qu*ils s'imaginent que le meme éloignc-|
ment qui cft entre nous & ces faits qu’on nour
raporte , fc trouve entre ces faits & ceux qu;;
les ont raportez. Ils ne voïent point qu’au lied
qu’à nôtre égard il y a plufieurs ficelés que ceî!i
chofes fe (ont pafices j à l’égard des Difciplcil
qui les ont ou écrites ou annoncées , il n’y avoiii
que quelques années que tout cela devoir étrçl
arrivé. i
Il faut, afin que S. Luc fupofe des faits pa¬
reils , ou qu’il lait voulu extravaguer de gaïci
té de cœur , ou qu’il fe foie imaginé que tom
les hommes de fon tem^ avoient perdu la rai?:
fon. P
L’hîftoîre que les Evangelifies nous font , j
de l’arrivée des Mages d'Ôrîent dans la viflc deji
Jerufalcm , & du trouble d’Hcrodc , & des bar-jij
barcs précautions qu’il prît pour mettre fa cou- (j
ronne en fureté , en faifant mourir tous les en-ji
fans qui étoient dans la ville de Bethléem & danîlîi
fes limites , depuis l’âge de deux ans & au def4!
fous 5 (elon le tems dont il s’étoit enquis avec F
les Mages : cette hiftoire, dis- je , eft à peu préî^î^
du meme caradlere que celle que nous venonsb
d’examiner. !,
Si l’Evangelifie s’étoit contenté de nous dire
que des Mages virent une Etoile en Orient, qu’ilîj)
crûrent êtro l’Etoile du Roy des Juifs, cela feroitî
plus fufpedl. S’ils nous difoient feulement , queif
CCS Mages vinrent à Jeiufalem , ceU ne feroîtj}:
pas :
l'i àe la Religion Chrétienne, ifp
É|5as fî pofîtif. Mais iis nous difcnt qu’ils vinrent,
fequ'iJs ne (e cachèrent point,que toute la ville de
i|l|erufalem en fut émüë & troublée. Eft-il bien
j|naturel qu’un homme Te mette dans la tête de
ripcrfuader à une aufïî grande ville que celle de
J ijerufalem , qu’elle avoir été toute troublée par
I lia venue de certains Mages qui venoîent faluër le
f Roi des Juifs ? Et un homme qui fe propofe de
jreciter des fables qu^il lui importe de faire paffer
ilpour véritables, choifira-«t*il ces cîrconftancei
jpour les débiter à un peuple qui en connoît fi
jbïcn la fauffetc ? Car qui cft celui qui écrit ces
richofes ? C’eft Mathieu , un Juif. Et à qui fair-
jj il cette hîiioîre A pîufîeuts milliers de Juifs
Idevenus Chrétiens, qui étoient à Je.ruralem,&
Iqui fçavoient ce qui s’y étoit palTé de leur tems
l&dutemsde leurs peres , aufîi didî:ndl:ement
[que l’on fçaità Paris ce qui s’y faifoit du tems du
(Cardinal de Richelieu 5 que Ton fçait à Londres,
(ce qui s’y paffoit du rems de Cromwel , ou a:
I Stokolm ce qui s’y palToic du tems de Gu Pave ;
& voïcz , je vous prie , fi Ton pouroit faire acroi-^
redes faits pareils dans ces grandes villes, avec
un tel fuccez de cette impofture, qu’on rangeât
dans fon parti plufieurs milliers de perfonnes par
la force de ces fixions.
. Mais je veux que les Evangeliftcs aient ofe
marquer cette venue des Mages , & l’impreffion
qu’elle fît fur tous les l\abitans de Jerufalem
contre la notoriété publique , contre la mémoire
aflTcz récente de ces chofes : du moins ne peut-
on point nier que les fuites de cette venue, &
les dépendances de ce premier événement , ne
foient d’une nature & d’un caraêlere à ne pou¬
voir être fupofées par l’Ecrivain le plus éfronter
& le plusimpudent.
En éfer , il y a deux ou trois circonftanccs qui
fc lient fi bien Sc fi naturellement les unes avec
les
l6o Traité de Vérité
les autres dans ce fait , qu’on ne peut douter de
l’une, lors qu’on eft convenu de la vérité de l’au**
tre. On ne doutera point de la venue des Miges , i
ii l’oii' demeure d’acord que cette venue oblige !
Herode à affembler le grand Confeil des Juifs i
pour fçavoir où leur Melîie devoir naître j & l’on |
ne doutera point de la reponfe qui lui fut faite
par le Sanhédrin, lorfque l’on conviendra qu’Hc- !
rode envoïa fes gens à Bethléem pour y maHa-;!
crer les enfans depuis Tagede deux ans & au dcl-j
fous. Ainfî , quand on montrera que ce dernier
fait eft véritable , on ne kra point en peine de'
prouver les deux autres.
Or je dis que l’Evangclifte n’auroit ofc rupoferll
•ce dernier fait , s’il étoit faux. Car quoi 1 le ré-;
gne d’Herode furnomme le Grand ccoit affez'
connu ; on fçavoit jufqu’i la moindre de fes ac-» |
rions : & comment auroit-on ofc lui attribuctl
fauffement un maflacre auflî remarquabk &ÎI
auflî extraordinaire que celui-là ? La ville de||
Bethléem n’avoit pas été détruite, lorfque !’£-■;
vangeliflc ccrivoit ces chofes* Il y avoir doncj^
autant de témoins de cette impofture , qu’il yj
avoir d’habitans dans cette ville , fi ce fait n’cücîj
pas etc véritable. Cette ville n’étoit pas fi cloi-|ü
^née efe Jerufalem , que les Chrétiens qui ctoientjj
dans cette derniere , püffent ignorer ce qui enj
étoit. II y avoir un affez grand commerce entrel*
l’une & l’autre. Et le tems qui s’etoit paffe de-h
puis la naiffance de J e s u s-C h R i s T jufqu’aui
tems où cét Evangile fut écrit, n’étoit pas fi long, h
qu’il put donner lieu à une Edfion fi peu rece-i
vable. Je voudrois bien qu’on nous fît acroî-j.
re aujourd’hui , qu’un des Monarques qui rc-h
gne en Europe , ou , fi l’on veut , un de ceuxj^
qui régnoient il y a trente ou quarante ans,jT
fit maffacrer deux ou trois mille enfans dans Icj
berceau ; pour enveloper dans ce maffacre uni
Enfanç;
' de la, Religion Chrétienne^
jinfant dont il craignoit la deftince : il y a peu
!*aparencequc nous cruflions de pareilles fables ^
i qu’on ofâc nous les débiter , ni qu’on en eue
1 penfee 3 mais il yen a bien moins qu’on les fît
^'.croire à ceux qui vivroienc dans le Roïauma
A)U dans les lieux où ces choies devroient s’etre
i baflees.
Mais aprochons-nous plus près de la mort de
1 1 esüs-Christ. Les EvangeliUes nous reprefen-
‘ 'ent Jesus-Christ comme partant trente ans dans
in état artezobfcur & ignore dans tout le monde.
S’ils avoient voulu nous débiter des fables, rien
}|ie les empcchoir de nous faire acroire que Je-
î^jsus-CHRist pendant tout ce tcms-là avoit etc
ijiranfportc ou dans le Ciel pour y voir Dieu ,
DU dans des païs éloignez où il avoit fait de
grandes merveilles, ou même de nous dire que
[pendant trente ans , il avoit fait des miracles fen-
liblcs & cclatans au milieu des Juifs ; car il
|D*ctoit pas plus dificile de fupoler cela, que
f de fupoler le rerte. Cependant les Evangeli-
[ fies renferment tous Tes miracles dans les trois
dernicres années de fa vie. D’où vient cela ? û
cen’crt de ce qu’ils écrivent la vérité. ■ Mais ce
n'eft pas cette confideration qu’il faut le plus
prclTer dans cet endroit.
Ce qui eft certain , c’eft que les Evangelîrtes
écrivans que J e s u s-C h R i s t a fait de grands,
miracles devant un grand nombre de témoins ,
& citant les lieux & le tems , il faut qu’ils
aient perdu toute honte, & même toute raifon ,
s’ils raportent des chofes faufl'es. Ils raportent
que Jesus-Christ nourit & repaît miraculeu-
fementdans undefert, & avec peu de pains & de
poirtbns tantôt cinq mille, & tantôt trois mille
Îerfonnes , (ans les femmes & les petits enfans.
e ne fçai s’il eft naturel qu’un homme entre¬
prenne de faire acroire à plufieurs milliers
de
1(^2, Traite de la Vérité
de perfonncs qu elles ont etc miracuîcufcmenl!
raflafiées 5 qu’on ne fe contente pas de raporicj]
le fait, mais encore qu’on reprefentejEsus-
Christ reprochant aux troupes qu’elles le fui'
voient, non parce qu*elle§ avoientvüdes lignes
mais parce qu’elles avoient etc repues de pains
les troupes fe défendant, & difant que MoiTc si
repu leurs Peres , & qu’il doit les nourir,s’i
veut qu’on croïe en lui i & J £ s u s-C H R i s T leur
difant à cette ocafion j Travaillez. , non> poin:
apres la viande qui périt , mais après celle qui eft
permanente en vie éternelle ; & à ce propos leuii
prometant de leur donner fa chair à manger,
ion {kngàboire : exprelîions extraordinaires , &;
dont les hommes ne s’étoient jamais fervis ju(
qu’alors. Mais ce ne font pas- là les faits les plu:!
cclacans dont l’Evangiîe nous falTe mention. I
1
n’y a rien de plus marqué ni de plus frapant qu(i
la defeription que les Evangeliftes nous font de:
prodiges qui acompagnerent la mort de J. C. Eh
voilà , difent-ils, le voile du Temple fe fendit en
deux depuis le haut j uf qu en bas : ^ la terre trem~\
bla y les pierres fe fendirent y ^ les fepulcres s* ou- ,
vrirenty ^ plufeurs corps des Saints qui avoienépi
été endormis fe levèrent y lefquels étans forîis dur
fupulcre aprét fa réfurreciion y entrèrent en la\
fainte Cité y ^ aparurent à plufieurs. i
Nous ne voulons point ici nous arrêter à con-^Cl
lidcrer toutes ces circonftances. Nous n’exami-ji
nerons point la réfurredion de ces Saints donij
les corps fortirent hors de leurs tombeaux,
aparurent à plufieurs dans la ville de Jcrufalem?
Nous ne nous arrêterons que fur ces prodiges quij
fraperentles yeux de tout le monde, & qui dii-f*
rent faire une impreflion publique. Je disqu’ilj.
n’entre point naturellement, je ne dirai point]
dans l’elprit d’un homme fincere, mais mêmd
dans l’clprit d’un împoftenr , qu’il puiffe jamaisj
fairej
f!
àe la, Kellgîon Chrétienne, 16^
' .-fire acroire des chofes qui font d’une auili
. ande notoriété que celle dont iJ s’atiit main-
î :nanr.
;l II y a quelques années qu’on exécuta a Paris
■ Il homme qui fc difoit le S. Efpric, & qui avoir
) iicme quelques Difciples & quelques Sefta-
; urs. Cette Sede fut enterrée avec lui. Mais
?!iporons que Tes Difciples eulTent dogmatife
ïipres fa mort, & qu’ils enflent écrit un nouvel
i évangile compofé des enfeignemens de cet hom-
; qui auroit pafle parmi eux pour un homme
?jivin: je demande fi quelqu’extravagance qu’on
lupofc dans refprit de ces hommes, on s’imagi¬
nera qu’ils puiflent fe mettre dans latcte de per-
juader au peuple de Paris , que le jour que cét
nomme fe difant le Sainr-Efprit mourut, l’Eglifc
r^ôtre-Dame fut ou renverfée, ou démolie , ou
]uc fes Autels furent démolis , ou fes images bri-
l'ces 5 qu’il fe fit une Ecüpfe de Soleil la plus
brande qu’on eut jamais vüë , acompagnée d’un
pcmblcment de terre fi extraordinaire , que les
f't’ochers ^ les pierres fe fendirent j & que ces
rmcrveilles firent une telle impreflion fur un
pitainc qu’il gardoit le corps de ce fuplicîé , qu’il
crut en lui ? Certainement ilfufit que dans l’E-
vangile que ces vifionnaires écriront , ils infè¬
rent de pareilles circonflanccs qui choquent la
notoriété publique, & une mémoire aflez récente
de ce qui s’efl: pafle, & qu’ils avancent des chofes
qui feront fi facilement démenties par le témoi¬
gnage public, pour empêcher que perfonne n’a-
joüte foi à leurs paroles , & même pour defa-
biifer ceux qui pouroient avoir été prévenus juf-
qu’ alors en faveur de cette Seêfe. On peut apli-
qiier tout ceci aux Difciples de Jésus- Christ.
Q^nd ces Difciples feroient des impofleurs ,
on ne pouroic leur atribner raifonnablemenc
d’autre deflein que celui de vouloir tromper
les
I
t«4 Traité de la Vérité
les*^hommes en leur faifant prendre Terreur pouf
la vérité. Or il fufic qu’ils aïent ce dellcin, éf
qu’ils n’extra vaguent pas , pour nous donner lie >
de penfer qu’ils n’auront point ofe lupofer
pareilles circonftances. |
Au fond n’y avoir- il pas une Eglife très nom|
breufe à Jerulalem dans le teins qu’on ccrivoil
ccc Evangile t Et cette Eglife n’ccoit-elle pa’
compofee de pluûeurs milliers de perfonnes qii
habitoient à Jcrufalem, & qui fçavoient ce qi'!
s’etoit paffé à la mort de Jesüs-Christ ? O
n’en peur point douter fans vouloir fe trompe*
volontairement foi- meme. Ces memes Chre'
riens de Jerufalem avoient donc vu ce qui s’ccoi’.
pafle à la mort de JibUs Christ. Car c’ctoicrl
eux qui avoient été convertis par les prcdicai
lions de S, Pierre & des antres Apôtres , & qii
avec componôlion de coeur s’étoient écriezi
Hommes freres y que ferons-nom f Ils avoient vi
que le Soleil ne s’étoit point cclipfé , que kt
pierres ne s’etoient point fendues , qu’il iT
avoir eu aucun tremblement de terre , ni enlii
aucun prodige furprenant & furnaturel à I;«
mort de J e s u s-C h R i s t. Il faloit donc qu
ces Chrétiens regardafl'ent la parole des Evange'
liftes comme une parole de fédudion & de meii '
longe; Au refte il eft remarquable , que ce n’clli
pas un Evangelifte, mais trois Evangcliftes , quj
n’aïant point écrit de concert , comme cela pa*i
roît évidemment , s’acordent à nous raportc ;.
cette circonftance remarquable de la mort d:
J E s ü s-C H R I s T : ce qui ne nous perme*^
point de douter qu’ils ne fe fulfent accordez à h
raporter , lors qu’ils annonçoient l’Evangile d(;
vive voix.
croira donc que les Difcîples de J e s u s*
Christ évangclilant dans la ville de Jem-
falcm ; & commençant par là Tctabliflémen,
d(|
f
de lût, Religion Chrétienne.
j| TEgliTe Chrétienne, s’avifent de vouloir fai-
tacroire aux Juifs que ce qu’ils ont vu , n’eft
Js ce qu’ils ont vu ? Qm poura croire que ces
4-nnes Juifs qui oot affiltc à la mort de J e s ü s-
iHRisT, fe perihadent que ce récit fabuleux
,1 un récit véritable, & qu’ils croïenr que ce
fc’ils fçciventn’ctre point arrivé , eft arrivé en ef-
ft ? Qm poura s’imaginer que les Apôtres , cruf-
pt obliger les Juifs à prendre un Crucifié pour
5»bjet de leur adoration , en leur propofant les
lenfonges les plus éfrontez & les plus fenfibles
t|ii eyffent été imaginez depuis la naiflance du
ijondc f
I II faut faire fur tout quelqu’atention à la ru-
Jure du voile du Temple, Car cette circon-
ance eft fi finguliere, qu’elle fufic pour fermer
bouche aux incrédules. Q^nd ceux - cî
ouroicnt s’étourdir & fe faire iilufîon à eux-
icmes,en fupofanc que le jour que Jésus*
i H R I s T mourut il fe fit par hazard , cù plutôt
:lon le cours ordinaire des caufes fécondés , une
gclipfe qui parut furnaturelle aux ignorans , mais
[i Lii n’avoit rien de furnaturel en effet : que dira-
f-on de ce voile du Temple déi^hiré depuis le plus
i laut jufqu’au bas ? Y avoir- il bien quelque caufe
^naturelle qui pût déchirer ce voile précifément Sc
'i point nomme lorfque Jésus- Christ fou-
roit la mort ? Les ténèbres extérieures avoient- el¬
les bien cette vertu ?
On me dira que les premiers Chrétiens ctoienc
des gens firnplcs , & aufquels il n’écoit pas difi-
cîle de faire iilufîon. J’en conviens. Mais faut-
il être bien habile pour fçavoif fi tous ces pro¬
diges fi fenfibles & fi éclatans étoient arrivez en
effet le jour que Jesus-Christ mourut?
Nous avons fait voir que parmi tant dé circon-
fiances mîraculcufes de la vie & de la mort de
Jésus- Christ > il y en a que les Difciples n’^ii-
roienc
166 Traité delà Vérité
roicnt ofc fupofer , fi elles n'avoient pas été vc,'
rirables. ' !
Il faut ajouter en fécond lieu qu’il y en a u|
très- grand nombre que les Difciples n’auroîer
piifupofer, quand ils l’auroienc voulu. Jelaif]
à parc en effet ce grand nombre de boiteux qu
fit marcher, de paralicique à qui il redonna
mouvement, de fourds qu’il fit oüîr, & c
malades détenus de diverfes maladies qu’il guc|
rit au grand étonnement des troupes qui s’cl
crioient ^famaisrien de pareil ne fut vâ en Ifral
jem’aTCteaux morts qu’il rcfl'ufcite.
La rcrutreflion d’un mort eft ce que rcfpi
humain conçoit de plus furprenant , & ce qi
dans tous les païs & dans tous les ficelés on
acoütumé de regarder comme de plus impolïibl
On n’en trouve qu’un ou deux exemples da
fAncien Teftament j & l’idée meme n*en etc
gueres venue dans refpric des hommes. D’âi
leurs, cen’efi point là un miracle équivoque,
faut demeurer d’acord qu’il n’y a qu’une puiffai
ce fu rnaturclle qui puifle l’opercr. |
Cependant c’efl par la rélurreclion des mor!
que Jésus- Christ a voulu fc rendre témoigna!
à lui- meme. Les Evangclifics n’ont pu impof
aux hommes à cet égard. Ils auroient peut-ct^
pu tromper des hommes d’un climat & d’un ter
fort éloigné du leur : mais ils ne pouvoienc tronl
perdes Juifs, & furie fujet de chofes qui s’
toient pafiféesdeleur tems & devant leurs yeu!
On en fera encore plus perTuade, fi l’on conîidc
que les Evangclifies , qui n'ccrivart point |
concert, s’acordent fans concert à écrire à p!^
prés les memes faits &. les memes miracles, <
tent les tems, les lieux, les perfonnes , le^ tlî
moins, toutes les circonfiances des faits quVi
ateftent. A Nam Jesus-Christ refiufcite
mort qu’on portoit déjà au fepulcré. Il fait a:j
de la 'Religion Chrétienne. ï 67
Î. îabiere, & le mort (c relevé à rinflaïu. Ce
Drt ctoic le fils d'une veuve. La fille de Jaïrus
int décédée, il entre dans fa chambre, & la
c paroître vivante aufli-tôt qu’il luiaadrefTc
parole , bien que les joueurs d’inftrumens , les
eneftriers & les autres perfonnes qui avoient
foin desobféques , félon la coütume de cetems
, fe fufl'ent moquez de lui au commencement,
ifin il reflufeite Lazare à Bethanie devant plu-
urs Juifs, & en prefencc de Marthe & de Ma-
. II le reflufeite quatre jours après fa mort ,
^ lors qu’il fentoit déjà. Voilà ce qu’aprend aux
jyifs un Livre qui s*ccrit de leur tems , & qui
|ir fait riiiftoire d’un homme qu’ils ont vu
Courir attaché à la Croix, & de fes miracles qui Ce
dnt faits au milieu d’eux.
^Ces faits font , ce me femble , cîrconflan-
1z d’une forte à découvrir bien-tôt l’illufion ,
I y en a. On cire les noms des lieux ou des
rfonnes. On fçait où eft la Ville de Naïn j &
J réfurredion d’un mort eft un évènement af-
confidérable , pour qu’on ne foît pas oblige
1 demander plufîeurs perfonnes, & à chercher
ing-tems pour fçavoir ce qui s’efl: pafle.
; ,ïrus eft un homme connu , & même qui vit
i.ns la confidération. Il a des parens , des
nîs. Rien n’eft fi facile que de s’informer fi
fille a été véritablement refliifcitée. Bc-
'.anie n’eft qu’à quinze ftades de Jerufalem ,
Lazare eft de Bethanie. Il eft encore vivant
i fes foeurs le font 3 où s’ils ne le font ni
.3 uns ni les autres, il y a aflez de Jtiifs qui
nn vu , & ont converfe avec lui apres fa léfur-
jélion.
Si toutes CCS refurreélions que nous venons de
arquer ont été faufl'es , les Doélcurs 'Juifs qui
ht pris tant de peine , foit pour chercher de
'ux témoins coniic j£sus-C h R i s x , foit pour
corrom’*^
1^8 Traité àe la Vérité
corrompre un de Tes Difciples , foit pour le faî-!
re pafl'cr pour un mangeur & un buveur , ui'
ami des peagers & des mal-vivans, foie pour \]
faire pafler pour un Magicien qui nejettoi!
hors les diables que par Beelzebuc Prince de'
diables, ne peuvent pas avoir manque de con'
vaincre ces Evangiles d’impofture aufll-tôc qu ilij
auront paru. Ils n*avoient que faire pour cclij
de fortir hors de la ville de Jerufalem. Il y a^
voit dans cette derniere des gens de Béthîcem , d
Gadara , de Naïn , de Béthanie, de Capernaum,
de tous les endroits oii ces prétendus miracle;.:
avoient du être faits. Mais quand la haine de
ennemis capitaux des Chrétiens n’auroient pasét
capables défaire connoîcre TimpoPure , ces Pro'
félites Chrétiens qui étoient à Jerufalem , il
qui compofoient cette floriffante Eglife qui
ctoit , ne pouvoient manquer de curiofité ou pou
voir ces morts que J e s u s-C h R i s t avoir reffu'
citez , ou pour voir ceux qui avoient été les té '
moins oculaires de leur réfurrcârion, ou pour par!
1er à leurs parens & à leurs amis, ou pour voir 1(|
lieux où ces chofes s'etoient paffées. Et en efet
J’Evangile nous parle d’un grand nombre d
Juifs qui allèrent à Béthanie pour voir Lazaj
re qui avoir été reffùfcité. Nous n’en doutti
rons pas nous qui avons vu depuis ce tems - ]|
une infinité de perfonnes faire le voïage c|
la Terre - Sainte, non peur voir des perlonntj
reffùfcirées , ou des villes entières rendre temo'
gnage à cét événemenr, mais fimplement poi;
voir les lieux où ces chofes fe font paffées , & poil
confidérer des montagnes & des rochers qi;i
l’on croit avoir été honorez de la prcfence du Fij
de Dieu. On aîloît chaque jour, de Jerufalem ''
Béthanie. Ce qui fe faifoit à Béthanie n’éto';
pas plus ignoré à Jerufalem , que ce qui i
fait dans les autres parties de rifle de Fran« 1
de ÎA Keltpon Chrhîennê. l
Iurroît Tccre à Paris. Quand donc ni hs
ifs ennemis des Chrétiens , ni les Chrétiens
flionnez pour la mémoire de leur divin
aître , n’auroienc pris aucun foin de s’in-
^uire à cet égard , il croit impoflible qu’c*
|!nt habitans de Jerufalcm , ils ne* fçüdcnt très
(dindement ce que Jesüs-Christ avoit fait à
L,:thanic , & qu’ainfi ils ne rejettadfcnt fur 1«
pmp comme une manifcRe impofture Thiftoire
a, la réfuTredion de Lazare , ü elle n’avoit pas
ïic véritable.
: Cela efl d’autant plus fort & plus dcmonftra-
rf, que les Evangcliftes ne raportent pas un on
^iix miracles de J esus-Christ? leur Evangile
fieft qu’un tiffu de circonüances mîraculeufes 5 ce .
cft qu’un catalogue de malades guéris , d’a-
‘•uglcs illuminez , de morts reffu (citez : & la
.rcmiere imprc(îion que cét Evangile fait dans
vfprit, efl que Jesus-Christ dans rcfpace de
jois ans ou trois ans & demi qu’a duré Ton mi-
•ftere, a fait plus de miracles & déplus ccla-
jns (ju’on n’en avoit vu depuis fa nailTance d\i
lionde. De force que croire i’Evangile , c’eft
.foire qu’il a fait ces miracles tant de fois ré-*
Tétez , fi circonftantîez , fi liez avec les au-
tjes accidens de fa vie. Il ne faut donc pas di-
P que les premiers Chrétiens font devenus
jiirétiens fans s’informer autrement des mira-^
jcs que J E s ü s-C H R I s T a faits. Cela eft coa*
(adidoire. Il ne faut pas dire auili qu’ils ont
pu les miracles de Jesus-Christ fans les
^aminer. Il ne faut pas un grand examen pour
pte forte de chofes : & de plus je dis que quand
(s auroîcQt voulu éviter cét examen, ils n’ont
II n’cft pas en ma liberté de fçavoir ou ne
icavoir pas ce qui fe palfe dans les lieux où j’ha-
[icc. Il ne dépend pas de moi de croire ou de
le croire point certains faits qui choquent la
Tome II. H noto-
î 7 O T raxté de la, Vérité
riotorietc publique : & quand un homme {o|
piccexte de Religion ou autrement voudra i,i
faire acroire qu’il a rcffurcicc un mort dans u ^
bourgade à quelques lieues du lieu où j’hall
te 5 que j’ai pii voir & connoîcre ce mort
puis fa rcfurredion , ou que fi je ne lai p:|
vu moi- meme , pluheurs autres l’ont vù .1
connu , que plufieurs y font allez pour le voîi^jj
tout cela ne dépend non plus de mon choi>|
qu’il dépend de moi d’extravaguer t)u d’avei
du (eus commun. Il
Pour mieux comprendre de quelle force
cette preuve , il eft bon de faire une fupofiticij
Supofons qu’avec les préjugez que nous avony
c’e(l-à-dire, bien perfuadez que Jesus-ChriI
a fait tous les miracles qui font raportez da ;
l’Evangile, nous nous tranfportons dans la vii
de Jerufalem & dans le tems des Apôtres, i
que nous arrivons dans cette ville la veille de |
jour de la Pentecôte, auquel S. Pierre convci
tit un fi grand nombre de perfonnes en leur fai
^ant voir qu’il avoir reçu le S. Efpric : je foijj
tiens premièrement, que nous ne pourrons no.
empêcher d’examiner des chofes qui font tant j
bruit y & je foüciens de plus que quelque emj
que nous aïons de nous tromper nous- meme j
nous ne ferons pas vingt-quatre heures à Jerù
falemfans fçavôir très diflindlement la vérité ]
res faits. Il nous coûtera beaucoup de demaii
deî des nouvelles de Lazare Sc de fes deux focui
Marie & Marthe j Sc quand ces trois perfonr,
feroient mortes , de demander à parler à leuj
païens & à leurs amis, à ceux qui doivent avcj
vù Lazare, & mange avec lui avant & après ,
rcfurredion. Je pourrai parler facilement à di
parens & à des amis de Jaïrus, & des autr i
que Jésus- Christ a guéris ou leflufciccz daii
les divers quartiers de la Judée Sc de la Galilée|
de ht 'Religion Chrétienne,
É:ela d’aurant plus facilement , que le com-
#:cc étoît plus grand entre cette Capitale de la
«ce & les autres viJIes\,de la Terre Sainte ,
irntre la Capitale & les autres villes des autres
Kts ; les Juifs aïanc acoütumc de monter à ]e-
pilem du moins aux Fêtes folemnelles. Je pour-
B d’ailleurs m’inüruire de la vcricc ou de la
^flctc de ces prodiges cclatans qui acompagne-
jt la mort de Jésus- Christ, félon le recîc
t m*en fait l’Évangile : & comme il eft impoC-*
je que plulieurs millions de témoins fe trom-*
fit fur un fi grand nombre tîe faits tiés- fenfi-
is , il fera abfolument impofTible que je fois
Jrctien feulement vingt-quatre heures après
||î)ir demeuré à Jerufalem.
J’ai fait voir qu’il y a des cîrconftances mira-»
jfeufes dans la vie & dans la mort de Jésus-
k R I s T que les Evangeliftes n’auroient ni ofc
enter fi elles avoient etc fauflcs , ni pu fu-
Ifcr ou faire acroire à une feule perfonne ,
anl ils anroient eu deflein de tromper les
fmmcs. Il ne reftc pour une plus parfaite
jividion , que de montrer qu’ils n’auroient
î voulu les fupofer , quand cela leur auroic etc
ifTible.
jje ne dirai pas ici que les miracles de J e s u s-
HtRiST dans le récit des Evangeliftes font
fcompagnez d’événemens & de circonftances
l’il n’eft pas concevable que les Difciples
î!it pris plaifir d’inventer : telle eft la tenta-
Ifn de Jesüs-Christ j événement furpre-
iint & fcandaleux à ceux qui ii’cn compren-
jht point le miftere , puis qu’il nous fait voir
Jsu.s-Christ entre les mains du diable , qui
I joue de l'a foiblefle fans pouvoir vaincre fa
îjrtu , & le tranfporte tantôt fur les cre-
(qux du Temple , d’où il lui confeüle de fe
[ ter eu bas j tantôt fgr une haute montagne ,
H ij "d où
% Traité de lût, Vérité
dcii il lui fait voir tous les Roïaumes ■
monde & leur gloire. Voir un homme en’
les mains du démon eft un fpedlacle choquan'
y voir un homme juhe feroit un objet hor
b!e 3 y voir un Prophète fcioit un prodi
d’horreur ; qu’eft-ce donc qu’y voir un hoi'
me divin , ou plutôt un Homme-Dieu,'
jufte par excellence , le féparé des pécheui|
& le plus grand des Prophètes , le Fils de Di*î
lui-même ? C’eft fe tromper que de s’imagineï
que de pareilles penfees viennent naturellem<i!i
à un homme , encore moins à des gens ümpij
& qui juge des chofes par les préjugez ordintj
res. Il eft vrai que Jesus-Christ nous eft ij
prefenté dans l’Evangile comme étant enviroj
né d’Anges qui le fervent apres fa tentacioil
mais cette circonftance , loin d’ôter ce qu’il !'
a de furprenant & d’aparemment choqus
dans cét événement , achevé de le rendre étra:‘
ge & incompréhenhble i n’y ayant rien qui fc
aparemment moins aflorti que l’arutoriré d*i
homme qui fe fait, fervir par les Anges , |
qui naguercs ctoit entre les mains du démi'
qui le tranfportoît là ou bon lui femblo!
On peut raporter à cela même Punion de ta'
de circonftances bafles & de tant de circo:’
fiances glorieulcs qui fe trouvent dans fa na!
fan ce , dans fa vie, dans fa' mort 3 J êsu
Christ fe trouvant dans une crèche , lo ?
qu’il eft loüé par des armées célcftes , n’aïant c)
il puifle repoCer fa tête , pendant qu’il ordoni'
aux poiflbns de la mer de lui aporter Farge;
qu’il doit païer pour le tribut qu’on lui dê
mande 3 faifant paroître de la fraïeur , & mej
me de la foiblefle aparente , pendant qu’il ébrani
le la machine du monde , qu’il fait tremble
la terre , & qu’il obfcurcit le Ciel 3 demarl’-
dant à fon Pere que la coupe de Tes fouffran‘,f
cc
de la Keltgton Chrétienne» 17 J
paffe arriéré de lui , bien qu*il fc foie prépare
more , jufqu’à avoir établi un Sacrement
ir en faire commémoration jufqu’à la fin du
nde, fc pleignanc qu’il eft délaiüé de’fon Pe-
:elcfie, pendant qu’il promet le Paradis à un
[jand qui lui donne gloire fur la croix i &
je autres concrarieccz mifterieufes que la Pro¬
vence divine leur a fait écrire contre leurs pré-
cz, contre leurs affcâiions & leurs idées na-
elles , pour donner à leur Evangile un cara-^
Ire plus extraordinaire & plus divin. ^
Mais ce ne font point ces circonftances dont
iitens parler , lorfque je dis qu’il y a des cir-
iftances extraordinaires dans la vie dejfisus-
|[ rist que les Difciples n’auroient point voulu
lofer. Je parle de tous les miracles fenJfibles
|:clatans que J Esu s-Chri ST à faits, & que
Difciples ont'raportez, Je dis que les Evan-
iftes n’onr eu garde de vouloir les fnpofer ,
s ont été faux ; & je me fonde fur deux
|fons invincibles. La première c*cft qu’en les
portant , & fur tout en citant les lieux & les
l'fonnes comme ils ont fait , ils s’engagent ma-
feftement à en foütenir , & meme a en faire re-
inoîcrc la vérité. Ils n’onr point dii douter
j’on ne leur fit une affaire là-deifus, eux qui
jivcnt les peines qu’ils ont eues à fe fauver lors
j’on a fait mourir leur Maître. Ils ne doutent
|int qu’ils ne foient obligez de foütenir ce
ij’ils avancent , & ils fçavent bien qu’ils ne
lurront point foütenir leur împofture lors
i’on les confrontera avec les témoins qu’ils al¬
louent. Ce n’eft pas là une choCc bien difficile
prévoir. Il ne faut pas une-fagefl'e confommee
un homme pour lui faire faire cette réflexion ,
\ il fuffic qu’il ne foit pas fou , pour n’ccre
js bien aife d’avancer des chofes qu’il ne pourra
|int foütenir, & dont la fauffeté fera d’abord
H iij découverte
5 7 4 Traite de la Vérité
dccouverre par les témoins qu*il cite > les lie'
qu’il marque, & les autres circonftances du f|
qu’il expofe. i
La fécondé raifon qui fait que les Evangelif
n’auroîent point voulu fupofer ces faits , $
euflent été faux , cft qu’en les fupofant ils i
mettoient dans la néccllitc de tomber eux-m'
mes dans une mortelle confufîon , ou de faire 0
miracles tout pareils. Car outre qu’il ctoit ni
rurel de leur dire : Si vôtre Maître a fait dei
grands miracles , il vous aura donné le pouv(!
d’en faire de fcmblablcs 5 on fçaic que le prem,'
élément de leur Evangile étant que Jesu'
Christ les avoir envoïçz avec le pouvoir (
faire des œuvres pareilles aux fiennes , il n>
avoir pas à balancer , & qu’il faloit ou fupriml
ce qu’ils fçavoient des miracles de jESUs-CHRiSi
ou s’engager à en faire de femblabîes. J e su s
Christ envoyant Tes Difciples prêcher dans di
vers quartiers de la Judée , leur dit , Guerijfez h
malades ^ nettoyez, les lépreux, rejfufcitez les morv
jetiez hors les diables. Vows l*a<vez reçu pour néan
donnez^lepournéant. Et voici les caradleres qu
donne de la vocation de Tes Disciples. Ce font /!
les fignes qui acompagneront ceux qui auront cri.
ils jetteront hors les diables par mon nom , ils parle
font nouveaux langages, ils chajferont les ferpen^
^ quand ils auront bu quelque chofe mortelle, el\
ne leur nuira nullement ils impoferont les mah^
fur les malades , ^ ils fe porteront bien , &c. Ew:
donc étant partis , prêchèrent par tout le Seigneté
agiffant avec eux , ^ confirmant la parole pardi
fignes qui s^ en fuiv oient- '
Ainfi ils ne pouvoient raporter ce que Jésus
Christ avoir fait , fans dire ce qu’ils étoient obi:’
gcz de faire eux- mêmes pour confirmer l’Evan
gile. Ils ne raportoient aucun miracle qu’ils n/
dilTtnt, Nous en faifons autant. Il faloit don.,!
ide Religion Chrétienne, 17 f
aînement de deux chofes Tune, ou que ces
nmes euffent perdu la raifon , ou qu*iis crLÎflent
irables les miracles de ] e s ü s- C h R i s T.
Tils les avoient crus faux , ni ils n’auroient
ilu s’engager à foüteuir une fîv^ion infoürena-
, en marquant tant de cîrconftances fi capables
idcccuvrir la vérité 3 ni ils n^auroient voulu
nber en confufion, en raportantdes miracles
lils n’auroîent pii imiter, dans un tems où ils
oient profeflion de pouvoir faire abfolumenc
it ce que leur Maître avoir fait.
Ainfi il nous paroît que les miracles de Jésus-
iRisT font des faits que les Difciples n’auroient
Dfé , ni pii , ni voulu fupofer , s’ils étoient faux.
;n cft aflez pour nous convaincre là d-cllas ,
ur nous faire regarder ces miracles qui ont illu-
c la vie & la mort de J esus-C h r i s t , comme
centre de vérité qui nous perfuadera infaiili-
;ment la vérité & la divinité du Chiiftianifme
e nous profcfTcns,
CHAPITRE II 1.
tond centre de ^vérité, Conft dération particulière
de la Réfurrection de ] Esu s- Christ.
i Prés les miracles de J e s » s-C h R i st vîejifi^
xfa Réfurreélion , qu’il faut confiderer dans
nehaînement qu’elle a avec ces miracles. Car
jeeette réfurredlion eft véritable, il cft incontefta-
|cque ces miracles le font : & fi ces miracles font
jais, il fera difficile qu’on doute de la* vérité de
t réfurredlion.
Or pour ne point conferver de doutes fur la
Jrrité de la réfurredlion de Jesus-C h r i st , il
j: faut que faire des réflexions fur J esus-
iHRisT , fur les Dodleurs Juifs qui prennent des
• écautions pour empêcher qu’on ne dife apres
H iiij fa
Traité de la Vérité J
mort qu’il cft reiTufcitc , fur le raport desGardw
t]u’6n mec auprès defon tombeau , fur îe proci l
cic des. Apôtres , fur le langage des Difciplcs <1
general , & fur la difpofîtion de ce grand nombiS
de Juifs qui fe font Chrétiens à Jerufalem quci^
ques fcmaines apres la mort de Jesus-Chrisi'*4
& dans un temps où il ctoic fi facile de s’éclaire ^
de la vérité de fa réfurreôlion. ^
A l’égard de J e s u s -C h R i s T , les E vangnj;
Jiües nous aprcnncnc unanimement qu’il avo
piufieurs fois prédit à fes Difciplcs fa mo xi
■& fa réfurredbion. Il eft meme remarquabkib
que ces prédirions fc trouvent aflez fouvei'l
mêlées ou de circonfranccs qui ne vienncid
pas facilement dans l’cfpric , ou de circor/Tî*
îlances qui ne femjbloicnt point fe raporter it'i3
«nés avec les autres, & qui par là meme pa ;
loiflenc fenfiblemcnt n’ccrc point le jeu d’ur'l
imagination qui invente des fables compofees
plaifir. Il n’y a pas beaucoup d’apa'rcncc qn |
les Evangeliftes aient fupofé l’entretien qu'
Jésus-Christ eut avec Saint Pierre fur le fa a
iec de fes fouffrances en montant à Jcrufalenir
Il ed bon de remarquer que Saint Pierre veno ^
de faire une admirable confeiïion de Jésus <
Christ en prefence des autres Difciplcs S|
lui difant, Tu és'He Chrifh le Fils du Dieu 'url
njant : & que Jesus-Christ avoit couronni
cette belle coi>fcflion par cette magnifique prol
méfie : Tu es hien^ heureux , Simon fils de yon^.\
Car la chair ^ le fang ne dont point révélé ce\
chofes y mais mon Pere qui efl aux deux, Aufft j \
îedis que tu es Pierre , ^ fur cette pierre je bâtirt *
mon Fglife,^ les portes d* enfer ne prévaudront poin*
centr elle , &c. Immédiatement apres J e s u s
Chri5t prédit la mort qu’il doit foufFrir de ]j|
part des principaux Sacrificateurs & des Scribes '
mais il ajoute qu’il doit reflùfcicer au troificm<
jour
de la Religion chrétienne • 177
|ir# S. Pierre Tarrcte & lui dit , Seigneur , ceci
it arrivera point ; aies foin'de toi-même Ec j esus-
H R I ST loin d aprouver cette picccnduë mar-
l'^le d’amour en fon DiTciple, foudroïe fon in-
n cretion par -ces paroles , Va , Satan , arriéré
^Jmoi» Tu ?n^ en fca7idale. Car tu ne comprens
ijjnt, &c. Cette hidoire a un air naturel & fin-
prc. Cét afforcimenc de circonftances qui ont
îfiaremment fi peu de raport , ne vient poinc
: *|ns rcfprir. La confeflion de S. Pierre eft bel-^
til. La promefle de Jesüs-C h r ï s t eft magnifi-
Kic. L’expreflion a meme quelque chofe de dif-
'fcf:ilc & de furprenanc. Mais fur tout il feinbîe
i’abord que Jescjs-Chri ST cenfure trop forte-
'ent le bon zclc que Pierre lui fait paroîcre
»f)ur fa perfonne , & il n’cft pas naturel que celui
Jii lui a dit, Tu es bien- heureux ^ Simon fils de
^ma , & qui lui a promis de le rendre un colom-
I:: de fon Eglifc , lui dife d’abord après , Va , Sa^
J f» , arriéré de moi. On fent bien , malgré qu’on
|ji ait , que c’eft la force de la vérité , & non le
Ijiport naturel de ces circonftances , qui a oblige
IjEvangclifte à les joindre dans un même récit,
fje qui nous donne néceffairement cette penfée ,•
t fjc j E s U s-C H R I s T a vérirablemcnt prédit fa
[hort & fa réfurredion avant qu’il ait foulFerc
llune, &quc l’autre foie arrivée.
l| Mais ce qui nous le montre beaucoup mieux ,
► feft que Jesus-Christ de fens froid la veille de
k Paflion fait une chofe qui n’avoit jamais été
jbite , & qui ne fe fera jamais fans doute , qui eft
l’établir un mémorial de la mort qu’il eft fur le
|>oint de fouffrir. ] e s üs-C hr i s t prédit qu’il
fouffrira la mort de la part des principaux Sa-
èrificateurs , des Scribes & des Docteurs de la
^oi : il pourroit donc l’éviter , s’il vouloir , en
i’en allant en un autre lieu. Il cenfure, ou plu-
îot il foudroïe l’indifcretion de Pierre qui
H V vouloir
178 ^Traité de la, Vérité
voiiloic ledcrourner de. mourir : H regarde dont!
fa mort comme devanc avoir des fuites heureuic»;
& falutaires. Et quelles fuites heureufes & falu-i
taires pouroit avoir fa mort , fi clic ne devoir ctrci:
aconipagnce de fa rcfurredion ? '
Jesüs-Christ établit un mémorial de fa morrji
il la fouffre donc volontairement. Il ordonne;
qu*on en faffe commémoration : il regarde donc
fa mort comme nous étant falutaire. Il prcvoii,
qu*on en fera commémoration : il prévoit donc
ce qui arrivera infailliblement, & cela dans ur
rems où il n’y a guéresd’aparcnce que cela arrive
Il ne dit point qu’on doit faire commémoratioi ^
de fa mort jufqu’à ce qu’il reflùfci te, mais jufqu’i,
ce qu’il vienne : il prévoir donc qu’il rcirufcitcrs;.^
bien-tôt , & qu’aprés fa réfurredtion il fe retireriii
pour revenir fur la fin des ficelés.
Au refie, il ne fçauroit tomber dans l’efprit d’ut
homme fenfé, que les Evangelifies aïent inventât
J’iiifioire de l’inftitution de l’Eucharifiie. Car iii;
y a de la différence entre un dogme & une prati- t
que. Un dogme ne peut guercs être fupofé 1'^
quand il faut pour cela le concert de plufieuri 'j
perfonnes : mais une pratique fenfible, un ufa- i
ge, une dodrine parlante, le peut être beaucouf ij
moins. Et certainement cc fetoit une fi grandrtj
extravagance de fupofer qu’une douzaine d(;j
pauvres pêcheurs , confternez par la mort d< J
leur Maître, & defabufez de l’opinion qu’il d«i >
rétablir le Roïaume d’ifracl , qui ne fçavcnt poînlii|
ce qui doit arriver par la dodrinc de cc Crucifié; \
s’ailleiu avifer d’inventer l’infiitutîon de l’Eucha- I
rifiie avec Tes circonfianccs , & faffent dire à.as
J ïsus-C H R I s T , Ceci e fl mon corps rompu pom i
'vetts. Ceci efl la nouvelle alliance en mon fang: pa' i
rôles qui ont quelque ebofe de nouveau & dcil
farprenant , l’objet de tant de contefiations & :
de diiferens commentaires : paroles que S. Pastlf^
& lesi
î
de la Religion Chreüenne, 179
les Evangeliftes raporrent d’un commun acord ,
j[<iais fans concert, comme cela paroît par la petite
V verficc qui eft dans leur recir. Ce feroîc, dis-je,
tie fi grande extravagance de s’imaginer que les
fûfciples cuncnc feulement eu la penice d’inventer
. îs paroles ni cette hiftoire de i’infticucion de l’Eu-
' bariftie, qu’il cft inutile de s’arrêter plus long-
; .*ms a le faire voir. C’eft ce que nous avons déjà
? ouchc en paffant en un autre endroit & fur un au*
^ e fujet. La conféquencc que nous en tirons dans
♦ ehiî- ci clt, que Jesus-Christ a prévu fa mort;
ta*il Ta fonfFerte volontairement ; qu’il s’y efl:
Créparc , & là-deffus je raîfonnc ainfi.
f: Si Je<us-Christ a prévu qu’il mourroît, Sc
1 il s’eft lui- même offert à la mort , ou il a pré-
l û qu’il reflufciccroit , ou il ne l’a point prévu,
« ’il ne l’a point prévu , de quelle efperance a-t-il
llonfolé fes Difciples ? Que leur a-t-il promis ?
t ^ies*eft-il propofé lui-meme ? Pourquoi n’a-t-il
|ioint Fiiï la mort , le pouvant encore lors qu’il
oüpoit avec fes Difciples ? Que veut- il dire en
ifticuant le mémorial de fon corps mort, fî ce
, orps mort devoit demeurer fous le pouvoir de la
nort , être prefent aux regards de fes Difciples,
' !•: pourir à leurs yeux ?
i i Q^ fl Jésus- Christ a cru reffufeiter apres fa
Inort , comme c’eft la penfée la plus raifonnable
''jiic l’on puifTe avoir fcr ce fujet ; je dis que
ÎBsus-C H R I s T n’a pu le croire que fur l’expé-
iencc qu’il avoit déjà faire de cette puifTaneequi
ivoit rendu la vüëaux aveugles, la fantéaux ma-
ades , ôc la vie aux morts. Jesus-Christ n’a pu
noire fes rhiracles faux, & s’imaginer qu’il ref-
ufeiteroit véritablement. S’il a crii refrufeiter,
1 a cru fes miracles véritables : & s’il a crît /cs
miracles véritables , il faut que fes miracles aïenc
été véritables en éfec ; parce qu’ils font d’une na¬
ture à ne pouvoir point etre fufceptibles d’illu-
H vj Con ,
i8o Traite de la Vérité T
(îon , du moins à Tcgard de ceux qui les foni j
Jésus-Christ n*a pas crû avoir repu cinq millil
hommes à une fois , trois mille à une autre, avoi ' ^
rcffufcicé le fils de la veuve de Naïn , la fille
Jaïrus, Lazare de Bethanie , avoir fait marche )«
5. Pierre fur les eaux, &c* fi tout cela n*a poin j
étc véritable.
Certainement on ne doutera point que Jésus î
Christ n*ait prédit qu*il reflufeiteroit , fi i’oi . j
confidére que ce n*eft que fur ce fondement qu< >4
les Dodfcurs Juifs mettent des Gardes auprès d< g
fon tombeau , & qu'ils en font fceller la pierrcil
Seigneur ^ difcnt-ils à Pilate , il nous fouvient J
ce féducieur quand il vivoit encore y dit , Dan %
trois jours je reffufeiter ai. Commande donc que
fefulcre foit gardé jufqu* au troifiéme jour : de peu} \
que fes Difciples ne 'viennent de nuit ^ le dérobent j
difent au peuple , Il eft rejjufcité des morts j don 4
le dernier ahm fera pire que le premier, Pilate leuvi
dit y Vous avez des Gardes, Allez , vous affu^ifi
rez comme vous Y entendez, "Eux donc s* en allèrent a
affurerentlefepulcre avec des Gardes^ enfcellan, \
la pierre. C*eft là un fait que les Difciples n’au- '
loientjii pu, ni oie fupofer contre la notorîctc ■
publique , & qui d’ailleurs s’acordc très-bien avcd s
les fuites de cct événement. Car comment le bruii À
fc répand-il à Jerufalem, que les Gardes dormoicni 1
lorfque les Difciples enlevèrent le corps de Jésus , l
ïi l’on n'y avoir point mis des Gardes en effet t El :
pourquoi étoit-il néceflaire qu’on y mit des Gar¬
des , fi ce n’cft pour empêcher fes Difciples de fai-;
rc courir le bruit qu’il étoic reffufeité.
Que fi Jésus Christ a crû reffufeiter , il n'a pu
le croire que fur la vérité de fes miracles, ni croire j
fes miracles véritables, à moins que (es miracles *>
n’aïent été véritables en effet. Ainfi renchaîne-
mcntde ces cîrconffances , quand op le confidc-
rc de prés , forme une cfpccc de demonfiration
môralc
de U Ueliglcn Chrétienne» iSt
ooraîe donc il eft impofliblc à un cfprit droit &
iifonnable de n’ccre pas convaincu.
Mais ne paiTons pas fi legerement fur ce fait, 8c
près avoir vu la difpofition de Jesus-Christ ,
oions celle des Scribes & des Pharifiens , & le
aport des foldats qui ont etc mis autour du toin-
eau de Jesus-Christ pour le garder. Car la
onfidération deces circonftances eft bien capa-
le de nous éclairer dans la decouverte de ce fait
e plus elTéntiel & le plus important qui ait etc 8c
ui fera jamais.
Premièrement les Scribes , les Pharifiens, & gc-
. icralement ceux qui compofent le Grand Con-
eil, pouffez par le meme cfprit qui les a portez à
aire mourir Jesus-Christ, aprehendent que
es Dilciplcs n'cnlevenc fon corps , & qu*ils ne
iifent enfuite qu*il eft reffufeite des morts. Il
. 'âut juger de rinterêc cju*ils croïent avoir à
’cmpccher , par les cforts qu*ils ont déjà faits
30ur faire mourir Jesus-C h r i s t. II y a de Ta-
oarcnce que comme ce n’eft que pendant trois
jours qu’il faut garder le tombeau de Jésus-
Chri ST, ils prendront des précautions pour ne
pas permettre que les Gardes par négligence ou
lutrement laiffcnc emporter ce corps , qu’il leur
importe fouverainement de conferver.
Mais voïons ce qui en arrive. Les Gardes ne peu¬
vent ciTipccher que ce corps ne forte hors de fon
tombeau» Eft-ce que ces Gardes ont eu peur f Ou,
eft- ce qu’on les a obligez à fc taire à force d’ai>
gent ? Si les Gardes ont etc gagnez, on peut croîr
rc que ce n’eft pas en faveur des Difciplcs : ils rif-
quoient de perdl^ la tête pour expier le crime de
leur négligence ou de leur trahifon. Sont-ils timi¬
des ? Mais comment les Gardes deviendront-ils ti¬
mides , lorfquc les Difciples deviennent tout d’un
coup courageux , & qu’ils ont la hardieffe d’en¬
treprendre d’enlever le corps mort de celui dont
ïSi Traité de la Vérité I
ils avoient abandonne la pcrionne vivante ? D*ail *
leurs, comment des Gardes peuvent-ils faire I :
raport qu iis font fans fe contredire manifefte i
ment ? Car s’ils dormoient , comment fçavent-üik
que ce font les Difciples de Jésus-Christ qu
ont enlevé fon corps ? Mais pourquoi le Sanhedri
pour fon honneur & pour la gloire de la vérité, n î
fait-il point mettre ces Gardes à la quehion ? Si ce (
la ne leur vient point dans la penfee fur le champ i
n’eft-il pas naturel qu’ils le faflfent, lorfquequcl j
que tems apres ils voïent toute la ville de Jeru« i
(alem dans le penchant d’embraffer la foi de c<‘'1
Crucifie, & qu’il fe trouve jufqifà fix mille per- j
Tonnes qui croient en un jour en ce Crucifié cin-;i
quante jours après fa mort ? Certainement le: ’
Gardes croient encore à jerufalem. Le Granc’ 1
Confeil avoir la meme puiffance & la meme auto J
rite. Il importoit de punir la négligence de ccî \
Gardes , ou de leur arracher le fecret de leur \
perfidie, & de leur faire dire qui eft-cc qui I
avoir fubornez. Il importoit , diS'j:e , de faire céi i
examen , & pour juftificr la conduite du Sanhe- ^
drin , & pour empêcher la perte d’une rnfinké dei :
perfonnesquî fe rangeoîent du parti des Difciples j
de ce prétendu impofteur. Je dis bien davantage ; ;
lorfque le jour de la Pentecôte , c’efl: -à-dire , cin^*
quante jours après la mort de J esus-Christ, '
les Apôtres paroiffent dans la ville de Jerufalem
pour témoigner qu’ils ont vii J e su s-Christ re¬
lève de fon tombeau , & qu’aprés leur être aparu
diverfes fois , &ccrc monté au Ciel , il a répandu
fur eux les dons extraordinaires & miraculeux
du S. Efprit , pourquoi le Saniftdrin , qui a un fi
puifiant interet à découvrir qui (ont les auteurs
de cét enlèvement du corps de Jesus-Christ , ne
faifit-il les Apôtres pour leur jFairc dire les cho-
fes comme elles fe font paffées ? ne les con-
frontC't^on avec les Gardes ? Que ne mcttent*ils
V
de U Religion chrétienne. îS^
? ofcph d’Arimathce & ccs hommes en prifon,
ifqa’à ce qu’ils leur aïent fait avouer ce qu’ils
r'-nefaiede ce corps , avec toutes les autres cir-
L onftanccs de leur impofture ?
Déjà il n’y a gucres d’aparcnce que fi les Dif-
îpJes de Je'sus-C h r i s t font venus de nuit , ÔC
■nt emporté ce corps , ils ofent fe montrer & pa-
oîrrc hardiment devant tout le peuple , & confef-
-*r fans façon qu’ils font Tes Difciples. eft bien
; lus croïable qu’ils fe cacheront apres avoir fait
: e coup , & que s’ils prêchent, ce fera à des peuples
i icn éloignez, & non pas dans les lieux ou les cho-
. es fc font pafices , à Jerufalem , aux yeux de ce
‘ ianhedrin qu’ils ont tant craint & tant offènfé.
. Mais que ce Sanhédrin ne fait-il les diligences
î ]u’on a accoutumé de faire pour la decouverte
î les criminels ? On veut bien obliger les Apôtres
»î )ar les tourmens & par les menaces à ne point
ïarlcr en ce nom : mais ils ne les aeufent point d’a-
*. i^oir enlevé le corps de leur Maître pendant que
•es Gardes dormoient. Ils n’ofoient entrer dans
ette difcufiïon. Ils fçavent ce que les Gardes leur
! >nt rilportc , ôc c’eft là ce qui fait leur juüe
• ipréhenfion.
i On .fçait bien de quelle maniéré les hommes agif-
: ent dairs ces rencontres. Si la chofe s’étoit paflee
comme les Gardes le raporterent dans la fuite , ces
tardes n’auroient pas manqué eux- memes de
rhcrcher par toute la ville de jerufalem quel¬
qu’un des Difciples de Jesus-C h r i s t pour lui
faire confcfl'cr la vérité par la force des tourmensi
les Scribes, les Pharifiens ôc les Doéleurs de la
Loi auroient fait une recherche trés-exaéfe , 8c
l’on auroit trouvé enfin ou des témoins, ou des iii-
•dices de cet enlèvement. Cela ne leur auroit pas
été difficile ; ptiifquc c’étoicnt-là les jours d’une
Fête folemnclle j que le peuple de Jerufalem n’a-
voit jamais été plus attentif à aucun fpcdacîc
lS4 Trutté de la Vérité j
qu’à celui des foufFrances de ] e s u s-Christ ; & 3
que ce qui venoic de fc pafler au fujec d’un hom- 4
me Cl extraordinaire, avoir rempli tout le mondc’/i
d’étonnement , témoin ce que l’Evangelifte fait t|
dire à uu Difciple'fur le chemin d’Emmaiis, lors -i
qu’il s’entretient avec Jésus- Christ fans le con» J
tiohxc.Es^ta lefeul étranger à ferufalem qui neffa-À
ches pointée qui s*efi pajfé au fujet , &c. ? Comme!
d’ailleur^eux qui avoient donne ordre aux Gar- i
des de fe tenir autour du tombeau de Jésus- !
Christ, leur avoient fans doute très fortement i
recommande d’empêcher que fes Difciples nci
vinflent de nuit, & n’emportaflent fon corps hors) i
du fepulcre : Il eft contre toute raifon & contrt| ■
toute aparence defupofer, que la fécondé nuit que; i
les Gardes ont été là , ils fe foient tellement plongczj .
dans le fommeil , qu on ait ofé fe hazarder à fairCj
cet enlèvement , ni qu’on ait pii rouler la pierrci :
du fepulcre , rompre le fceau , & qu’on ait eu Ic[ i
tems , le loihr , & affez de liberté & affez peu de|
crainte pour délier Jesüs-Christ , ôter le linceiiili ;
& le couvre-chef , & tous les linges dont il étoit,
cnvelopc. Car les Evangelifles raporten^ una¬
nimement que le fepulcre fut trouvé en cét
état.
Cependant de ne font pas là les plus fortes preu- 1
ves que l’on puîfTe donner de la vérité de ce fait.;:
Il faut pafler de la confîdération des Gardes à celle '
des Apô:res de J e s u s-C h R i s t. Si les Apôtres
témoignent qu’ils ont vii J es us-Christ refluf-
cité faulfement , & fans que cela (oit véritable, ou
c’efl avec concert , ou c’eft fans aucun concert t
qu’ils rendent ce témoignage. Ce n’eft pas fans i
concert : car l'erreur qui n’efl: point concertée ne ^
fçauroit fubfiflcr ; & il arriveroit que l’un diroit
que J. C. eft leflufcité , l’autre qu’il 'n’eft point
reflufeité 5 l’un diroit qu’il eft aparu à plufleurs,
& l’auue qu’il n’eft aparu qu’à un feul ; & l’autre î
7
de la Keligton Chrétienne,
ail n’eft aparu à perfonne j Tun diroic lachofe
'une manière , & Tautre d’une autre , & les
r lus finccrcs avoüeroient franchement qu’iln ya
i lien de tout cela.
! Que fi c’eft ici une împofture concertée, il faut
ionc qu’il y ait ici plufieurs perfonnes qui cou-
'iennent de laporrcr confiamment & unanîme-
nent un fait qu’elles fçavent & qu’elles convien-
lent ccre entièrement faux. Or cela eft tout- à-
i ait impofTiblc.
; Premièrement , il ne tombe point dans le fens
rommun , qu’un homme veuille s’expofer aux
^aiplices & à la mort, pour rendre un témoigna¬
ge à un fait qu’il (çaura tres-diftindement être
’ aux. II. Q^nd il y auroit une feule perfonne,
par un prodige furprenant fut dans cette dif-
i bofition , on ne peut fans extravagance s’imagi-
| !ier qu’il y ait un grand nombre de perfonnes qui
‘prennent tout d’un coup cette dangereufe refo-
ution, fur tout apres avoir agi d’une manière
'oure opolce à celle-là , & avoir marqué non-
■'eulement de la prudence , mais meme de la ti-
, 'midité dans les autres rencontres. III. Q^ndun®^
multitude de perfonnes pouroit s’accorder à ren¬
dre ce faux témoignage , on ne pourroît point le
penfee ‘de ceux qui regardent le menfonge & la
trahifon comme des crimes incompatibles avec
le falut i de ceux qui ne peuvent convenir que
la icfurredion de Jesus-Christ eft une fîdion,
fans demeurer d’accord qu’ils n’ont fuivi qu’un
fantôme de Meiïie , ni demeurer d’accord qu’ils
n’ont fuivi qu’un fantôme de Meflîe , fans con¬
venir de leur mutuelle extravagance. IV. Ce
concert ne peut fe faire fans qu’il y en ait quel¬
qu’un 5 qui pour éviter le fuplicc , découvre
l’impofture aux Juifs avec toutes fes çîrconftan-
Ces; étant fansdouteque fi Jesus-Christ vivant
a etc trahi, Jesus-Christ mort le lcroit enco¬
re
jîè Traité de la Vérité
le plutôt. Car on pouvoir attendre quelque cho¬
ie de Jesus-Christ vivant : mais on ne pcuti
lien attendre de Jesus-Christ mort que la mi- |
fere & les fuplices, avec la honte & le remords;
d’avoir fuivi un impoHeur. V. Enfin il n’y a ;
point de doute que les mêmes principes qui :
avoient rompu le concert de leur fidélité , rom-
proîent à plus forte raifon le concert de leur
perfidie. Si l’amour qu’ils avoient pour leur Mai- i
tre , foütenus de la perfuafion qu’ils avoienti
qu’il étoit véritablement le Mefîie, ne peut fou* ^
tenir ce concert de leur fidélité , qui leur faifoit î
dire quelque tems auparavant j Allons-y auj{i\\
afin que nous watsrions avec lui : de forte qu’ils ’
s’enfüïrent & l’abandonnèrent à fes ennemis
pouroit-on bien fe perfuader, que defabufez de j
l’opinion qu’ils avoient de leur Mefîie , leur hon-,^
te , leur crainte & leur abatement puffent à pre-ii
fent foütenir ce concert de perfidie & d’impofture, ;
qui leur fait foiitenir un menfonge horrible pour j
flétrir leur nation par un crime imagine 5 jufques-ii
là qu’aucun ne fe dédit , ne fe coupe , & que toas^^
unanimement fouffrent rextrêmite des tourmens ,
pour foütenir qu’ils ont vu ce qu’ils n’ont point a
vu en effet ? ! |
Au reOe , il efî infiniment remarquable j-qne ce à
û’eft pas ici un concert entre douze Apôt.res , mais |
entre les Difcîples de J. C. en général qui font en i
fort grand nombre. J. C. apres fa rérurreclion >
aparoit tantôt à des femmes, à qui il ordonne de
raporter à fes freres qu’il va devant eux en Ga-* i
lilce, tantôt à Pierre féal, tantôt aux douze, j
Tantôt il va les trouver lors qu’ils pêchent fur <
la mer , & rend leur pêche tics abondante, i
Tantôr il fe trouve dans leur affemblée lors qu’ils i
s’afî'emblcnt pour prier Dieu. Tantôt il fe met i
à table, & mange & boit avec eux. Tantôt il ]
leur donne divers enfeignemens , ôc les fait fou-* i
venir ' j
de la' Religion Chrétenne. ÎIS7
r enîr des chofcs qu’il leur enfeigtroic avant fa
^ lort. Tantôt il (e manifcfle à une aU'emblce
é e plus de cinq cens Difciplcs. Tantôt il con-
^ aine un Difcipic d’incrédule, en lui faifant tou-
' herfes pics Sc Tes mains. Mets ton doigt ici^ voi
^ nes mains Scc. ^ ne fois point incrédule y mais
^ idéle. Tantôt il aparoît à deux Difciples quîal-
î- oient à Emmaiis , les entretient & leur explique
J es Ecritures. Tantôt il les ademble , & leur
I ordonne d’enfeigner toutes les nations, les bâti-
j ant au nom du Pere , du Fils & du S. Efpric.
' Il eft bon de confidérer la multieude des Dif-
λ';îpîes qui viennent témoigner que J. C, eft ref-
J ufeité d’entre les morts. S. Paul dans quelque
îindroit de fes Epîtres, dit que J. C. eft aparu à
dnq cens Freres à la fois, & il ajoüce que de ce
i aombre la plupart font vivans , & que quelques-
fl lins dorment. Il eft certain que S. Paul n’auroîc
[;;ii ofe, ni pu , ni voulu parler de la force , s’il n’y
^avoit eu un très grand nombre de Difciplesqui té-
? moignoienc avoir vü J. C. depuis fa rcfurreélioa..
i Dr je demande s’il eft poftible qu’un fi grand
i nombre de perfonnes concertent une impofture
■ ’iufti énorme que feroit celle-ci, fi ce fait qu’on
> mec en avant n’étoit point véritable l Cela n’eft
hi humain , ni poftîble, ni imaginable.
! Afin que tant de Difciplcs aïent rendu ce té-*
iimoignage au menfonge, en foiirenant contre la
[ ./cricé qu’ils avoient vii J. C. rcirufcicé , il faut
■aire une lupofition la plus violente qui fut jamais.
II faut fupofer que ce grand nombre d’hommes
h’étoient point des hommes : & qu’aprés Pavoir
etc pendant toute leur vie, ils ont cefle de l’ctre
rjmmédiatcment après la mort de Jesus-Christ.
(j ]t dis qu’ils avoient été des hommes jufqu’a-
tors. Leur conduite fait voir qa’ils avoient des
Ifcntimcns aflez conformes à ceux que l’amour de
iaous-memes & de nôtre confervacion nous in-
ÎS8 T Y dite de Id Vérité
fpirc ordînaîrement. Ils erperoient & ils attcfl-^
dolent quelque chofe. Ils ne s’attachent à,
J Esu s- Christ, que parce qu’ils attendent de
lui ce que les Juifs en general attendoient de leur i
MefiTie en idée. Ils craignoient la mort. Ils re¬
doutent le Senhedrin. Ils fe datent de refperan- ;
ce de fe voir rétablis. Ils demandent à Jesus-
Chrit de les délivrer du péril qui les menace,
• lorfqu’üs font en danger, ou expofez à quelque ;
tempête.
Mais depuis la mort de Jésus-Christ, ils ne i
font pIusdcs*hommes. Leurefprit & leur coeur ne :
font plus faits comme ceux des autres, üsn’atteii- j
dent & n’efpercnc plus rien. Car qu’attendroient-j :
ils de la profclTion qu’ils font d’etre Difciples de ;
* Jésus -Christ , s’ils fçavent que Jésus- Christ ' i
n’eft point reffufeite, comme il le leur avoir pro- .
mis ? Q^efpercroîent-ils , fi celui qui leur avoir \
promis la vie éternelle , & qui s’étoit dit la refur-
redlion & la vie , eft demeuré fous le pouvoir de la i
mort i ils craignoient lors qu’ils erperoient en
Jesus-Christ , & maintenant qu’ils n’efpercnt
plus en lui , ils ceffent de craindre. N’aïant plus ;
rien à efperer de Tautre vie, ils commencent à ne
s’interclîer plus dans ce qui regarde celle- ci. Quel ■
eft ce renverfement 5 lors qu’ils croïoicnt faire un j
fervicc à Dieu en foufrant pour Jeslîs-Christ , '
qu’ils croïoknt leur Meftie, ils fe trou voient & lâ¬
ches & timides : & à prefent qu’ils fçavent bien
qu’ils ne font aucun fervice à Dieu en s’attachant
à l’Evangile, & qu’au contraire ils ne font que fe
deshonnorer par une véritable impofture , les voi¬
là confiant , courageux , intrépides dans les plus j
grands dangers , invincible au milieu des plus ,
violentes tentations. Qm le comprendra ? • ’
Ils n’ont pas une étincelle de ftns commun , s’ils '
ne voïent point qu’une impofture fur un fait au/Ii
palpable âufli fcnfible , ne peut être concertée
entre
âe*la Religion Chrétienne» jS^
gfltre pîuf΀!srs centaines & pkifieurs mîilîers de
Ijerfonncs, parce que fi Tun efi d’humeur à men-
||ir , l’aiure fera d’humeur à dire la vérité : vu fuu
Ijouc qu’à mentir on ne gagne que les prifons , les
I ourmens & la mort j 8c qu’à dire la vérité on peuc
{ e concilier du crédit, de i’apui, & aquerir du bien,
i n plaifant à ceux qui font les maîtres des richef-
: es & des charges de l’Etat. S’il y en a un qui aie
i ettepenfée que les antres le démentiront, il n’efi:
t -as en crac par là même d’entrer dans ce concert 8c
fl efi: naturellement impoflîbleque cette penfee ne
} iiailTe dansl’efprit de tous: & par conféquent il ne
i c peut qu’il y ait jamais un pareil acord ou un pa-
: cil concert , à moins que toute cette multitude ne
} lerde Je fens tour d’un coup par un memè genre de
^''olic , qui les faififife à point nomme lorfquc Je-.
I jus- Christ a rendu l’efprit.
I Encore faut-il qu’ils foiént fans afFedicn natu¬
relle, qu’ils foient devenus înfenfibles aux coups
fie foiiet dont on les déchire , 8c aux maux dont
^bn les acable ; & il faut non- feulement que cette
!jnfenfibilité & cette extravagance foient généra-^
(es, il faut qu’elles foient les plus longues 8c les
plus foütenuës qui furent jamais.
Il c H A P I T R E IV.
I ^ ro'rfiéme centre de •vérité. Confédération farticn»
I liere de PAfcenfion de ] e s u s- C H R i s T.
L’Afeenfion de Jesus-Ch r i s t efi un troîficJ
me centre de vérité que nous devons avoir
continuellement devant les yeux , pour confidé-
iicr les preuves qui y font renfermées de la vérité
de la réfurredion de Jesus-C h r i s t nôtre Sau¬
veur-
Ce: te Afeenfion fut précédée par diverfes apa-
jridons de Jesus-C^irist, 8c fuivie d’une efFufion
extraor-
ipo Trotté de la VeYite
cx'raorcîinaîre des dons miraculcux^qiû fe rendît
(en fl bic à tous les habirans de la ville de Jcrufâ- '
lem. Ainfi elle cf} , pour ainfi dire , environncci
de iumicre de tous les cotez.
Au rcfte l’Afcenfion de J. C. fcmble fe prouver |
elle-mêmc & par fes propres caradleres. Il cfl
inouï que plufîeurs perfonnes confpirent à rendre '
un pareil témoignage à une impoflure aufli figna-
Ice que le feroit cJlc-ci, fi TAfeenfion de C. ,
n’étoic pas un événement véritable. Mais confidé- ’
rons-en bien tomes les circonfiances.
Comme la réfurredion de J e s u s-C h R i ST
juflifie les merveilles de f'a mort, aufii rAfcen-;
fion de Jesus-Chri st juftific-t-elle les!
merveilles de fa réfurredion. Si l’on avoir con-i
çü le foupçon que les yeux des Difciples avoient'
éic éblouis tout d’un coup,& qu’ils aient crû'
voir ce qu’ils ne virent point en éfet , ils ont eu ,/
le tems&les moïens de revenir de cét cbloiiifTe- '!
ment ; car voici le quarantième jour depuis que j
Jésus- Christ eft refTufeité. Si c’eft un'
fantôme qui leur efi aparu , ils ont eu letemsde'
fe reconnoître, & de remarquer que ce fantôme',
n’etoie pas leur Maître. Ils l’ont vu. Ils font <
entendu. Ils l’ont manié. Ils ont mangé & bü 1;
avec lui. Si c’efl l’obfcurité de quelque nuit épaif- j
fe qui leur eut prefente quelque reffemblance f|
de leur Maître , au lieu d’ofrir à leurs regards i
leur Maître même , on auroit peu de peine à for- c
tir d’erreur. Mais c’eft en plein jour qu’ils ont :;
vu la pierre du fepulcre roulée. C’eft en plein
jour qu’il s’eft tant de fois manifcfic, & qu’il les ,
a fi fouvent entretenus. Et c’eft en plein jour g
gu’il veut monter au Ciel à leurs yeux. j
Si c’êtoit la violence de leurs defirs , ou de leursi^
craintes, ou de leur afc-dion,qui eut troublé leurs'
fens, ons’en étonneroit moins, quoi qu’en ce cas'
memel i
r
de h 'Religion Chrétienne*
•: icme la chofe paroîtroic incomprchenfible ,
•jrain humainement impofTible que les fens d’une
lulcitudc de pcrfonncs foient liez & troublez de
' ,i forte tout à la fois : mais ils ont eu le loifîr
’ e revenir de leur émotion 3 & iis font tranquil-
& de fens froid , lorfque Jésus les prend
our témoins de fa glorieufe Afeenfion. Enfin
il s'agiffoit d'une aparicion muette & fecrete,
n^pouroit douter davantage 3 mais J e s u s-
.'hrist aparoît à Tes Difciples pour leur par-
:r. Il leur donne des préceptes 3 car il leur dé-
iend de s'éloigner de la ville de Jerufaîem juf-
u'à de qu’ils aient reçu la vertu du S. Efpric.
1 leur fait des promefles, & meme des promeC-
CS n és furprenantes 5 & qui font plutôt les pro-
' neflés d’un Dieu que les promefTes d’un homme.
Taril leur promet qu’il demeuTcra avec eux juC-
'’u’à la confommation des fiécles. Il inhituë des
iacremens 3 car il leur ordonne de bâtifer toutes
'es Nations au Nom du Pere , du Fils & du
;>• Efpric. Ce n’eft pas tout. Il a des entretiens
ongs & fuivis avec eujç. Il leur parle, & ils lui
épondent. Ils étoient incrédules, & il les con-
aine de la vérité de fa 'KéfurreéFîon malgré
leurs doutes & leur incrédulité. Il leur fait des
.eproches à cet égard , ou du moins ils le difenc
^ le raportent ainfr. Les Evangeliftes raportent
te que J e su s-C h R 1 s x dit à Thomas, ce que
Thomas répond à J e s u s-C h R i s x 3 & l’un &
’airrre éff afTez furprenant pour n’écre pas fi-tôc
nublié, Thomas frapé par la merveille de fa rc-
'urredtion , lui donne le premier un nom que
Jesus-Chrisx n'avoic pas acoûrumé de porter
fans l'état de fon abaiflément , lui difant, Mon
Seigneur ^ fvon Dieu.
Les ‘Difciples lui demandent fi ce fera en ce
|:cms-Ià qu’il rétablira le Roïaume à Ifrael 5&
[1 leur répond que ce n’eft point à eux à coniioî-
tre
7Ÿ/tité de lit V eyxte I
rre les tems & les faifons que le Maître a mis eil
fa propre puîOTance. Enfin les Evangeliftes n<p
nous font pas moins Thifioire de J£siis-Chrisi'|
reflufcitc, que celle de Jesus-Christ vivant & c
converfant avant fa mort parmi les Juifs j &
nous foütenons que nous n’avons pas moins d<
raifon de croire Tune que Taucre. Car enfin pour¬
quoi croïonî-nous qu’il y a eu un Jésus'
Christ ? Nous le croïons , parce qu’il^cf
humainement & moralement impoïïîble, que tan'
de perfonnes nous difent l’avoir vu , l’avoir en¬
tretenu , avoir mange & bîi avec lui , lui avoi
vu même foufFrir la mort à Jerufalcm , fans qut
cela foit véritable. Mais cette même raifon n(,
doit-elle pas aufli nous , perfuader que Jésus-
Christ a vécu & converfé pendant quarante'
jours avec fes DiCciplcs, puifque tant de perfon¬
nes l’ont vu, l’ont entretenu , ont mangé .& bi'
avec lui , l’ont vü prefent au milieu de leur affein*
blce > l’ont touche, l’ont manié >
Mais 5 dira quelqu’un , fi cela cfi: de la forte
pourquoi y avoit-il en ce tcms-Ià même tant d(^
perfonnes qui ne vouloient point croire l’Afcen-
fion de 1 E s U s-C h R i s T } La raifon n’eft pai
bien difficile à trouver : c’efl: que la vérité d<
l’Afccnfion de Jesus-ChRist une fois avcrce
les obligeoit à fouffrir la mort & à courir au mar-
tire j & que les hommes éroieht mondains en o
tems-là comme en celui-ci.
Mais enfin il paroît , ce me femble , fort clai¬
rement jufqu’ici , que les Difciples de Jesus-
C h RI ST n’ont pii fe tromper eux- mêmes, n
fouffrir aucune illufion fur la vérité du fai
qu’ils ateefient. Il cft difficile, pour ne pasdin,;
impoffible , qu’ils fe trompent fur le fujet de
miracles de Jesus-Christ qu’ils raportent
puis qu’ils en marquent les circonfiances ^^qu’îl
citent les noms , les lieux , les perfonnes , & qu’if
preten-
j; de la Religion Chrétienne » 15 J
irrerdcnc avoir etc envcïez eux- memes dans
divers quartiers de la Judée de la parc de
r Maître pour faire ces miracles qu’Üs at-
tent. Mais quand ils fe, tromperoient àTé-
:d des miracles de Jesus-Christ, il
fc peut qu’ils ne fe trompent à l’égard de
réfurreeftion. Car ils fçavenc Ce que c’ed
SDun corps mort & un homme vivant, & la
«Ference qui eft entre l’un & l’autre : & ce
ïit là des chofes qui ne font point fufeepti'-
d’illufion. Mais quand on pourroic fupo-
i que les Dilciplcs fc feroient trompez fur
1 fujet de la reCurreftion du Seigneur Jesc/s,
ine fe peut qu’ils l’aïent été fur le fujet de
rte derniere merveille. Il ne fe peut qu’a-
jés avoir vu un fantôme , ils converfent avec
1 pendant quarante jours : que ce fantôme fc
fTe manier , qu’il leur donne des préceptes ,
Éir faffe des promeffes, & qu’enfuite il foie
jlîlevé dans le Ciel , eux le voïant , le regardant ^
1 dorant comme il monte au Ciel , & encen-
ÿnt le langage” des Anges qui leur promettent
'i.’il reviendra de la même maniéré qu’ils l’ont
s'en allant au Ciel.
P ne ferviroît de rien ici de dire avec Spînofa,
te les Evangcliflcs n’ont pas exprime toutes
Sî circonftances des evénémens qu’ils rapor-
N^t, & que s’ils l’avoient fait, nous trouve-
:ons peut-être que les circonftances qu’ils ont
'touvé bon de taire, nous font comprendre que
.js autres n’ont rien que de naturel. Car , je
)us prie, qu’y a-t-il de plus expreflément énonce
Ij de plus répété dans l’Evangile que la réfurrcc-
f on & l’Alcenfion de J. C. dans le Ciel > Et
jcl moïen de s’imaginer qu’il foit naturel & fe-
i n le cours réglé des caufes fécondés , de voir un
^ omme qui a été crucifie & mis dans un tombeau
r ^cc des Gardes pour le garder, fe relever de ce
Tome II, I tombeau.
I5?4 Traité delà Vérité
torr.beau , aparoître vivant à des hommes qull-
touchent & le manient, & puis monter dans 1'
Ciel à leurs yeux ? î
Cette Alcenfton de Jésus- Christ ne laifll
plus aucun lieu de douter que tout ceci ne foi^
purement divin & furnaturel. Sans cela Tincrc:
dulitc auroit pu s’imaginer ( comme elle corço;,
des doutes à l’infini que le corps dejEsusi
Christ auroit pii être defeendu de la Croix avar
qu’il eut achevé d’expirer 5 que Jofeph d’Arima:
théc Ton Difciple (écret auroit pii le penfer,]'
faire revenir à force de remèdes, rupofer un au,
tre corps mort qu’il auroit enterré en la place , (j;
qu’enfuite Jesus-Christ fe feioit montré en fe!
cret à Tes Dilcîples , ne voulant plus paroître ej:
public , de peur de retomber entre les mains d(
Juifs, & de fouffrir une mort effcdlive apre ;
avoir fouffert une mort imaginaire. |
Cette fiêlion eft abrurde & încroïable pour plu .
fîeurs raifons. Premièrement les Evangeliftes ra
portent , que J es u s-C h le côté pcrc|:
par la lance d*un foldat : ce qui fçul fuihfoit poi:
lui donner la mort. En fécond lieu , il n’y a au 1
cune aparcnce que le Grand Confeil des Juifs q 2
l’avoit condamné , foufrit qu’on emportât fc 1
corps jufqu’à ce qu’il eut expite , vii fur toi J
qu’il a la précaution de mettre des Gardes à fij
tombeau. Et enfin il ne fe peut qu’un homii i
qui a été pendu à une Croix pendant pjufieu t
heures, en puîffe encore rechaper, & fe mo i
trer Tain & fauf à fes Difciples.
Mais voici qui difiipe tous ces doutes : c’eft qi,' :
J esüs-Christ n’efl pas feulement rérufeite a
mais il eft monté au Ciel à la vüë de fes Difciple j
3c c’eft ici un fait fenfiblc fur lequel ils n’ont |j|
foufrir d’illufion.
Ainfi on peut dire que la preuve de la vérité ï
la Religion Chrétienne roule fur cét examen in :
portai'
de lût "kellglon Chrittevïnê.
;)lrtant , fçavoir fi les Difciples font des infidèles
ai nous trompent & nous faflerrt un faux ra-
Iprc : & fi nous ccabliiTons claircmenr que ccla .
cft pas, nous piouvons dcmonftracivenaent
vincibicment la vérité de nôtre foi.
j, Attachons-nous donc à I*cxamen de ce fait , le
ilus cifentiel & le plus important qui fut jamais ,
r: voïons s’il cft poflîble que nous aïons étc
rompez par des gens qui ne fe trompoient point
I. IX- mêmes,
!' Pour pouvoir fupofer que les Difcipîes de
^xsus- Christ nous ont trompez par un faux.
iport,îl faut néceflairement trois chefes. I,
leur impofture foit pofTibîc. II. Qu^ellc
oit bonne à quelque choie. III. Qu/eilc foie
jumaine. Or il eft certain que celle dont il s’agi-
pit ici n’auToit aucune de ces trois qualitez. Elle
i’eft pas pofiible: parce qu’elle dévroît être con^
Icrtée entre plufîeurs perfonnes qui toutes içavenc
P vérité du fait. Elle n’eft pas utile : l’imagination
iiumaine ne peut trouver à quel deilcin ils inven-
‘Icroient une telle fauflété. Elle n’sfi point humai-'
ic: parce que depuis la naiflancedu monde on n’a
|:amais vü d’hommes qui invantalTent des menfon-
‘rcs pour avoir le plaifir de fc faire prendre, foüet-
|fcr , brûler, & pour monter fur l’échafauc.
' A l’égard du premier, je veux que Pierre $C
^quelques autres Difciples aïent enlevé le corps
8c J £sus-Christ hors de fon tombeau, en trom^
[•ant la vigilance des Gardes , en profitant de Icj^r
ommcil , ou en les corrompant, à force d’argent 5
c veux qu’ils aïent enfuîte perfuadé à la multi-
(jtude des Difciples trop crédule & trop avide de
[|nouvcautcz , que J e s u s-Christ croit véricable-
jment aparu , Sc qu’il étoit rélufciré , je veiK que
jjlà-deflns plufieurs autres Difciples aïent crû
'lavoir des révélations, ou fe foienr imaginez
Idç le voir en plufieurs rencontres differentes :
" ■ . l.ij
Trattê de la Venté
Je demande comment ils peuvent demeurer d’a
cord de la vérité de fon Afeenfion ? Par <]uc,
charme Pierre & les autres Apôtres leur auront’
-ils fait voir ce qu*i!s ne voïoient point , & enten- 1
dre un homme qifils n*entcndoîent point en efet '
Par quelle machine auront-ils fait defeendre leî1
nuées? Par quel enchantement feront* ils venii,
deux hommes en vétemens blancs, qui leur di- '
fent , Hommes Galiléens , que regardez^ vous
Ce JES'VS'^ CHRIST que vous votez monter , voui d
le verrez pareillement defeendre. Par quelle vertu, d
fecrete auront- ils grave dans la mémoire des Difl
ciples les paroles que Jesus-Christ leur adrelTaj
après fa refurredfion , les reproches qu’il leuijj]
fait de leur incrédulité, la promefle de leur cn«;’;j
voler le S. Efprit , la defenfe de s’éloigner de
ville de Jerufalem , & l’ordre de bâtifer toutes Ici, j
nations au nom du Pere , du Fils & du S. Efprit ;
fi toutes ces dioCes n’etoient que les jeux dc;
leur imagination ? j
Certainement quand S. Pierre ôu quelqu’au- i
tre Difcîple de Jésus -Christ auroit formé ür,;.1
plan de cette împofture fignalée , & qu’il eut miM
par écrit les articles qu’il faloit faire acroire aus fi
hommes contre la vérité, jamais il n’auroit ofi>^
le propofer à des hommes préocupez de la pen- 1
fée que le menfonge ctoit un grand crime, & lajî
fîncérité une grande vertu. Il eft impolTible mc« 1
me qu’il lui foit venu dans la penfée de bâtir une.
fi fignalée foiubeiie fur un auHî trifte cvéncmeni
^uela mort de Jesü s-Christ. On ne voit poîni
que le deCr & la penfée en aïain pu naître dam I
fon efprit. Mais quand il auroit été tenté pouih
fc venger des Scribes & des Pharifiens, d’inven- 1
ter c£ menfonge, il ne fe peut qu’il foit afler j
abanaonné du fens commun pour s’imaginer ou, '
que les autres voudront confeniir à cette impoli
fiiire, ou qu’ils feront d’humeur à la foütenir
de la "Religion Chretknné. r^7
) uoi qu’il leur en coûte , par coniplaîfancc pour
’ !ii.
• j Le genre humain eft aînfi fait, qu’il ne confent
J limais au faux , à moins qu’il ne foiccnvelopé de
: ucique aparencede vérité. De forte que quand
: ne chofe eft d’une fanfletc qui frape tout Je
londe, il ne nous vient point dans la penfee de
ouloir la faire acroire j comme je ne m’aviferai
oint de vouloir faire acroire que j’ai des ailes,
, ue je vole, &c.
On peut répéter ici ce qu'on a dit fur le fu jet de
:i refurredion de Jesus-Christ : ouïes Difci-
les avant la mort de Jésus- Christ l’ont reg¬
ardé comme le Mc Aie , ou ils ne le rcgardoîenf'
oint comme le Meflie, S’ils regardoient Jesüs-
HRiST comme le Mcftie, ils ont donc cru à fes
aroles, ils ont donc penfé qu’il réfiifciteroît vé-
' Ltablcment5 & s’ils ont êfpéré qu’il rcfurciceroît
îlcricablemcnt , ils ont cru qu’il fortiroit hors de
pn tombeau , & n’ont eu que faire de l’enlever,
jj^e s’ils ne l’ont point regardé comme le Melfte
fendant fa vie, il s’enfuit qu’ils ont etc des féduc-
burs & des impofteurs , meme avant que Jesus-
j-HRiST mourût. Or comment eft-il concevable
ue des fédudeursne foient étonnez par le Tupli-
jc de leur Maître , que leur éfronterie ne foit rc-
jrimee par un fi terrible exemple de la jiifiice
In’onlcur prépare ? Mais fur tout , comment ces
j)ifcip]es fcelerats & perfides ofent-ils aller pre-
i^ofer à ces antres Difciples qui font de bonne foi ,
je témoigner qu’ils ont vu Jesus-Christ mon-
fint au Ciel.
I En cfet, je ne voi pas que l’on puîfie dire que
tuclqu’une de ces trois choies, ou qu’ils font
fous des gens de bonne foi , ou qu’ils font tous
|cs foutbes, ou que les uns font de bonne foi,
i‘'equc les autres font des fouibes. S’ils font tous
îles gens de bonne foi , comme certainement
I iij leurs
jpè Traite de la Vérité 1
Jcius mccnrs 5 leur langage , leur conduite , ’s l
mille ancres caradlercs Je donnent manifcftcmcni, '
à connoître, il elt impollible que ce concert d’im-j
pofture fe l'oit jamais forme entr’eux. S’ils fon 1
tous fourbes & fcelerats , il faut que pour 1;
première fois il fe forme une focictc de four¬
bes &: de fcelerats qui ne paroiJTent avoiii
d’autre delTein que celui de fandifîer les hom'i
mes. Mais quel efprit renverse , , quelle raifoiif
dcrcgice peut fupofer que tant de perfonne i
iimples éc débonnaires deviennent des perfide |
& des fcélérats fans autre deflein que celui d'i
fe perdre ? Si les uns font perfides , 6c les au j
très de bonne foi j & que ceux-ci foient trom-ii
pez par ceux-là , comme c’eft aparemment tou i
ce que l’incrcdulité peut penfer fur ce fujet ' r
|e dis encore que ce concert d’impofturc n’au- 1
ra jamais pu fe former. Car que Pierre foit 1>|
habile qu il vous plaira , comment perfnadera-'ii
t-il à un fi grand nombre de perfonnes> qu’il 'i
ont vü ce qu’ils n’ont point vu s qu’ils ont tou-'|
chc ce qu’ils n’ont point touché en effet ÿ qui*^
Jesus-Christ apres leur avoir donné des prc«i';
cepres & des înflrudfions qui font gravez dan: ’i
leur memoire^eft monté dans le Ciel à leurs yeuX; i
Je veux qu’il leur perfuade fa réfurredlion y com-i
ment leur pcrfuadera-t-il la vérité de fon afcen-1
fion f /I
Si S. Pierre en fait feulement la propofitîon si (
ceux qu’il veut tromper , il eft impoflible que paii
là meme ils ne s’aperçoivent de fes impoftures. '
Niiln’ofera leur propofer de concerter ce men- i
fonge } ni quand il l’oferoit, il ne trouveroit per- i
fonne qui voulut le féconder dans un delfcin fi in- i
fensé J ou apuïcr fon extravagance , & moins en- »
corc s’expofer à mille fuplices pour la foûtenir. '
J’ai remarque en fécond lieu, que cette impo-
flure ne feroit d’aucune utilité. Il fuffic qu’il foit
impoflibb
de la Keliglon Chrétienne- 199
^ijlipofTiblc de la foûtcnir , afin qu*on voïe bien d'a-
'jli )rd qu’il cft entièrement inutile de l’avancer. II
H è rive dans tous les tems & dans tous les lieux ,
^f Su’on feroit bien aife de faire acroire certains
“îlaienfongcs qui feroient utiles, s’ils étoienc pofli-
i.es : mais parce que cela ne fe peut faire fans iftn
S’^i'^ mcertdemenfonge&d’impofture quiefl: tout-à-
^ î ic impoflible, cela fait qu’on n’a pas meme fé-
4 eufement de cette forte de pensées.
. Il feroit bon pour ces Princes qui défirent avec
^ i int de paffion d’attirer le refped: & la vénération
: f|c leurs peuples ,& qui pour cette raifon ne for-
!nt que rarement en public , & ne fe font prefque
limais voir à leurs fujets; il ieroit bon, dis- je ,
I u’ils pûflent perfuader au peuple, qu’ils font
î efeendusdu Ciel : mais comme ils jugent ce def-
fm impoflible, ils efiiment aufli qu’il eft tout à-
jaîc inutile de l’entreprendre.
D’ailleurs je dis que ce deflein de faire acroire
-jAfeenfion de Jesus-Christ contre la vérité Sc
f!:ontre les fentimens de fa confcience , auroit été
ttiutile : parce qu’on ne voit pas que les Difciples
pïentpüfe propofer quelque but railonnable en
Ifoütcnant une fi incroïable fiction,
ij On ne peur pas dire feulement que cette impo-
pure eft inutile, ii faut encore ajouter qu’elle n’eft
[bas humaine, II ne peut tomber dans l’efprit d’un
[pomme, bien loin de tomber dans l’efprit de tant
'id’hommes difFcrens, qu’on puifle jamais perfua-
jder aux autres un menfonge qui feroit fi cfFion-
:ic, ni qu’on ofc entreprendre de le faire acroire^ni
^u’on doive réiiflir dans cét étrange deflein, ni que
les autres veuillent confpirer avec nous dans ce
deflein perfide , ni qu’on puifle foütenir la rigueur
■des tourmens & dés plus cruelles & plus rigou-
ireules épreuves, nique ce concert de menfonge
'doive ctre cru & reçu de tout l’Unîvers, moins
encore quel’on doive fe fanétifier pour l’amour
I iiij • d’ua
20 0 Traité de la Vente 1
€i»an împofteur J & que par une trahifon fîgnall|l
on doive établir la vertu & la faintecc ilans touC'jl
les parties de l’Univers. il
Mais i’ajoüce encore qu’en un autre Cens cet â
împofture n’eft point humaine : c’eft qu’il eftim l
j:ib(rib!e de trouver un homme afTez ennemi de foi®
meme, pour vouloir perdre repos, liberté , parens*
amis, connoiflanccs , pour défendre un mcnlongil
qui ne peut avoir que des fuites fi crifies. La na' (
ture n’eft pasinfenfible à la douleur. Ellcfoulfre S
elle pleure elle gémit. Elle ne s’acoûtume poir(i|
au mépris ni à l’infamie. Rien ne rinquicte & n i|
îa (oülcve davantage que les mortifications & lc j|
difgraces. Comment fe vcic-il ici un fi gran!^
nombre de perfonnes qui tout d’un coup renon!>l
cent à ces fentimens inviolables de la nature, pou
foütenir qu’ils ont vu ce qu’ils n’ont point viiei'É
éfet ? C’eft une çonfidération qui ne peut jamail
être trop répétée. îl
Elle n’eft pas humaine enfin , parce qu’il n cl'l
point naturel ni poftible de foütenir le menfongf’S
avec cette fermeté. Un impofteur qui (c croit im-;iî
pofteur, &:à qui la confcience reproche qu’il tra ' î
hit continuellement fes fentimens, neva pasbier d
loin. Le remords le prend. Sa confcience fe ré- ^
veille. 11 tremble , il s’ouvre au moindre dangcijJ
qui fe prefentc. Ileft fur le point de tout confel- 1
fer, aufti- tôt qu’il fe voit devant fes Maîtres, & i
qu’il craint le bras féculier, & il ne manque jamais i
de fe trahir , ou en confeffant tout , ou en foüte-
nant ce qu’il a avance d’une maniéré fi foible & fi 3
timide, qu’il ne tardera gucres , s’il eft prelTé à
découvrir toute la vérité. Les hommes font faits’
ordinairement de la forte. Un homme, un feul '
homme qui ne feroit point dans céc état, feroic
un prodige : combien plus une multitude d’hom- '
mes ? Le moïen de penfer que tant de perfonnes
renoncent tout d’un coup à l’humanité , & qu’elles
foient
de la Religion Chrétienne. loi
<:cnt faites autrement que les autres hommes ne
fnt etc depuis Ja nailTancc du monde ? Non , ce-
îi n’eft point concevable : & entre les vcritez les
|is évidences, celle-ci doit fans doute tenir le
■jemîer rang. Mais pouffons plus loin encore la
fiivii^ion , en fuivant les vues que îa fageffc de
|icu nous donne fur ce fujer.
chapitre V.
\MatY\éme centre de vérité. Confidéraüon par-
tf| ticuUere de rejfufton du S. Efprit fur les
Difciples»
/Oici le dernier degré de révîdcnce que ron
trouve dans Ja démonflratîon qui nous
rouve la vérité de la Religion Chrétienne c’eft
i ; vérité d*un quatrième fait qui fe prouve natu-
iijllement par lui-mcme & par fes propres cara*
tjcres, fçavoîr Teffufiondu S. Eipritfurles Dif*
Iples de J isus-Ch ri st^
; Cette dcmonftration delà vérité de la Religion
:hrétienne a trois degrez differens qui confiftenç
ins les trois parties du témoignage des Apôtres,
t premier cft celui-ci 5 Jésus* Christ fils de
larie a fait des adlions qui ne peuvent être que
t' rnaturclles & miiaculeufes , telles que font, par
cmple , la réfurreêlion des morts, dont nos yeux
|nt été les témoins. Le fécond eft : Nous avons re-
,ü nous- meme Je pouvoir de faire des miracles >
ous en pouvons faire d’auffi grands que Jésus-
christ, comme il nous Ta lui-mcmc prédit &
éclaté. Le troîfiémc efl : Ce ffeft pas feulement
ous qui faifons ces miracles: nous communî-
uons encore le pouvoir de les faire , & ceux que
ous convertirons pourront connoîcrc qu*ils
ont les Difcipics de Jesus-Christ, en
ce qu’ils feront des (ignés pareils aux nôtres,
I V ec
a©i Traité de ÏA Vérité
&: fcmbîabîfs â ceux que Jésus- Christ a faiti
Le premier degré de cette évidence frap]
C’eit une chofe convainquante & dcmonfhc!
tive que d'avoir devant les yeux , & lîicn»
entre fes mains & en fa puiffance, des rcmoi:i
des miracles de J. C. & des témoins oculaires qii
ont oiii tout ce qu il a dit , qui ont vii tout <|
qu’il a fait J qui ont converfé familieremcil
avec lui , & Tont mille & mille fois interrogé fijl
toutes les difficultez qui fe prefentoient à lei S
efpric s & des témoins qui dépofent unanimç J
ment la meme chofe , & la foütienntnt au m'i
lieu des plus cruels tourmens. 1
Mais c’eft quelque chofe de plus encore d’erj|
tendre de ces gens , que non-feulement ils ont vj^
les miracles de J e s u s-C h R i s t , mais encoi'fl
qu'eux- memes ils font en état de faire des œu,’4
vies toutes femblables. De tous les témoiril
ceux-là fans doute font les plus recevables , qiil
s'oiFrent à faire voir ce qu'ils atteflent. 1
Mais voici félon mon fens , le dernier degré d;|
l’évidence : C'eft que ces memes témoins s'ofFrerja
â vous convaincre des chofes qu'ils vous difétjtiij
non-feulement en raportant les miracles qu'ils or, j
vii faire à Jesüs-Christ , non- feulement en s'olji
fiant d’en faire de pareils, mais encore en pro i
mettant de mettre en état ceux qui croiront d'ci
faire de tous femblables. Ils communiquent ;l
leurs Profélites les dons extraordinaires & mira ij
culeux du S. Efprit, comme cela paroît parre i
xemple du Centenîer Corneille. Ces dons dcvîcn ?j
nent fi fenfibles , que Simon le Magicien veut le tl
acheter à prix d'argent. I!s font fi remarquables J
qu'ils font des imprefTuü^s publiques fur ceux d;^
Ja Circoncifîon qui s'etoient déjà convertis a' >
Seigneur Jésus , & qui louent Dieu qui a aufli re j
gardé les Gentils. Enfin l’Evangile que ces Diljl
cîpics annoncent aprend que ce font ici les fi/,i^f' .
J|' de la Religion Chrétienne. lO}
iMiî accompagneront les Di(ciples die J e s o s-
R I ST, c\'fi qi4îîs guériront les malades , &c.,
H En vérité, <]uelie que foie l’opiniâtreté des in-
flédules, il faut qu’ilsrercndcntanxtraitspref-
i [ns de cette triple vérité. II ne fe peut que les
üifciples rendent témoignage aux miracles de
esus-Christ, s’ils font faux : ni ils ne l’ofe-
' )icur , ni ils ne le pourroient, ni ils ne le vou-
roient. Il ne fe peut qu’ils concertent une impo-
||urc fans exemple, en s’acordant à publier une
lirfiirreâiion & une afeenfion de Jésus - Christ
[loin ils n’auroîent point été les témoins.
[■ Mais il cft extravagant de s’imaginer , que les
t. Apôtres fe vantent de faire des miracles pour
f aire croire ceux de Jesus-Chrtst j & beaucoup
ijlus extravaguant encore , qu’ils promettent à
(oiis ceux qu’ils convertiront de les mettre en
jrat de faire des miracles tous pareils à ceux
]u*ils atteftent.
Au refte, on peut diftinguer deux chofes dans
I être révélation qui fefit le jour de la Pentecôte :
I es fimboles de la préfcncc du S. Efpric , & les ef-
I jets ou les dons du Saint-Efprit. Il cft difficile que
^|es Difciples aient été trompez fur les uns ni fur
lies autres. Je veux pourtant qu’ils l’aïentétéfar
ne fujet de ces fimboles extérieurs & corporels ,
ïhu’üsaïent cru entendre un vent impétueux qui
Ipc foufla point en effet j qu’ils aïent pris pour du
ce qui n’étoit point du feu , par l’cfet de quel-
jque ébloüiffcmcnt inopiné. Cette fupofition eft
aflurément un peu violente. Car quand on pour-
toit voir du feu par quelque foiblefle de l’orga-
jne , ou quelque illufion du dehors , là où il n’y a
Ipoint de feu en éfet , il eft bien difficile de join*
■dre le feu & le Ton dans une imagination qui s’é-
igarc; & plus difficile encore d’apercevoir ce feu
idans la forme qui a le plus de raport avec le
' fniniftcrc des Apôtres ; & ce feroit une étrange
I vj cas
10 4- Trmté delà Vérité
cas fortuit quf celui qui auroic ainfi modifie r
feu, ôc Tauroic fait paroîrrc en forme de lai)
gués mi-parties, (e pofant fur chacun des Dili
dpJes qui ctoient là alTemblez: D ailleurs il fi;!
roit étonnant que tous fc rrouva/Tent enfembij
fulceptibles de la même ilîufion. Mais tout cel -
re fert de rien. Cette fupofition efi violenter
n’importe : tout cela fera véritable, fi l’on vcui;*f
Mais qu’on nous dife de quelle maniéré on peiii^
exprimer les effets de cette éfufion : ces effet i
durables & permanens qui fubûftcnr lorfque cj
vent ne fouffle plus , qu’on n’entend plus cefoi'tl
qui avoit rempli la maifon, & que ce feu & ce ^l
langues ont difpatu. i ^
Car enfin on ne prétend point cacher cîes effenlft
furprenans. Les Apôtres parlent d’abord routeJrf
ies langues du monde , & les parlent devant tou-iai
tes les Nations de la terre. Ils convertîffenc- tan-i|
tôt fix mifle perfonnes, tantôt trois mille, pai||
une feule prédication, & en difant feulement à'I
ceux qui les écoutent, donc s* étant "a Jfis ai
la droite de Dieu y a répandu ce ^ue maintenant]^
•vous voïez oïez* ! ;
Jesus-Christ n’aura point fait des miracles,;^
‘fi l’on veut j cela n’importe : mais les Apôtres cu'i
font. Ils choîfiffent même les malades les plus j
connus, un boiteux , par exemple , connu de tou-j
te la ville de Jerufalem, pour le faire marcher ;
& fauter devant tout le peuple de cette floriffantc '
ville.
Cela feroît admirable, que les Apôtres cntrcprîf-ii
fent de faire voir de faux miracles à des gens mille.;
^ mille fois plus fubcils & plus habiles qu’eux: |<
mais cela feroit plus furprenant , qu’aprés avoir '!
annorcé une fauffe réfurreôtîon de leur Miîcre, ils !*
entrepriff;nt de la prouver en faifant un faux mi- t
racle qui ne pouvoir manquer d’être reconnu.^ ;
Je veux encore que leur 'Extravagance ait ,
de la 'Religion Chrétienne, 10/
• :c jufques-Jà , & que les Juifs qui avoient tant
interet à découvrir leur fourberie & leurs ar-
ifîccs, aïent etc abandonnez du fens commun
• jirqu’au point de ne rien rechercher, de ne rien
cagiiner à cet egard. Que repondra-t-on à
!ci , qui eft , à mon avis , invincible & démon-
ratif ? C’eft que les Apôtres prétendent non-
ulement faire des miracles , mais donner à leurs
hTcipîes le pouvoir d*en faire.
P A«t-on jamais vu une focictc fe former par
prédication de quelques impofteurs qui don-
î tnt ce caractère de la vérité de leur prédica-
on, qu’ils donneront le pouvoir de faire des
liracles i qu’ils confèrent les dons miraculeux à
îux qu’ils bâtifent , mais des dons miraculeux
în fenfibles , qu’ils ne peuvent douter qu’ils ne
I ,s aïent reçus , &quc les autres ne peuvent aufîi
ikmer aucun doute légitime & railbnnableà céc
2çard ?
i 'Cctte confidéraiion efl d’autant plus. forte, quc
ds dons dont il s’agit ici font des dons durables
permanens, du moins pendant le premier âge
é TEglife, J’avoue que le S. Efprît prédit que
. Prophétie fera abolie, & que les dons des lan-
. acs cefferont i ce qui doit nous empêcher d’etre
irpris que ces dons ne fubfiftent plus de nos
purs. Il n’y a que la foi , l’efperancc & la charité
ùi aïent du durer jufqu’à la conCommacion des
écics. Mais je fçaiaulTi que les dons'miraculeux
nt-duré autant que les Apôtres, & même plus
png-temps qu’eux , jufqu’à ce que Dieu eût cta-
|?i par tout des Eglifcs Chrétiennes j les écha-
jinda^es n’aïant été renverfez que lorfque l’é-
ffice eut été bâti. C’eft dequoi il rv’eft pas pof-
jble à un homme de bon fensde douter , lors qu’on
joit les iilufions que les Apôtres font à ce fait , li
■ équentes , (i naïves , fi naturelles. Les dons des
jïngues, & les autres dons miraculeux; croient
donc
10^ Traite de la Vérité
donc des dons durables 5c permanens à régarc!
de ceux qui les avoienc reçus. Le pere s*cn entrc-j
tenoit avec l’enfant , & l’enfant avec Ton pcrei
Les Juifs s’étonnent que le Saint-Efprit foit aufl!
communiqué aux Gentils , 5c en prennent gea ■
Eon de glorifier Dieu. |
Je confens qu’on falfe les fupoficions les pillai
violentes que l’on poura 5 mais du moins ne tn ||
niera-t-on point que les Apôtres qui prétendcn||
communiquer le Saint-Efprit par l’impofition d a
leurs mains, & qui ofrent de le faire defcenditi
fur leurs Profélitcs en lesbâtifans, & qui
prêcher par tout que le tems eft venu auquel !
félon la Prophétie de Joël , le Saint-Efprit doit (i^
Evanj'.
de II
froid i
Ce font ici les fignes qui accompagneront ceux qu‘
ailront crû , &c. que ces gens-là ne croient d|
bonne foi 5c avoir reçu 5c pouvoir communique ^
le S. ECprit ? Ils fe trompent, E vous voulez: c|
n’eft pas là-deflus que je difpute maintenanti^
Mais qu’ils fe trompent , ou qu’ils ne fe tronfei
pent pas 5 il eft bien évident que s’ils n’ctoici jfi
pas de bonne foi dans cette erreur ou dans c i
préjugé , ils ne fe hazarderoient pas à faire ccti!
promeffe. Cela faute aux yeux. Un homme qiit
ne croit pas avoir les dons miraculeux , ne pre J
mettra point de les communiquer aux au ’
très.
Orque l’on prenne bien garde à ce dernier prir '1
cipc; car je^n’ai affaire que de lui pour prouvt <
invinciblement 5c démonftrativement la vcriii;
du Chriftianifme. En effet , E les Apôtres croïei^’
de bonne foi parler toute forte de langages, •
avoir reçii les dons miraculeux 5c extraordina 1
rcs du Saint-Efprit je dis qu’il ne fe peut qu’i J
foient des impofteurs 5c des fourbes fur le reft i
répandre fur toute chair, 5c qui dans les
giles , dans les hiftoires qu’ils compofent
vie de leur Maître, ofent vous dire de fang
: Traîté de lu Vérité 207
|j cft împofïiblc qu’ils croient avoir reçu les
[ Dns miraculeux, à moins qu’ils ne croïent les
l-jiiracles , la Rcrurrc<î;iion & TAfcenfion de
esus-Christ vcricabics , & il eft impoflible
i’ils croïent les miracles , la Rcfurredion &
Afcenfion de Jesus-Christ véritables 5 à
loins que ces évcnemcns ne (oient véritables j
arce que, comme nous Tavons fait voir cvi-
i emment , il n’eft pas pofliblc que ces faits
lent etc fuCceptiblcs d’illulion.
CHAPITRE VI.
)u> ton ré finit tous les fuits miraculeux pour
former une démonfraüon*
^ I nous confiderons tous ces évcnemcns ch
J gros , nous pouvons faire une dcmonltratîon
(ivinciblc, en fupofant ces trois principes , qui,
mon avis, fc trouvent déformais prouvez avec
|)caucoup d’cvidencc.
Le premier ert- , que les Apôtres & les autres
jDifcipIes de Jesus«Christ ont véritablemenc
jcmoîgnc les miracles de J i sus -Christ î fa
kcfurreélîon , (on Afcenfion , & l’cfufîon du
iaint-Efprit fur les Apôtres. Le fécond eft , qu’ils
f')nt crû de bonne foi ce qu’ils ont témoigne. Le
roifiéme , qu’aïant crû que Jésus -Christ
ivoit fait des miracles , qu’il ctoit refufeite,
ju’il ctoit monte au Ci^I, & qu’il avoit envoie
on Efprit à fes Difciples , qui font tous des eve-
lemens dont ils ont été témoins , il faut nccefTai-
cment que toutes ces chofes foient véritables.
Le premier de ces principes eft incontcl^able.
l paroît que ces quatre évcnemcns ont fait l’ob-
ct & la matière de Ja prédication des Saints
f\pôrres. Cela paroît , parce que les Apôtres le
jüléat dans leurs Ecrits, ou plutôt, que leurs
Ecrits
io8 TYiXttè de la Vérité
Ecrits ne font c|uc l’hiiloire de ces quatre evh
nemens j parce que dans leurs Epures , dans ce
Epîtres écrites à des focictez toutes entières qui
les gardoient précieufement , ils ne parlent pref ,
que d’autre chofe que de ces quatre grands evei!
nemens j parce qu’il n’y a point de fragment it
point de page , ni prefque de ligne dans ces Ecrits:|
ou qui ne raportc ces chofes , ou qui ne les fu*l|
pofe évidemment ; •parce qu’il if y a point d(j.^
Chriftianifme fans cela , parce que tout celîi|
nous efl confirme par ceux qui ont vécu âpre |
les Apô:res , qui les ont entretenus, & qui oni^i
été familiers avec eux i parce qu’on plante paijg
tout des Eglifes , & de nombreufes EgliCes, dijj
tems des Apôtres, en annonçant ces chofes j parf^
ce que le fens commun nous dir aflez , que le;jy
Juifs Sc les Gentils ne pouvoient pas croire en ui|
crucifié en tant que crucifie , fi Ton n’eüt dit qu’i J
ctoît refufeite des morts 5 parce que les fidéle;ij
n’cfpcrent la refurredion derniere , que parc(|
qu’ils font perfuadez qu’ils doivent être rendiiîj
conforme à la réfurredion glorieufc de leur di-jl
vin Rédempteur > parce qu’il cft évident que kîjjj
Ecrivains du Nouveau Tefiament ne fe fonij)'
point copiez, & que néanmoins ils s’acordcniJ
parfaitement à nous raporter ces quatre grandîi^
«vénemens, comme faifanc reffentiel de leurpré-'î
dîcation ; parce que les premiers Chrétiens ne fci>
font fantîfiez , & n’ont renoncé au monde, que j
par l’efperance qu’ils onr eue en un homme re-i
levé d’entre les morts, & qui éroit irîontc au
Ciel ; parce que jamais les plus obfiinez Si lesplus' ’
fiers ennemis des Chrétiens n’ont formé de dou-j>
tes fur ce fu jet , & n’ont ofe nier que les DifcipJeSi(|
de Jesus*Christ n’aïcnt rendu ce témoignagciJ
à leur Maître , qu’il étoit refufeité d’entre leS|^
morts , & qu’il éroit monté dans le Ciel ; parce *!
que les Juifs ont toujours avoué que ç’avoit été;
de la Religion Chfétienne>
ili le témoignage des Apories > Sc parce enfin
,i|te Tamas de ces circonfianccs & de pluficurs
■Jitrcs que nous avons déjà touchées ci-devant ,
^jnd la chofe incontefiablc & d*unc fouveraine
îiiidcnce, de forte qu*il eft prefquc inutile de
urrcccr à prouver ce premier principe.
Le (ccond n’cft pas moins certain. II eft évi-
I nt que les Apôtres ont cru de bonne foi , que ce
•fils raportoient étoit véritable , puifque ces
«iiofes qu’ils annoncent font les motifs de leur
Tfu, de leur défintereflement , &: de leur pâ-
r:nce tant de fois éprouvée ; puis qu’ils y font
is allufions fi naïves & fi naturelles , qu’il eft
iipofiible de ne pas voir qu’ils en étoient par-
îitement perfuadezj puifque c’eft la perfuafion
l’iis ont que toutes ces chofes font véritables ,
«fii les perfuade que leur condition fera heureu-
malgré toutes les railons qu’ils ont de la croi-
bien triftej puifque c’eft de cette perfuafion
lii’ils tirent le courage qu’ils ont de s’expofer
^;x plus grands dangers, & de foiitenîr les p’us
ides épreuves ^ puis qu’ils fe félicitent les uns
.1 les autres de tant fouffiir pour une fi bonne
ijule, bien qu’ils düflent fçavoir Ifimpofture qu’ils
.f oient concertée , fi ce qu’ils difoient n’étoit pas
tritable 3 & fur tout puis qu’ils prétendent faire
■)ir des preuves fenfibles & miraculeufes des
hofes qu’ils annoncent.
! Enfin le dernier de ces principes eft > s’il eft per-»
fis de le dire , encore plus évident que les autres,
•ar il ne fe peut que les Difciples du Seigneur
^ s U s aïent été trompez , premièrement fur des
fits fi palpables & fi’fenfibles , qu’il ne s’agit que
«■ voir & de toucher 3 en fécond lieu , fur un fi
{■and nombre de faits dijfferens les uns des autres
-jr les circonftances en troifiéme lieu , fur des faits
ijfuivis & fi enchaînez, qiie celui qui aftîrme l’un,
4 obligé de confencir à la vérité de l’autre.
iîo Traité de la Vérité
Qo^on rcpafle bien ces chofes dans fon efprîti
& je fuis affurc qu*on ne doutera point d'aucu;
de ces trois principes. Qu^on mette la contrai
diâ:oire négative en la place de Taffirmative , i\
je fuis alTuré que nôtre cfprit la rejettera dV
bord. Si vous dites , les Apôtres n’ont point ar‘i
nonce les miracles , la Rcfurrcdlion & TAfcerl
fion de Jesüs-Christ dans le Ciel , ni réfuficj
du Saint- Efprit furies Apôtres: vous dites urî
choie qui vous paroît aufTi fauffe , que fi vot'
difiez , les Apôtres n’ont jamais etc , ou ils n’oij
point etc les Difciples de Jesus-Christ , oui
n’ont point prêché qu’il faloit croire en lui ; ^1
il eft confiant que vous rejettez d’abord touti
ces propohrions comme extravagantes.
Si vous dites , les Apôtres n’ont point cru c
bonne foi les miracles , la Rcfurredlion , l’AlI
cenfion de J e s u s-C h R i s t , & l’cfuficm de
dons du S. Efprit : vous dites, les Apôtres nori
point prétendu ni faire des miracles , ni parl(!
des langages etrangers i ni pouvoir communique!
ces dons aux autres hommes : vous avancez ]!
même chofe que fi vous difiez , les Apô:res n’on|
écrit aucune des Epîtres qu’on leur attribue 5 Ici
Apôtres n’ont point prêché publiquement à Jei
rufalem le jour de la Pentecôte ; ils n’y ont poirj
établi une Eglife, & ils n’ont point enfeigné I
croire l’Evangile.
Enfin fi vous dires , les Apôtres ont cru C(|
chofes , mais ces chofes n’étoîent pourtant pri
véritables : vous dites, les Apôtres n’ont ni d(|:
yeux ni des oreilles , ni une mémoire j &
meme concert de folie pIuHeurs centaines , t]
même plufieurs milliers de perfonnes ont pei|
du l’efprit : & ceux qui embrafient la doclriri
qu’ils enfeignenr, la perdent à point nommé aufin
tôt qu’ils les ont entendus; & cependant cettj
folie cfl le principe qui ;ious fait bien vivre , <1
?!
h delà 'ReVtpon Chrêùenne, ili
ÿ a fandlific le genre humain
rjll cft certain que quand on confidére Tamas
flccs objets & de ces circonftances , il en rc-
Itc une ^cmonftration morale qui vaut toutes
|< dcmonftratîons mathématiques. Mais pour
jbreger autant qu’il fc peut , je dis que toute
4 rc démonftration confiüe au fond en ces deux
ÿ;)ts. Les Dhciples de J e s us- Christ ; ont crû
P bonne foi les miracles , la Refurredion , TAf-
ifîon de Jésus-Christ, & l’éfuhon des
ns du Saint- ■Efprit. Donc cesquatres evénemens
nt véritables. La conféquence eft évidence,
^rce que ce ne font point ici des faits qui puif-
[fot être jamais fufceptibles d’illufion , ni fur
il’qûels il foie poflible de fe tromper. En efet,
(and les Difciples auroient pu le tromper fur
y feuî miracle , comment fe leront-îls trompez
t plufieurs miracles ? Quand ils fe feroiciu
Él)mpez fur le fujet des miracles de Jesus-
I^RiST, ils n’ont pu fe tromper fur le fujet
^ fa Rérurred:fon. Quand ils auroient pu fc
t^mper fur le fujet de l’a Réfurreâ;ion , îlsn’au-
i(ient pu fe tromper fur tant de marques fenfî-
que Jésus -Christ refufeite leur donna
* fa prefcnce, & fur tout furie fujet de fon Af-
*nfion. Quand ils fe feroient trompez fur le fujet
j fon Afeenfion , ils n’anroient pu fe tromper
jfr le fujet de l’cfufion du S. Efprit fur les Apô-
usj car ils faifoient une expérience continuelle
li ce dernier miracle, lis fçavoient bien s’il leur
«oit aparu des langues mi-parties de feu ; maïs
i| fçavoient beaucoup.mieux encore, s’ils avoient
jçü les dons des langues reprefentez par ce hm-
Me extérieur : le S. Efprit aïant choifi ce don
nre tous les autres pour le rendre particulierc-
|cnt remarquable , parce que c’eft de tous les
■>ns celui qui peut ccre le moins imité , & qui
i le moins fufceptible d’erreur & d’illuhon.
Car,
ifi Traité de la Vérité
Car, je vous prie, Jemoïenqueje mcperfi
de que je parle Perfan , le Chinois & l*Arabe, !
que j’entens toutes ccs langues , lors qu’on rf
les parle? Et s’il eft fijare de voir unieul hoil
ine attaque de ce genre de folie , il eft certain;
ment impoftible qu’il y ait un grand nombre :
perfonnes qui s’imaginent tout d*un coup par!;
toutes les langues du monde, fans que cela ft*
véritable.
Il faut donc demeurer d’accord, que quai-
les Difcipics de Jesüs-Christ auroient pü ctj
trompez fur tous les autres faits, ilsne pouvoie.
jamais l’étre fur le fnjet de celui-ci. Unbomn;
ne peut ignorer s’il parle ou ne parle pas des la(
gués qui auparavant lui étoienc inconnues j dci
hommes le peuvent encore moins i douze moi;!
encore, foixante & dix le peuvent encore moii!
ignorer , & chacune de ces perfonnes fçichaj
ce qui fc pafle en elle, il eft impoftible que tou
croïent avoir reçu le don des langues 5 fi ce,
n’cft point véritable. ’
La conféquence de nôtre argument eft dor^
certaine, évidente & inconteftable , s’il en fil'
jamais. Le principe ne i’eft pas moins. i
Les Difciples de Jésus-Christ, ont crû d!
bonne foi les miracles , la Refurredion , l’Alj
cenfion de J e s u s-C H R i s x , & l’cfLifton de!
dons du S. Efpiit. Si vous voulez en être cor'
vaincu , vous n’avez qu’à lire le Nouveau Te'
llement depuis un bout jufqu’à l’autre. Vou'*
trouverez cette bonne foi & cette perrua{io|i
dans leur definterefl'ement , qui naît de ce qu’ilf^
fçavent que Jesus-Christ qui eft lcu;l
trefor eft monte au Cjcl j leur joïc dans les af i
Aidions , qui vient de ce qu’ils rendent temoi- j
gnage à la vérité j leur charité & leur pieté, qu '
lont incompatibles avec le caradere des féduc-^'
leurs i leur humilité, leur pureté, leur patien-i
ce
de la 'Religion Chretiennêi^
j, leur zélé, & le defîr ardent de faire naître
litcs ces vertus dans Tamc des autres : ces'deux
^Dfes étant inconteftables j premièrement , que
I Difciples de Jesus-Christ font paroître
(t naturellement tous les fentimens de la pie-
de la vertu ; en fécond lieu, que la pieté
Sla vertu ne naiflent point de l’impofture & de
perfidie. Vous trouverez la bonne foi des
Tciples , & la finccrité de leur peiTuafion ,
is le caiadlere de leur langage. Car fi leslan-
‘S expriment le génie & les mœurs des peii-
? , on peut dire que la langue des Difciples
Jesüs-Christ exprime les merveilles de
jîjv^angile par une énergie toute finguliere , qui
ijingue le fiilc de ces Auteurs non- feulement:
Ijlangage des autres hommes , mais meme du
ICtage de la Loi. Vous trouverez cette bonne
dans ce grand nombre de paflages obfcurs &
ïciles que raportent les Evangelifies. Car
n côté il n’efi pas pofiible que les Evange-
!S aïent fupofé & inventé ces enfeignemens ,
ces chofes d^'fSciles & obfcures qu’ils font dî-
Jisüs-Christ j & de l’autre il eft certain
I! prefque toujours, ces pafiages obfcurs & dif-
les enferment quelque fait miraculeux , ou
ièîquc allufîon à ces merveilles furnaturelles.
fidîs premièrement, que les Evangeliftes n’onc
ijnt inventé ces chofes obfcures & difficiles
qjils font dire à Jesus-Ckrist , & qui font en
Ijfz grand nombre. Car comment ces pauvres
fjheurs feroicnr**ils aflez habiles pour inven^
lij ce que les Doefteurs de feize fiécles font à
fijnc allez habiles ou pour entendre , ou pour
ffe entendre aux autres ?
:JIÎ eft vrai d’ailleurs, que ces palTages obfcurs
êjlifficiles enferment ou rhiftoirede cesfaits mi-
fJuleux dont nous difputons, ou contiennent
i allufions fi naïves & fi naturelles à ces faits,
qa’on
2, T 4 Traité de la Vérité
cju’on n*a aucune peine à s’apercevoir qüe 'Cc'
qui rdporte ces partages fupofc , & que ces fai
font véritables , & que ces faits (ont publiqui
ment connus. Par exemple , pourquoi ]ea'
Baptifte cft-il le plus grand qui foit ne de fei’
me, comme J e s u s-C h R i s T, s’exprinj
Ce n’efl: point par Tes miracles ; car il n’eni;
point fait. Ce n’efl point par fa faintetc, Moïii
qui a été apclé le plus débonnaire des hommcj'
Tco^aloit bien en cela. C’eft donc à Pèf^ard de 1
vannage qu’il avoir eu de voir & d cniendie
Mertic. Mais comment eft-il ajouté que le moi|
dreauRoïaumedes Cieux cft plus grand que lin
Entendez vous par le Roïaume des Cieux, ||
Roïaumedont Jean difoic lui- même , Le R6iA^\
me des Cieux eft aproché ^ N’eft-ce point pailf
que Jean ne vit point toutes les merveilles de
Roïaume que virent les moindres Düciples *:
Jésus- Christ .? Ce qui fait dire à ce Sauvcij
Or vos yeux font bien- heureux , car ils voient \ 'i
vos oreilles y car elles entendent. Car en vérité'
vous dis que plu/leurs Rois ^ plufieurs ?rofhi\^
ont defire de voir ces chofes , ^ ne les ont po'^
vues j d*ouir ces chofes ^ les ont point oüim
Or tout cela fupofe les miracles de jEStl
Christ, & les autres merveilles qui conll
ment nôtre lainte Religion. .
Ce qu’il dit au fujet du blafphême contre i
S. Efprit , eft tout-à-fait furprenant. Le n(J
même qu il donne à ce péché a quelque chofel
(ingulier & d’extraordinaire. Car jamais *
hommes n’avoient ainfi parlé. On fçavoit bien!':
que c’ctüit que pécher contre Dieu i mais oni
fçavoit pas ce que ç’étoit que pécher contriU
S. Efprit, & moins encore ce que c’étoic (je
blarphcmcr contre le S. Efprit, Ce langage m
veau vient nécefldirement de ce qu’il y a ici i
révélation nouvelle & des objets nouvcar
! Religion Chrétienne* 2,Tf
! s Juifs ne fçavoient point ce que c’croit que Je
Efpric , à prendre ce terme dans le fens des
angeJiftes. 11 y eüc meme quelques-uns de
IX qui avoienc etc convertis à Jesus-Christ
Iji ne fçavoient pas encore le fens de cette exprel*
(jn. Cependant, lorfquc nous confultons les
Ipngiles, les Ades des Saints Apôtres, & les^
>îcres de ces hommes extraordinaires , nous
ji fommes pas lon^-tems à fçavoir que par le
ij Efpric dans la plupart de ces endroits , il faut
Rendre les dons extraordinaires & miraculeux
^i ctpient comrSuniquez aux hommes en ce
il|ns-Ià ; & blafphémer contre le Saint-Efprit ,
lifphcmer contre le divin & glorieux principe
liji faifoit de fi grandes vertus en Jesus-Christ,
if qui donnoit un tel pouvoir aux hommes.
ijAînfi il y a dans ce paflage premièrement une
^pfeurité qui fait que jamais les Evangelifies
fc feroient avifez de le fupofer , fi en effet
[■5US-Christ n’avoit pionor^cé ces memes, pa-
ijles > &*en fécond lieu, ce paflage fupofe in-
*i.ntcftab]ement les faits miraculeux que les Pha-
' iTiens atribuoient à la puiflfance de Beelzebut :
A quoi confiftoit proprement le blafphéme con-
[if le S. Efprit.
[ 'Tout de meme ce paflTage , Si quelqu'un ne re^
Hît d'eau ér* d'efprity a une obfcurîtc embaraf-
.;.ntc ÿ parce que jamais les hommes ne s’etoient
^i;primez de la forte. 11 efi bien difficile d’en-
.ibdrc Je fens de ce paflTage : mais il cfi beaucoup
jus d’fficile encore de l’inventer i & Ton pouroit
Icn.bîcr tous les Docfleurs qui font au monde,
p’ils n’inventeroienc rien de feinblable. Sur
lut il n’eft point naturel que les Juifs trouvent
|cn de pareil , parce qu’ils n’ont point parmi
îx des objets qui leur donnent toutes ces idées,
^ais lorfquc vous fupofez le bârcme de l’Efpric
;ic reçurent les Difciples de J esus - Christ ,
• vous
T faite de la Vente 1
vous n’avcz plus de peine à comprendre le rej
de cette exprefîion mifterieule & remaïquabli
On peut ajouter à çe paflage celui qui fait mcil
tion du bâteme d’efprit & de feu. |
La fagefle de Dieu a voulu de meme que ccr|
qui nous font i’hinoire de la Rcfurieâiion
Jésus- Christ y nous difent des chofes que no |
ne comprenons point d’abord, & qui ont un fc i;
raifonnablc en effet, pour qous faire compre |
dre que comme il efl impofîible que ces chof l
obfcures & difficiles à entendre qu*ils font dire j
Jésus -CHRrsT leur foient venues dans l’erpti|
fl Jésus- Christ ne les avoit dites en effet, il
fe peut par conféquent pas qu’ils aïent invenjl
ni l’hiftoire de la Refurredion de jEsu ja
Christ, ni les entretiens qu’ils ont eu av»'-.
ce glorieux rcfurcitc, comme par exemple , c,,
paroles que Jésus- Christ dit à Marie :
touche point. Car je ne fuis point monté a mon Pef ^
On pou 1 oit faire un nombre prefque infini de c |
remarques, lefquelles fi elles n’ont pa^ une cv
dence démonlfrative , font pourtant tiés-prtjh
près à nous faire fentir la vérité des faits dont
s’agit ici. ,
Vous trouverez la bonne foi des Difcipl ;)
dans ce grand nombre de circonfiances qui acon,;!,
pagnent leur récit , dont les unes font fi fingi ai
îieres, qu’elles ne viennent nullement dans Vc \
prit 5 les autres paroifl'ent fi peu refpedueiif''*
pour leur Maître, ou fi defavantageufes poij
eux- memes, qu’il n*y a aucune aparence qu’iî <
aïent voulu les inventer 5 les autres (ont fi lié'
avec des evenemens qui dévoient être fort cor,»
nus, qu’ils n’auroientofé feulement avoir la per,
fee de les fupofer contre la connoiflance publj t
que, comme nous l’avons fait voir amplemcn r
Mais enfin nous ne voulons point nous arre
ter à des raifons probables, quelques probab!',
de la 'Religion Chrêtierinô* ii7
n’cîîes foient , & quelques capables qu’elles
iflcnt de former une véritable dcmonltradon ,
ant unies & raiTemblées. Je viens donc à quel-
UC chofe de dcmonftracif.
Toute la dcmonftracion de la vérité de la Re-
TÎon Chrétienne roule fur cét. argument. Les
pôtres & les Difciples de Jésus- Christ onc
ü de bonne foi les miracles , la réfurreclion ,
i/Vfcenfion de Jésus - Christ, & Tefrufion des
{)ns de Ton Efpric. Donc tous ces faits font vé¬
ritables.
I Nous avons prouve invinciblement la confé-
jucncc de cct argument, en faifanc voir qu’il eft
inpoffible que les Dilciplesie foient trompez fur
)us ces faits enfemblesquc quand ils fefcroîenc
lompez fur le fujet des miracles de JesuI-
j H R I s T , ils n*ont pu fe tromper fur le fujet de
i. refurredion , que quand ils fe léroîent trom^
i’z fur le fujet de fa réfurredion , ils n’ont pu fe
jomper fur le fujet de fon Afeenfion j & que
band ils fe feroient trompez fur le fujet de fon
;jfcenfion , ils n’ont pu l’étre fur le fujet des dons
(iraculeux, qui croient des faits d’une connoif^
incc intime & d’une expérience continuelle.
Je prouve le principe de cét argument, fçavoîr
iic les Difciples de Jésus- Christ ont cru ces
[its de bonne foi s &• je le prouve par la même
’i'adation. Je dis que les Difciples n’ont pu trom-
|:r les hommes à l’égard de miracles de Jesüs-
HRisT , non- feulement parce qu’ils les atte¬
int aux dépens de leur repos , de leur fang &
b leur vie, mais aufli parce qu’ils en citent les
|:ux , les fujets , le temps , & généralement tou-
s les circonftances néceflaires à la découverte
c la vérité , & qui rendent le menfonge im-
pflibîe ; & que d’ailleurs ils confirment ces
firacles par des miracles aufli grands, ou plus
rands , qu’ils pictcndcnc faire en prefcncc
Tome 11, K de
îiS Traité de la. Vérité
de ceux à qui ils cvangelifenc , ne leur diTaril
pas feiilemcnc : Ce que nous avons vu de «cl
yeux y ce que nous avons oui. de nos oreilles , ci
que nous avons touché de nos mains , ( fai Tant al j
lufion à ce que Jésus* Christ fe fie touchfj
apres fa refurredtion J ce que nous avons tou\
ché de nos -mains de la parole de vie , nous vott<i
V annonçons j mais encore. Lui donc a répand i
ce que maintenant vous votez oiez : y aïant en' i
core ceci de très remarquable en cela , c’eft qu’i&
prétendent que le S. Efprit n’eft defccndudaE|
une très grande mefure fur eux que depuis quVj
Jésus ‘Christ efl glorifie. Ils font de cett;^
vérité un article capital de leur Evangile. £|
•S*. Efprit y difcnt-ils , nétoit point encore donné\^
farce que /ES VS CHRIST n étoît pas encofif^
glorifié. Vous voïcz ce qu’il entend par le 5j|||
Efprit , non fimplement la grâce de Dieu ii
car ils l’avoient déjà reçue dés le temps qu«
J E s U s-C H R I s T étoit avec eux : non quciqull
mefure des dons miraculeux j car ils Tavoierjo
reçue certainement , lors qu’ils furent envoïC|)
dans les divers quartiers de la Judée pour prc j
cher, & pour faire des miracles au nom de leu'
Maître : mais cette mefure extraordinaire i\y
abondante des dons miraculeux qu’ils rcçûrer'i
le jour de la Pentecôte. Car comme alors i|;:
dévoient parler à toutes les nations, ils rcçtDt
rent le don de parler tonte forte de langages
furent bâtilcz & inondez de cét Efprit doij
ils n’avoient reçli qu’une petite mclurc. C ’c •
ce qu’ils apellcnt recevoir Veffet de la promef ]
C’eft ce que chacurv des Evangeliftes nomm:
être hâtifez du S, Efprit de feu.
Mais quand on ne pourroit pas jufiifier qu|
les Difciplcs croïent de bonne foi le mira,
des de Jesus-Christ , il faudroît demeurer d’a
€ord qu’ils croïent de bonne foi fa réfurxeélion,
n’etan
de la Religion Chréttennêé ilj»
i'éraîit pas pofîible ni qu’ils s’acordcnt à la tc-
loigncr malgré tant de rudes épreuves dans
n temps où ils dévoient être fi abatus , ni qu'iis
ufi'enc foütenir ce concert comme ils font. Je
jis la meme chofe de rAfeenfion glorieufe de
IESUS-ChRI ST,
Certainement , quand la bonne foi des Difci-
Ics feroit (ufpedle fur le fujet de run&dcTau-
,*c de ces deux derniers évenemens 5 il ne fc
|sut qu’elle le foit fur le fujet des dons mi-
iculeux. Car fi les Difciples de Jésus-Christ
;e font pas dans la bonne foi , ils fçavent donc
u’ils font menteurs , qu ils ne peuvent point
iiirc des miracles , ni parler toute forte de
ingages : & fi cela cft , il efl: impolïible qu’ils
î vantent de l’un & de l’autre, & qu’ils en
aflent une article effentiel de leur Evangile. Ils
’cn peuvent pas avoir feulement la penfcc.
lais il fc peut encore moins que dans cette
erfuafion cii ils font qu’ils ne peuvent point
lire des miracles, Sc qu’ils ne parlent que leur
ingue , iis déclarent que Dieu les a envolez
Dur faire des miracles , & pour parler à tous
:s peuples du monde à chacun en fa langue ;
: il fc peut beaucoup moins encore , qu’ils
romcticnt à leurs Profélites de leur faire fai-
b des miracles , Sc de leur faire parler toutes
h langues d’une telle forte qu^eux & les au-
*cs s’en apercevront fur le champ. Car fi les
pifcipics fçavcnt par leur expérience qu’ils ne
atlcnt point des nouveaux langages, ils vcïent
UC par cette meme expérience leurs Proféli-
;s fçauront bien connoître qu’on leur a pro-
lis vainement & fauflement de leur faire par-
71 des nouveaux langages.
Q^and un feul Difciple de Jésus- Christ au-
oit pu extravaguer jufqu’à ce point , il eft
■npofiible que tous cnfcmbJc aient tout d’uii
K ij coup
lie Traite de la Vérité j
coup & de concert extravagué de la forte, ij
Mais pofons encore que tous les Difciplescnj
trcprennent de perfuader à leurs Profclites qu’il
leur ont confère Je don de parler des nouveau;
langages : il ne fe peut que cps Prôfclités îj
croïent contre l'expérience continuelle qu’il
font du contraire. Car fi les Difciples fçaveij
par expérience qu’ils ne parlent pas des nôuj
veaux langages , par cette même expérience ccj
Profélites fçauront qu’ils n’ont par reçu le do(
de parler des langages. Et fi un feul pouvoir (j
le perfuader, Ç ce qui meme eft impoflible ) il e
impofiible que la multitude fe le perfuade, l
plus impofiible encore que cette illufiôn devicn
lic fi univerfelJe & fi durable, que S. Paul I
trouve non-feulement établie, mais la fupofe
mais entreprenne de corriger des defordres qii
naifloient dans des Eglifes particulières à fégarj
de Tufage des dons miraculeux. Mais quand Ici
Difciples de Jésus- Christ pourroient avoir 1
penfée de promettre des dons çniraculcux qu’il i
içavcnt bien n’avoir pas, & de faire parler de
langages qu’ils n’entendent ni ne parlent cux|
mêmes ; quand cette multitude de Profélitcj
& de Difciples pourroit fe perfuader qu’il
entendent ce qu’ils n’entendent point , qu’ij
parlent des langues qu’ils ne parlent non pluj
qu’avant leur vocation, contre leur expérien:
ce & contre leur fentiment : il ne fe peut qu
CCS éfers qui n’exifient que dans rimaginatioiâ
Jes uns des autres , frapent les yeux des alïïjj
Pans, & que les Juifs glorifient Dieu de voif
l'E fprit de Dieu defeendre fur les Gentils. Maijfi
quand tour cela feroit pofiibîe , il ne fe peaj
que fi l’on éprouve cette ilIufion fur Je don dh i
parler des langages , on l’éprouve encore fu i
le don de les interpréter, encore moins fur tcuii,'
les autres doiis. i
délit Religlm Chrétiennê. iii
?| Apres cela , je joints à cette confidcratîon cel-
ij: de la patience des Difciples, de leur faintetc,
lie leur charité, de leur zcle, de la maniéré donc
Ils parlent, de la maniéré dont ils agiiTenr, de
l|ur defintereffemenr , de leur finccritc & de
t’j.'ur naïveté : & il me fembic que tous ces carac-
;res enfemble me^ perfuadent avec tant de lu-
liere & d’évidence que les Difciples font dans
bonne foi , & qu’ils n’ont pas deffein de me
i ioniper , que je ne fuis plus en peine de démon-
; ration pour en être convaincu.
Il eft bon maintenant de fatisfaire à quelques
nites difficultcz qui pourroient n’aître de ce qui
été dit fur les faits miraculeux.
La première difficulté confifte à fçavoir , corn-
î'ent les ennemis de l’Evangile ont pii étoufer la
,|)nnoi(rance de tant de faits extraordinaires Sc
ifiraculeux qui fembloient être capables de con-
hrrtir tout le orenre humain , ou du moins les
f|ii5 ou CCS chofes s’ctoient pauees.
j Je réponds premièrement , que ces faits n’ont
\':c en aucune façon ni étoufez , ni cachez
aucune forte. Ils l’ont été fi peu , qu’ils
tnt converti un nombre infini de Juifs & de
; entils, Sc en très- peu de temps. Je réponds
n fécond lieu , que diverfes eau Tes extérieu¬
rs ont pourtant contribué à en affoiblir l’im-
ieffion. Premièrement les Doêleurs Juifs fi-
mt ce qu’ils piirent pour faire acroire au peu-
ile que c^s miracles étoient Téfet de quelque
lagie ou de quelque efpcce de commerce avec
ç démon.
■En fécond lieu , les puIlTances féculieres étoient
ellement déchaînées contre cette Sedle, qu’il
Uoit fe préparer à être jetté dans un cachot ,
U à monter fur un échafaut , ou même à
iuelque chofe de plus trifte & de plus funefte,
:uand on vouloir s’atachcr à J £ s u s-C hr i s t.
K iij Et
1
i
’i'it Tratti de Vérité
Et "comme rîen ne faic plus d'impreiïion fur la (
hommes queîes fuplices, les peres defendoient S) i
leurs enfaos d'avoir aucune communication avci
les Chrétiens i par la crainte qu’ils avoient de le; i
voir expirer dans les tourmens : & ils fe dé-
fendoient cette focictc à eux- memes avec beau- ;
coup de fcvciirc. Or ccc éloignement qu’oi^
avoir pour les Chrétiens > faifoit qu’on fermoi,
les yeux & les oreilles pour ne point oüir ku;
parole, ni voir leurs miracles.
' En troifiéme lieu , la dodtrine des Apôtre
choquoic tellement leurs préjugez, qu’ils n
pouvoient manquer de la fuir & de la haïr. L .
croix de Jésus-Christ ctoit le fcandalc du Juii
& la folie du Grec. ,
E2nfin]a Rclîgio-n Chrétienne abolilTant la Pé¬
dagogie Légale & la Religion Païenne , un Jui;
ne pouvoir devenir Chrétien , fans renoncer à c
qu’il avoir toujours regardé comme de plus in ^
vîolable : & le Païen ne pouvoit croire en Jésus i
Christ, fans regarder comme profane ce qu’;
regardoie auparavant comme de plus facrc. D
là vient que l’Ecriture nous parle des cïets d,
l’Evangile acompagné de la vertu du S, Erprit,
comme de la ci cation de nouveaux Cieux l >
d’une nouvelle terre.
Ajoütcz à cela les foins infinis que les Pretre: ^
Juifs & Païens, & les Magiftrats de l’un & d
l’autre peuple prenoient d’éroufer la lumière d
TEvangile ÿ & lesfoiblcflcs , les paflionsdes hom
mes incapables feulement de foütenif par eux
memes l’idée des tourmens qui furent invente
pour empêcher les progrez du Chriftianifme : ^|
vous ne ferez plus étonnez de ce qui vous a fur
pris d’abord.
On peut demander en fécond lieu, pourque
les Hiftoriens Païens né"font aucune mention c|
ces grandes merveilles de l’Evangile , qui mcril
toierj
de la Keliglon Chrettennê; ilj
V «lient pourtant bien de tenir un rang confidérable
• ’irmi tant d’autres cvcncmens qu’ils raportenr.
On répond que cette confidcrarion ne fait
“ tn contre la vérité des faits que nous avons
ablis : premièrement , parce qu’on ne peut:
rer que des coiiiéquences cxceflives de ce prin-
! pe qui prouve trop. Les Auteurs profanes
‘ ont rien dit de Jésus- Christ. A peine con-
)iflent-ils fon nom. Suetone en parle ainfi:
jidâi îumultuati funt ^ Chrifio impulfore* S’en-
i:iit-il de ce que Suetone ne connoît pas bien
nom de Jesvs- Christ j que Jésus - Christ
ait point etc, ou qu’il ne fe nommât point
hriftus } Les Auteurs profanes ne difent pas
u’il s’établit en tres-peu de temps des Eglifes
' hrctîcnnes à Rome , à Corinthe , à Ephéfe ,
u\ Sardes, à Smirne, à Philipes , à Thefi'a-
jbnique, &c. s’enfuit-il de là que tout cela
fj’cft pas véritable j Certainement s’il y a quel*
rue fait certain dans le monde , celui-ci l’cfl
■ms difficulté. Je veux que les miracles , la
éfurreélion Sc l’Afcenfion de J e s u s-C h Ri s T,
^ uflent des faits douteux : on peut dire du
: inoins que l’établifTement de ces Eglifes Chré-
Jiennes compofées de gens qui croïoient ces
îhofes, eft un fait très certain. C’eft un fait
jjui étoit d’ailleurs très important & très re-
Siarquab^e. Cependant il n’a point été raportc
')ar les Hiftoriens du fiécle. L’objeiftion va donc
trop ît>in. Elle prouve trop, & par là elle ne
prouve rien.
' Je dis en fécond lieu, que les Hiftoriens du
fiécIe ont parlé avec tant d’ignorance des affai¬
res des Juifs, qu’il ne faut point s’étonner qu’ils
paroiffent peu inftruics de celles des Chrétiens ,
iqu’ils regardoient comme une Secte des Juifs.
Car fl l’on trouve que rHiftoirc de ces Auteurs
ne s’acorde pas bien avec l’Evangile des Apôtres ;
K iiij qu’o^
ai 4 Traite delà Vérité 1
r^u’on la compare avec rhiüoire de Jofephc>
on verra qu’elle ne s’acorde pas mieux avec cellc | -
ci qu’avec l’autre. |
Enfin les Auteurs Païens ont regardé la Rcvl
lîgîon Chrétienne comme une efpcce de magil;
& de fiiperfiicion dcteftable qui alloic à la rüin(!^
du genre humain. Il eft certain que les homme
faiioient tout ce qu’ils pouvoient pour en donil-
»er cette idée aux hommes du temps des Apô-jj<^
très, & long-temps apres eux , & qu’il ctoi,;^'
dangereux de parler autrement. Tout le mondij^
croit ami ou ennemi des Chrétiens. Les ami;t|
des Chrétiens ont été Chrétiens eux-mêmes ; & \-
ceux-ci ont parlé Sc écrit ce qu’ils fçavoient de:!
merveilles du Chriftianifme. Les autres n’au-j/.
roient ni pu , ni voulu , ni ofé écrire comme ceux-! •
ci. Ils ne l’auroient point voulu , de peur d(',
faite tort à leur parti, & de déshonorer leuij>|
Religion. Ils ne l’auroient pü , parce qu’ilîij
étoient eux-mêmes mal inftruits des meîveillcîlj
du ChriftianiTme 5 aïant toujours craint la lo-^l
ciccc des Chrétiens , & regardé comme une-;
perl'uafion bien trille & bien dangereufe la foil
de ces hommes , qui ne gagnoient à profelTciit
leur Religion que les fuplices & que la mort, j
Enfin ils n’auroicnr ofé écrire les chofes conl-,V
me elles croient , quand ils les auroient fçüës ’A
parce que fur leurs propres Ecrits on les auroit
aeufez d’être Chrétiens : crime qui ctoit puni û
ligoureufemcnt en ce temps- là , & qui ne pou¬
voir pas manquer d'attirer ou leur perte particu- <
liere 5 ou s’ils étoient déjà morts, la honte &
l’oprobre de leur famille.
On demande en iroificme lieu, pourquoi les
Apôtres aïant la vertu de guérir les malades &
de réfiifciter les morts , n’ont & refufeite tous!
les morts, & guéri tous les malades qui étoient
dans la Judée, parce (^u ‘alors tout le monde'
auroit
4
de U Religion Chrétienne* iif
llturoît etc oblige , maigre qu’on en eut , de croi-
Ji:c en Jésus- Christ. On répond que cette de-
g Uande efl: toute feinblable à celle que les meur-
K Iriers de Jésus- Christ faifoient lors qu'ils le
^ rrucifioienc , Il et fauvéles autres, difoient-ils ,
\He ne fe fauve-î^il lui-même , ^ nous croirons eru
Ht ', & toute pareille à celle que nous feroit quel¬
qu’un , s’il nous difoit , Pourquoi , s'il y a un
Dieu , ne fe fait- il voir & connoître fenlible-
ment , en parlant d'une voix claire & immédiate
lu haut des Cieux ? & alors tous les hommes
reroient obligez de le connoître makre eux.
C*eft que Dieu ne veut point être connu mal¬
gré nous j & qu’ainfî il faut qu’il fe manifefie
non comme il plaît à nos pallions , mais comme
il plaît à fa fagefle. Si J e s u s- C h R i s t ou les
î Apôtres avoient t^fufeité tous les morts , la Foi
^fe feroit changée en vüë, & Dieu n’suroit point
I rcülîi dans le delTein qu’il a de nous conduire
‘•fpar la foi. Il fufïic que Jésus- Christ & les
1 Apôtres ont guéri un nombre prelqu'infini de
malades , & rcfuTcité non pas un mort , mais
pîulîeurs morts. Il faloit cela pour confirmer
:Ja vérité de leur vocation. Cela étoit ncceffai-
re , puis qu’il ne s’agiffoit pas de moins que de
ifaire recevoir un crucifié , & de le faire ado-
irer comme le Fils de Dieu , & d’obliger les
j hommes à courir au martire. Mais il n’en fa-
loir pas d’avantage, puis qu*il ne s’agilToit pas
de changer l’œconomie de la Foi , mais de la
perfedionner j ni obliger les hommes à croire
malgré eux , mais de les obliger*à croire con¬
formément à leurs lumières.
Mais je veux que toutes ces difficultez foienc
en efet plus grandes qu'elles ne le font : on doit
régler des opinions fpcculativcs par des preuves
de fait , & non pas régler les preuves de fait
par des opinions fpcculatives. Et cette vérité
K V cft
tié Traité de la Vérité
cft une maxime generale qui a lieu Tur toute, É
les chofes du monde. J
II y avoic d allez grandes diificultez à recori^
Eoître qu*il y eut des Antipodes. Les uns pré |
tendoient que cela choquoic Je bon lens : & Je,^
autres prétendoient que cela ne s'acordoit poiii
avec les principes de la Religion. On faifoitde;^
difficultez & des objections confidcrabîes contn iv
cette opinion. Mais quand la preuve de fait cl :
venue , on s’eft ipocquc de ces objeCtions & de cc 5
difficultez. .
Quelques Phîlofophcs font voir par leur raî t
fonnemenr, que le mouvement eft impolïible,}^
Mais comme c’eft un fait d*expcriencc qu’il y al
un mouvement, on laifle dire ces PhilofopheSjp.
& on en croît ce qu’on en voit.
Et je dirai, fans craindre 4’cn trop dire, qu’iljji
n’y a jamais eu de faits, & qu’il n^y en aura a
point fur lefquels on n’aît pü former des dif-;|
ficultez de fpcculation aflez fpecieufes & aflcz Û
confîdcrables. On en fait fur le flux & fur le rc- T
/iux de la mer , fur TatraClion de Taîman par le fer,
fur la fourcc du Nil, fur les météores, fur les
peuplades & la propagation du genre humair?.;
Nous convenons avec les incrédules , qu’on
peut faire des diificultez , & de grandes di fficul- j
tcz fur les mifteres de la Religion, comme Ton
en fait qui ne font pas moins confîdcrables fut ;
les mifteres delà Nature. Mais je fontiens qu’il ,
faut renoncer au fens commun , pour préférer ;
des difficultez de fpéculation à des preuves de
fkît.
Q^nd nous ne ferions que raifonner fur la na¬
ture des chofes, & fur les principes de la Re-;
iigion naturelle, nous trouverions que faifanc
comparaifon de nos lumières & de nos difficul¬
tez , les premières rcmporteroîcin de beaucoup
fur les autres i & c’eft une vérité que nous
croïons
de la Keligion Chrétienne. 21.7
ifoïons avoir très- bien prouvée dans la premie-
je Partie de cét* Ouvragée. Mais quand nous ne
irouverions que des dilHcuhcz fans lumière dans
CS principes naturels, il faudroit faire céder ces
outes de fpéculation au fentiment des pieuves
c fait j à moins qu’au ne veuille faire ici. une
hofe qui cft fans exemple & toui-à-faît contrai-
c au fens commun.
Mais apres avoir fait connoître la vérité de ces
aits cflénticis qui font contenus dans les Ecrits
!cs Apôtres , il ne nous relie qu’à les faire fen-
ir par des remarques abrégées que nous ferons
ur divers endroits du Nouveau Tellament, &
|ui fe raporteront toutes ou à nous perfuader
]iie les Apôtres ont véritablement enfeîgnc ces
aits miraculeux , ou à nous montrer qu’ils ont
:tc perfuadez de bonne foi des chofes qu’ils
innonçoient, ou à nous faire voir qu’ils n’éne
|)U fe tromper fur ces faits. Car ces trois prin-
n’pcs forment la démonllration de la vérité du
Chriftianifme.
'Réflexions fur rEvangile félon S. Matthieu.
CHap. 2. I, Orfefus étant né en Rethléem ,
voici venir des Mages , &c. Ces Mages font
CS prémices des nations qui viennent rendre
lommagc à Jésus - Christ. Les Dodeurs Juifs
ronfultcz rcconnoilTcnt que le MelTie doit naître
ï Bethléem , & font dans un ^utre fentiment
|]uc les Juifs de nos jours , qui détournent l’o-
raclc de Michée j. à un autre fens. Au refie
:cttc hiftoire de la venue des Mages ne peut
5trc inventée. I. Parce qu’elle a un admirable
raporc avec l’oracle de Balaam , lorfque ce der¬
nier s’écrie, fe le voi y mais non pas maintenant y
'^e le regarde , mais non pa»s de prés : Vne étoile efl
'^recédée defacob, un feeptre s'e/l élevé d'Jfraél.
K vj Étoile
ii8 Traité de la Vérité
Etoile cîes Mages , fceptre de J e s u s- C h R l s ts|
1 1, Les Evangeiiftes ne pouvoient pas faîrîî
acroire à route la ville de Jerufalcm , qu’elli
avoir etc troublée par la venue de ces Mages : 5 1
moins encore pouvoit-on perfuader contre I;iv
notoriété publique , qu’Herodc eut fait une iî;
barbare cfufiorr de fang innocent. III, Il fauil
bien qu’on lui eut répondu que c’étoit en Bcth* .
lécm que le Chrift ou le Meflic devoir naître •
puifque c’eft là qu’il envoïe les miniftres de f. :î
fureur. IV. Jofeph fe fauve en Egypte. Ii
craint de retourner en Judée, aïant oiii qu’Ar-'V
chelaiis régnoit en la place de fon pere : cir|f
confiance qui fe raporte tres-bien avec toute j
les autres. i
Chap. 5. 1. Or en ce temps- là vint Jean Baptifie-^
Jean prédit ici la ruine des Juifs en ces termesü
Bace de vipères , qui vous a aprïs à fuir l'ire qu *
eji à venir ? Or la hache eft déjà mife à la racin
des arbres : cejl pourquoi tout arbre qui ne
point de ben fruit , s'en va être coupé ^ jeîU\^
feu, &c. Jean prédit réfiiCon du S. Efpiit fuij
les Apôtres, lors qu’il parle ainfi. // eft vrai qui\
pour moi je vous batife d'eau en repentance : matiV
€elui qui vient après moi eft plus fort que moi , &C .
four lui il votes bâti fer a du S, Efprit ^ du feu \
Enfin, Jean vit le S. Efprit defeendre fur Jésus ^
Christ fous une forme qui marquoit le ca*
ladlere de douceur & de débonnaireté dont £3
rie feroic marquée, & il entendit cette voix dti
Ciel , Cettui^ci eft mon Fils, Sic, Trois faitij
qui ont une liaifon nécefl'aîre avec les principe ;
de, la Religion , s’ils font véritables , comtn<|i:
ils paroîrront à tous ceux qui confidéreront kji
chofe d’afTez prés. En vain foupçonnera-t-o;
l’Evargelifle d’avoir invente cette prédiélion d'
la ruine de Jerufalem , qu’il met en la bou*j
che de Jésus - Christ , puifque cct Evargif
de la Religion Chrétienne, sip
; été écrit avant ccc cvcncment. En vain fein-
i ra-t-on que la prcdidlion du baptême du S. Ef-
irit & de feu a été ajoütce à Thiftpire de Jean-
laptifte ? Car comment les Difciples Tauroienc
is mis en la bouche de Jean-Baptifte , s’ils n’a-
oient rien vu d’aprochant ? Ou fi en effet ils
nt etc bapcifez du S. Efprit & de feu , pourquoi
tfufera-t-on de croire que Jcan-Baptifte Ta
-redit >
! Ch AP. 4. I. u^lors Jisus fut emmené par
[Efprit au defert , &c. Si les Evangelîftes fui-
'oient une autre régie que la vérité dans leurs
icrirs , ils n’auroient jamais mis Jesus-Chris’T
ntre les mains du diable , qui le tranfporte tan-
ôt fur les créneaux du Temple , & tantôt fur
inc haute montagne. Nous trouvons icj une
I narque inconteflable de leur fincérité.
Verf. ip. Et il leur dit , Venez, après moi , ^ je
. ‘Wus ferai pêcheurs d'hommes, Qq[ eft celui-ci j
^ |ui fans richefles , fans armes, fans autorité , &
ans aucun fecours humain , veut changer les
jccheurs de poiffons en pêcheurs d’hommes ?
lui a mis au coeur cette penfée ? Quel def-
Icin ! Quelle entreprife ! Qi^lle confiance avec
*^ant de foibleffe ! Pour prédire & pour exécuter
pc projet , il faut que Jesüs-Christ Toit le Maî¬
tre de ces Difciples , pour les changer miraculeufc-
ment , Maître de leur efprjt , pour Téclairer 3 Mai-
:rc de leur coeur , pour Je détacher des objets du
imonde 3 Maître de l’avenir, pour le prédire 3 Maî-
He du prefent , pour en difpofer : Maître des incli-
hâtions des hommes qui doivent être pris : Maître
Idc leur réfifiance, & des obfiacles qu'ils doivent
opofer de leur part : Maître des ennemis de fon
nom : Maître des evénemens & des conjontî^ures*
' Verl. 14. Alors fa renommée courut par tou^
te la Syrie. Les Evangclifics n’ont pii faire acroire
que Jesus-Christ s’étoic rendu célébré par des
miracles,
Tr^Jté de la Vérité I
miracles , fi en efFec il n’en a fait ni prétendu fai' I
rc aucun. Ajoutez à ccJa , que jEsos-tHRisT ciB
diftinguc de" Jean-Baptiüe , en ce que runafaijl
plufîeurs vertus éclatantes, & que l’autre ne s’tiw
diftingué que par la pureté de fes mœurs. Qu®
fl Jésus - Christ a paffc pour faire des mira i
des , il ne s’agit plus que de (çavoir , fi ccsmib
racles font vrais , ou faux : Ce qui dépend d» '
l’examen des témoins qui les ont vus , delana' r
turc des faits, des ennemis qui fc font opofczjl
&c. il
Chap. j. I. Or Jésus votant les troupes y n7on %
ta fur une montagne y &c. ^ aïant ouvert fa hou'^^^
che , il les enfeignoit. Je ne dis rien fur ce Set*)?
mon cxccicnt que Jesus-Christ fit furlamon^is
tagne. II faut le lire , & demeurer d’accord cn*)t;'
fuite, que c’ell un abrégé de tout ce qui fut ja-lÿ
mais conçu de plus fain, de plus pur, dé plu II
fpiritucl , de plus definterefle, de plus furprenan !|
& de plus fublime. Lifez-lc , & vous ferez éton-|r
né de fa doctrine, auflî-bien que les troupes
Chap. 8. i. Bt quand il fut defeendu de îa\>.
montagne , &c. Vous trouvez dans ce Chapî*|r
tre les lépreux ncttoïcz , les malades abfens & a
éloignez de lui guéris par fa parole, les orageîjjj
de la mer apaifez, les démoniaques délivrez , & 1
les Gadareniens confternez par la perte de IcuijI
troupeaux, & furpris de voir les dcmonîaqucî j
guéris : qui font tous des faits qu’on ne pouvoit s
avoir fait acroirc aux Evangclifics par illufionj:]
& que les Difciplcs n’ont pu faire acroirc coi^|i
tre la notoriété publique. !
Verf, II. Mais je vom disque plufieurs vlen-'j
dront d^ Orient éf* d* Occident, Qui cft-ce qui A i
éclairé rEfprit de Jesus-Christ , pour lui fai- ^
re prédire la vocation des Gentils ?
Verf. 11. Bt Jésus lui dit y Sui^moiy ^ laijft\'
les morts enfevelir leurs morts* Cette expreflion
àe la Religion Chrêtlennê^
i: d'un homme qui a prcfondcmenc médite fur
I vamtédes choies humaines, tôc qui eft parfai-
iTicnt pcrfuadé de Ja mifçre & de la corruption
r*s hommes. Jamais homme avoit-il parle de
icrr maniéré f
Verf. 54. Er voici toute la ville fortit au devant
I Jésus, avant vu, le prièrent qu il fe reti-
\ty Scc, Voilà un affez bon nombre de témoins
4!ii pouvoient démentir les Evangelifks, fi ce
i:t n*cüt pas etc véritable.
C H A P. 9, I . Alors étant entré dans la nacelle^
i:. Dans ce Chapitre Jésus -Christ arrache
athieu du lieu de fon Péage , guérit une fem-
lî malade d’une perte de fang depuis douze ^
5 s, rend Javuë à deux aveugles, réfufeite une
jtitc fille , délivre un démoniaque. Mathieu ,
ni cfi celui qui fait i’hiftoirede ces chofes , &
l’aucun interet n’obligeoit à fuivre J i s ü s-
R 1 ST au préjudice de fon repos , ne pou-
'•it ignorer la force & l’empire qui l’avoient
nligé à fuivre Jesus-Christ. Jaïrus fçavoit fi
: fille avoit été réfuTcitée : fes parens en étoicnc
;ftruitsi les voifîns & les joiieurs d’inflrumcns
iii étoient déjà venus pour honorer fes funcrail-
lî , ne rignoroient pas. Les aveugles & les mala¬
is de la ville dévoient avoir éprouvé cette ver-
! falutaîrc qui fortoit meme de fes habits. Corn¬
ent tant de perfonnes autoicnt-clles du fçavoir
vérité de la chofe , fans que les Difciples aïcnc
ix-memes fçû cequîen étoit ? Ou comment fça-
lant le fait, auront-ils pu s’accorder à troin-
.*r l’Univers à leurs dépens , & contre leurinic-
:c temporel ?
Verf. J. Car lequel efl le plus aifé de dire y Tes
\chez te font pardonnez , ou de dire y Leve-toi y
arche} Il n’y a rien de fufpcdl dans le procédé
un homme, qui prefuve par des miracles fenfi-
les & falutaires l’autorité qu’il s’attribue.
Verf. ij.
132 Traité de la Vérité
VeiH 13. Mais allez. > aprenez ce que c efl : b
•veux mifericorde y ^ non point facrifice» Le ciilV'
fpiricuel eft le fcul que Dieu puifl'e agréer. Li -
cérémonies de Moïïe ne lui étoient agréablesll
que parce qu’elles étoient fondées fur robéïflaijq
ce qui efl due à Dieu. Cette obéïfl'ance tire toil^
te fa perfcdioiî de la charité: car ce n’efl pas*- -
obcïfTant par contrainte & par force qu’on ô
agréable à Dieu. Ce qu’il y a de plus excéicf -
dans la charité, c’cfl la mîfericorde, quipardo
ne les outrages, & fait du bien fans attendre
retour. Car on peut faire du bien par princiÉ
de vaine gloire : mais les oeuvres de la mifericci
de ont vin motif noble & defintereffé. La mifer? '
corde efl donc tout ce qu’il y a d’agréable à Dii
dans la Religion. L’Ecriture nous l’enfeîgne,
raifon nous l’aprend j mais cette vérité étoit '
profondément ignorée , lorfque Jésus - Chri
efl venu la prendre poür maxime fondamemaifi
de fa Religion , que rienn’efl plus furprenantq
le langage que J e s u s-C H R i s T tînt à cét égarh
Verf. 13./^ ne fuis point venu apeler les jull\^
mais les pécheurs à repentance. Deux mots q r
foudroient l’hipocrifie, anéantiffent lafauflecoiN
fiance, humilient l’homme , glorifient la mifcri;
corde de Dieu , vous font comprendre la nécefliÿ
té & l’hutilité de la repentance, & vous fo'
voir le defintereiTement de J e s u s-C h R i s T. ’
Ch A P. 10. I. Alors diant apelé à foi IV
douze Difciples , il leur donna pouvoir , &c. L’IL
vangelifle ne craint point de s’expofer à la coi'
tradition de ces douze Difciples du Seigneui! 1
qu’il nomme, lorsqu’il dit que Jésus - Chri -
leur avoir donné le pouvoir^de guérir toute fcj :
te de maladies entre le peuple.
Verf; J. Jésus envoïa ces douze là , ^
commanda , difant , N'allez point vers les Gentili
6cc. mais plutôt allez aux brebis perics de la
?
de lu Religion ChréŸtennO. 255
|I d'Ifrûtel, Voilà qui éloigné le foupçon que
Il incrédules pouroienc concevoir , que TAuteur
ÿcéc Evangile a voulu favorifer les Nations au
l'judice des Juifs.
I TVerf. 7. Rî quand vous ferez, parties , prêchez ,
ii'ant y Le Roïaume des Cieux e/l aproché, Jesüs-
lîRtST ctoic-il en état de fe faire rcconnoîrre
r^ur le Monarque qui devoit venir, s’il n*cüc
y etc revécu d’une puiflance infinie l
i Verf. 8. Guérijfe^ l'es malades , nettoïez Us lê*^
[jtux , réfufcite:^les morts, jetiez hors les diables :
mtuV avez refüpournéant y dmnez-le pournéant.
vmment Jesus-Christ pouvoir- il faire acroi-
■a à fes Difciples , qu’ils avoient reçu pour néanc
m: qu’ils n’avoîent reçu en aucune forte ? Q^llc
Üi.rdie énumération cft celle-là t
1 iVerf. Ne faites point provi/î on ni d*ory ni
^%rgen\ , ni de monnaie en vos ceintures , ni de ma-
mte pour le chejnin , &c. Ce n’eft pas affez que
Esus - Christ choififfe pour Tes Difciples des
{^[livres; il les oblige à fe rendre plus pauvres
^ 'l’ils n’éroient. Il ne veut point qu’ils falfent
^is provifions: fa providence veut les nourir mi-
:jculeurement j & fon Efprit tirera du cœur de
|;|uxqui croiront à leur parole, leur nourriture
t| leur vêtement. C’eft bien- là parler en Maître
f la Nature.
jVerf. 11. Et vous ferez hais de tous à caufe de
Ion Nom. Jésus- Christ ne fiace point fes Dif-
iples. Il leur prédit tous les maux qui les at-
(ndenc , & meme au commencement de leur mi-
illere : qu’y a-t-il de fufpeéf ?
jVerf. 15. Or quand ils vous per fêcuteront en cette
ille y fuïez en une autre* Car je vous dis en vérité,
ue vous n aurez point achevé d' aller par toutes leS'
\ill^ d' Ifraél , que le Fils de P homme ne fait venu.
l'e texte eft difficile, parce cju’il ne paroît pas (que la
iroplietie qu’il contient ait eu fon acomplifTe-
meac»
134 Trme de la, Vente |
ment. Maïs cette difficulté même fert à confit, J
mer nôtre foi. Car pourquoi ccc Evangclift|3
ccric-ii cela , lui qui avoir vu le fuccez de .cctt ï
affaire?!! fçavoit que de fon temps TEvangilc avoiil^
etc prêché non- feulement dans toutes les villciuî
d’Ifraël, mais dans prefque toutes les contréci'il
du. monde 5 fans neanmoins que Jésus- Chris i-:
fiit venu dans fa gloire. C*eft qu’il récite ici i
chofes comme elles font, & n’attribue à fon dii
vin Maître que prccifément le langage qu’il ; i
tenu. Au tefie, bien que par la venue de Jésus 13
Christ les Ecrivains Sacrez entendent pour l’or a
dinaire la derniere venue de J e s u s - C H R i s i|
en gloires cette exprcfîion fignifie au iïi quelquch
fois les jugemensque Dieu exerça fur les Juifsfi
lors qu’il envoïa les Romains contre leur ville : .
ce qui refout la difficulté.
Verf. 34. Ne penfez pas <jue je fois venu wettni
la paix en la terre :jeny fuis point venu mettre L\i^
paix, mais répée. Terrible déclaration pour de i
gens , qui , félon rerreiir commune des Juifs , s’ii i
maginoient que le Meflic devoît s’élever au corn': 1
blë du bonheur & de la profperité temporelle
Mais qui eft celui-ci qui ofe prédire que foij
Evangile troublera la paix de l’Univers? Que n||
prévoit-il pliuôt que cét Evangile tombera dan|
les ténèbres du filence & de l’oubli) aïant dcl|«
foibics défenCeurs, & des adverfaîres fi redou ;!
tables.^ Eft-il naturel qu’un homme qui h:ibiC|f
les rives du lac de Génezareth, prétende foule;
ver les hommes les uns contie les autres, fan
armées, fans richeffes , fans autorité, maisfim
plcment par fa parole ÿ encore que dans fes corn
menccmens il fe trouve feulement à la cccc d
dix ou douze miférablcs qui ne fçavent que ra
coramoder leurs filets ? •
Verf, "Et qui ne prend fa croix , vient âpre
moi ^ n efl pas digne de moi ] homme sac'
tira-t'i
Il de l(% Religion Chrétienne . ijj
'tÎ x-c-il des Difciples par de femblables déclara-
îftins ?
Chap. II. 4. /, Jésus répondant , leur
, ér* raportez^à fean les chofes que vous
' JpZf que vous voïez : les aveugles recouvrent la
'“fi é 9 les boiteux marchent ^ les lépreux font nettoïez, ,
fourds oient , les morts font réfufcltez >
^Ungile efl annoncé aux pauvres. Jesüs-Christ ,
Mn convainc pas Tes Difciples par des fpccala-
ïï ons, mais par des chofes qu*ii leur fait voir
^1 toucher,
O Verf. II. Or depuis les jours de /ean-Baptifie ^
m Roïaume des deux eft forcé , ^ les vtolens le
\lvijfent. Jamais ifn homme dans la baflefl'e Sc
ins la mifere parla-t-il de cette maniéré î D’oii
i vient cette confiance ? Q^l eft ce langage ?
Verf. ZI, Malheur fur toi Corazin , &c. Q^el-
" aparence que ] esus-Christ eut fait ce re-
- oche aux juifs qui habitoient ces contrées, fi
’fî effet il n’enc fait aucun miracle au milieu
eux ?
Verf. 28. Venez à mol, vous tous quiètes tra--
nillez , &c. II s’eft formé bien des fociétezdans
' monde depuis fa naiflance : majsilnes’en for-
jia jamais une comme celle-ci , & Tonne vit ja-
hais perfonne afiembler les pécheurs repentans
t chargez par le fentiment de leurs crimes.
Chap ii. 13. Alors il dit a cét homme , Etends
a main: éf* il V étendit , &c. Comment Jesüs-
iiHRisT pouvoit-il impofer à ceux qui étoient.
â prefens fur un fait fi fenfible ? Ou comment
'Evangelifte auroit-il choifi de telles chofes,
K-iir les faire croire contre la connoifiance que
ant de perfonnes en avoient:
' Verf. ly. Et grandes troupes le fulvirent , il
es guérit tous. Voilà bien d^s témoins :
Verf.* 24. Mais les Thar'tftens difoient , Celui-'
û ne jette hors les Diables , fi cenefi parBeelzebut
Prince
T faite de la Verîîê
Prince des diables , &c. Cette aeufation eft Uj
hommage, forcé , que ces faux Douleurs font j
Jesüs-Christ. En dilant qu il fait des miraclcl
par Béelzebut , ils reconnoiffent qu*il en fai^. ,
Verf. JO, Car tout homme qui fera la volonù
de mon Fere qui efl aux deux , celui-là efl monfn i
r-e J (^mafæur , ma mere. Les hommes orcii|f>
naires n’ont point d’autre régie ni d’autre prin^it
cipe de leurs affedions, que l’amour qu’ils or^ j
pour eux mcmcs. Ils fe cherchent , pour ain)|p
dire , dans les autres objets. Ils n’aiment dans l(ft
prochain que la proximité qui les lie avec euxji^
I!s ont plus ou moins de tendrefle pour les per^ij
fonnes , félon qu^elles leur font plus ou moins pro*|«
ches i parce que l’amour d’eux-memes mefure .
fait naître leurs autres affedions. Celui-ci, paruif
prodige étonnant, aime, ou haït les objets noiit
par raport à foi-méme , mais par raporc à DicU'f<
L’amour de Dieu eft la régie de fes alFedions. If"
cherche Dieu', & ne fe cherche point loi- même,,
Il aime les perfonnes non à mefure qu’elles lu:
apaniennent par la proximité de la nature, maina
à mefure qu’elles fe raportent à Dieu par ur./
effet de grâce. Q^lle fublimité î quelle ékva^f'
tion qui eft ici renfermée dans un mot l K
C H A P. 15. 16. Or vos yeux font bienheureux.^
Sic. Quand on parle de cette maniéré , on a l'cf-js
prit bien plein Si bien perfuadéj & ce n’eft qu’un j
cœur qui trefïaillit par la conlidération d’un*
grand objet qui peut s’exprimer ainli. -
Vert. 31. Le Roïaume des Cteux ejh femhU*
hle à un grain de femcnce de moutarde que quel^\
qu un a pris'y ^ femé en fdn champ , qui eft bien laV
plus petite de toutes les femences y ?nais quand ila\
cru , il eft plus grand que les autres herbes , ^ de^i
vient arbre , tellement que les oifeaux du C iel vien- !
nent, ^ font leurs nids dans fes branches. Les pro- ;
grez du Chriftianifmc qui a eu de h foibles com-!
mencemens
dt la Religion Chrétiennè: 237
^Mi^emens , (ont admirables , & la prédidion
P furprenaute. ,
f|CH AP. 14. 21. Or ceux qui avoient mangé
pent environ cinq mille hommes , &c. Voilà cinq ^
ijile témoins.
^Verf. 36; Rt tous ceux qui le touchèrent furent
l’V/j. Il ccoit facile de rcfacer TEvangile, & de
iivaincrc d’impofture ceux qui annonçoicnr de
|!: cilles chofes , fi Ton n’eüt craint d'en faire la.
r.lifrrche, & d'y trouver la vérité.
n'HAP. ly. 30. Alors de grandes troupes vin-'
Y-î à lui y aiant avec eux des boiteux , des aveu-
des muets y des manchots , plu/leurs autres:
pilles guérit; tellement queles troupes s étonnoienty
P ant les muets parler y les manchots être fains, les
Vtetix marcher y les aveugles voir; ^ glorifioient
pu qui avoit donné un tel pouvoir aux hommes^
SMathieu a-t-il pu fe tromper, étant le témoin
biliaire de ces chofes.^ Ou n'a- t-i! quitté le lieu
ifon Péage, & embraffé la pauvreté & la mi-
pic, que pour nous faire acroire des fables ? Ofe-
l4 dire des chofes qui feront contredites par une
fenité de témoins ? Ne craint- il point qu'oin
eifaflTe enquête fur les lieux ? N'a^t-il pas honte
ijcrirc de pareilles chofes, dans un temps oii la
Unioirc en doit être toute fraîche ? Comment
|>ifuadera-t-il fes Confrères , qui ont été les té-
BÜns de ces événemens ? Voudront-ils bienfoü-
im la même impofturc ? Et fans écrire de con-
t\t y s'acordcront-ils à laraporter, & invente¬
nt-ils le menfonge le plus impudent qui fut ja-
C;is , pour obliger les hommes à être fidèles ,
Cnts & juftes ? Credaî Jud&iu Apella.
P- H A P. 16. 18. Et les portes d'enfer ne pré-
tudront point contr elles. Toutes les puifïances
IrUnivcrs fc font foülevées contre l’Eglife, tou-
les pa (Fions lui ont fait la guerre, tous les fie¬
rs lui ont aperté de nouvelles épreuves, tous les
fuplices
Traité de la Vérité ,
fuplîces ont exerce la patience de fes enfanS, te
les apas du monde lui ont etc propofez pour
feduire; & malgré toutes ces puifl'ances , ce
Eglife J qui cft la focictc des perionnes qui i;
noncent au monde, s'efi: confervee , & (ouvr
accrue par fes propres défaites. Il faloît que <
la fût, il Ta prédit.
Verf. 13. Mais lui s étant retourné dit à Pier\^à
Va arriéré de moi^Satan : car tu ne comprends poi^
les chofes qui font de Dieu , mats les chofes qilifii
des hommes. Pourquoi S. Mathieu, apres av(j|
reprefentc Pierre faifant une fi belle confefliorl
fon Maître ÿ & recevant de fon Maître un ii*
moîgnage fi avantageux , nous le reprefeiij|
t-il foudroïé par ces terribles paroles ? Cette itE
galité eft*ellc naturelle aux perfonnes qui inve'r
tent ce qu’ils écrivent ? Qj^l cft le miftere jj
cette grande fevérité de Jesü s- Christ
Verf, z8. En vérité je vous dis , quil y a qtu\
qm s-uns qui font ici qui ne goûteront point la
jt^quà ce qutls aient vu le Eilsd^ V Homme verf
en fon régne, Laiflant aux Inrerprctes à refo <5
dre les difHcultez de ce texte, & à décider fi J
n’eft pas des jugemens que J e s u s - C h R i if;
exerça fur la ville de Jerufalcm , qu’il cft pai,
en cet endroit comme d’une tenue, nous en it
rons cette confcquence, que cette Evangile a
écrit du vivant des Difciplcs. Car comment apr .
la mort des Difciplcs auroit-on écrit ces parole
fans les expliquer ? |
Chap. 17. 1. Et il fut transfiguré en leur P ^
fence. Jamais événement ne fut plus fingulii^
que celui-ci dans toutes fes circonftanccs , & j
mais événement ne tomba moins dans l’imagir jj.
tion. • '
Verf. 4. Et Pierre prenant la parole , dit f
Je^üs , Il efl bon que nous fdions ici , faifons-y tn*
tabernacles. Q^He profonde ftupidité : & cor!
bic!
de lor Religion Chrétienne •
(’n des gens qui ccoienc naturellement fi grof-
|s, croienr-ils peu en ctac de concevoir le
Efein d*en ^aire acroirc aux autres î D’ail-
rs , pourquoi S. Mathieu raporte-c-il cette
pnftance ? Qnel honneur fait-elle à Pierre?
jmment lui eft-clle venue dans Tefprit ?
! î/erf. ip* Et je l'ai prefenté à tes Difciples : mais
tne Vont pu guérir^ Il y a en cela de la fincc-
Perfonne n’obligeoit S. Mathieu à raporter
|:e-circonfiancc , ni à lui faire rcconnoître les
iauts & rincrcdulicc d*une compagnie dont il
|)ic.
IZhap. i8. 5. En vérité je vous dis ^ que fi vous
^•es changez y ^ ne deveneg^comme les petits en-
tus, vous n entrerez point au Roïaume des Cieuxm
!,!c les enfans foient fimples , perfonnes n*en doit
r furpris ; c’eft un defaut de connoiflance , &
lefFcc de Tâge : mais qu*il faille que les hom-
reviennenc de ce rafinement mondain & de
l:c habileté criminelle qu’on voit'en eux , à un
t d’une fainte & aimable fimplicitc, qu’ils
tnt prudens & fimples , éclairez & juftes ?
ijl ce que les hommes ne connoîffent gueres ,
ï]ui nous fait connoître la grandeur & Pélcva-
de ce Docteur, qui donne aux hommes des
ceptes fi hauts & fi fubümes.
l’crf. 4. C'eft pourquoi tout homme qui fe fera
ilié ) Ô* fe fera rendu femblable a ce petit en-
t , cefl celui-là qui e/l le plus grand au Roïaume
# deux. Quelles idées fi éloignées des idce§
©ünaircs ? Que le Roïaume des deux eft dif-
tènt des Empires temporels î Et que toutes
t maximes fi furprenantes paroiffent peu venir
l’efprit humain ?
. [^erf, p. Er fi ton œil te fait manquer arrache
h Les yeux font le fymbole de tout ce que nous
aons de plus cher. Jésus- Christ nous aprend
qe nous n’avons rien de fi précieux que nous ne
devions
14® delà Vente î
devions facrîfier à la gloire de Dieu. Jan
Docteur flata-t-il moins que celui-ci ?
VcrL 11. Je ne te dis point j^fqtdà fept fi
mais jufquà fept fois feptxnte fois. C’eft un ne
bre certain pour un incertain. Cela veut (
qu’il faut toujours pardonner 5 que la miferic'
de n*a point de mefure , & que la charité doit c*
fans bornes. A ce foin de réunir leurs cœurs ,
de faire ceffer toute forte de mcfinteliigence
tre les hommes, en donnant une telle étendu;
la charité & à la mifericorde , ne reconnoiff
vous point le maître des cœurs , & le pere de v
les hommes ?
Chap. 21. 43. C*ejl pourquoi je 'vous dis , <
le Koïaume de Dieu vom feraoté, donné àt
autre Nation. Voilà une prcdidlion bien cxpr(
de la vocation des Gentils. ^
Verf. 46. Et cherchant de le faifir y iîscraig\
rent les troupes , parce quon le tenoit pour Propl
te, Qu’eft-ce que Jesus-Christ avoir de rem;
quablt pour pafler pour Prophète , fi ce n'
l’efficace de fa Dodrine, & les miracles par L
quels il la confirmoit ?
Chap. 13. 56. .En vérité je vous dis , c
foutes ces chofes arriveront fur cette générati
Jerufalem ! Jerufalem ! qui tués, &c. Il marc
avec beaucoup de clarté la ruine de Jerufalc^
Chap. 24. 28. Caria ou fera le corps mm',
là s'ajfemhleront les aigles. Jesus-Christ cft ;
forpsmort. Les ctendarts des Romains font (j
aigles qui dévoient fondre fur Jerufalem où ét
le corps mort. ji
Verfi 34. E» vérité je vous dis , que cette gé%\
ration ne pajjera point y tant que toutes ces cho\
foient faites. Il faut faire en cét endroit les m-
mes réflexions que nous avons fait ci-deflus. j
Chap. 26. 13. En vérité je vous dis y qui
quelque endroit du monde que fait prêché^ cétEvf
de la 'Religion Chrétienne. 14.1
'e , cela auffi qu elle a fait fera récité en mémoire
die. Prophétie acomplie.
A^crf. i8* Car ceti efl mon fang , le fan g du
oiiveau Tefament y lequel efi répandu pour plu--
urs en rémijjion des péchez. Jamais homme fic-il
le adion h extraordinaire, & tint-il un langa-
; fi iurprenant ? Où font ceux qui non-feule-
entprcdifent leurs foufFrances, mais même qui
abliflent par avance des memoriaux d’une more
i*ils pouroient éviter ? Et quel autre homme a
^itiais prétendu verfer Ton fang pour la rcmifîioa
s péchez du genre humain ?
! VerC 38. 5^. Alors il leur dit y Mon ame cfo
ïi/ie de trtfefje jufqu d la mort y Scc. 'Et s en al--
\nt un peu pltu outre ^ il fe jeita en terre fur fa
\cey priant & difanty Mon Pere^ s*il efl poJJJ--
'e y que cette coupe paffe arriéré de moi. Oa
jeft point en peine d’expliquer cette trifteffe 6c
|tte agonie de Jésus - Christ 5 & néanmoins
s faut avoüer qu’elle prefente d’abord à Terptit:
ji objet afftz furprenant y & qu’on ne fçauroic
'jincevoir que des gens qui inventent des chofes
ivorables à Jesus-Christ , fafient ce portrait
I* fes foufFrances. Nous trouvons du moins ici
^ fincéritédes Difciples : 6c cette fincérité nous
jjic voir , que nous devons recevoir fans ferupu-
l les autres faits qu’ils raportent.
I Chap. 17. 41- Il a fauvé les autres y ilnefe
fauver foi-même. S* il e(l le Roi d*lfraél , quil
jcende maintenant de la Croix y ^ nous croirons en
[i. Vous voïez que Jesüs-Christ pafloic
but avoir fait des miracles.
; Verf. 4 J, Mais depuis fix heures il y eut téné-
\es fur tout le pais jufqu d neuf heures. Le moïen
\ faire acroire une pareille chofe ?
Vcrl. ji. yi. 3-5. Et -voild le voile du Temple fe
^dit en deux depuis le haut jufqu au h as y & la ter-
ticmbla y & 'les pierres fe fendirent y 6cc.Com-
Tome II. L rnent
142' Traité de la Vérité
ment S. Matthieu peut- il faire acroirc toutes ce
chofes contre la connoifl'ance puplique ? Le voi-'
le du Temple s*eft-ildcchiȎ , les pierres Te font-i
elles fendues , la terre a- 1- elle tremble , & les fc-
puîcres fe font-ils ouverts, fans que les Juifs ci
fçüffent quelque chofe ? A qui va-t-il conter cou
tes ces chofes ? Il écrit avant la liiine de Jeriifa-
1cm. Il écrit meme pendant la vie des Apôtres
Il écrit dans un temps où i I* y avoit par conféquen
plus de cent mille témoins des chofes qu’il écrit
Comment auroit-il feulement pü concevoir
deffein de tromper à cét égard tant de témoins in
tereflez aufquels ils prêche, qu’il veut attirer dan
fon parti , dont une partie a embrafle l’Evangile
1.1
Cl
& formé une Eglife nombreufe & conlidérable i"
Jerufalem , où ces chofes fc font paflees, & ot^^‘
il prétend auili perfuader ces chofes?
chapitre VII.
■ft’l
oh Von continué à produire des autres "Evangile^
des endroits propres à faire fentir la divinité
de la Religion Chrétienne. ""
SAINT MARC, Chap. ï. 14. Et apti
ijl^ue feaneut été mis en prifon y fefus vint
Galilée , prêchant TEvangile du Roïaume de Dieu
Toutes ces expreflions font extraordinaires |
Evangile ou bonne nouvelle , Evangile du Roiau\
me , Evangile duRoïaume deDieu, Nos oreilles i
font accoutumées : cela fait que nôtre cfprit n’|
fait pasaflezde réflexion. Quel eft ce concerté'
plnficurs pécheurs qui vont piccher par toute I;
terre , & qui donnent à leur parole le nom d’E;
iVangilc ? '
f J ij
Chap. 4. ip. Mais les foins de ce mondes dj
la tromperie des richefjts , & les convoitifes des aui
très chofes étoufent la femcnce. Les autres homme.
de la Religion chrétienne» 24|
jlcclarent point la guerre ainfi aux paflîonsj
is*ils le forît, ils Te découvrent bien- tôt, &
' voit leur hipocrifie.
^erf. 41. difoient l* un à 1* autre , §lui efi ce¬
ci J que la mer cè» Us vents lui obéirent ? Oa
rroit dire avec autant de raifon , eft ce¬
ci, que la mer, les vents, les maladies , les
jibeaux , la mort, Tenfer, la terre, les hom-
& les démons lui obéïiTent ? Carîleftre-
•quable qu'il fait des miracles dans toutes ks
ties de la Nature.
!hap, 6. 1. i»T>*ou vie?7nent ces chofes à celui-
^ quelle e fl cette fageffe qui lui efi donnée ?
\i vient que de telles vertus fefont par fes mains ?
ut- ci nefi-il pas charpentier fils de Marie I
i Mais plütôt, d*où n*aît céc étonnement , 8c
|:1 eft ce reproche , fi Jesus-Chkist n’a fait
funs miracles?
i'erf. 4, J. Alors Jefus dit y Vn Prophète n efi
s honneur , fi cenefienfonpaïs, Pt il neputfat-
d aucune vertu , fi ce n efi qu il guérit quelques
§lades y leur avant impofé les mains , ^ il s*ét^n^
de leur incrédulité. Tout cela n’a point l’air
In fait fupofc. Un homme qui invente un fait ,
choifit point de telles circonftanccs pour le
fe acroirc.
jVerf. ^6. Et par tout où ilétoit entré y dans les
rgadesyou villes you villages ftls mettoient les ma*
CS dans les marche^fj (^priaient quepour le moins
[pujfent toucher le bord de fa robe : ào tom ceux:
; le touchoient étoient gttéris^^ cfl impofïibic
'upofer fur des faits de paJriTîe nature.
|Chap. 8. 27. z8. Et fur les chemins il interro^
\% fesBifcïples y difanty ^ti difent les hommes que
iuis? Ils repondirent y Lcsunsfean-Baptifieyles
Plie y les autres un des Prophètes- Volez
ijnprefrion qu avoient fait les miracles de Jésus»
h R I s T.
L ij
Ch A?»
144 T faite de la Vérité 5
Ch AP. 14. 53. 'Et il commença às^épouventer
à être fort angoiffé. Avouer cela de J Esusj
Christ, de celui qu*on veut faire regarde
comme le Fils de Dieu , cci\ un effet de (iaccrûi
furprenance & admirable. 1
Verf. 61, Et Jefîis lui dit , je le fuis > ô*
verrez le fils de C homme ajfis a la droite de la veri
tu de Dieu, ^ venant d^n s les nuées duCiel.
liiais prévenu devant le Tribunal de la Jufli(||
tint-il pareil langage ? j
Ch AP. 16. 17.182.0. Et ce font ici les figrii
qui acompagneront ceux qui auront cru : ils jettl
font hors les diables par mon Nom j ils parleroii
nouveaux langages , ils chajferont les ferfens , (m.
quand ils auront bu quelque chofe mortelle y ellem
leur nuira nullement , ils imppferont les mains ftm
hs malades , ^ ils fe porteront bien > &c. Eux doi
étant partis , prêchèrent par tout » le Seigneur ag.
fant avec eux , confirmant la parole par des]
gnes qui s\n enfuivoient. Il faut que ces fai
foient véritables , ou que S. Marc extravag
daifs cet endroit. Que dit-il? A qui veut-il
faire arroîre ? Qi^el temps .choifit- il pourTinve
ter ? Comment peifuadera-^-il aux Difciplcj
qffils font des miracles qu’ils ne font pas 1 Cor 1
ment fe pcrfuaderont-ils que J es us- Ch R 11
leur ait donné le pouvoir de faire .des miracle
ü en éfet cela n’eft point ? 1
SAINT LUC, Chap. 1. 64. 6j. E/J
Vin fiant fa bouche fut ouverte y ^ fa langue délii
tellement quils p.arloient louant Dieu : Ce qui dû'
ne de la crainte d'^tous leurs voifins. Et toutes j
paroles furent divulguées par tout le pais des mont]
gnes de Judée. On ne choifir point des faits c j
oiK été fi publics , pour les faire acraire. ij .
Chap. 1. i6\ Et treuverent Marie, ^/ofep\i
dp le petit enfaiii couché dans une crèche. Grai !'
jc^aditude à raporter les chofes comme elj|
fon I
: Traité delà Perue
l Qn’y a-t-il de plus éloigné & de plus con-*
ftiie en aparencc que toutes ces circonftances ,
(jjLâî enfant qui repofedans une crèche , & un en-
4fit dont la naifl'ance cR annoncée par des Anges
, tifolemnifce par le concert desarmées céléftes:
l’rani delà fociété des hommes, & élevé au def-
des cfprits bien- heureux : petit fur la terre
{iSjrand dans le Ciel 5 falué quelque temps apres
4. Mages qui lui font des prefens , & contraint
dfe retirer en Egypte ? On voit bien que tout ce-
| n*cft pas inventé.
OpHAP. J. ip. Et ne trouvant point par quel coté
'■ "^le pourr oient mettre dedans , a caufe delà foule ,
montèrent fur la maifon , ^le defeendirent paŸ
i tuiles avec le petit lit devant Jésus. Sont-
( pas là des chofes qui viennent facilement
tns l’cfprit d*un homme qui invente ce qu*il
Srit ?
^;Chap. 7. 3S. Et fe tenant derrière à feS pieds ^
& pleurant^ ellefeprita les arrofer de larmes , ^
^ effuïoit de fes propres cheveux , ô* l^i haifoit les
les oignait. On connoît le Rédempteur
vi monde à ce changement faîutaire qu*oii re-
fi jarquc en ceux qtii le fuivent.
; Chap. 5>. 4y. Mak ils n entendirent point cette
^irole y elle leur était tellement cachée y quilsne
^ ^ comprenaient point. Grande fincéritc de l’Evan-
-elifte, qui ne f^iit pas difficulté d’avouer Tigno-
Hnce & la ftupiditc des DiTciplcs î
f Chap. 10. 20. 11. Voici je votes donne pou^
^ oir de marcher fur les ferpens ^ fur les feor-*
^ ons y fur toute la force de V ennemi : <ép
' evotts'bleffera, Cependa/it ne votes éjokiffez point
é ce que les efprits vou4 font affujettk : mak ré-
■ ^kiffeq-votes plutôt de ce que vos noms font écrits
■ ti Ciel. Caradfere de la vraie Religion , qui
hit plus d’état des biens fpirituels que des dons
fniraculeux , encore que ceux- ci foient plus
L iij éclatans
"Trahé de la Vérité
cclacan's qne les autres aux yeux des hommeî, 4;
Verf. 41. 42. 'Etfefiis répondant hit dit , Marp
the > Marthe , tu te mets en peine ^ te travailUit:
après beaucoup de chofes : mais une chofe eft nécejfauv
re. Or Marie a choifi la bonne part qui ne lui fer p
point Otée. Eft- ce là le langage d’un mondain , 0;t:
d’un fcdufteur. », :
Chap. Il 27. 28. Alors il arriva qti une fen.r'
me d'entre les troupes éleva fa voix ^ Ô* lai dit, :
'B'en^heureux eft le ventre qui ta portée ér* l^t mam
melles que tu as tetées. Et il dit y Mais plutôt , Bien^^
heureux font ceux qui oient la parole de DieUy ^ ift:
gardent. On ne fçauroit flater J e s u s-C h R 1 s iti
Sans egard pour lui-même, & fans complaifan!
ce pour les paflions d’autrui , il ne voit que Dicuu
âl n’entend que Dieu , & il fait conftfter toute \\r.
félicite à craindre Dieu. Rien ne le chatoüillih
Rien ne lui plaît que la pieté véritable. C’eft quf>j
Dieu eft Ton centre , & Tamour de Dieu le prc(,v
jnîer mobile qui donne le mouvement à toutes f(è
autres affedions. Q^il y a là de fublimitc & d j
grandeur ? |<i
Verf. 40. 41. infenfez , celui qui a fait ledf;
hoYSy n a^t-il pa^ fait aujft le dtdans ? Mais plüti\^
donnez en aumônes ce que vous avez , ^ toutes chf
fes vous feront nettes. Les Pharifiens font les patj
tifans de la pureté extérieure & corporellcj
Jésus-Christ Teft de la pureté fpiricuelle & inj:
tcrieurc. Lequel , à vôtre avis , avoir micu |
connu le génie de la véritable Religion? 1-
. CHAP.12.14t Mais il lui répondit y Ohommet
qui ma établi juge ou partageur fur vous ? Jesüs.î
Christ renonce aux foins & aux affaires temj
porelîes , il n’en veut entendre parler. Qmij
dcrachcmcnr. ,|
Verf. 30. 31. Car les gens de ce monde forf.
êcupe:^à rechercher toutes ces chofes : mais votre Ver
f fait que volts avez befoin de ces chofes. Cherchez 1
Rdiatim
ï .P de la Religion Chrêtîennê, 147
[0aumede Dieu ^ fajuflice , toutes chofcs 'vous
données par deffus, Jésus- Christ fait une
toute compolcc de per Tonnes qui dévoient
loncer au monde, & ne pas s’ocuper des pén¬
is de leur établiflement temporel , mais qui
îivent tout perdre & tout foufrir pour être du
BtTibre de Tes fujets. Jamais un fi grand Sc fi
« raordinaire deffein monta«t.iI dans le cœur
^in homme >
^Chap. 14. 35. Ain[i donc chacun de njoùs qui
‘ -I renonce a tout ce qu*il a , nepeut être mon Vifei-
: f . Terrible & furprenante déclaration , & qui
1 convient nullement à un impofteur ! .
Chap. 14.48. 4^. JO. ji. ji. J3. "Rtvous
is témoins de ces chofes : ^ voici je m* en vas
tvoier la promeffe du Pere. Vous donc âemeu-
viit en la ville de ferufalem , jufqua ce que
\us foie Z revêtus de la vertu d^enhaut. Après il
û' mena dehors jufquen Béthanie ^ puis élevant
ÿ mains en haut , il les henit : ^ il arriva
U* en les benijfant il fe retira d'avec eux ,
élevé au Ciel, Et eux après 1* avoir adoré , s'en
\v.ournerent à /erufalem avec grande joie. Et ils
U^ient tous les jours au Temple > lois ans hen'tf-
^jns Dieu. Nous trouverons dans ces dernieres pa-
i |)Ies quatre objets dignes de refiexionj la pro¬
jeté du S. ETprit , rAfeenfion de Jesüs-
'h R I s T, la joïc des Aporres , & leur afliduî-
, : à prier Dieu. Comnnent S. Luc peut-il faire
croire à Tes Confrères, que Jesus-Christ
fur avoir promis les dons du S. Efpric , qu’il
Honta au Ciel à leurs yeux , que les Difciples
jurent une fort grande joie, Sc ctoienc tous
P jours au Temple, loiians & beniflans Dieu
le certe grande merveille ? 0 11 ne pouvant le
(erruader à aucun d’eux , quelle cl\ fa penfée
je récrire? Et comment foufrent-ils le mar-
'itc peut foütcnir de pareilles fixions ?
L iiij SAINT
2-4^ T^rnite de la Vérité
SAINT JEAN, Chap. i. 8. 9. Il néto>^
point cette lumitre , mais il étoit envoïé pour témoïC^
fnerdela lumtcre, C’efl lalumierevérïtahle quii ^
lumine tout homme menant au monde, Jean n’cto,'
originairement qu*un pécheur : qui lui a mis C(i*
idées magnifiques dans rcfprit ?
Verf. 14. jEr nou4 avons contemplé fa gloirt\
gloire comme de V unique ijfu du Pere , pleine 6\
grâce ^ de vérité. On voie dans ce difeours li
perluafîon d'un homme qui a vil les chofes doi,
il témoigné, la plénitude d'un efprit qui eft pq.
nétre de ce qu’il dit, la perfuafion d’un Eaii.
vain qui ne trouve pofnt d’expreflions aflez for.
tes pour dire ce qu’il penfe , & qui unit plufîeuij
idées ail'ez differentes, parce qu’une feule idé(
ne reprefente pas affez bien ce qu’il dit : la gloir-
ne fnffiC pas, c’eft une gloire pleine de grâce éj.
ic vérité; 1
Chap. 3. 7, Ne t'étonne point de ce que je t\\ -
dit y il vous faut naître une fécondé fois. Qu^ya;
t-il néanmoins de plus extraordinaire que ce lan¬
gage ? Et combien celui qui le tenoit étoit-il per.
fuadé qu'il faut que nous changions cntiercmenf
pour entrer au Roïaume des Cieux ? i
Verf. ly Car perfonne n efi monté au Ciel , fî c \
n e fl celui qui efl defeendu du Ciel , a ff avoir le Fili
de rhomme qui efi au Ciel. Céc hofiime ne parli,i‘
pas comme les autres. Ce qu'il dît eft extrava* *
gant 5 ou fublimc. Si donc fa morale, fa faînte*
té , Tes maximes toutes confites dans leTel de 1^ .
pieté , toutes remplies d’onélion , toutes lumi-,
neufes , jointes aux cfets admirables & furpre-.;
rans de Ton Evangile, nous font regarder le pre- ,
micr comme un blarphéme , nous ne pouvonîl
loous difpcnler de croire le fécond.
VeiT. 31. Celui qui ef venu de laterre efl deU^
terre , ^ p'arle comme venu de la terre- C elui qui efij
venu du Ciel eji par dejfus tout- Quandjcan-Baptificj
de lit Rclt^îon Chrétî'ennô. %4fr^
le dîroic pas , il ne faut qii’ccouter Jésus-
christ pour le connoître.
fl Chap, 4.14. Celui qui boira de C eau que je lui
tonnerai y n aura j amais foif : mais l' eau que je lui
tonnerai fera faite en lui une fontaine d* eau rejail--
lofante à la vie éternelle. Ces expreffions ne font
uînt humaines. Si Jesus-Christ penfoit com-
r.c les autres, il parleroit comme les autres. Il
Hroît qu’il ne penfe aux chofes de la terre, que
four conduire par-là aux chofes fpirituelles. II
louve la pieté par tout. Il n’eft fur la terre que
^bur conduire les hommes au Ciel. A des pê-
leurs il parle d'une pêche d’hommes vivans.
; des hommes qui tiroîent vanité de leur naïf-
:nce charnelle, il parle de renaître. Q^and on
‘ i parle de manger , il dit que fa viande eft qu’il
■fle la volonté de fon Pere. Et quand il eft fur
' bord d’une fontaine , fa grâce eft une eau
' ’jailliflante à la vie éternelle. Qui r.c l’ad-
pirera ^
f:IVerf. 24. Dieu ejl efprît:, ^ il faut ^ue ceux
Ij'^i V adorent ^ V adorent en efprit en vérité,
M’cft dire en deux mots ce que les hommes dc-
pj^ient fçavoir , & ce qu’aucun ne fçavoit , tout ce
b’il y a de plus conforme à la nature raifonnna-
& aux principes de la révélation naturelle,^
^ qui diftingue la Religion de la fuperftition,
P que plulieurs ficelés de raifonnement & de
îcculation dans l’école des fages du ficelé n’a-
bient fçu découvrir , ou n’avoient découvert
ü’imparfaitement, ce que les Prophètes mê-
,1cs n’avoierît pas entièrement dévelopé , &que
fes Juifs qui vivoient du temps de Jésus- Christ ,
ui ne contoient pour rien que ce qu’il y ad’ex-
ericur & de corporel dans la Religion , ignoroient
rofondément. D’où vient à celui-ci une telle fa-
efie ?
Chap. y, ij. En vérité , en vérité je vous dis ,,
L V que
a /O Traité de la Vérité
cjuei' heure vient y efl déjà y que les woris cnfet:!
dront la voix du Vils de Dieu , ^ ceux quiCati\
ront o’üie vivront» Celui qui refuteitoit les mori
pouvoit bien parler de la forte : mais en to’j
autre ce langage (eroit extravagant.
Verf. 36. Mais moi j'ai un témoignage pJt^
grand que celui de fean 3 car les œuvres que
Pere a données pour les acomplir , témoignent <ji
moi que mon Perem* a envoie. Il faut que ces oei| ^
vres fuflfent bien éclatantes , puis qu*il préfère .i
témoignage que les œuvres lui rendent, à cel'ij
que Jean-Baptifte Inî a rendu. fi celan’crojS
point , il s’expofoît à la raillerie de ceux à qui jf
parle. j
Yerf. 44. Comment pouvez-vou^ croire, put\\
que voies cherchez la gloire l'un de l'autre y
cherchez point la gloire qui vient de Dieu [eul ? Cji
n’eft pas ainfi que parle on homme qui a defleilË
de feduire Jes autres. Jesus-Christ fe devroj
fervîr plütôt de la vanité de la foibîcffe de c( J
hommes , qui eft Je reflort délicat qu'il faut faiijî
agir dans ces occafîons,' i
Chap. 6. 34. ij’. Or les gens atant vulemm j
eh que fefus avoit fait , àifoient , Clelui-cieft Wrjî
tablement le Prophète qui dev oit venir au mondé A
C'eft pourquoi Jésus aïant connu qu'ils devoiei]^
venir pour le ravir afin de le faire Roi y fe retir
encore tout feul dans la montagne. Ce n’eft poic <
par foiblcfTc & par timidité que Jesüs-Chris;i
xefufe de fe mettre à la tete de ceux qui vculcr j
1c faire Roi. Celui qui prédit fes foufFranccs , qi:<
en établit des mémoriaux, & qui fait un par jj
d’affligtz à la tête defqucls il veut bien marçhcri
n’auroit pas craint les hazards de la guerre , funij
d’une multitude innombrable de peuple, qui
feroic toüjours grcïïie , trompée par le prejugj
commun de ce temps-Ià. efface donc qui l’cj
empcchc ?
Verlî
- I ^ la Religion Chrêtiennê. ijv
Verf. ^S^Je fuis le pain de vie» §lui vient à
i|7<î/ n aux et point de faim , qui croit- en moi
f (aura jamais de fof. Jamais homme dit-il rien
rfaprochant ? Comment un homme cft-ilun pain
Je vie? Que veut dire cela ? Aller à J esus-
j î'hrist empcche-t-il d’avoir faim & foif ? II
*y a c]u*un homme qui ne fçait ce qu’il dit, ou
^ n Doâ:eur venu de Dieu , qui puifle parler
infi : mais qui ofera blarphcmcr la fagefl'e de
f :t homme furnaturel?
) VeiT. 6^, La chair ne profite de rien 5 cefl ref
s ni qui vivifie : lesparoles que je vcm dis font efprit
vie. Ce commentaire juflifîe excclemment la
igffle de cet admirable Dodeur , & nous fait
oir ce que nous devons penfer de ces paradoxes
. : contraires à nos idées & à nos préjugez , qu’il a
avancez dans les verfets précédens.
Ch AV, J , îy » Si quelqu'un veut fairela volonté.
f P celui qui ma envoie , il connoîtra de la docîrine-y
ravoir fi elle e(l de Dieu , ou fi je parle de par moi-
' urne, C’efi: la meilleure & la plus füre de tou-
•s les régies pour connoître Jésus - Christ &
■)n Evangile. Aufli n’eft-ce point la lumière de
’efprit , mais la bonne difpofîtion du cœur, qui
ft neceffaire pour être perfuade par ce Dodeiir
îvin. Tous les hommes avoient ignoré cecte
<érîté fi grande & fi relevée. Ils ont fait de
'1 Religion Une fcîence qui n’eft que pour les
Yodles, La raifon fuperbe de l’homme , qui
eut tout connoître , & ne connoît rien , s*cft
fttribuée le privilège de juger des matières du
tlut. Si cela devoit être aînfî , les orgueil-
:ux feroient les plus favorifez de Dieui & à
bcfurc que la vanité ou Tambition nous aiiroit
ait faire d’eforts pour devenir fçarans, nous
errions plus clair dans la Kcvclation. Cela eft
■on pour les fcicnces humaines : mais pour la
dencedu falut , on ne l’obtient que par riiumiiitc
L vj &
■2 5’- Traité de la Vérité
ëi par la fa^difîcatioD. Le degré dcThabitudcel
le degré de la vertu. Plus nous Tommes fimpicsj
plus nos yeux font ouverts. Plus nous vivonsi
bien moins nous avons dc doute. Plus nous ait
irons Dieu , & plus nous voïons les merveilles dj
fa Loi. Oh qu’il y a de fageiïe renfermée darj
cette maxime, que tous les fiécles avoient igncl
lée , & que les hommes du fiécle ignorent encore
Verf. 57.38. 35>. Or en la dernier e ^ granci^À
fournée de la Tête^ JESVS fe trouva-^ la h criar.^ù
difant y Si quelqu'un a foify quil vienne M
^oi. G^ui croit en moi^ fuivant ce qtte dit l'EcritiM
re y des fleuves d' eau vive couleront de fon venir
{ Or difûit cela de l'Efprit que dévoient recevoiji
teux qui croient en lui ^ Car le S aint-Effrit néto\\
point encore donné , parce que JESVS néto.y^
point encore glorifié, ) Comment PEvangelilfe poi:j||
roît-il faire dire cela à Jbsus-Christ , & y ail
jouter ce commentaire de réfufîon du S. Efprit,
en éfet il n*eiit vu ariver rien de pareil ? Et qij-i
ise voit que la parenthéfe fupofe que cét événc|5
ment étoit affez connü , puis qu’elle rend raifori
Verf. 40. Plufieurs donc de la troupe diaréx
^ui ce difeours 3 difoient y Celui-ci efl véritahle\\
ment le Prophète : les autres difoioit , Celui-ci ep\
ie Chrifl : ^ les autres difoient. Mais le Chrij^\
viendra- t-il de Galilée 5 Ces conteftations fonj
voir l’impreflion que les miracles & la Dodrinii
de J. C. avoient déjà faite. Elles font au rc 1
f^e d’une nature à ne venir pas facilement dani:
Pefprit d’un homme qui écriroit des chofes fa y
bnicufes. :«
CH'A?. 8. 7. 10. II. Et comme ils corttinuoien\\
à lui faire des demandes y lui s' étant relevé leu^\
dit y 6^e celui qui e(î fans péché jette le premie f
la pierre cont/ elle , Scc. Alors JESVS s étant reU \ '
vé , ^ ncvnia,7it perfonne , fi ce n e fi la femme y lu
dit , Itcmme , cd. fo7n ceux, qui îdeeufoieni
N H
?!
' de lu Religion Chrétienne. i-fî
ne condamnée ? 'Elle dit ^ Nul ^ Set^
f:ur. Etfefus lui dit y /e ne te condamne pas aujji.
y t-en , ^ ne pèche plus, . Il ne faut point de
cnmentaire pour voir que tout cela eft divin
« le fcnt mieux, qu’on ne Tcxprime.
Verf. fl. En vérité ,, en vérité je vous dis , que
fquelquun garde ma parole , il ne verra poin-t
l mort. Comment Jesus-Christ peut-il avan-
r un tel paradoxe ? Comment Jean peut-jl le
^!ttre en la bouche de J es us- Ch R i s t , lui
^i a voit vu déjà mourir pîufieurs Disciples de
.Jjn Maître E II ya là quelque chofe de plus haut
^. de plus cache que ce qui paroît d’abord. Ce
;;int ici des Docteurs qui ont les vüës plus longues
i pe n’ont les autres hommes.
■ I Chap, II. Je fuis la réfurreéilon la vie*
croit en fnoi encore quil foit mort y vivra*
[ i^el langage inconnu jufqu’ici !
i |Verf. 43. 44. Ef aï anî dit ces chofes U cria a
l ïutevoixyLazarey viens>t-en dehors. Alors fortit le
‘ \orty aiant les pieds & les mains liées de bandes y ^
J tete envelopéey &c. Rien n’efl plus circonftancié
UC ce fait. Lazare eft mort depuis quatre jours,
i eft enfé-veli. Une pierre a été roulée fur Ton
Ipulcre. Il (ent déjà beaucoup. H y avoir des
pifs qui murmuroient , & difoient , Celui qui a
Ifvert les yeux de l'aveugle, ne pouvoit-il pas faire
'4e celui-ci ne mourut point i Les Juifs [qui éroienc
bnus pour confolcr les deux fœurs, étoient là.
iTemblez. Le mon réfufeite, on le voit , on l’en-
jnd.PIufîcurs croïent en J esus- Christ. Le Grand
jonfcil s’en émût. Les principaux Sacrifîca-
(Urs & les Pharifîcns s’étant afiembicz à cette
cafion, plufîeurs s’écrient, faifons-nous ^
^ar cét homme fait beaucoup de /ignés. Si nous le
biffons ainfi, chacun croira en lui , les Romains
Vendront, ^ nous extermineront , le lieu ^ la
mon y &c. Si ce fait eft fupolc, comment l’ofc-
t-on
15'4 Traite de la Vérité
t-on cciîrc fi cxadlcincnt avec tant de circonHaliS
ces? Que n’aprofondit-on la chofe ? Les Chrij^
tiens manqucnr-ils d’ennemis , eux qui font
pofez à la perfccution de toutes les puiflance r
Cét Evangile eft crû à Jcrufalem qui fubfifte ci|^
core , & Bcthanie n’eft cloignce que de quelqu^*
Bades de Jerufalem. La fauffecc de ce fait fc^’
fi puplic & fi éclatant , renverfoit de fond
comble Touvrage des Apôtres; & donnoit ai^
Juifs gain de caufe : que n’ont- ils vérifié I f
chofes fui le lieu ? ‘
Ch A P. 13. 35’. Tem connoitront par cela
vom êtes mes Difciples , (i'vom a'vez de C amourh\\*
tins pour les autres. Divine marque! Cara<ilcil
non fufpe(ft ! ^ ^
Ch A P, 14. II. II. Croiez-tnoi y que je ' fu.)
m won JPere y ^ que le Tere eft enmot : autrermmV
croiez woi pour fes œuvres. En vérité y envérh}^’
je vous dis y qui croit en Woi y celui' là aujjifer'i
les œuvres que je fais , en ferai déplus grandi^'
que celles-ci, À quoi penfc l’Evangclifte de dir|
cela > s’il étoit convaincu par fon expérience él
fur l’exemple de fes Collègues, que les Difciplcj
de Jésus - Christ ne faifoîcnt aucune œuvre mij
raculeufe ?
Chap. Tj-. 14. si je neuffe fait entr\ux /^'p
œuvres que nul aut re n a faites , ils rd aur oient poin ! '
de péchez. Il leur met toujours devant les ycu:'-
îc témoignage de fes œuvres. î
Chap. 16. 1. Ils vous chafferont hors des Si-'-
nagogueSi wêwe le temps vient, que celui qui vcm\
fera mourir , croira faire fervice à Dieu. Il paroîit
par cette prédidion que l'Evangelifte met en lap
bouche de Jesüs- Christ , qu’alors les hom¬
mes ne s’atrendoient & ne dévoient s’aticndrçf
qu’à croix & tribulations, Q^eft-ce qui les!
foütenoit au milieu de tant de maux, & dans Isj
certitude d’cnloufFrir davantage, fi ce n'eft l’ef-'
pcrancc
de Ip. KeJi^îon Chrétrenne»
|rance de la rémunération , qui ne peut fubfiüer
itc la qualité d’impoflcur que rincredulité leur
;«{nne ?
/erf. 55. Vom avez angoljfe au monde : mais
bon courage y j’ai vaincu le mondes II ne fe
irc point de leur prédire des maux, qui fem-
bient devoir les décourager j mais qui ne font
'exercer leur patience, & confirmer la paro-
Dqu’ils annoncent.
> Chap. 17. 2 J. Vere jufley le monde ne
fnt connu : mais moi je t* ai connu , ^ ceux-ci ont
imu c^ue ^efl toi qui ma envoie. Et je leur ai
fteonnoUre ton nom , afin que VamcnY duquel tu
tas aimé fait en eux , ^ moi en eux. Efi-il pof-
lle qu*il puiffe tomber dans refprit , d’atribuer
\ pareil langage à des împofteurs f Le menfon^
[cft-ilici fi different de lui- meme , &ncrerpi-
3-t-iI que vertu, innocence, amour, charité,
« cét cfprit d'une faintc & fublime fimpliciré ,
Ijinc incfable confolation , & d’une admirable
àinfiancc , qui régne dans les difeours que
^esus-Christ tient en dernier lieu à fes
ÿfcipics pour les confoler de Ton prochain dé-
\rt ?
Chap. 18. 37. Mon régne nefl point de
vmonde , &c. Alors Pilate lui dity Efi-iu donc Roi ^
- s s u s répondit , ^ lui dit , Tu le dis , que je
lU Roi : pour cela je fuis né y pour cela je fuis
mu au monde , afin que je rende témoignage d la
^rité^ Celui qui efi de vérité oit ma voix. Jisus
îclarc que fon régne n’cft point de ce monde ?
: fc dit pourtant Roi. Oii prctcndroit-il rc-
icr , s’il ctoit un impofteur ?
Chap. 10. ly. 2^. C’efi pourquoi les autres
\ifciples lui dirent , Nous avons vu le Seigneur.
^ avs il leur dit y Si je ne voiles enfeignes des doux
0 fes mains , fi je ne mets mon doigt là ou
S oient les doux , ô* fi je ne mets ma main en fon
Traité delà Vérité
coté y je ne le croirai ^ oint y &c. Jésus lui d.'
Parce que tu cis vu , Thomas y tu cvs cru. Bie^
heureux font ceux qui n ont point vu , ^ ont a
Poura-t-on faire acroirc à Thomas, qn*il a r
plus incrédule que les autres , & qu*il n’a c*
perfuadc , qu*aprés qu’il a vu & touché le cor f
àe fon Maître ?
Ch AP. 21. 5<, Smon-'Pierreleur dit '.Je ni
vets pêcher. Ils lui dirent y Nous ) allons au jft af\\
toi. Ils partirent y ^ montèrent dans la nacelle, ijî
ne prirent rien de toute la nuit. Mais le matin
nu, Jésus fe trouva fur le rivage y Les Difcll
plej, apres la mort de Jesus-C h r i s t reprenne J
leurs occupations. Ils n’étoîeni pas en état de vl
vre fans rien faire. Et Jesus-Christ réfufciji
îcuraparoît quelquefois fur le rivage de la ml' i
eù ils pêchent. Qj^’y a- t*il là de fulpedl ?. hj
Verf. 2 0, 21. 21. 25. Et Pierre fe retourna, M
vit leDifciple que Jésus aimoit , quifuivolty hqum
auj/l pendant le fouper s' étoit penché fur fon eflomam
tè» avoit dit y Seigneur y qui efi celui a qui il
ra de te trahir ? ^juand donc Pierre le vit , il dit !j
Jésus, Seigneur y ^ celui-ci y quoi ? Jésus lui di}\
Si je veux quil demeure jufquà ce que je viennt i
quen as-tu à faire ? Toi , fui-moi. Or cette paro^j^
courut entre lesFreres , que ce Difciple-^là ne mouM
roitpoint. Néanmoins ]Bb'vs ne lui avoit point dit y
ne mourra point ÿ maisyfije veux quil demeure juj\\
qu à ce que je vienne , qu en as-tu à faire } C' ef en
i>îfciple~là qui rend témoignage de ces chofes , d’il
qui a écrit ces chofes , &c. Eft-il concevable qui'
rÉvangeliftc ait invente ce bruit qu’il prétenj;
qui courut touchant fon immortalité ? Ccscho;|
fes-là viennent-elles dans l’efprit ? Rcmarqiie|ij
Cependant que tout efl enchaîne ici d’une tcllb
forte , que qui donne un point donne tout. Car Ij :
bruit qui courut que Jean ne mourroit point , c<|
fondé fur la réponfe que Jesus-Christ avo]|
T
de la Religion Chrétienne, xjj
|kc a Pierre i & ] es us- Ch Ri st ne fit cette
X)onre à Pierre qu*aprcs fa refurredion, & après
jq|Dir prédit à Pierre meme de quelle mort il glo-
ifiieroit Dieu. Cette enchaînure nous fait bien
tir ce que nous en devons croire.
CHAPITRE VIII.
it ïon continue ci produire des ABes des Apôtres
des endroits propres à faire fentir la divinité
de la Religion Chrétienne.
pH A P. I. 8. Mais vous recevre:(^ la vertu; déu
Efprit venant fur vous ^ ^ me fe^ez témoins
^erufalem , a Samarie , par toute la terre.
^\fon examine ces témoins , qu’on les éprouve
jr toute force de fuplices , & l’on verra s’il fera
j fTible de les obliger à fe retrader.
,VerI. i6. Et le fort tomba fur Mathias y qui un
^mun acord fut mis au nombre des onze Apôtres.
}n*y a ici ni brigue, ni prééminence, ni tîran-
r. O que cette ïbeieté eft differente des focie-
il mondâmes !
ÎChap. 1. 13. Et les autres dif oient y C*e^
dils font pleins de vin doux. Cette forte de cir-
ilnPance marque l’exablitude & la linccrité de
Hiftoricn.
Verf. 11. ]i.s\is le Nazaréen , perfonnage aprou-
' de Dieu entre vous par vertus , par fgnes^par
merveilles y comme aufft vous le f pavez. Comment
ijfçavoient-ils , fi J e s u s n’a fait aucuns mira¬
is ? Quelle feroit cette hardiefle i
jverf. 41. Et furent ajoutées en ce jour* là envt^^
r trois mille âmes. Par quelle force firent*ils
fi grand nombre de Profclitcs, fi ce n’efi par
^force dont ils écoient revêtus ?
Verf 44, 4 J. Et tous ceux qui c roi oient étoient
Semble en un meme lieu , ô* avaient toutes chofes
corn*
Tf/ï/Vff de la Vente 5
communes > ^ ils vendaient foffe (fions htens
les difrïhuoient à tous, félon ^ue chacun en avo9
affaire^ Sainte focicte , toute compoTce de pciil
fonnes dcfînterefTees , & qui glorifient Dieu pm
le facrîficc d'eux-mcmes î Q^c pouvoîent efpcf
rer ceux qui renonçoient à tout pour ramour
Jesus-Chrîst ? Que Ton philofophe rar* '
qu’on voudra fur la maniéré d’unir les hommes 'T
i! n’en fut jamais de fi paifaire que la charîtiLf
Elle égale ce que les pallions humaines diftin'»'
güoient auparavant , détruit la concurrence
anéantit rinterct , fait difparoîcrc les vues d)|
l’ambition & les diftinélions de la vanité, & ra%
mène les hommes à cette égalité de lumière, d)^
culte fpirituel, de foi, de charité & d’efperanccji-
qui fit voir pendant quelque temps uneimaged|!
Ciel en la terre. Quel plus grand miracle faut- U
pour prouver la divinité de la Religion ?
Verf. 46. Et tof4S les jours ils perfeveroientdu^È
acord au Temple 5 Ô' rompant le pain demaifon t %
tnaifon , ils prenaient leur repas avec joie fimpli\%
cité de cœur^ Quelle perfeverance , quelle joïjf
& quelle fimplicité de cœur; fi les Apôtres forjS
des fédudeurs , comme il faut le rcconnoîtrc ol:
avouer, que l’Evangile qu’ils annoncent eft vérii
table & divin. j
Chap. 3. 8. 9. Et il entra avec eux auTem\
pie y cheminant^ fautant y ^ louant Dieu, Et to}\
le peuple le vit marchant ^ louant Dieu. Sont
ce là des faits qu’il foie bien facile défaire acroijj
re 5 s’ils font fabuleux?
Verf. II. lÀais Pierre votant cela y dit au pepV^
pie y Hommes ifraélites y pourquoi vom êtonnea^
vous de ceci , ou pourquoi avez-’vous les yeux attm
chez fur nom ? comme f par nôtre putffance , ou
nôtre fainteté nom avions fait marcher celui-c]]
Si Simon le Magicien avoit fait un pareil prodd
ge, il ne le raporteroit point à d’autres qu’à lu i
merntj
l ■
de l(t Religion Chrétienne:
ime , & il fc diroîc encore plus qu’il ne fait,
^mde vertu de Dieu Remarquez dans ces paro-
|.! un caradere de naïveté, d’humilité & de (in¬
cité tout-à-fait inexprimable,
î Verf. Rt fur lu foi du nom d* t celui i fort nom
4r affermi celui-ci. Oui , lu foi qui ejl pur lui , a
mnéu celui-ci cette entière difpofition de fes mem^
i's en lu prefence de vous tous. Cét entaffemenc
ÿxpreflions fonne mal dans le monde , & fait
^mme une cfpece de gaîimathias félon les ré¬
gis de l’éloquence humaine. Mais ici il n’eneft
ÿs de meme. Voici des Douleurs qui ne fe fou-
t:nt point de policefle ; mais qui craignent de ne
Ï5 dire alTez fortement , que ce n’eft point en
ir nom , mais au nom de Jésus, que tout cela
ffaic. l’oreille en foit choquée , ou non,
•jliirvû que refprit s’humilie en la prefence de
leu , & n’atribuë cette grande merveille qu’à
Jî s U s - C H R I s T.
iVerf. 14. hÆuis vous avez, renié le Suinté le
jfe y ^ avez demandé qu on vous donnât un
■{çtirtrier. Qu’il fçait peu dater ceux à qui il parle!
Chap; 4, 4. Et plufieurs de ceux qui uvoient
tfi lu parole , crurent y ^ lè nombre des perfonnes
environ de cinq mille. Comment S. Luc , qui
irit dans un temps où cette Eglife florilTante de
Iriifalcm compofee de tant de Profclites fub-
^:oit encore, leur poura-t-il faire acroire tant de
dts miraculeux , dont les yeux devroient avoir
« les témoins ?
;Chap, y. ly. Tellement quils uportoient les
nlades dans les rués y ^ les mettoient en des pe-
is lits ô* couchettes , afin que quand Pierre vien^
joit, au moins fon ombre paffât fur quelqu'un
hntr eux. Voïez raccomplidement de cette Pro-
Iveiîc de Jésus- Christ , qui avoit prédît que
N Difciples feroient de plus grandes œuvres que
li-mcmc.
Verf. 31.
1^(9 Traité dê la Vérité
Verf. 31. V.tnoHs lui fommts témoins de cé c[u\
nous difons le S» Efprit aujjl , que Dieu a donn*
à ceux qui lui ohéïffenî. Jesus-C h R i s t convain'
quoi: toüjours les incrédules par le temoignagS
que lui rendoient Tes œuvres ; & fes Difciplcs, pal
les dons du S. Efprit, Eft-ce donc ici un fongcl
une alienation d’cfprit ; un concert d’égarement
Ou plutôt , n*e{l-ce pas la fageffe & la vérité
Dieu qui paroît dans cette rencontre ? i?
Chap. 7. ji. Gens de coi roide y incircomé
de cœur ^ d' oreilles ^ vous vous aheurte^toûjouM
contre le S, Efprit. Vous faites comme vos Per^!|
Lequel des Prophètes vos Peres n ont-ils point pefm
jécuîé f Les fédndleurs flatent bien autremei!!
ceux qu’ils veulent attirer à leur parti. h
Verf. 6 Q .Et ils lapidoientEtienne invoquant
^ difant , Seigneur ]lsus y reçois mon efprit. Pu
s étant mis a genoux, il s écria a haute voix > di[an |
Seigneur y ne leur impute point ce péché. Etienrj
îiieurt en priajit Dieu pour fes ennemis , à l’exeirf
pie de J E s ü s- C H R I s T : mais Etienne n’eft poîij
fàifî de tridefle 5 il n’eft ni angoifse, ni épouventcF
il ne s’écrie pas , Mon Dieu , mon Dieu y'pourqu\
97) as-tu abandonné .^Oelui qui décrit le domeüij
que fi courageux, n’auroit-il point fçii faire ui
beau portrait de la confiance du Maître, s’il s’d
toit propofe autre chofe que de dire la vérité ? |
Chap. 8. 14. ig. j 6. Ils leur envdierent Pier ]^
^ Jean , lefquels étant là defeendusy prièrent pot\
eux y afin qu ils recàffent le S, Efprit, Car ilnétc\
point encore defeendu fur aucun d'eux y mais feu! {
ment ils étoient bdtifez au nom du Seigneur. On voj
par là, que tous indifFeremmcnt pouvoient recevoij
le S. Efprit : mais qu’il n’y avoir que les Apôtr j
qui püflent le communiquer. Cette diftinûici
eft remarquable. Il paroît encore que les dons éW
.S. Efprit étoient fi vifibles & fi éclatans, qu’ejj
s’apercevoir d’abord de cette éfuûon. Quailj
''>de la Religion Chrétienne»
IjHifcoursde S. Luc feroit fupofc, il feroît juflc
i lui donner un fondement, probable 3 Sc il n*en
juc avoir d’autre que celui-ci, c’eft que de Ion
lins les dons miraculeux ccoienc communiquez
:ix Fidèles : autrement c*eft une pure extrava-
j!nce que fon difcours.
Vcrl. ^ Mais Pierre lui dit ^ Ton argent pé-
avec toi , de ce que tu as e(imé que le don de
leu s* acquière par argent» Q^lle eft cette déli-
tteffe de Pierre, (i Pierre cfl un fejudeur , aulli
bnque Simonie Magicien ?
'Verf. Il, Z3. Kepens-tei donc de cette tienne ma^
Ü? > Ô* p^te Dieu , (i poffible la penfée de ton cœur
îfer oit par donnée. Car je voi que tu és en fiel très
per ^ en lien d^ iniquité. Ah , que ce langage efl:
Ærent du langage d’un homme à qui la con^
dljcnce reprochoit Finfidélitc & Fimpoftyrc !
!{Chap. 5?. 7. 8. 9. Or ces hommes qui mari¬
nent avec lui C arrêtèrent^ tout épouventezy o'iant
vo'.Xyinals ne votant per fonne. C* efl pourquoi ils
:onânifirentpar la mainy ^ le menèrent aDamas^
■'«i il fut trois jours fans manger fans boire. Si
^ Luc vouloit feindre , pourquoi feindroit-il avec
ijpeu de jugement ? QiFctoit-îl ncccffairede di^
iij, que Saiil croit acompagne , lorLque la lumière
Dieu refpîendit autour délai ? Pourquoi citer
Ijlicu , Tocafion , les témoins , defquels la Syna-
^gue pouvoic tout fçavoir ? Comment fera-t-il
aroirc que les gens dont Saül croit efcortc, le
.encrent par la main à Damas, qu*il y fut trois
vj^irs & trois ni>irs fans voir clair ?
f Verf. î6. Car je lui montrerai combien il lui
\\Ht fouffrir pour mon nom. Toute la vie de Paul
Kfc un acompliflcmentdccct oracle,
f Verf. 31. Ainfl donc les Eglifes par toute la
^ la Galilécy ^ la Samarie avaient paix, étant
f fiées, cheminant e7t la crainte du Seigneur par
^confolaiion du Saint'Efprit. QjJel prodigieux
piogrcz
i6i Traité de la Vérité
progrès de TEvangile , qui établit des Eglif*
par tout en fi peu temps 1
VeiE 54. 5 J. Et F terre lui dit, Enée ^ jEst/iH
Christ te guérijfe , léve-toi, &c. Et tous ceu
qtit hahitoient en Lidde ^ à Saron le virent, kj
quels furent convertis au Seigneur. Ces homnn
qui font ici citez fçavoicnt bien ce qui en ctoiîi
Ces Eglifes compolces de Profclitesqui devoicil*
avoir vii la choie, ne pouvoienc pas être troiti;îl
pces à cèt égard. -
Verf. 41. 41, Alors il lui donna la main ,
la leva. Fuis aïanî apelé les faints^les veuveM
il la leur pref enta vivante. Et cela fut connu
toute Joppé, plufieurs crurent au Seigneur. Voip
là un miracle bich éclatant , & des témoins qu’oj^f
produit , par krquels on auroit été facilemcr|i
démenti, fi ce miracle n avoir pas été veriti^f*
ble. .
Chap. 10. 4J. 4^. 47. C* e fi pourquoi l'\ê
Eidêles de la Circonctfion qui étoient venus avt%
T terre, s étonnèrent que le don du S. Efprit fut aufi\
répandu fur les Gentils ; car ils les entendoient
1er les langages, magnifier Vi eu. Alors
pritlaparole , difant , ëjuelqu unpouroit-il empe^-
cher qu on ne batïfât d* eau ceux qui ont repu le dc^
du S. Efprit , comme nous ^ veut dire cc
étonnement de ceux de la Circoncifion ? C’e
que jufqu’ici ils n’avoient pas vu le S. Efprit
communiquer aux Nations. Le mélange dcccif
circonftanccs fait fouvent comprendre la vérirfe
d'un récit. 1*
Chap. 11. 18. Alors ces chofes ouïes , ils stt ^
paiferent, ^ glorifier ent Dieu , difant, Dieudon\\
a au/fi donné repentance aux Gentils pour avoi\
vie ! Langage du S. Efprit ! ftilede Dieu ! expre ij
fion de Canaan qu’on ne peut méconnoîtiel v
Chap. 11, 18. Mais le jour étant venu\^
il y eut un grand trouble entre Us gens de guerr^\)t
pOHlj
de U Religion Chrétienne. 1^5
p.' ffa'Vûir ce que Pierre feroit de^venu, EtHerode
i%nt recherché y ^ ne le trouvant point , après en
iî> faitle Procez. aux Gardes , commanda quils
E nt menez, au fuplke. Circonftance qu*on ne
: fupofer , & qui confirme excélemenc ce
^eft raporté de la délivrance miracaleul'e de
Pierre.
^HAP. 15. 5. C'efi pourquoi après avoir jeûné
^riéyils leur impoferent les mains. CécHifto-
b qui reprefente les Difciples comme étanc
^ cefTe en jeune & en priere , ne peut point fu-
p:r ce (ait , s’il efl: entièrement faux. Il feroic
If avagant de croire que les Apôtres véeuflent
i, & fuflent plongez dans toute forte de dc"
É:hcs. Il ne faut que les entendre pour perdre
se. opinion. Cependant on peut dire que li ce
^Is annoncent eft faux , ils font des fccicrats,
“|ae s’ils font gens de bien , comme leur langa-
ous en perfuade maigre que nous en aïons
UC que ce qu’ils annoncent foie véritable. >
l’erf. II. Alors le Proconful votant ce quièîoit
jvè y crut y étant tout épouv enté de la dourine dtù
^eur. Ce feroit bien mal choifir Tes circon-
iftees , que de vouloir faire aeroire de pareilles
efees contre la notoriété publique. La couver-
d’un Proconful eft remarquable.
F^AP. IJ, 3^. C' e fi pourquoi il y eut un tel
Mfrenty quils fe féparerentl'unde l'autre, que
Wmabas prenant Marc navigea en Afrique , &c*
4 H:ftorien eft exaâ: à raporicr toutes chofes;
tl'\ fincerc , ne faifant point difficulté de rapor-
^des differens qui furvicnnent entre les Apô-;
jfHAP. 10. II. Etais amenèrent le jeune hom^
'ivant y dont ils fur oit grandement confolez.
t-il rien qui frape & convainque davantage
la réfurredion des morts ?
lüAP. 14. ij. Et' comme il traitoit touchant
la
2-^4 Truite àe la, Vérité ' . ■
la jîiflice 5 c^» la tempérance y ^ le jugement à n. ]
ntr y Félix tout éfraïé répondit. Pour mainteriA^^
va-t-tn , quand f aurai Voportumté je te rji
pellerai. Divine éfîcace de la farolc, qui f;j
trembler un Juge fur fon Tribunal & devant ;j
chaînes de Ton prifonnier i
Ch AP. 18.50. 31. 'Mais Paul demeura de\^
ans entiers en [on propre louagCyéo recevoit tous ce ,9
qui venoientvers lui, prêchant le Koiamne de Dr’ij
&c. Ici finit THiftoire des Aéles des Saints Apô:
écrite par S. Luc. Il paroît qu’il a écrit av;.
la ruine de Jerufalcm, puisqu’il ne fait auci'
mention de cér événement. Les Evangiles >
les Ep'itres des Apôtres n’en font non plus al
cune mention : mais ils parlent fouveni de la prj
chaîne venue du Seigneur , ou des juggiK:
qu’il devoit exercer fur la nation des juifs.
C H A P I T R E I X.
Ou Von continué a produire des Epitres de S. Vt .
de S. Pierre , de S. Jean y des pajfages f ^ -
près à faire fentir la divinité de la Keligf
Chrétienne. ,
E PITRE AUX ROM. Chap. i. i. 3.
Paul Paul ferviteur de Jesüs-ChRIST ,
à être Apôtre y mis à part pour annoncer jEvri
gile de Dieu , &c. touchant [on Fils qui a jS
fait de la femence de David félon la chair
a été pleinement déclaré Fils de Dieu en pt\^
fance , felo7i FEfprit de fanciification , par la [t
furreBion des morts. Les hommes mettent lejl
titres dans les Lettres qu’ils écrivent i & S. Pl|
y met tout l’Evangile : pourquoi ? C’eft qu’il .q
a le cœur &: l’elpric fi remplis, qu’il ne rçauij^
parler d’autre chofe. J. C. eft fon Alpha & ^
Omerray Ton commencemeuc & fa fin.
de la "Religion Chrétienne.
rVeiC.7.A VOUS tous qui êtes a Rome, bien^stimez..
}ieîez à être SaintSf grsice vous foit , paix de par
: :cu notre Pere , de par le Seigneur Jesus-
p H R I s T.*]amaîs homme avoît-il écrit de ce
Hile ? IJ lie s’adrcfl'e qu’à ceux qui font apeltz à
'|ie Saints. IJ nc leur fait point de complimens
7!ondains. Il leur fouhaîte la paix & la grâce
f'. Dieu. Ce n’eft pas ainfi qu’écrit un perfide
f|du(^cur , un ennemi de fa nation , qui va rendre,
ils Frères execrables par toute la terre , en les acii*
Ijnt d’un crime imagin-é.
^‘Verf 1 6. Car je 7ieprenspoint à honf-e tEvangi^
^ \de C H R I St, vu quec eft la puijfance de Dieu-
>.falut à tout cfoiant^ &c. Q^un homme doit
I re perfuade de ce qu’il dit , quand il s’exprime
•bne maniéré fi forte I & que la plénitude de fou
[prit paroît dans fes expreffionsentaffees l
I ! Ch AP. 8.37. 58 . 39. Mais en toutes chofes nous
tmmes plufque vainqueurs par celui qui nous a ax¬
ez. Car je fuis ajfüré que ni mort ^ nivi^y &c.
*rmcté inébranlable ! divine confiance qi’il
parque fi naturellement, & qui ne fçauroic naître
^*ais l’ame d’un impofteur !
iChap. ii.iS. 19. ils font Certes ennemis qu an S
U* Evangile à caufe devons : mais ils font b tentai-
quant à VéleBion à cau^e des Per es. D’oiV
ent que Paul parle des Juifs avec tendrefle en
[ tues rencontres 1 Pourquoi fait- il tous ces
' orts pour adoucir rcfpric des nations à Jeur
^;ard' ? Quel eft ce penchant qui emporte fon
jEur & fes affeélions vers ces ennemis jmplaca-
^cs qui ne demandent que fa perte ? Elt-ce là la
Î'^fition d’un homme qui auroic abandonné les
ns par dépit ou par vengeance ?
Thap-h.i. Et ne vous confortnez point a cepre-’
it fiécle h mais foiez transformez par le renouvel--
72eni de votre entendement , &c. Un homme qui
hé changé entièrement , aïant acquis de nou-
Tcme IL M ve^les
traité de la Verîtê il
yelks connoiffances , de nouvelles habîrndes
de nouvelles afFedions, ne parle que de change-<ll
ment, de renouvellement, de nouvelle créature jji
&CC. Un homme qui a etc éclairé (ur le chemin;S
de Damas , ne parle que d*illuminatio« , de lu-?-^
miexe qui rerplendic , de Rcfïaume de lumic-;
xe. Un homme à qui mifericorde a etc fai-Jf
te au milieu de fes emporcemens , ne parle quîk
de grâce. On voie fon hihoiie dans fes
preffions. ;
Vert. 10. lîé n. 13, 14. IJ. 1^. "Enclins
charité fraternelle à montrer ajfeéiton l'un enverA
Vautre , prévenant V un Vautre par honneur ,
tant point pareffeux a vous emploi er pour autrui
mais étant fervens d'efprit , fervanr au Seigneur
joieux en efperance , patiens en trihulation , perfé'^x
vérans en praiÇon , communiquant aux nécejftte\^)
des faintJ, pourfuivant hofpitalité. BeniJfeJt
qui vous maudijfent y henijfe:^les ^ & ne les mau<m
dijfe^i^int ) &c. Sont- ce la les paroles & les fcnl!
.îimens d’un* impo fleur I
Chap. 13. J. Et pourtant il faut êtrefujets nonA^
feulement pour la caler e ^ mais au (fi pour la confciijfiAi
ce. La Religion cimente le bien de l’Etat , & rie
ne s’unit davantage que fa pîctc & le bien de la fo ià :
cieté^ Ceft que Dieu qui fait rcgnei les Princes^ n?
cft aufli le principe de la Religion, j ;
Verf. 11. La nuiteft pajfée 3 ôo le jour ef aprot 1
ché^ ScCo Mau foiez revêtus du Seigneur jESuj
•Christ , ô* rV aïez pas foin de la chatr pof ^
acomplir*fes convoitifes. Les paroles fuivent l'|
penfées. Ccc Auteur regarde 1 Evangile . comit) t
une lumière qui diiïipc toutes fes tenebrelf, «jl
3 esüs«Christ comme Tuplcanc à tous fes bî|
foins. C’eft ce qui l’oblige à s’exprimer d’ui
;nanicre h furprenante. 1
I. epitre aux corinthiens, i-
^Chap, I. ij.
Christ ejl-il divifé ? Vaut a-
àe la Rellgicn Chréfiennê» 1^7
I crucifié pour vous f Ou avcz^^vous été hâtifez,
4\' nom de Paul } Que cette humilité eft rare î Ôc
j^ie naturellement les hommes font peu difpofez
i'c fâcher contre ceux qui veulent leur faite trop
ihonneur.
Ch AP. 1. 4. ma parole ma prédication^
point éîé en paroles pleines des attraits de là
^ience humaine , mats en évidence d’efprit d&
f\(fance» Il efl indigne d'un Roi , de chercher
i grâces du difeours & les attraits de l'cloquen-
lors qu il parle à des fujets aufquels il faic
|jice , Sc à qui il preferit fa volonté.. Cela fe-
t:t encore plus indigne du S. Efpric. Paul opo-
lia vertu du S. Efprit , dont il fe fert pour cou¬
iner l’Evangile, l'éloquence du fiecle , qu'iî
« prife. L'une eft lufpede, & l'autre ne f^aurok
litre.
•Chap. 3. J. ^li efl donc Paul ^ ^ qui efl ApoU
II, fi ce nefi des Mtnifires par lefquels vom avez»
fj ? Ce .u'cft pas ici Simon, Cerinthus , Sarui-
|us, Bahlides, Menander , &:c. qui fe difoienc
tàvertu de 'Dieu , le Verbe , le Prophète , St qui ea-
||:rînoient fur la vanité les uns des autres.
ipHAP.^4, II, II. 15. j^. Jufquà cette heure
\ f^s fouffrons c^faim foify ^ fommes nuds , ^
. fkmes fouffletez , fommes errans fk^ld^^
Ifcfr travaillons de nos propres mains* On dit mal
; mous , ^ nous bemjfons. Nom fommes perfécu^,
nous P endurons. Nom fommes blâmeZy Ô'
fr|fr prions. Nom fommes faits comme les balieures
mmonde ^ comme la racleure de tom jufqua
:mntenant. fe n écris point ces chofes pàur vcm
I honte : mais je vom avertis comme mes chers
; Paul a- t-il cru pouvoir impofer à ceux à
; fl il écrit, fur des chofes qui dévoient être fi
ijnuës ? Ou croit- il les porter à une loiiabJc
;; Ihkiion de patience par des récits que chacun
fturoit être fabuleux ?
Traité de la Vérité
Verf. ip. 10, Mais je vlendrouï bien^tot vê>_
vous y [i le SeigntUY Le veut , ^ je connoîtrai no\
la parole de ceux qui fe font enflez, y mais leur vertf
Car le Rdiautne de Dieu ne confifte point en parole^'
mais en vertu. Il paroîc par là que les dons mi
racLileux & extraordinaires juftifioient en c ^
çems-là la miiïion des Pafieurs : & qu'y a-t-il dj?
jnoins furped: que cette marque ? ) “
Ch AP. J. y. un tel hornme foit livré a SaUi':'
0, la deflrubfion de la chair, afin que T efprit fo^
fauve au jour du Seigneur- Les Apôtres rendcrjl
témoignage à TEvangilc par des oeuvres, & nci!>!'
Amplement par des paroles. î^'
Verf. II. C'eft que fi quelquun qui fe nomnlf
Trere , efî paillard , ou avare , ou idolâtre , ou wJv
difant , ou ivrogne , ou ravijfeur , vous ne manguv
pus meme avec un tel- Quelle févéritc, bon DictiC;
Q^ l’Evangile produifoit d’admirables tfctîlr
Qj/il faifoic des changemens furprenans ! Alli'j
croire après ce-a, fi vous pouvez, que c’cj[l i||
une fociecc de fcélcrats & d’impofteurs , comn'j
il faudroit l’avouer , fi leur témoignage n’ctc
point véritable. '
Ch4P. 5. 10. II. ^e vous ahuftz point : ja
Iss formeateurs y ni les idolâtres , ni les adultere^i
• ni les effeminez , ni ceux qui habitent avec lesm^f
les y ni les larrons , ni les avares , ni les ivrQgne\
liiles médifans y ni les ravijfeurs n hériteront poi\
h Rot au me de Dieu. Rt telles chofes étiez- vous qu\
ques-uns : mais vous en avez été lavez , mais vo]
en avez été fanEiifiez , mais vous en avez été juji
fiez au nom du Seigneur Jésus. Si le témoigna:
de Jésus n’cft qu’une impoftuie, comment a-tj
pii fandlifîer les hommes ? Et que prétendent ccr|
ci , lors qu’ils trompent Jes.liommes pour les
dre juftes , & que par l’infidclicc ils les condaifti
à la pratique de toutes les veirus ? Car voilà d
^ücs que rinçrcdulité doit avoir, '
'Cui '
de lit 'Religion Chrêtlèftnêl
I C’HAP. II. i8. 2 '30. 'Et Dieu et mis les uns
/ lEglife, premièrement Apôtres , en fécond lieu
%\'ophetes,pour un troifiéme Doâieursy^ puis les ver^
^ s y en fuite les dons de guérifon , les fecoursy les gou^
'rnemenfy les diverfitez delangxge. Tous font-ils
. ‘ophetes ? Tous font-ils Doreurs ? Tous foht~ils
nnt des 'vertus } Tous ont-ils les dons de guérifon l
\ous parlent-ils diHjers langages ? De la maniéré
l’il fait cette énumération , il fupofe que les
{ ,)ns miraculeux étoient dans l’Eglife, comme un
hiit d'une notoriété publique. Eft ce donc qu*il
'<travague ? On a bien vii des hommes qui fe
intoient à faux de faire des miracles : mais on
; vit jamais un homme qui voulut faire acroire
^une focietc nombreufe de perfonnes , qu’elles
irroient le pouvoir d’en faire, lorsqu’elles ne l’a-
îroient pas effedivement.
Verf. 31. Mais defirez des biens plus excélens $
tfje vas vous montrer y ÿc. Il préférera la cha-
^é aux vertus & aux dons miraculeux, QujI ^
|i:s fentimens éloignez du monde & de la fuper-.
ition l
i| Chap. 14. 24. 2/. Mats fi tous prophetifent ,
’ quil y entre quelque infidèle ou quelqu'un du
wmmuny il efit repris de tous , ^ jugé de tous ^
jnfi les fecrets de fon cœur font manifefle^tfy dont
t | fe jettera fur fa face , adorera Dieu , ^ dé^
\\arera pleinement que vraiement Dieu efi entre
jpus. C’eft ici le don de connoître les fecrets ,
;pnt parle ce meme Auteur , lors qu’il dit, ^lyand .
(aurois le don de Prophétie y ^ connoîtrois tous
fr fecrets, Scc. Vit-^on jamais des fédudeurs ,
ui pour prouver leur vocation , fe vantent de
jonnoîcre les fecrets du cœur ? Comment cét Au-
‘ur parle- t-il de cela en palTant & comme d’une
hofe connue ?
Chap, IJ. 13.14. 17.1p. C ar s'iln y apoint
'■( ^urreciion des mortSyCn'Siisr auffi n efi point ré-
M iij fufciîé ;
■J
2.76 Traité de la Vérité
fujcité : O' fi Christ n efi point rëfufcité, nôtre pte \'
àication donc efi vaine 5 (3^ voire foi efi vaine ^
même nom fommes trouvez faux témoins de Dieu
<Zar nom avons porté témoignage de par Dieu, qui'
a réfufcité Christ , lequel il rC a point réfufiiié, f
les morts ne réfufcitent point, &c. Et fi Chris*;
ne fi poïnt réfufcité , vôtre foi efi vaine , vow:
êtes encore eh vos péchez, Ceu^ donc qui dormen
en Christ font péris. Si nom avons efperance ei'.
Christ en cette vie feulement , nom fommes les plu
miferàbles de îom les hommes. Il n’y a rien de plu-
capable de nous faire connoître la perfuafiond!
nôtre Apôtre , que ces paroles, Voïez de qucllj
luaniere il réfute le fentiment de ceux qui ni
croïoient peint de rcfurrcdion. Il cft tout ctpn i
né de les voir dans ce fentiment , après ce qu’iii
fcavent de la réfurrediori du Scicrneur, du bon*
lieur de ceux qui dormoient en Christ, & clc|/
affiiclion's qu'ils endureet dans cette vie, &
n'endurent pas pour rien, *• '
Verf. 3 1, Si fai combattu contre les bêtes à Ephej]^
félon l* homme , que me profi:e^t*it, fi les morts 7ï\-
réfufcitent point l Mangeons (3* buvons , car demai )
nom mourrons. Depuis la naiflance du monde, l(j'
hommes de chair & de fang qui ne prétcndciu
qu'aux biens de cette vie , ont raifonné ainfi , Ç
c'eft aufîî le feui parti qu’il y eiic à prendre , s’i,
ii'y avoir point de réfurreeftion derniere.
Chap. 16, II. La falutation de la propre maii
de moi Paul. S’il y a quelqu’un qui n aime point i\
Seigneur ’Jbsüs-C h r i s t , Anathème MaranatiY
Il efl fon commencement^ fa fin. O que celj
marque bien la perluafion de fbn efprirl
I I. EPITRE AUX CORINTHIENS. Il
Chap. 8. 8.^. Car, Freres , nom voulons ble\
qite vom foïez avertis de nôtre affliBion , &c. afi^
que nom n euffions point de confiance en nous-mé\
mes, mais en Dieu qui réfufcité les morts,
voïc|
î;
de la 'Religion ChYeHerMi. i'jt
oïez leurs épreuves & leurs cfpcrances.
Chap' 1. 14. IJ. 16^ Or grâces a Dieuquitoà-
\^urs nom fiitt triompher en Christ , ^ qui mani^
t.fle par nom rôdeur de fa connoijfance en tom lieux
\ ar nom fonjmes la bonne odeur de Christ y &c.
i'efî à ff avoir a ceux-ci odeur de mort à morty ^ m
^ 'UX‘ld odeur de vie a vie. "Et qui efl fuffifant pour
. s chofes \ Et quieft fufHfant pour exprimer couc
! que ces paroles ont d*ond:ion & de force con-
aire aux faux attraits de l’éloquence du fiécle^
ais<]u’un bon cœur difcerne facilement ?
• Chat. 4. 6* Car Dieu qui a dit que la lumière
fplendtt des ténèbres y efi celui qui a relui en nos
leurs f pour donner illumination de la connoijjance
£ la gloire de Dieu en la face de J esüs- Christ.
l'éloquence humaine , qui eft preCque toujours
a deflus de ce qu'elle reprcfente , n’emploïe
tojrdinairement qu’une idée pour reprefenter un
:jbjet ÿ Sc fi cette idée efl: compofée, elle l’cft de
îufieurs autres qui ont de la proportion & de
i convenance : elle hait ce mélange d'idées Sc
!C métaphores toutes divcrles ü éloignées
;ans une meme période. L’éloquence du S. Ef-
irit au contraire, qui eft toüfours âu deflbus
: :cs objets qu’elle nous *mct devant les yeux,
jmpioïe plufieurs images à la fois toutes diffe-
lentes , parce qu’une feule eft incapable d'ex-
[limer tout. Dans ce ftile , le Soleil de jufiice
\u{ porte lafanté en fes ailes nom a vijitez par Us
hîrailles de [es compaffions» Vous en trouvez un
ixcmple dans cet endroit, ou l’Apôtre ne croit
jamais en avoir affez dit. C’eft ici une lumière
ui rejplendit , qui rejplendtt dans le cœur , qui
\onne illumination , illumination de connoijjanccy
{e gloire enda face de J e su s- Christ. Ah, qu’il
lut être plein de ce qu’on veut dire , pour s’ex-
Timer de la (ortc ! Les Orateurs du monde font
uîtres de ce qu’ils veulent dire : mais voici
M iiij un
h- ji* Trsiltê de ïtZ Vérité
un Ecrivain qui eil comme plein & poffedè parta
grandeur de Tobjct qu*il va nous reprefenccr. i
Verf. IJ. Car toutes chofes font four vous ^ afir^
ÇjUe cette très grande grâce redonne à la gloire di
Dieu far le retnerciement de plufieurs. Remercie¬
ment ,• adlion de grâce 3 reconnoiflance , gloinj
de Dieu , charité , aveu de fa foibleffe, prière
cxhortatioi;, voila ce qui remplit toutes les page
des Ecrits de ces prétendus impofteurs. L
Verf. 17. Car notre legere affliciion qui ne faï
que pajfer , produit en nous un poids éterneL^un\
gloire excélemment excélente. Jamais Ecrivain ni|
parla plus fortement , parce que jamais Ecrii
vain ne fut plus pénétré de la vérité de ce qui
ccrivoit.
Ch.ap. j. 17, Si quelquun efl en Christ,
foit nouvelle créature* Ou (ont les Doéleurs qu
ont exigé une pareille choie de leurs Di(ciples|
Quelle eft cette parole ? Q^lle eft cette étrangj
exhortation^ .
Ch AP. é^. I. 4. J. Ainfi donc étant ouvrier
avec lui , nous vous prions y que vous nate:^ foin
re/â la grâce de Dieu en vain, &c. mais nous ren‘\
dant recommandables en toutes chofes , comme éun
Miniflres de Dieu ^ en- grande patience y en
nions , en nécejfîtez , en angoiffes > en batturesycr
frîfonSy en troubles y en travaux, en veilles en jeûner
en pureté, par connoifj'anceyfar un efprit patient y pa'
bénignité y^ar leS .Efpritypar charité non feinte, S ont.]
ce là les caractères du monde , ou ceux du S. Efpri'M
Ch AP. 8. 18. Or nous avons aujfi envoïé ùve\
lui leFrercy dont la louange efl dans l* affaire de 1*1.]
vangile far toutes les Eglifes. C'eft de Luc dont i|
parle. Ce qu*il en dit fait afl'ez connoître que l’E;
vangile félon S. Luc éebic lu dés ce tems-là dan!
toutes les Eglifcs ; ce qui détruit le foupçon qu;
cet Evangile eût pü être rempli de chofes fabul
leufcs, dans un tems oii la mémoire de tout c|
l
de la Religion Chrétienne- 2.75
*4Î ctoîc arrive à ccc C2;ard devoir être fî ref-
jnte.
!Chap. II. II. Certes les marques de mon Apoflo-^
it ont été accomplies entre ^ous avec toute patience
'^vec [ignés, merveilles vertus. Paul a écrit à des
. ^lifesnombrcufes , à des focietez entières. Pour-
.-t-il leur perfuader qu’il air fait tant de vertus
i milieu d’eux , fi en cfet ceM n’eft point ?
Ch AP. 1 3. J. Examinez-vous vous-mêmes , &:c.
t)rouve:^vous vous-mêmes , 8cc. ff avoir fi Jesus-
nkfsT efl en vous. Quelles font ces expreflions,
'ous fommes en^ es u s- Christ , Jésus* Christ
d.en nous ? D’où vienn^t-clles ? Qui eft-cc qui a
abli un langage fi furprenant ? Où eft-ce que les
pôtres ont apris ce Pile inconnu à tous les hom-
les ? A-t-on jamais dît dans le monde, Cefar efl
1 nous ? C*eft que nous n’avons jamais rcçùTef-
rit de Cefar, & que les Qifcîples avoient reçu
îEfprit de J e s u s-C h R 1 s t.
^ EPITRE AUX CALATES.
ChaP- 3. I. 1. O Galates infenfez ! &c. ave^vous
\%nt foujfert en vain , fi c* efl même en vain ? celui
' \onc qui vous fournit rEfprit, ^ qui produit les ver-
\4s en vous, le fait-il paries œuvres de la Loi, ou par
'■ 'a prédication de la Toi ? ’Qudle eft cette interro-
(arion , fi ces vertus & ces dons miraculeux & ex-
(raordinaîres du S. ECprit ne font que des fixions ?
^ft“il polTiblc qu’on ne voïe pas la vérité du fait
/ans cette naïveté avec laquelle cct Auteur le fu-
fofe , s’en fervant de principe dans fon raifonne-
Ticnt , & en prenant ocafion de cenfurer les Gala-
|cs d’une maniéré fi âpre & fi fcvcrc ?
Ch AP. 6. II. 14. IJ. Tous ceux qui cherchent belle
tparence en la chair, font ceux qui vous contraignent
I être circoncis , afin quils n endurent perfecution
^■our la Croix deChrifl, Scc. Mais pour moi, d Dieu
neplaife queje me glorifie, finon en la Croix de N.
J^sus, par lequel le ?nonde m* efl crucifié , ^ moi au
M V monde*.
17 4 T Y dite de la Vérité
monde. Car e» Jésus- Christ , ni circonclflon I
ni prépuce rî a aucune vertu, mats la nouvelle créaÀ^
turc. Quelle fîdclirc ! Il ne veut point foufcrirc]*
a la maxime de ceux qui veulent obliger les ti-j-'
dcles à fe circoncît, bien que par là il put évite]'
la perfccution. Il nous fait voir que la circtjnci-'^
lion du cœur feule cft agréable à Dieu 5 c|u*il n’)( 1
a que la nouvelle ftéaturc que Dieu accepte dc-i
formais : circoncifion infiniment plus doulourcu'
fe que la première ; nouvelle créature qui s^cca-i
blit fur les riiines du monde qui nous ctbit (i;.
cher. Certainement cette dodlrine fi fpirituelle i'
il faintc, & avec tout cela fi ncceffairc, ne fortil
jamais de la chair & du fang. i
EPITRE AUX EPHESIENS.
Ch AP. 5. 18. Afin qu étant enraetne'^^fon \
dez en charité ^ vous puijftez enfin comprendre avei\,.
tous les Saints, quell^fi la longueur , laprofondeu\\ -.
la largeur la hauteur ^ connoltre la chariî^-^
de Christ laquelle furpaffe toute conHoijfance, &Ci
veulent dire ces tranfports d*admiratioii ij
la vüë de la mifericorde de Dieu , qui rcmplilTcn*
toutes les pages de ce Livre , fi ces Doâeurs oni
etc tels que î’incrédulitc fe Timaginc ? Ont-ils été i
trompez ? Non , puis qu*il s'agifloit de faits fu;' >
lefquels ils ne pouvoieqt pas Tétre. Ont-ils voukj;
tromper les autres ? Non, car tout ne rcfpir<M
que la crainte de Dieu dans leurs Ecrits.
Chap. 4. 24. ij. Et foieT^ revêtus du nouve\
homme , créé félon Dieu en jufiiee^ vraie famteté\ '■
C*eft pourquoi avant dépouillé le menfonge , parlez
en vérité chacun a fon prochain-, &c. Langagejl
furprenant 1 mais qui le feroit davantage , s’i
èfoit en la bouche d'un impofleur.
EPITRE AUX PHI LIP PIENS.
Chap. i. 15?. Parce qu il vous a été donné gra-[
itiitemem par Christ , non- feulement de croire en
lui, mats auffi de Joujfrir pour lui> Les Stoïciensi
qu:;
de l/t Kelifi'on Chrétienne. ij j
èuî s’ctoienc tant diftinguez par la fublimltc de
" ur morale avoicnt crû c]iie le Sage pouvoiccon-
î-‘:rver fa cranquilicc au milieu des affîidlions. Iis
.oient enyvrcz d’un orgueil qui leur ôtoit Icfcn-
menc du mal. Les Difciples de j esus-Christ
ont plus loin. Us regardent /es plus cruelles
. )ufFranais comme des biens, comme des fources
e joïe , de paix & d’une incfable confolation.
. is s’écrient , fe tnéjoük en mes fbujfrances , &c.
r^eprens plaijir en bitures , en affligions , &c? Ils
bnt plus. Ils femercienc Dieu d’avok loufFeri:
our Ton nom. Les affligions font naître leur re-
onnoûîance, c*eft qu’une main divine les foûtienc
^ qu’ils font affurez de la rémunération. Chofe
trange ! il ne faut cfuc cette certitude pour dé-
[lontrer la yeritc de la Religion. Les Apôtres
.\:’ont pu concevoir unctfauffe efperance , puis
î'iu’ils n’efperoient qu’en confcquence de ce qu’ils
vjvoîent vu , & des dons miraculeux qu’ils de-
i'ioient avoir & reçus & communiquez tant de
ois. On ne peut douter d’ailleurs^, qu’ils n’aïent
^ û cette efpcrance de la rcmunciation , fans s’ar-
(achcr les yeux , & fans vouloir extravaguer de
faïecc de coeur. Q^I prodigieux aveuglement
rft celui des incrcduics , qui ne veulent pas •voir
la vérité !
. I. EPITRE AUX THESSALONICIENS.
Ch AP. 1. 9, Car noire prédication de l'Evangile
i*a point été en vôtre endroit feulement en parole ,
hais auffi en vertu ^ en S. Efprit ^ &c. Toujours
es dons miraculeux qui rendent témoi^nasre à
•s/Evangile. . î:> ^
I Chap. 3* 4. Car lorfque nous étions avec votes
'tous vous p^dtfîons que nous aurions d foujfrir af-
Hiéiionss comme auffi il efl arrivé,^ vous le f çavez, .
Les Difciples de Jésus- Christ avoîcnt etc pié-
.■>arcz par J es u s- C hrist , & s’etoient préparez,
ôt ont préparé leurs fuccefleurs à la patience , lui-
M vj vaut
2-7^ Ttalté de la Vérité
vanr cette parole de cét Apôtre en un autre er>|
droit , Tous ceux qui veulent vivre félon la piei\\
Çeuffriront perfécution. C’eft donc de fang froid'!
par choix , par délibération qu’ils foufFrént. 1,
Ch AP P zj . y e vous adjure far le Seign€Hy\
que cette Lettre foit lüîé a tous les faints Lrere}:,
Paul ne craint point d’être démenti ouncontredij
dans tout ce qu’il a avancé de fes af Aidions & dej
dons du S. Eiprit. 11 veut que fes Epîtres foicn ;
lüës par tout. î
I. EPITRE A TIMOTHE’E, Chap. jj
Et fans contredît y le fecret de pieté efl grand \
Dieu a été manifefié en chair y ju/lifié enejprit \^
vu des Anges , prêché aux Gentils y éf* élevé fil,
gloire. Ce Miftere ne fçauroit être la fidion d!
refprir humain pour plnfieurs raifons. I. Pared
qu’il cft fi grand & fi^iiblime , que les hom'
mes, quelque fçavans oc quelque éclairez qu’il k
fuflent, ne l’auroient jamais trouve par les re-l;
cherches de leur efprit. I L Parce que ce Ton;
des pêcheurs qui l’anhon'ccnt. IIÎ. Parce qu'!^>
cét objet fi grand & fi magnifique fort, poule
ainfi dire, du fein de la mort & des foufFrancejl
d’un homme co’ndamnc, & puni du dernier fn-i
plicç : car c’efi apres laPafiion de Jbsus-ChRisiI
que (es Difcîples vont prêcher par tout les choÜ
fes magnifiques de Dieu. IV. Enfin, parce que l*j,
contemplation roule ici fur l’expérience j & qu’en j
core que ce Miftere foit infiniment élevé au defiji
fus de nôtre portée, comme cela paroi t à uikÏ i
première viië, il a du être vii Sc touché. LciM
Difcîples ont vil J E s ü s- Christ , & ont contêm'jJ
plé fa gloire , gloire comme du Fils unique d(|j
Dieu pleine de grâce & de vérité. Iî%pnt vü cerul !
chair dans laquelle habiroic corporellement tou¬
te plénitude de Divinité. Ils ont été frapez. dt'i
l’éclat de fes mifteres Sc de fa fainteté. Ils ont rc | :
çii eux-mcmes les dons de ccc Eîprit par lequel; '
ie la> Religion Chrhhnné: iLif
i)Ieu a etc juüific. Ils ont vu les Anges mon-
' ins & clccendans vers lui. Ils Tont cux-nicmes
Irôchc aux Gentils 5 & par leur patience j & leur
Jjjrcclication acompagnéc de la dcmonftration de
*“ Erprit& des vertus qu*i!s ont faites au nom dt
{ E s cj s , ils ont oblige le. monde à croire en liû.
nfîn , lors qu*il eft monte au Ciel , il y eft monté
S leurs yeux. Voilà bien des preuves non fufpedles
ife la vérité de ce grand Miftere.
II. EPIT. A TIMOT. Chap. 3. ly. i^. Et
fjuedés ton enfance tu ces eu connoijfance des faintes ,
\etîreSyS)iC. Or toute rEcriture divinefnent infpirée^
pc. Les fauffes Religions ne fc confervent que
yar l’ignorance , par la négligence , par la foumiC-
jiaon aveugle. La Religion Chrétienne ne fçauroîr
cre (ufpedie, elle qui ne fs fonde qjie fur l’inhru-
pion & la connoiflancc. Sondez, les Ecritures, car
ar elles vous croiez. avoir la vie éternelle.
Chap, 4. j ai combattu le bon combat ^
ai parachevé la »ourfe , f ai gardé la foi : quant
lu refle , la couronne deju fïice m^eft réfervée, Paul
fur le point de mourir. Les paroles des mou»
:ans ont quelque chofe de vénérable. D'oû peut
venir cette joie que l’Apôtre exprime fi natureî-
iement ? Ses efperances alloient être enfévelics
dans fon tombeau , s’il en avoit eu de charnelles.
Son bonheur touchoit à fa fin , s’il eût été mon¬
dain. D’oii tire-t-il cette confiance qu’il fait pa-
loître ? Eft-ce du-fentiment d’une confcience
coupable , qui lui reproche d’avoir trompe la
Sinagoguc , noircir fa nation , abufé les hommes ,
, rendu témoignage à un fédu^feur , & feint des ré¬
vélations fabulcufes par la plus fignalée de toutes
Icsimpoftures ? On le croira, fi Ton peut.
I. E P I T R E D E S A I N T P I E R R E.
Chap. i. 5. Bénit foit Dieu qui efl le Pere de
Jesüs- Christ , qui par fa gran^
de mifericorde nous a régénérez en efperance vive
par
17^ Traité de la Vérité
far la refurre^ion J e s tr s - C h R i s T d\n'{\
tre les^ morts. Ces Ecrivains font (i remplis dij .
falut qui leur a etc rcvclc, qu’ils ne fe laffcnii
point de remercier Dieu à ccc egard. ,
C H A P. 1. 17. 18. 19. lô. Portez honneu\\i\
a tous. Aimez la qualité de Freres, Craignex\\
Dieu, Honorez le Roi, Vous ferviteurs ^ foïez fu\ :
jets en toute crainte a 'Vos maîtres ^ non’feulemen\s.
aux bons ^ équitables i maïs’aujjl aux fâcheux y\
écc. Autrement quel honneur vous efl-‘ ce , fi étan j .
fouffletez four avoir manqué ^ vous V endurez^ j .
Mais fi en bien faifant , étant toutesfois affligez \
vous V endurez > voilà ou Dieu prend plaifir , &c.j:
On veut que nous reconnoiflions un concert dcj.
malice & de mcnlongc , là où nous ne trouvonîj
qu’un concert^ admirable de pieté , de charité jj
d’obcïlTance &: de droiture. Paul s’exprime com-,
me Pierre. Pierre parle comme Paul. Us agiT-;:
fent de meme, lis fouffrent de même. Ils ren-,
dent le meme témoignage , en aïant la mêmcj
patience , en pratiquant les memes vertus , & fai-,
faut paroîcrc la meme fagefle dans leurs paro¬
les.- Q^el foupçon peut- on concevoir?
II. EPITRE DE S. pierre , Chàp. i.
11^. 17.18. Car nous ne vous avons point donné à
connoître la puiffance^ la venue de Notre Sei^
Jésus- Christ , enfuivant les fables compo- i
sées avec adreffe : mais comme aiant vu de nos pro- ;
près yeux fa Majefté, Car il avoit reçu de Dieu le \
Pere honneur ^ gloire , quand une telle voix lui fut •
wnvoiée de la gloire magnifique y Celui-ci e fi mon \
Fils bien- aime auquel fai pris mon bon plaifir. Et
nous ouïmes cette voix envoiée du Ciel étant avec ■-
lui en la fainte montagne y Scc. C’eft un témoin
qui parle de ce qu’il a vü 5 qui foufFre pour foü-
tenir que fon témoignage eft véritable ; quin’eft
pas feul ; il y en a d’autres qui ont vu la meme
chofci il ne parle point par interet 3 il ne fe taîc
de la, Religion Chreiienné. iY9''
gj:înt par crainte j & qui avec tout cela s’cforce de
fclut fon pouvoir de fantifîer les hommes , 6c
'ijnpioïe (on tems , (on travail & fa vie à l’avance»
; rnt d’un ouvrage (i extraordinaire Sc ü peu fui-
d. Qui peut fe défier de lui ?
I. EPIT. DE SAINT JEAN, Chap, i.
, 5. Ce qai etoit dés te commencement ^ ce que
avons oui , ce que nom avons vu de nos fro^
-es yeux , ce que nom avons contemplé, ^ que nos
Câpres mains ont touché de la Parole de vie , nom
\om l*a7inonfons. Si vous doutez que les Apôtres
;'aïcnt etc par tout témoigner qu’ils avoient vil '
is miracles & la refurredtion de j£sus Christ j
prenez- le de leurs Epîtres , aprenez<^Ie d’euK-
; p^mes.
' Ch AP. 1. T. Mes petits enfans , je vous
\crls ces chofes , afin que vous ne péchiez points,
Et que lui importe-t-il que les hommes pèchent -
iU ne pèchent pas ? Jamais le defTein de fantifîéE
H hommes, & de travailler à leurJalut aux dc-
icns de fon fang , de fa liberté & de fa vie , mon-
a-t-il en d’autres cœurs?
Ces réflexions fufflfcnt pour mettre en goût
e Ledeur, Sc 'pour l’obliger à en faire de fon
hef qui l’inflruiront & le convaincront beau¬
coup mieux. J’en ai fait qui me convainquent
îeut-ctre plus qu’elles nê^ convaincroient un
utre. Il en fera qui le convaincront plus;
'}uc toutes celles qu’un autre peut faire. Ce¬
pendant nous polivons pafl'cr à la confidèra-
l ion de la fubftance de cette Religion que Jesus^
pH R I ST a aportée au monde. Il faut confidc-
rer le dedans de l’cdificc, apres avoir regarde l.c
(ichors*
IV. SEC-
^8® Traité de la Vérité J
IV. SECTION. I
Où l’on prouve la vérité de la Religioîij|
Chrétienne par la confidération de
fa nature &c de Tes proprietez. i
Divers Tableaux dans lefquels on la put
confidérer, |
J U s I c I nous nous fommes attachez comn
me à Tcco-rcc de la Religion ; nous avons exa*! ;
mine les preuves de fait, qui font les pre-'*
mieres qui fe prefentent à rcfprit : il fembîe qui|.
nous devrions maintenant découvrir la moelle df
Chriftianifme 5 Sc venir aux preuves tirées de
nature , en faifant connoître fa vérité par forj
excélcnce. Mais comme ce champ cft vafte ,
que nous recherchons la brièveté, il faut tâche,
de réduire les chofes que nous avons à dire fur c(|
fujet 5 & ne pouvant donner une jufte étendue il
nos réflexions , marquer du moins un plan qu'
fuplée à ce défaut. ^ j
Encoi:e que Ja Religion Chrétienne puîfle ctrr'
confidércc fous une infinité de faces differentes l;i
parce qif elle tient de fon objet qui eft fans bor-U
nés i il me fembîe qu^ nous en donnerons une idc<; ?
afTcz jufte & aflez proportionnée à nôtre deflcîn , •
fl nous la confidérons dans onze Tableaux diffe-j
rens, fçavoir. I. Dans les témoignages qui lui font
rendus , & que nous retoucherons en paflanr
encore que nous les aïons examinez en partie., .
I I. Dans Topofition effcnticllc qu'elle a avec|
toutes les faufles Religions qui furent {amais.'
III. Dans fes effets , dignes d’etre raporrez à'
une caufe furnaturelle & divine; I V. Dans laj
pureté & le dcfintercfTement de fa fin. V. Dans'
fa convenance avec le cœur de Thomme, qu'ellcj
cnfrc'
àe 'Religion Chrettennê.
‘ itrcprend de guérir. VI. Dans (es raports avec
5‘ gloire de Dieu , qu*elle doit avancer. VII. Dans
t morale. VIII. Dans Tes Mifteres. IX. Dans la
( jnvcnance de fes Mifteres avec les lumières de la
: lifon. X. Dans fa proportion avec la Rcligioa
iadaïque. X I. Dans fa convenance avec la Rcli-
ion naturelle. •
: J cfpere que ce fcrontdà autant de fources de lu»
licrc qui éclaireront les incrédules , & qui leur fc-
Dnt voir la vérité & la certitude de la Religioe
; ihréticnne par fa (ubiimité Sc par fes beautez,
' I
; î. T A B L E A ü
■ 1 ^ ^ ■
De la Religion Chrécicnne ,
Von confidére dans V ama4 des témoignages
lui font rendus»
ENcorc que les témoignages étant quelque
chofe d’extericur & d’étranger à la Religion
phrécienne , paroiffent moins propres à faire
.^onnoître fa perfedion , néanmoins on trouvera
iju’ils produifent auffi ce dernier cfFet , fi Ton
>rend le foin de les joindre , & d’en bien confîdérer
i’union & l’acord.
■ Car l’on ne pourra concevoir qu’une très
grande idée d’une Religion que la fageffe de
Dieu a voulu qui nous fut confirmée par neuf
témoignages , dont un feul fufiiroic pour nous eu
Faire connoîirc la vérité.
Le premier eft celui des Prophètes qÿ rendent
témoignage à Jésus- Christ en foule , par
une longue & perpétuelle fucccflion d’oracles plus
clairs les uns que les autres, & qui voient prcfque
anlTi clair dans la nuit des ombres & des figures ,
que nous volons dans le jour je racomplifTemcnt ,
comme cela a etc déjà prouvé.
Le
if 1 Ttaiti de U Vérité
Le deuxième cft celui de Jcan-Bapiînc, fa\j; ;
tant plus certain qu’il avait etc prédit dansTaji
cien Teftament J & quejBsus-CHRiST & fes Dilj!^,
cîples ne céfTcnt de ramener les juifs à ce icmo|j|i
gnage, d’autant plus conüdcrable, que Jcan-Ba||
tifte ne peut erre foiipçonnc de complai Tance ijl .
d’interet : la Tagefle de Dieu aïant voulu qu’^
fut au deffus de tous ces Toupçons par raufterii}.
de Tes mœurs, & le genre de fa vie , marque d’u^
caradere fi fingulier & fi furprenant. |
Le troificme eft celui des Apôtres , qui font dciiî:
témoins éprouvez par la rigueur des tourmens , ip.
qui réfiftentàla force de tant de fuplices capaj
bles d’arraclier l’aveu des plus grands crimes j
avec cette différence qui eft entr’eux & les prCj
venus ordinaires, c’eft que ceux-ci font mis à I'
queftion malgré eux , &Ies Difciplcs du SeigncU|i,
volontairement. Les criminels fçavent qu’on Icii
fera mourir s’ils avouent la vérité, & les Difcijt
pies de J E s U s doivent craindre la mort , s’ils l;j »
déguifent par une impofture. ,
Le quatrième témoignage c fl: celui des trois quj
ont témoigné du CiçJ : Le Perc déclarant au ]orj'.
dain , que J 2 s u s-C H R i s t étoit Ton fils b'cn,'j
aimé en qui il avoit pris Ton bon plaîfîr , & fai*,î
fant entendre cette voix en une autre rencontre j 1
Je r ai glorifié y ^ derechef jele glorifierai , le fil; :
fe rendant témoignage par Tes miracles 5 & Icp
S. Efprit lui en rendant par fes dons exiraordi-;
naires & miraculeux.
Le cinquième efl: celui de la confcience de!^-
hommeSf qui reconnoît que la Religion Chré- '
tienne a dequoî nous rafTiircr dans nos craintes
nous confolcr dans nos afflictions , nous humi-j
lier dans l’abondance , nous foiitenir dans la pau¬
vreté, & nous fandifier en nous délivrant de|
nos péchez , & q’j’ainfi elle répond à nos véri-|
dela ReUponChrettenm, . lîj
Le (îxîcme cft celui des ennemis memes de nô-
1i! Religion , qui n’ont pu s’cmpccher de faire des
sieus favorables à nôtre caufe. Les Juifs & les
<;ntils ont témoigne pout nous. La conduite de
liprovidence & la force de la vérité leur ont fait
jronnoître tacitement la vérité dont ils fe font
iDiitrcz les ennemis implacables. Les anciens Juifs Gêtm
< t cru qu’il s’agilToit du Meflic dans ce fameux
lacle de Jacob mourant, Le Sceptre, &c. Leurs
lopres Livres en font foi. Leur Talmud recon*
;iît quecét homme de douleur, & qui fçait ce que
eft que. de Iangueur,qui doit être navré pour nos Traiti
• che2j& duquel on fe cache comme d’un lépreux Sanhedi^
[ le McfTie. Ils font contraints d’avoir recours à
fîêlion d’un double Meflie, & par là ils font une
ipecc d’hommage à la vérité. Les Samaritains
oient dans cette opinion que le Meiîie devoit
icntôt paroître 3 comme cela paroîr par le dia-
•l'gue de Jésus- Christ & de la Samaritaine. Les
uifs en ctoient fi perfuadez ,que quelques-uns aî-
jicrent mieux reconnoître Hèrode le Grand pour
‘M. (lie J tout Idumcen & tout méchant qu’il
jtoit , que renoncer à un préjugé qui étoit fi pro-
bndement enraciné dans leur efprit. Les autres
irttent les yeux fur un Agrippa décendu d’Hero-
|e,& engagé dans le parti des Romains aïànt été
éduîts par la meme opinion. Les autres fuivent
'n brigand au defert pouffez par cette efperancc.
-es Juifs voïent leur ville prête à être réduite en
endre , & ils croïent que leur Mcfïie efl prêt à fc
nanifefter. Les Chefs de cesimpitoïables faêlieux
■jui fc déchirent pendant la défolation de la Judée,>
le font fi obftinez à fe perdre , que parce qu’ils
Tperent d’être les vainqueurs des Romains , & les
Vlaîtres du monde accompliffant les oracles. Ils fc
'ournent quelques ficelés après vers Baikokebas,
]uî n’eft qu’un fcélérat & un brigand , feus autre
.aifon que celle qu’ils croïent trouver dans la fu-
puta-
Cm»
Trait.
Saahed
ib» li»
^ 1 4 TfAite de ÎA VeYtte
putatîondcjS tcmsdu Mcftie. Jofephc , très habîî||l^'
& trcs verfc dans les Ecritures, croïoîc , auflil*''
bien que les autres , que ce terme ctoii accompli
ou s’il ne le croît pas Îuîrmcme, il prend occafioitl^f*
de cette opinion reçue dans tout l’Orient de fair#‘j‘r
fa cour à Vefpafien. Herode le Grand frapc pa l- ^
ces bruits avoir fignalc fa crainte par un déluge di!5 >
fang. Les Juifs reconnoiflToient alors qu’il n’y aui 1
roic ni Gouvernement, ni Magiftrats, ni Répui^
blique enlfraël au tems du Meffie. Mais enluin
I a ncceflirc de fe défendre contre nous leur a faii
avoir recours à diverCcs défaites. Quelques fié
des apres la venue Jésus -Christ, voïan:
que leur Meflie ne paroifToit point , ils commen¬
cèrent à dire , les uns qu’il ctoit caché , les autre iîj
qu*il étoit venu en la perfonne d’Ezechîas , leiT
autres que fa venue ctoit différée à caufe des pé¬
chez du peuple j & l’on en vint à ce point d’im
pieté, que de prononcer malédidiîon contre touijj
ceux qui fuputeroîent les temsdu MefTic. Et qu
ne voit que par leur aveu & par leurs défaites, ili
rendent témoignage contre leur intention à la fo i
des Chrétiens? i;
^ertull. Pour les Païens, outre le témoignage autcntî-:|
•^polog. Pline le Jeune rendit à l’innocence deî|
Chrétiens, outre celui que Tibere rendit à J e-'
X>ifcours sus- Christ, voulant le faire recevoir au nombre
j^r /'Hi-des Dieux, furprispar les merveilles qu’il enavoiij
'Voûter grands Empereurs n’ont pui'
[elle de CAchcr Ics fcncimens favorables qu’ils avoicnii!
M. de pour la Religion Chrétienne 5 que les uns faifoient|i
écrire fur les édifices’ publics des maximes de l’E-i
vangile : que les autres vouloient confacrèr des^r
Temples à TuCage des Chrétiens, & que les au*|
très faifoient profeflîon d’admirer la morale dc^
J esus-Chri s T. ^ i
Et que dirons-nous de ce que les Juifs & IcS;
Gentils ne pouvant nier les miracles de J es us-.
Christ,
do/fi»
de lût Religion Chrétiennê, 18/
H R I s T, font contraints de les raporrer, les uns
il une vertu magique, & les autres à je ne f^aî
liellc prononciation mifterieufe du nom de Je-
^;i)va ?. C’ed une chofe admirable qu*il n’y ait
:|s jufqu’aux ennemis de nôtre Religion qui ne
lîiimoîgnenc pour elle fans s’en apercevoir.
'iLc feptiéme témoignage eft celui des évene-*
-ens, que la fageffe divine a tellement difpofez,
ii’ils rendent la vérité du Chriftianîfme inc-
: anlable. On en peut mettre plufieurs en ce
!)mbre : mais il fuffic d’en marquer trois dignes
; confidération entre tous le^ucres ; qui font la
ine des quatre Monarchies qui avoîent affligé
peuple de Dieu, à la fin defquelles précilément
Roïaume des Cieux dévoie être établi ? la riiine
iîtiere de la République Judaïque, & la dc-
>!ation de la Terre Sainte , marquée de tous les
iraêlercs de la colere celefte : & enfin , Téta-
dfl'ement de l’Eglife Chrétienne , ou la vocation
'!:s Païens accompagnée de tant de circonfiances
;UÎ témoignent que c’eft là l’ouvrage de Dieu.
Le huitième eft celui qui rend à Jésus-
i H R r s T la Révélation de Moïfe. Et le neu-
|iéme, celui que lui rend la Religion naturelle:
!cax témoignages dont nous ne parlons pas
maintenant , parce que nous prétendons finir
jar là céc Ouvrage
; Il faut bien que Religion Cljfctienne foie vé-
ïitable, puisqu’elle eft confirmée par tant de te-
noins non fufpcêls : & l'on ne- peut s’imaginer
ans extravagance , que les Prophètes g’aïcnt vii
;Iair dans l’avenir que pour autorifer une fidion 5
lue Jean-Baptifte aïant etc d’abord regardé des
juifs comme leMeflie, ait renoncé à la gloire de
:e titre par complaifaace pour un fedudeurrque
CS Anôtres & les autres OTciplcs aïcnc ^oulu fa-
:rifier leurs biens, leur honneur, leur repos & leur
de, à celui qu’ils fçivoicnt être un faux Chrîft :
Traite de la Verhe î
que le Cîel ait aprouve le menfonge par dc,;V;'
miracles fenfiblcs , que le coc jt de l’homm<il !
trouve tour ce qui répond à fes befoins dan:i(.;
une impofture : que les ennemis de nôcrc Relij
gion aïenc voulu s*acommoder à nos faux pre ^jnG
jugez : que les evenemens fe foient proporcion?
nez à une erreur, & que la Révélation de Moï^; ;
& la Religion naturelle aïent rendu temoignagf [i
de concert à une fable. \ iii
Mais j’ajoücerai , qu’il faut bien que la Reliy /(
gion Chrétienne Coït néccffiiirc & importante j r.,
puifque la (agefle ^ie Dieu nous conduit^ clli^ ■(
par tant de chemins; & qu’elle doit être bierj-;
admirable & bien magnifique, puis qu’en queIqU(| i
forte le Ciel Sc la terre , le palTé & le prelent , ;;
èvénemens qui fuivent le cours ordinaire de h\
nature, & ceux qui font furnaturels & miracu-j
leux 3 des Prophètes enfin & des Apôtres, qu i ;
ne fe connoifiént point les uns les autres , s’a-j ^
cordent à nous la faire connoîcre, & à nousüf-
faire admirer. 1»
IL TABLEAU !
De la Religion Chrétienne-, |
Oa fon opofition avec toutes les autres Religions*
Toutes ces véritez paroîflent beauconp|i
mieux 3 Ic^fquc l’on confidére la Religion,
Chrétienne dans l’opofition qu’elle a avec tou-,
tes les autres. Ce privilège de la Religion
Chrétienne confifre, en ce qu’aucune autre Re-,
ligion n’a les avantage^ qu’elle polTede , & qu’elle
n’a aucun des defauts qui font dans toutes les;
autres Religions. |
Je dis que les autrçs n’ont pas les avantages;
qu’a la Religion Chrétienne : car je croî qu’ilj
n’y en a jamais eu quife foit vantée d’avoir etc!
confirmée
f
de la TLeltgton Chrétîennêé 1S7
jlnfirmce par les anciens oracles, Mahomec
j':nd le parti de faire douter de FEcriture ,
ÎjicÔL que de tirer de l’Ecrirure les preuves de
vocation^ comme vous ne \foïez pas aulîi qu'il
I vante d’avoir eu un prccurleur qui ait aplani
i voïes.
• [I y a quelques Religions qui peuvent avoir
A leurs Martirs : mais quels Martirs ? Des fu-
{•fticieux qui s’expofear à la mort , fans fça-
air ce qu’ils font, comme ces Barbares qui Ce
jtent par milliers.au devant de leur idole, afin
tic ce coloffe les ccrafe fousr fes roues en paf-
lu. Mais on ne trouvera point d’autre Reli-
pn que la Chrétienne, qui ait été confirmée
pie fang d’une multitude de Martirs éclairez ,
^i foufFrenr pour défendre ce qu’ils ont vu , qui
4 vicieux qu’ils croient , font devenus faints
|r la foi qu’ils ont en leur Maître, Si qui enfin
ipandus en tous lieux , mourant fans que •leur
/mbre diminue, & fc perpétuant en quelque
Jrtc par la mort, fouffrent avec joïe par la
ucitude qu’ils ont d’ccrc couronnez apres la
:ort : certitude qu’ils tirent de ce qu’ils doi-
.vnt avoir vu de leurs yeux pendant leur vie.
On trouve auiïi des Religions qui fe vantent
avoir été autorifées du Ciel par les évenemens,
és Romains raportoient à leur Religion les
crantages qu’ils avoient remportez fur les au- Mm?"
es peuples. Et les Mahomerans prétendent
ic les grands (uccés que Dieu avoir acordez à
ür Prophète ,*étoicnt des marques incontcRa-
ics de la vérité de leur Religion. Mais préten-
tcquclâ profperité temporelle foit le caradlc-
* de la véritable Religion , ou l’adverfité de la
oflei c’cfl vouloir, comme on l’a déjà dit ail-
urs , que les plus grands fcélcrats foient les
voris de la D vinicé. Ce n’cft point la proTpe-
"c, ou l’adverfité Cmpicmenc, i4fcis la proCpc-
tîî Traité de la Vérité
rÎLC , ou radveifitc cinanc que prédite , qui pét|
être un caradere delà vraïc Religion ;& quaii
nous di Tons que Içs cvcncrnens rendent tcmo;j
gnage à la vérité ’du Chriftianilmc^ nous pa
Ions d-c ces evénemens qui avoient etc marqu'îi
dans les Prophètes , tels que font la vocari<';
des Païens, la rüinc de Jerufalem , -rétabliffS
ment de 1 Eglife. Enfin on voit bien des-Rc®
gions qui trompent Thomme ; mais on n’en vc^
point qui le fatistaffent. On en trouve qui o
des miracles manifefiement fabuleux , des t'*'
moins furpecls : mais l’on n’en voit point q'f
foient fondées fur de vrais miracles & des tc|
moignages va'ides. Nulle Religion du mopi!:
n’a donc les qualirez qui fe-trouvent dans laR^.
ligîon Chrétienne.; & il faut ajouter , que
Religion Chrétienne n'a aucun des défauts q'
font dans les autres Religions, |
Il ne faut ni beaucoup de lumière , nî un lorl
examen pour découvrir cette vérité. Il cft afff‘
évident que la Religion Chrétienne n’cft
mondaine , comme celle des Juifs d’aprefent , q'
ne foüpirent qu’aprés une pompe charnelle; '
monfirucule, comme celle des Samaritains, qî
faifoient un mélange ridicule du Paganifmc & (' '
ia Religion Judaïque,; ni impie & cruelle , con'>
me celle des GnoRiques, & qu’elle n’a pas totî
CCS défauts enfemble , comme avoir la Religidl
Païenne. Mais ne pouvant parcourir toutes
erreurs qui pouroient donner du jour à cet
opofitîon , contentons nous de feire voir l’avai'.
tage que la Religion Chrétienne a dans cep;3
ralclle, par les maximes fuivantes.
Les autres Religions , fuivant la condition f
ouvrages humains , fe forment peu à peu dj
imaginations de diverfes perfonnes qui y cfia
genc les uns^'^pres les autres. Les Grecs q'
ajoü^
de Jet ’ReVigîon Clorkiennê:
oiuc à la Religion cju’ils avoient reçue cîcsEgy-
iikns ; les Romains à celle que les Grecs leur
Il oient cnreignee. Menander ajouta aux impierez
I Simon ; Saturninus & Balilides à celles de Me-
inder. C’eft que les hommes ne font jamais las
nventer, ni le peuple las de croire. Mais il n’en
pas de même de la Religion Chrétienne , qui
i toute enticre en Jesus-Christ , toute entière
lis chaque Evangile , toute entière dans chaque
H^re des Apôtres, Tout ce que les hommes ont
tulnajoücerà la dodrineque J e 3 u's- Christ a
|Drcé au monde , n'a fait qu’en corrompre la pu*^
jl é ■& la fpirituaiicé , comme cela parole par la
S proportion qui ch entre la dodlrinc Apoftoliquc
tics Ipcculations des hommes,
II.
> Les autres Religions ne peuvent foutenîr la lu-
îicrcdu jour: Elles Ce couvrent d’un hicnce mi-
Ærieux & de ténèbres afFc(5lécs. Les Gnoftiques
hjerchcnc la nuit pour couvrir rimpurctc de
ijirs miftercs exécrables. Les Romains s’expo-
Jnt à la raillerie de leurs Poe es , par le foin qu’ils
^itMe cacher le fcrvice qu’ils rendent à la bonne
ipeffe. J ulicn 6c Porphire fc fervent de toute l’a-
Jleflc de leur .cfprit , pour adoucir ce que le Pa-
ijtnifme a de ridicule & de choquant, ou pour
iillicr leur fuperhitîon par diverfes explications:
f^mme lors qu’ils foücienncnt qu’ils r’adorent
i-a'un fcul Dieu (ouverain , encore qu’ils recon-
^i)i^^ent d’autres Divinitez fubordonnees & dc-
^•ndantes , & qu’ils tâchent de junifier le culte
• l'iis rendent aux idoles par des lubtiiitez & par
!S diftinêlioüS.
Il y a un principe d’orgueil dans le coeur des
jommes, qui fait qu’ils iiC vcuicnc point être ac-
jUz d’avoir des Icndmcns ablurdcs : de forte
,’ic loifquc leurs payions les atraclienc à une Ré¬
gion qui ne paioic pas rajfonnable , leur cfpiic
Tci;/e II, N fait
1^0 Truité de Ise Vérité
fait tout ce qu’il peut pour la faire paroitre pJciJ
ne de bon fens Ôc de rai (on. La Religion Chrc-1
tienne au contraire ne demande ni voile, ni lilen»!
ce, ni dilîimulation , ni déguilement , encore;
qu'elle propofe des objets qui font infînimem
contraires à tous nos préjugez. Les Apôtra
a voilent que la prédication de l’Evangile cft une'
folie aparente j & néanmoins ils alfurent que
c’eft par cette folie que Dieu veut fauver le mon¬
de. Ils fçavent que la mort de J e s u s-ChjCisi
fcandalife le Juif , & paroit une folie au Grec :
& néanmoins ils déclarent hautement , qu’ils ncl
fe propofent de fçavoir que |esus Christ,
Jésus -Christ crucifié. D’eù vient. qu’ils ml
daignent jamais adoucir ce paradoxe , bien loicl
de le cacher , fi ce n’eft de la pleine & parfaite!
perfuafion qu’ils ont de ce Myftere adorable ,
de l’abondance de refprit , qui leur fait connoirniB
refficaee de la Croix. * É
III. :lc(
Si l’on confîdcrc bien les autres Religions, oéIoi:
trouvera qu’elles font pour la plupart ou l’ou^f
vrage des Poètes , ou la produdiion des Philo«iijife
iophes } Sc qu’elles viennent du jeu ou de l-in
fpécLilatîon de l’entendement : ce qui fait qu’eli
!es ne font point univerfellement goûtées. Lcftjo
rhilofophes fe font mocquez de tout tems de liljfcs
Religion des peuples ; & les peuples ne compren
nent rien dans la Religion des Philofophes. So itintij
crate tourne en ridicule la Religion des Athcjîj|j|(
niens j & les Athéniens aeufent Socrate d’A'j
ihéïimc , '& le condamnent à la mort. La ReJ
îigion Chrétienne feule cft goûtés du peuple
des fçavans : parce que n’etant pas attachée àl’i,
gnorance des uns, ^ ne venant point du fçavo:.^
des autres , elle a de divins raporcs avec le cœu'
de tous. Plus élevée que la Philofophie des Sa
ges , cjle cft acoîîimodcç à la portée des plu:
I
àt Id Religion Cbr etienne,
|o(îîcrs. Sublime fans fpccularion ^ & (impie
i liS baflcfle, il n y a rien de trop grand ni de trop
P ch pour elle dans la fociccé , .& elle fe faic goii-
II & admirer de tous egalement^
s Les autres Rclin-ions conduifcnc les hommes de
rfpric aux fens : au lieu que celle-ci les ramène
^ s fens à l’efpric. On içaic v]ue les Païens dêïfiant
•s corps , ou Ce rcprcfentanc la Divinité fous une
^rme corporelle, loin-delui rendre un culte con-
i»rme à fa nature fpirituelle , ne la fervent que par
y:s jeux, des fpeclacics & d'autres exercices corpo-
;:Is. Les Samaritains & les Juifs difputant avec
nreur, pour ;çavoir s'il faloit adorer Dieu à Jeru-
• .lem , ou fur la montagne de Guéri fim , ancantif-
î)icnt l'efpricdela Religion, qui eftîa charité, pour
1 défendre l'exterieur Les Prophètes (e plai--
îboient que les Juifs faifoient confifter le vérita-
le jeune à courber leur tête comme le jonc , ou à
: couvrir du fac & de la cendre. L'H floire Sainte
^pmarque que les Sacrificateurs de Bahal fe fai-
oienc des incifions avec des couteaux comme s'ils
iiffent du fe rendre Jeur Dieu favorable par ces
i’jcerciccs corporels. Les Juifs de nos jours ne
meuvent comprendre que nousaïons etc apelez à
r>i connoiffancc de Dieu , encore qu'ils voïent que
<lous Faifons profeflion de mettre en lui route i ô-
f:c confiance, parce qu'ils ne nous voïent point
' ratiquer quelques ceremonies corporelles Et les
1 lahometans plus impies que (upcrflitieux , ne
lliiflent pas de laporter tout auxlens, Ilsatachenc
fmr adoration à la Méque , fe tournant vers elle ,
j>!omme les Juifs vers Jeiufalem. Leur elprit de-
?pande principalement à Dieu* la latisfaàion de
rrurs fens j Sc aïanc une efpece de refpiêl rclî-
: deux pour les lettres qui compofent le Nom de
t^Icu , & pour le papier cù il fe trouve écrit , ils
lont engagez à oprimcr les hommes qui portent
N ij l’image
ê
4,95> Trciîte de Ia Vente
l’image de Dieu , par une Religion qui ne rdpir
qui violence & qu’oprcilion.
Ce qui f^ic que les hommes rapertent tout au:!
fens , c’eft que c’eft là le plus facile. Il efl pluj
aife de prendre le Soleil pour Dieu, que d’etri
.perpctuellanent ocupê à chercher un Dieu qui
jcache 3 de célébrer des Jeux & des Fêtes à foi|^
honneur , que de renoncer à foi- meme pour la -
ji-iour de lui 5 plus facile de s’abftcnir des alimcc|g
ordinaires , que de renoncer aux vices 3 de chantefj
.des hymnes, ou de lalucr des ftatues, que depaijj
donnera fes ennemis. Que nous trouvons don ï
un caradlere admirable dans cette Religion qiN
nous ramène d’un Dieu conçu comme corporelle
à un Dieu efprit , & d’une maniéré de le fervi M
^charnelle à un culte fpiriiuel î Ce que Jésus'-'
Ç HE 1 ST exprime excélemment par ces paroles
'Dieu e(i un Ejpjit , ^ il faut que ceux 'quii'ado^i
rent , redorent en effrité^ en mérité, Quj efl>cl^l
qui lui en avoi^ jcani: apris ? Et comment marque'*^
t-il en deux mots le génie de la véritable Pveligiorj^j
que tous les hommes àvoient ignorée ? ;
V . 1 ^
On peut dire de toutes les autres Religions fari,^
exception, qu’elles nous font chercher le monlj
de dans le fervicc de la Divinité : Au lieu que ijj
Religion Chrétienne nous fait glorifier Dieu ell
jcnoDçant au monde. Les Païens voulant pluiol
fe plaire à eux-mémes , que plaire à leurs Dieux^l
ont fait entrer dans la Religion tout ce oui a pu
,dârcr & les divertir, La Religion Mahometarjl
n’aïan.t pas beaucoup de cérémonies , arrache d||
moins les avantages temporels à la pratique d||
Ton euke , comme fi le monde devoir, être la rijj
compenfe de la Religion. Les uns Si les autres ijl
font trompez fans doute. Les Païens ont du rcfl
Conncîrre que'lc fcrvice de Dieu confiAe cnantij ;
chpfe que dans le divcrciffçmcnt ou dans la volk
. ^ ' P'V
de la 'Religion Chrétlennli sÿÿ
•c. Et les Mahometans ont dû fçavoîr, que les
i'antages temporels étant fi incapables de fatîs-
:iirc les defirs de Thomme , & de remplir le vuide
• fon cœur , ne peuvent pas tenir la place des biens
ic la viaïc Religion lui deftine. Mais les uns &
,5 autres ont (uivi un mouvement de Tamoar
opre , qui Ce trouvant naturellement fufpendir
itre le monde & la Religion , ne trouve rien de
. us doux que de les joindre , penfànt ainfi acordec
in devoir & fon inclination, confacrer fes plai-*
ebs , & reconcilier la confcience & rintercc.
: La véritable Reli^on nous donne pour premîe-
maxime , que céc acord eft impoffible , ou pouf
:.rler fon langage, queCHKiST& Bclial ne peu-
i .‘nt fubfîflcr enfemble : qu’il faut ou glorifier
■ iîcu aux dépens du monde ,ou pofléder le monde
Ljix dépens de la Religion. Peut» on s'empêcher
; j: voir que c’eit là un caradere divin.
! V I.
Les autres Religions tendent à abaîffer Dieu , èc
élever l’homme : Au lieu que la Religion Chre-
'pnne tend a abaiffer l’homme , & à élever Dieu,
b premier peuple du monde fait de fes Divinitez
’-s montres , & de fes Empereurs qui ctoîent
. |:s monflres , il fait des Divinitez : & les plus
Hébres des Philofophes n’ont point de honte de
jclever aux dépens de la Divinité , en fe préfe-
■ j.nt à Jupiter. La Religion Chrétienne au con-
.aire nous aprend que nous nous devons tous
fjïtietsàla Divinité , fans que la Divinité nous
I oive rien elle- meme. Elle hous humilie par céc
I ^îme qu’elle nous fait voir entre Dieu & nous.
• le nous montre &: que nous fommes haïffablcs,
: que Dieu eft fouverainement aimable. Qm ne
(adniircra !
‘ ^ VII.
Les au très Religions nous font être dependans là
ù nous devions être maîtres, & niait res là où nous
N ii; devions
5.^4 Traite de îa. Vérité ^
devions être dèpendans. Elles enfcîgncnt à rhom.jt
me à encenfer aux moindres créatures , & à s*cga*tj
1er au Maître de rUnivers, Qui ne s’étonnera qiic r’
les hommes foient a (Tez impies pour vouloir être)/
des Dieux, lors qu'ils font a/Tez lâches pour ne fça'l
voir pas être des hommes ? Qid comprendra
gucil de ccc impie , qui ne dédaigne pas de fe (oü-n
mettre aux betes à quatre pieds , aux oiicaux, auxJf
reptiles , aux plantes, félon le reproche de S. Pauliîf
Qu qui pourra concevoir la baffefle de ce fuper-[|
ftitîcux, qui ne fe contente point de fc déïfier foi-ll
meme , mais qui déifie jufqu’à fes vices ? La Reli-k
gîon Chrétienne feule rétablit l’ordre légitime quil *'
devoir être dans le monde, aflujettiflknt toutçi|>
chofes à r homme , pour (oümettrc l’homme àl^
Dieu. Quel fera le devoir de la véiirable Religion.'/'
ü ce n’eft de rçfablir un ordre fi Icaicimc ? ' * p
VIII. '
Pour peu qu’on pénétre dans le fond des au-!i
très Religions , on trouve qu'elles tendent à dé-4-
truîre ces principes de droiture que Dieu a mîij^
dans Tamc de tous les hommes, & à flâter Icuiî
corruption. Celui qui confidérera la Rcligîor!
Chrétienne, trouvera qu’cJIc tend au contraire
' h détruire la corrupiion , & à rétablir les princî-l
pes de droiture dans nos âmes. Les Païens fiâ-i
^ent leurs paffions jufqu'à leur bâtir des Autels
Mahomet aime la profperitc temporelle, jurqu't’J
' en faire la fin & la récompenfc de la Religion!*
Les Gnofiiques s'imaginent que lors qu'il:t?(
font arrivez à un degré de connoifiance , qu’il.ij
apellent l'état deperfcélion ,ils peuvent commet- j
tre tcurc forte d’adions fans fcrupulc, & que c<|j
qui feroic péché pour les autres, ne l’cfi: .poin|<
pour eux. Quels égaremens î Q^Ilc impiété '
Et combien la Religion Chrétienne elhelle admi- ^
rable , lorfque feule entre toutes les Religions
elle nous fait connoître nôtre corruption, & h '
^ i àe Lt Religion Chrêtiennèl ±9ÿ
|irit par des rcmcdes aufîi falucaircs à refpric ^
• d: 'incommodes à Ja chair.
r| I X.’
f «] On peut remarquer dans toutes les autres Re--
èî[;ions, qu'elles font contraires à la politique en
d/curde Ja corruption, ou qu'elles contraignenc
Il peu la corruption , en faveur de la politique
i|i lieu que la Religion Chrétienne confcrve Tes
oîts inviolables indépendamment de Tune & dé
\^.utre. La Religion Païenne choquoit trop la po-
.lîque, en voulant tout donner à la corruption-
auroit été bon pourje bien de l’Etat, que les
ommcs euffent eu une plus grande idée de la
intetédc leurs Dieux : ils en auroicnt été plus
tenus & plus foiimis aux loix civiles , au lieu
je l’exemple de leurs Dieux les rendoit hardis à
oler les droits les plus facrez. Mahomet vou*
nt éviter ce defordrc, a retenu l’idée du vrai
j)ieu:mais voulant fia ter les inclinations des liom-
ics pour les attirer, il l’a mélée avec le Paradis
iiarncl & groflïer des Païens, empruntant quel-
îiechofc du Chrifiianifme qui mortifie nos paf-
ons, & preiiant quelque chofc du Paganîfme qui
:âte nos mauvais penchans. Mais la Religion
•i'hrétienne n'a aucun ménagement ni avec la po-
(tique, ni avec la corruption. La politique fc
iaint que la dodrîne de J esüs- C h r i st ramolit
'éccfiTaircment les courages, Sc qu’elle va à faire
ion des foldats pour Ja confcrvation de l’Etat ,
nais des agneaux qui s’animeront difficilement
oncre leurs ennemis , pour qui ils prient, & qu’ils
' ne obligez d’aimer comme eux- mêmes. La cor-
np':îon murmure de ce que la Religion Chré-
icnne va l’attaquer jufques dans les difpofirions
^ dans les replis de. l’ame , & fous les voiles de
’hîpocrifie, des prétextes Sc de la diflimnlatîon
de l’aine, fous lefqucls elle fe croïoit en fureté,
autre que Dieu peut être le principe d’une
N iiij Reli*
1 9 ^ Traite de la Vérité
Kcligîon qui cft egalement contraire à la ciipîdfît
des petits, &à Tambition des Grands, à la politi
que & à la corruption î
X.
Les autres Religions ont voulu que la Divînic*!' *
portât rimage de rhomme 5 par là ils n’ort pi'i
manquer de reprefenter la Divinité foible , mi'’
lcrable , fouillée de vices , comme tous les
mes le font : au lieu que la Religion Chrétienn‘ÿ ^
nous enfeigne que l’homme doit porter l’image d!?|! "
Dieu, ce qui nous engage à nous rendre parfaits ^
comme nous concevons que Dieu eft faint 6!
parfait. Si le defordre paroît cfroïable, peut-o!
s’empêcher de rcconnoître que le rérabliflemcnj
cft divin?
X L
Enfin les autres Religions font des produc^îonj’’
monfirueufes des plus polis & des plus b^^biltj'’
des hommes ; au lieu que la Religion Chrétiennj''
cft une prcdnêlion admirable qui paroît venir de '
perfonnes les plus fimplcs & les plus grofiicrel
qui furent jamiais. Les Païens ont fou vent paffl ’
condamnation fur les idées extravagantes que Py
vulgaire avoit de la Divinité , fur la cruauté d;?
ces barbares facrificcs qu’on offroit en tant dl7
lieux, fur rimpurcté de leurs mifteres, lafauf^^
fêté de leurs oracles, & la vanité ou la puerilit'i
de leurs cérémonies. Cicéron dit en quelque en- '
droit de fes Oeuvres , que deux Augures ne fçnU'-:
roient fc rencontrer en face fans rire. Rien n’ef'
plus extravagant que la Théologie des Gnofti* ■
ques avec leurs Loues & leurs copulations. Oij
fçair que lorfqne les Philofophes ont voulu par* >
lcr de Religion , ils ont enchéri fur l’extravagan '
ce les uns des autres. Perfonne n’ignore quelle'
font les vifions & les fables dont les Rabbins on
rempli leur Tradition , & le catalogue en feroii
curieux , s’il n’écoic trop long. Et comme ToîI
de Id KeVgion Chrétienne. ^97
^ peut difeorvenir que les Uaï<^s , les Philofo-
îjics, &c. ii’aïcnc fait de mervê?lleurcs dccoa-
•irtes dans les arts & dans les fcicnces;on troa-
:ra ici .une fucceflion d’extravagance dans une
:iite de perfonnes eclartces , par un prodige qui
.roit fans exemple, fi la Religion Chrétienne
. : nous en faifoic voir un tout femblable , en nous
lontrant une multitude de fages dans une multi-
|:de d’ignorans , qui font les Disciples de Jesus-
I ST.
îj Certainement il cfl étrange que les hommes les
?'ns éclairez deviennent les plus fiupidcs , dés
|U’il s’agît de la Religion , & que les plus igno-
hns fc montrent les plus éclairez. Cela marque
|cn îedcflcîn de Dieu , qui a été d’anéantir i’in-
ï Iligence des fages j & cela fait bien voir en mê-
) le teins , que leur Religion ri’eft point la produ-
; lion de l’erpric , mais celle du cœur^ Si elle ve-
i Dit de Tclpric , elle feroit raifonnable à mefurc
•iqe les hommes qui l’inventent font éclairez:
.pais parce qu’elle vient de leurs pafiions, ells
. aufii extravagante , que les pafiions qui la
:iietrentau jour font déréglées.
I Unifions maintenant tous ces caradlcrcs ,
• cmandons aux incrédules , fi l’on peutfaosex-
.favagance attribuer à un impofieur une Religion
) parfaite dans fa naifiance, qu’on n’y peut rien
ijoürcr qiy n’en diminue la perfedion r une
l^çligion qui propofe fes miftercs fans adouc^V
icmcnc , avec autorité & avec confiance , qui ra~
ucnc les hommes des fens à Pcfprit , qui anéantit
i corruption , qui rétablit tous les principes de
roiturc qui étoîcnt dans nôtre amc, qui nous
infeigne à» glorifier Dieu aux dépens de la voiu-
'té & de l’amour propre , à élever Dieu, & à nous
baifier nous-memes , à nous foümcrtic à Dieu
ui efi plus que nous, & à nous élever au deflus
CS chofes qui nous font affujeties; contraire à la
N V politique ^
I
1 5 8 Traité de la Vé rite
politique, plus ^ntraire encore à la corruption I
Surprenant la ràiTon & confolant le cœur ,
étant en cfet aufli belle à l’un que ralutaire
l’autre.
Si la Religion Chrétienne a toutes ces qualice7ji
comm€ elles les a fans doute , on ne peut doute:;
qu’elle ne foit opofee aux autres Religions qu
en ont de diredement contraires. Et fi elle eUl i
oposceaux autres, elle aneceflaircment un piin-i
cîpeopofc: de forte que comme les autres Reli*;J
gions aparticnnent à la chair, celle- ci apartien-i;
dra à fefprit ? & comme les autres font l’ouviagM
de la corruption des hommes , celle-ci aura poui;
principe Je Dieu de pureté. !
I IL TABLEAU ^
De la Religion Ghrécienne , ;
€iue Von confidére dans fes éfets»
ON peut diflinguer quatre efpcces de focietCîi
dans Icfquelles il nous cft permis de recon-i
noîcrc Tefficace de la Religion j la focietc de laj
nature, celle de la politique , celle du vice , &:
celle de la Religion. ' i
La focieté de la nature cft innocente & Icgicî-'
me : mais elle n’cft point à répreuve'*dcs pafïions,
hommes demeurent unis, loijs qu^l s’agir des,
chofes indifferenres , mais la cupidité les divifcl
bien-rôr. Cette focieté avoit befoin d’être répas
rée. La focieté de la corruption efl elfcntiellc-i
ment criminelle : il faloit détruire rimerêt & Ies|
paiïîons qui la forment. Celle de la paliiiquc cft;
vin'ce par les procez, les dilfentions & les guerresi
que les paiïîons font naître : il ctoit nécefTaire de
la foücenir, en ccablifl'ant des principes de fidéli-,
té qui ne puffcnc etre violez. La focieté de la!
Kelîgior
fl
de la Religion Chrétienne. is>9
>Lclîgion (icvoit ccre la plus parfaite de toutes,
rjamme foütcnant les autres : elle devoit être à
épreuve de tous les accidens & de toutes les rc~
olucions J Sc affembler dof perfonnes , que la
iftance des tems & xics lieux , & rcloigncmcnc
es interets auroît éternellement divifccs.
La Religion Chrétienne rétablit la focietc de
i nature : car en uniflanc les hommes fi étroite-
icnt par la charité , elle confirme cér amour na-
ircl que nous apelons humanité. Elle détruit la
:)cieté de Tinterct & celle de l’ambition , parce
:u*clle anéantit toutes ces paffions , qui étoient
'c faux principes d’union & d’intelligence. Elle
onfirme la focietc civile , nous ordonnant d’o*
éïr à nos fupérieurs , & nous enfeignant de ren-
rc à Cefar ce qui eil à Cefar , & à Dieu ce qui eft
; Dieu. Enfin elle établit une focîeté qui ramène
égalité naturelle : & au lieu que jufqu’à Jésus-
pHRiST on n’avoit vü dans le monde qu’une
.beieté de perfonnes extérieurement unies par le
en des loix civiles, du eouvernement & des dc-
,rez de proximité, mais intérieurement divifées
ar leurs pallions: Jesus-Christ nous fait voir
ne (ocicté de perfonnes extérieurement divifées
ar la diftance des tems & des lieux, & par i’é-
Dignement des conditions , mais intérieurement
inies par les liens d’une même foi , d’une même
ifpcrancc & d’une même charité.
Ce ne font point là des idées & des fpéculatîons.
Outre que la Religion Chrétienne fe raporie vî-
iblemcnt toute entière à ce deffein de former un
■)cuplc faînt, pur & confacrc à Dieu , outre que les
Apôtres nous marquent que c’eft là ic but de
leurs prédications , s’adreffant dans leurs Epîtres
à ceux qui font apelcz à être faints , à rifraci fé¬
lon l’cfprit , & déclarant fur le fujet des -Apofiats,
qu’ils fortent du milieu d'eux , parce qu’ils u’e-
loicnt pgint d’entr’eux 5 outre que Jesus-
N vj Christ
Traité delà Vérité j
C H R I T fait en toutes ocafions la irême cîi(inr*|
€lion , refufant de rcconnoîcre pour (es Di/cipJc(f
ceux qui font poffedez par le monde, & caiadlcil
rifanr ainficeux qu*B reconnoîc pour fions, MeV}
brebis oient ma voix > Ils ne font point du monde
C’ c* e(l pourquoi le monde les a en haine : ouiril^>
tout cela, dis-je, nous avons la confolatibn dji
pouvoir montrer une fociétc d*homrnes faints j|
nui ne plie point fous les puiflanccs, qui a réfiftili
aux 6forrs de la perfécution , & renoncé aux apaif
' du monde , pour s’arachcr à la Croix de J £ s u s||
Christ j victorien fc des tentations , furmontanife
les vices, trempant les cforts des tirans? compo-lt
SCC d’hommes mortels , fans pouvoir êcrc anéan-lî
tie par la mort j foümifc aux loix de la nature
animée de mouvemers furnaturels j converfanll
dans le monde, & meprifant le monde ; répandulljÉ
en divers fiécles , & gardant une parfaire ur/itc d<jl
fenrimens j toujours ataquée par les pallions , &i|
tcüjours andefTusde leurs cfortsi croiflant par fcifl
dcfaîres, & fe rctablifTant par Tes propres lüinesjÆ
Î1 faudroit n’avoir jamais lîi l’Hifloire de rifgh *'
fé , pour ignorer toutes ces veritez, ou s’avciM^
gler foi- même, pour méconnoître Tcfficace dtji
îa Religion dans ces admirables efers. Ij
C’efi p’'oprement dans cette fociétc de faints II
ou dans TEglife , qu’il faut chercher les fruitii^
de la Religion. C’eft là' que s’acompliffcntjlij
ces anciens oracles , qui nous prometroicn je
de nous faire voir la brebis guilfantc avec Tour:
fe, 5c le léopard avec l’agneau, &c. Mar <1
comme l’Arche ne pouvoir fe trouver au milj
lien même de fts cnremis , fans y opérer de î
mei veilles, qui fe faiToient fentir rreme de|l
Infidèles ; ai fli TEglife ne fçanroit être dans l|l
monde , fans y produire des efers lemarqua; '
Blés , que les incrédules memes ne pourront cr
ticrcmeat conte fter* . '
r ■
de Religion Chrétienne, J ÔV
• Q^ils nous aprennent en effet, pourquoi les
acics du Paganifme fe font tus à point nom--
;€ , lorfqae les Apôtres ont annonce les mifte-
.!s du ChriÜianilmc ^ & comment le fon de ces
ammes étant aile julqu’au bout de TUnivers,
impofé un éternel filence à des oracles qui
/oient fi long-rems parle, & a mis les Auteurs
aïens, comme Plutarque & quelques autres,
uns la néceffité de rechercher la caufe de ce
:|lcnce fi inopiné & fi furprenant. Car d*objcc-
iT , comme fait Julien que les- oracles le (ont
.t|is aufîi parmi les Juifs & parmi les Chrétiensr
cft ce qui ne fait rien pour leur defenfe. Nos
|rophctes avoient annoncé que le don de la
rophetie feroit aboli : mais où eft-ce que les
;racles Païens avoient prédit leur propre
ncc ? L*acompiiffemenc de nos Prophéties étant;
ne preuve toujours fubfi hante de la vérité de
jôtre Religion , nous tient lieu d’oracles perpé«
hels ; mais où eü racompliflement des Ptophe-
es qui confirment la Religion Païenne ?
■; On ne peut nier encore , que cette abondance
‘e Révélation, qui a donné à tant de peuples
jjpcrfliticux & idolâtres la connoiffance du vrai
i)ieu , ne foit un effet bien admirable de nôtre
xeligion,qui remplit le monde- de fageflé par
il folie de la prédication , donne aux ferviteurs
c aux Cervantes des idées plus nobles & plus
aines de la Divinité, que u’ont eu les Philofo-
)hcs les plus éclairez, & cela lors qu’elle leur
uopofe une doétrinc f|ui pa/oît à la chair un
>bjer de fcandale & d’horreur.
On ne fçauroit contefter à la Religion Chrétiens-
^c^ava^iagc d’avoir aboli les facrifices où Toîi
)froic le fang des hommes.On ne doutera point que
:cttc cruelle fuperhition ncfefùt Nen répandiië,
Tl l'on confidére que l’Ecriture Sainte reproche
aux Juifs d’avoir lacrific leurs enfans à Moloc ; &:
que
501 Traité de la Vérité
que Jules Cefar nous aprend que c’etoie une ani^'
tienne coutume des Gaulois, d’immoler à leur'
Dieux des vidlimes humaines.
J’avoue que les Romains avoient déjà renor?
ce à CCS barbares fupcrftitions : mais je ne fça^
s’ils n’en avoient point conferve quelques reltei
dans ces fpcdacles qu’ils donnoient au public ^
lors qu’ils (e divcrtilToient à voir couler le fanjl
de leurs Gladiateurs qui s’entretuoienc pour Ici
divertir : facrifice d*autant plus impie, qu’il ctoi‘
offert au pîaifir des hommes , & non pas à
qu’on regardoic comme des Dieux. efl-c
qui a aboli ces divertiffemens fanglans, fi c
n’eft la Religion Chrétienne ? '
On eft jufiement furpris , lorfque l’on confij
dere avec quelle licence ce vice abominabî
qu’on punit. par le feu , avoit régné dans le mon'
de. On a de Thorreur, lorfque l’on voix qir
l’amour des deux fexes fembloit erre egalement !
commun ; que les anciens Auteurs parlent fan!
fcrupule de cette efpecc de débauche , dont lej
nôtres n’ofent foiiiller le papier. Socrate nou '
efi reprefentc par quelques-uns , amiOureu?!
d’Alcibiade : & Trajan, dont le Pancgirîquc î|
mérité qu’on y travaillât pendant trente ans ^
s’eft flétri par cette monftrucufc luxure, C<l
qui fait affez voir la juftice du reproche du *
faînt Paul , qui dit que daurant que les Païen ;
n’a voient tenu conte de glorifier Dieu comme i
apartenoit , Dieu les avoit auffi livrez à leurii
convoicifes infâmes. C’efti)eaucoup que la Re¬
ligion Chrétienne ait aboli en partie, Sc telle
ment flétri cette cfpcce de débauche , qu’on re- .
garde ceux qui s’en trouvent capables conimîjr
des monfircs exécrables.
L’humilité Sc la charité , Ces deux vertus fi ’
neceflaires & fi eflentiellcs , étoient fi profondé¬
ment ignorées, que les noms memes n’en ctoiem*
pas
de la Religion Chrétlennê,
|s connus dans k monde Païen. A cjiiî devons-
i,us la connoiffance& leflimedeces deux vertus
iîxc^ences, fi ce n*cft à Ja Religion que. nous
pfcfTons ? Enfin , c'cfl elle qui a rendu à la créa-
irc le nom de créature , & à Dieu Je nom de
] eu : qui a ôté au vice le nom de Ja vertu , ôc à la
utu le nom du vice ; qui a rétabli la raifon dans
j; droits, éclairé la confcicnce , mortifié les
jflions déréglées, & confondu la cupidité. Re-
innoilTez la divinité du Gfiriftiariifme à ces éfecs
*/ins.
IV. T A B L E A ü
De la Religion Chrécienne ^
Ou la pureté de fa fin»
■;'î les effets de la Religion Chrétienne rêpon-*
Went à fes caraélercs, on peur dire que fa fia'
'ipond parfaitement bien à fes effets , étant
fibic quh’l n’y en eut jamais de fi definteref-
c , de fi pure , de ü extraordinaire &: de fî
ufaite.
■ On ne peut s’empêcher de voir que la Religion*,
brcticnne fc propofe de mortifier les pafîions , êc
^ rétablir les principes de droiture que la corrup-
Dn avoic comme étouffez.
Ce n’eft point là le deflein du démon , que Toa
;)nçoit comme un cfprit ennemi des hommes 5
celui de la chair & du fang , qui ne tendent
i*à fc fatisfaire j ni celui de la nature , qui fc
■ffe gagner facilement , intereffée par les pîai-
ts que le vice lui fait efpcrer ; ni celui de la
diiiquc , qui va à reprimer les crimes exte-
rurs feulement autant qu’ils violent l’ordre de
focieté , & qui regarde avec beaucoup d’in-
ilR'rcnce les crimes de Tclprit qui ne fcprodui-
J ©4 Traité de la Vérité
fcin point au dehors. Ce n'eft point le bat de lal
raifon , qui fe. laifTe corrompre par la cupidité :j!.
ni meme celui do Torgueil , qui eft beaucoupic
plus mortifié que toutes les autres pa (Fions pai^,,
ccctc dodrinc inconnue à la chair , & infupor-|:,
table à la nature. Qui eft- ce qui prend
puilFant interet à ôter à Torgucil Tes iilufions, fa^|.
gloire , fes pcrfedlions chimériques fes prefe-,
lences , Ton hipocrifie , fes afFciftations e Fancan-f .
îifFant par la vue de Dieu : àFamour propre foiij
înjufticc i à la chair fes plaiftrs illicites : & à tqu-p
tes les paftions leur dérèglement? Quel eft cep
delFein ? Dans quels cœurs cette penfée de fau-ji
tifîer le genre humain mc^ta-t-clle jamais ? j
Nou5 ne nous trompons point, en donnantj.
cette fin à la Religion Chrétienne. Ilcft ccrtair[
qu*elle n/enferme ni exhortation , ni précepte , ivj.
promefTe, ni menace , ni hiftoirc, ni prophétie p
qui ne tende à ce but. L’Ecriture, n*c(î point ui:}:
Livre rempli de fpéculations ou de recherchcijü
curieufes. On aportoit les Livres de cette naturtj.
aux Apôtres pour les brûler. Ceux-ci ne rcpon-|'.
dent autre chofe à ceux qui leur difent ,
frer es, que fer on S' nous ? fi ccn’cft, Amandez-'Voui\^\
Ils déclarent que le but de FEvangile , eft d’afran
chir les hommes de leurs pechez. Leur cxcmplcl!
nous montre la meme chofe. Car quelle autre vnj^
peuvent avoir des gens qui renoncent à tout , :
qui foiifFrent tout, pour perfuader aux homme!|i
qu’ils doivent renoncer au ficelé prefent ? Au rc-r ;
fie, s’ils parlent, ou s’ils écrivent , iis ne fc diflipcntj ;
point par des contcftatîons & des difputcs , qu:|
font le fruit ordinaire de la vanité des hommes iji
ils vont au but, ils s’attachent à rcftcnticl.
eft pratique , tout fc raportc aux mœurs dano i
leurs difeours & ejans leurs Ecrits. Méprîfant Ici!
paroles atraïantes de la fagefTe humaine , ils cher-,
cheut feulement rédificatian./e vom écris cescM
âe ï(t Religion Chrétienne* 50/
j , dîfcnr^ils, afin que vous ne péchiez point. Et que
Ju importe- t-il , s'ils font tels que rmcrcdulitc
[l’imagine , que nous péchions , ou que nous ïic
jchlons point ! Quel tort cela pouvoit-il faire au
19 d’un charpentier , que les Phàrifiens fuflent
:is hîpocrites, qu’ils deshonoraflent la Divinité
ir leurs Traditions , qu’il y eût des tables de
jiangeurs dans le Parvis du Temple ? Que lui
|iporte-t-il que les pécheurs fe repentiffcnc , ou
fe repentiffent pas ? que les hommes fuflenc
ftfericordieux , ou qu’ils [e concentaffent d’of-
Ôrdes facrificcs ? que la meurtrière des Pro¬
jetés connût ou ne connût point ce qui ctoic
l'on devoir ? Et quel principe pouvoir lui arra-*
■ ler ces larmes qu’il donne à ladéfolatîon pro-
iiainc dejerufalem? preuves (cnhblcs & effica-
’f<}s que (on falut lui tenoit au cœur. Qu^auroic-
r: importe à quelques pauvres abufez, que les
fentils connulTent ou ne connitffent point le vrai
^ieu ? à de faux témoins , que les hommes ne fuf-
î'sni fourbes, ni menteurs ? à des gens haïs & dé-
ftez, que les hommes s’aîmaJfTent les uns les au-
*'cs-? à des vié^imes de la h^mc publique, que
urs ennemis fc rcconciliaifent avec Dieu j à des
: "fligez , que les autres fcntiïïcnt une divine con-
)lation , & une paix de Dieu qui furmonte tour
^rendement? croira que ces hommes aïene
?,DuIu être mcchans pour nous rendre gens' de
ien ? Tromper tout le genre humain , pour faire
cia hdclitc une loi (acréc & inviolable ? devenir
:s ennemis de leur nation , pour nous rendre cha-
rables envers tout le monde. ^ Et que par la plus
gnalcc de toutes les impoûurcs&Ic plus grand
c tous les crimes, on Te proposât d’établir .une
œligion qui va à fantificr le genre humain ? ^
Ce feroit une chofe bien étrange, que des gens
/jfîi mcchans & auiïi fourbes que l’incrédulitc
oit s’imaginer les Apôtres , pülfcnt avoir feu-
Icmenc
^ Traité d'e Ia Vérité
Icmcnt la penfce de fantifier les autres. Ce fc*^‘
roic une chofe bien plus étonnante, c]uc cett<p
penfce s’affermit dans leur efpnc , & qu’elle de '^
vint un deffein forme de tout bazarder & dc^f
tout perdre pour en venir à bout. Ce feroit mtr
prodige, que ce deffein fut (uivi de l’execution*'-
Mais ce feroit le dernier des prodiges, qu’il y*
eut une fuite de perfonnes qui euffent perlcvcr<^/
dans cet état & dans cette dilpofitiou contre
interet , & maigre toutes les rigueurs de la perfe lo¬
cution. Jamais fans doute impoflure n’eüt und
telle fin , ni un tel fuccez. Car jufqu^ci l’arnou:^?
propre s'efi fervi de l’impoli ure & du menfongc!<-
pour faire réüfiir fes propres paflions aux dcpcn.b
de la juftice & de la charité qui eft dûc au prod^
chain : mais i’on n’a point vîi encore , & l’on ndr'
verra jamais, que la charité fe ferve du menfonîl*
ge & de l’impoli ure pour faire réiiffir les deffein |l
favorables qu’elle a pour. le prochain, aux dépen^
de tous fes interets &dc toutes fes paflions. Vouft
loir infificr là-dcffus, c’eft donner de la lumiei ljp
au Soleil. ^
V. TABLEAU j
De la Religion Chrétienne, I
Ou [a proportion avec les befoîns de V homme*
(•
NOus ne fçaifrions rentrer en nous-mêmes jj
q^ue nous n’y trouvions'de la baffeffe , dij
la milere & de la corruption 5 & nous ne pou j|
vons confidérer la Religion Chrétienne , fanli
connoître qu’elle eft deftinéc à nous guérir à cclj
trois égards. ‘ '
Pour ce qui regarde la corruption de l’homi
me, on peur dire que c’eft la choie du mondj:
qui a etc la plus connue & la plus ignorée. O '
de la Keli^ton Chrétienne. 507
g^rcconnu à fes effets qui ont frapc les lens,
§ a cru que les hommes croient méchans ,
b» qu’on leur a vü commettre de grands cri¬
ais : mais on n’a pas fçü qu’il y eut dans le
iiar de tous les hommes une malice qui les rend
gables d^s plus grands dcréglemcns. On n’a
S fait une grande réflexion fur ce principe de
ojdre commun à tous les hommes, qui nous
aitnipagne depuis le berceau jufqu’au cercueil,
€ a veut dire qu’on s’eft mis en peine de l’extc-
rarj fans regarder au fond du cœur & de la'
Ciifcicnce.
La Religion Chretiennenous donne les lumié-
fjquinous croient néceflaires à cet egard. Elle
üis enfeigne &: que nous fommes corrompus ,
ique cette corruption vient de nous- mêmes,
lie nous en découvre rétcnduc3& nous confir-
t!ce que l’Ecriture ancienne nous avoit aprîs:
(\\iz toute chair a corrompu fa vote. Elle nous
ft voir que cette corruption nous aflujetiràla
Èblcdiêlian divine, ^ nous fommes de natu^
\%enfans dCire, Elle nous aprend que la corru-
jon s’eft tellement rendue la maîcrefle de
gomme, qu’elle a pénétre tontes fes f»cultez 5
^ [onc (\uc nmagination des pensées du cœur de
fèommen' ef que mal en touttems» Elle nous fait
i^ir l’impoffibiliré qu’il y a que l’homme fe
îjiériffe par lui- meme d’une maladie fi profon-
: & fi invétérée, nous le reprefentant comme
\ boiteux, un létargique, un mort à l’égard
iilavie, de la fainteté & de la jufticc : veritez
f.clarairon& l’expérience ne rendent que trop
iirtaines.
Il Comment la Religion Chrétienne nous enfeî-
|ie-t-elle des chofes fi généralement ignorées 1
; fur tout, comment nous fait- elle connoîcre
- diftindtement le véritable prir^ipe de nôtre
'•rruption ? Qm eft-ce qui avoir enfeigne au
0.
jom
Traité de la Verhé
fils de Marie > que l’amour propre cft îa {bureÇv
de tous nos dcrégicmens ? Pourquoi reud-î
l’homme ennemi de foi- meme ?
Ce n’eft pourtant pas affc.z que la Relîgîo
Chretitnne feule nous aprenneà connoîtreThom
me y il cfl certain encore qu’elle feule nous four
nit les remedes qui peuvent le guérir.
Nous ne voïons point d’autres caufes qui puit
fent produire cet éfcc. Ce n’eft point l’éducation
qui eft tantôt bonne , & tantôt mauvaife j ni le
loix civiles, qui ne s’attachent qu’à "régler l’cx
terieur ; ni la Loi en général , qui augmente L
malice au lieu de la détruire , étant comme un
digue qui fait cnêer le torrent ; ni la bienféanct
humaine, qui change félon ladivctCté efes païs
ni le rcfpedî: qu’on a pour foi-meme, chofe troj
mctaphifiqiie pour ne pas céder au fentiment dt
plaiftr s ni la raifon , que les paftions corrompen
il facilement ; ni l’exemple des hommes, qui mè¬
nent ordinairement une vie très déréglée
l’honneur du monde , qui n’a foin que des aparen
ces ; ni la Philofophie , qui n’a point de motif
efficaces , ou qui les prend tous dans nôtre o^rgucÜ
Aurons-nous recours aux vertus qui font ci
ûfage dans k monde > Mais on nous fait voî!
qu’elles ne font qu’un orgueil & un interet diffé¬
remment tournez, lors qu’elles n’ont point d’autre
motifs que ceux que le monde leur donne.
La fauffeté des vertus humaines n’eft plus uni
chofe conteftcc. On fçait que le defintereffcmcni
n’eft qu’un intérêt délicat ;Ia libéralité, qu’un tra¬
fic de nôtre orgueil, qui préféré la gloire de don-l
ner à tout ce qu’il donne 5 la modeftie , qu’un an|
de cacher fa vanité 3 la civilité , qu’une préfércnct'
affedée que nous faifons des autres à nous-mê¬
mes, pour cacher la préférence véritable qiui
nous faifons d^ous-mêmes à tout le monde : h
pudeur , qu’une affedation de ne point parler de
nicmc,-
àe la Religion ChretUnné.
lûmes chofes aurqucllcs la luxure nous faic
<jn{cr avec plaifir , le <lefir d’obliger les autres ,
3^’un fccret deûr de s’obliger foi-meme en fe les
a icranc, comme Timpatience de s’aquicer n’cft
«’unc honte d’etre trop long-tems redevable :
I toutes ces vertus en general font autant de
|lrdes dont ramour propre fe fert pour empe-
iî!r que les vices qui font au dedans ne paroif-
I tau dehors. Qui poura remédier aux defor»*
cîs de nôtre corruption , dont le poifon fe car-
jc; jufques dans les avions devenu ? Q^ gué-
jaun mal , lorfque les remèdes font de nouveî-
tmaladics ?
iConfultez rexpcrience : elle vous aprendra
ic fi vous combatez efficacement un vice , vous
^confirmerez un autre. Si vous voulez détruire
iVarice, il faudra raraqiicr par des raifons qui
||:ent i’orgucil Si vous voulez combacre Tor-
^il , il faut l’araquer par les motifs de Tavari-
^ Q^’on dépouille Tamour propre , qu’on lui
fes biens & fes atachemens , il tâchera de fc
ommager par le mépris 'des biepsde la fortu-
,ou par fa modération à fouffrir fes difgraces.
mour propre fur le trône fait les tirans j &
s l’indigence il fait des Philofophes qui mc-
jfent ce qu’ils ne peuvent obtenir. II changera
bjet , fans changer de difpofition. Son orgueil
vit à fes funérailles s’il m’efi permis de par-
ainfi 3 &ne pouvant s’empêcher de périr , il
: bonne mine 6c triomphe en périflant. Qui
Kc qui donnera véritablement la mort à cette
^re qui renaît de fa perte ?
,11 n’y a point de caufe qui produife cet effier ,
i'rnoins qu’elle ne (oit plus certaine que les
'ncipes de l’éducation , plus infaillible que les
es de bienféance , plus fainte que les lo'x po-
iques , qui n’exigent que la pureté du dehors 5c
bien exterielu de la focieré ; plus puîffiinte que
f^nneur mondain, qui ne regarde qu’à l’cclaç
3^0 Traité de la Ver/te !
)d: à la renommée j plus efficace que tous %
motifs du monde, qui ne peuvent détruire
pafiions qu’ils flacenc j plus forte qu’un vai^
& fierile faoelîe, qui prétend guérir riiomi*'
en l’anéantiflant , & qui n*a point de mo(*'
qu’elle ne tire de la plus grande de nos foibL^:
/'es. qui cft l’orgueil. La Religion Chrciicr^?"
feule a tous ces avantages j & leule par conlf*.
quenc elle elt proportionnée aux befoins V
riiommc. '
C’eft qu’elle purifie le fond de la confeienc''
en nous faifant voir qu’il ne lert de rien de nef
toïer le dehors de la coupe & du plat, Ef
corrige les principes , lors qu’elle anéantie j-
interet tertiporel par un interet infini , & le d!
fir d’une immorralicé imaginaire par l’crpéranhi
d’une éternité efFedive. Elle nous propofe u|
régie invariable, un modèle de peifedjon cm
ne peut changer , & un juge & un témoin dcnl^
adions qui nous voit dans les tenébres , fous /-i
nuages, fous les prétextes, & à travers les di?
güilemens 5 qui nous oblige à nous connoître >
nous combarre & à nous mortifier nous»mcmeîii
foie qu’on nous vdïe, (bit qu'on ne nous vc! ;
pas, foitque le monde l’aprouve , feit qu’il '*!
l’aprouve point ; ihdépendemment de tous y
objets ôc de toutes les circonftanccs du dcho'j
Qiiel autre que Dieu peut nous avoir foil'
ni un remède fi efficace & fi convenable à rié
befoins ? j
La mifére & la baflefle font l’apanage de I
tre corruption. Celui qui ne peut fe dcfenc'f
4ontrc celle-ci : ne fijauroit s’exemter des dc^fi
autres. Jt
Il ne fuffit pas de dire que Thomme cft mi))f
rabic ? il faut encore avouer qu’il eft en quc!q|l^
forte le centre de la mifcrc. Noos voïons c\]c.
pendant que les autres animaux joüilTcnt tranqai V
de la ReUgîoii Chrétienne. fiî
Hnt des biens qui leur font tombez en partage ,
! hommes marquez en quelque force de la
f in de la juftice divine , comme aïanc dege-
fc de la pureté de leur origine , font cgale-
unt mal fatisfaics, parce quh’Is pofledent , &
^ce qu’ils ne pofledent pas. EFraïcz par Ti-
i: de la mort, tourmentez par la confidera-
en de Ta venir , affligez de ne pouvoir fixer le
^is qui les emporte, ma'heuïeux de tant cou-
utre , ou de connoître fl peu , mortifiez dans
^ts pallions , tourmentez par leurs remords ,
if ragez par les autres, ou pourfuivis par les
Quiétudes de leur cœur , ils ne gourent de paix,
q,autant qu’ils fe trompent ^ux-mêmes , &
qîils conçoivent de fauffes idées de leur cou-
4:011.
1 Ce de(k de nous tromper nous-mêmes nous
Ê: en vain regarder les conditions plus élevées
f ia nôtre comme des remèdes à nôtre tpifé-
L’experience nous a bientôt defabufez.
ï nous aprend que les bonheurs & les richef-
font plus confidérabics par leur être imagi^
te que part leur être réel y & que refpérancc
ks rendcfic plus heureux que la pofTefîion : ce
marque mieux que toute autre cliofe le val¬
ide ces avantages.
*^iNt)us ne nous contentons point de nous trom-
Î' fur Je fujec de nôirc condition ; nous vou-
s encore tromper les autres , en leur don-
rit une idée cxccfïive ou de nôtre mérite, ou
c rôrre bonheur ; & par une foiblefTc bien di-
|je de pitié , nous nous fervons enfuite de cette
me des autres que nous avons furprife, pour
rûs tromper plus' efficacement nous-mêmes
i4pour groffir la chimérique idée que Tamoiir
ÿiprc nourrit avec tant de complaifance. Qui
^.-ce qui nous éclairera dans ce cercle éterneî
fUufions bc d’erreurs , cmi font les faux prin-
Traite de la Vérité l
cipcs d-une faufTc 'fatisfa«5lîon ? Qai remcdîelJ
à uue i\ profonde mifcre ? Car de nous la fai:J
connoî;re fimplemcnc , cela ne lcrviroit qujî
Tauji^mcnrcr.
 ce grand caradlcre , je connoîs que la R'j|
ligîon Chrécienne cft véritable & divine. C*C|^^
la plus grande de toutes les merveilles, que <jj
rendre Thomme heureux en l’obiigeanr à Ce coi|,
noîrre , & à guérir fa miferc en guériffanc fcjj^
ignorance, iorCque cette ignorance fait tout no;
tre repos & toute nôtre fatisfaélion. Il ncfaii^;
pas .s’en étonner. La Religion nous fait confidi
ler les cliofes fous une forme fous laquelle (ja
les ne nous avoient jamais paru. Elle nous fij/
fouffrir patiemment les maladies , nous endij'
couvrant la fin & le principe. Elle nous confcji
le dans les difgraces inopinées, parce qu’elle uoii*
perfuade t]ue rien n’arrive fans la providen|>.
d’un Dieu qui fait tourner tontes choies à nôtji
avantage. Elle nous humilie dans la profpéritji
ôc nous foüticnt dans les affliddons. Elle ôrei'
nôtre çoeur fes peines &c fes mortifications, 'j
modcranc l’exccz de fes mouvemens. Elle noi|
fortifie contre les fraïeurs de la mort , en no i
la faifanc regarder comme un paffage à ujd
meilleure vie. Elle confolc nôtre confcicncc pjij
fes promclTes, Elle nous acompagne en toU
tems & en tous lieux; dans les dangers, poj
nous raffurcr ; dans lafolitudc, pour nous dj'’.
fendre de Tennui & de la trifleflc , qui nous failj
roient à la vue de nous- memes & de ce ql
nous devons devenir } & enfin au lit de la moit
où feule .elle commence à nous tenir véritablj ;
ment lieu de toutes choies , parce que reneba in
tement de Tamour propre cft fini, & que la fei^
ne du monde a difparu pour toujours. II l
droit certainement être bien aveugle, pour ;;
point voir d*où vient cccte Religion qui noj
de îa 'Relipcn Chrétienne, 3î>
|ît connoîcrc nôtre mirerc, & qui remédie à nos
:■ aux tout à la fois.
^ Elle ne nous éclaire pas moins fur le fujet de nô-
j: banédc, qui eft le fécond apanage de nôtre cor-
;ipcion. Y a-t-il rien d’égal à ce prodigieux abaif-
inent de i hoffime , qui dans (à naturelle condi-
d)n ne (^'aic ni ce qu’il eft , ni ce qu'il doit être ,
*.:upc à des affaires indignes de luî', rempli de
éjojets & de vues qui ne regardent prefquc
!i un inftant , ne pouvant ni foütenir la vue de
iii-méme , ni fe paflér des autres ?
I Cependant, ü nous voulons'avoiier ce qui eu
II, nous reconnoîtrons qu*il y a dans f homme des
, jneimens qui font entrevoir fa grandeur au tra-
i:rs des envelopes de la baflefle. Il s’ocupe des
■ joindfcs chofes : rirais il ne Içauroit le contenter
es plus grandes. Il ne peut fe palfer des autres :
ais il Veut avoir Teftimc de tous , aimant à fe
epandre par une cfpecc d’immenficè qui tient du
! [incipe dont iJ efl: venu. Il s'enfevelit dans les
MHS de cette vie : mais y trouvant tout dilpro-
prtionnc à ce qu’il eft , il tend vers récernitc ;
' lors qu’y n’en connoît point de verirabîe , il
en fait une imaginaire , Sc veut furvivre à loi-
. ’cmc, en s’immortalifant ::'ans le fouvenir des
jDmmes malgré la more. Q^eft-ce qui acorde-
ici l’homme avec l’homme ? Pourquoi des fen-
Imcns fi élevez avec tant de balTcirc ? bu pour¬
voi un fi profond ^aiflemenc acompagne d’une
•lie grandeur ?
[ Ecoutez la Religion Chrétienne. Vous n’eu
t-'iurez pas plutôt Ic^s •premiers élémens , que vous
5 clair dans tous ces énigmes. Elle vous fera
i pir qijc l*hommc cft compofe de deux parties,
(lui font 'Iç corps & l’ame , dont les qualitcz Sc
' Partage font fort differens. Par le corps il fait
du monde materiel j c’eft là le principe
^ fa bafiTcfle, Par Ion cfprit il porte l’image
Tome II. O . de
5 14- T Y Alt t de Îa Vérité
de Dieu”; c’eft le fondement de fa grandeur, f
Lorfquc rcfpiit fe foümct à la matière, ce fonj
feulement les foiblejTes & les bafleircs de la ma|
tiere qui paroifTcnt ; c’eft un homme anima« ,
que nous trouvons en lui. Lorfque le corps fer:
entièrement fournis à refpric , il réy aura que l.j|
grandeur & la gloire de refprit qui cclaceronr,
nous trouverons en lui un homme fpirituel. Toui|
ce donc qu'on dit de la grandeur de Thomme, de-;!
vient un paradoxe incroïablc , apliqué à rhomm|r
charnel. Tout ce qu'on peut dire de fa baflrcile
fera faux aplîquc à Thomme glorieux & purej^,
ment fpirituel. j
Mais dans f état cii nous nous trouvons, qui ci,
mîtoïen , comme fefprit & la matière font dan i
une lute continuelle , c'eft tantôt la grandeur ,
tantôt la baflefle de l’homme qui paroîr, félon qu i ^
c’eft la matière ou fefprit qui l’emporte : & il elj'i
fl vrai que c’eft là la régie de la grandeur & de 1 j.l
bafteffe de l’homme , que tout cft grand & glo i?
lieux en celui qui aflujettit fa chair à fon efprit ;
au lieu que tout vous paroîtra bas & abjec en ce j
Jui qui foümct fon efprit à la chair. i
Que trouvera- 1- on de grand en ce dernier j .
Q^llceft fexcélence de fes qualitcz corporelles ic
par lefquellcs feules il fe fait cftimer ? L’antîquitj^
de fa race l’aproche du néant , ou du limon qt|r
fait ia première origine. Ij fe trahit lui-mcu.f i
lors qu’il eftime la fpurce de ce qu’il a de maccridj ?
êc qu’il ne conte pour rien l’ffriginc de fon cfpriij .
Les biens de la fortune lui enflent le cœur. Il s’ej
ftime donc plus par ce qu*il a , que par ce qu’il cf]^
C’eft un Conquérant ; il cft / fi vous voulez , 1|i
maître du monde : mais il ne l’cft que pour un inj ti
ftanr. îl a une raifon qui l’éléve audeflhs des ai|’.î
très animaux 5 mais cette raifon meme devierf:
refclave des fens. Les*paflions le précipitent , a^
^ieu de l’elever. L’ambition cft une foîblcfTc q\\ •
f\ ' ■
; delà Religion Chrétienne.
;^'‘nipcche de commander a fes defirs : roigueil
L*;ic foiblcjnTc , qui fait qu'il ne peut fe pafler d'u-
• : eftime dérobée : l’avarice une baffe crainte de
''venir, ou une vue bornée d’un amour propre,
njiî s’oublie . pour ne penler qu’à ce qu’il y a de
rjoins confidcrable dans (a condition : le point
ilKonneur, qu’une foibleffe qui fe confacre ellc-
éaïc , le courage qui brave la mort , qu’un
ionflrueux oubli de loi meme : & rebutes les paf-
:')rm, que des écarts de nôtre fin, & comme des
enverfemens de nôtre ame , comme cela le
fouve par tout ce que nous avons dit ailleurs de
j dcfiination de l’homqie.
I Au relie ces véritez , pour être morales , n’en
jnt pas moins certaines i & elles ont l’avantage
n'trc foürcnüës par l’expérience, & par l'aveu
ieme des incrédules , qui font ravis de faire re¬
arquer tous ces caradleres de nôtre baffeffe, pour
mllrairc l’homme à la gloire de fadellination«
Mais qu’ils cbnfiderent la véritable grandeur
4! l’homme en celui qui fou met les affeSrions de
. chair à l’cfprit ; & ils auront honte d’avoir ft
àl conçu les chofes. Ils trouveront en lui une
<éaturc qui a un commencement , mais qui fc
’nic d’ccre venue* de Dieu i un arôme qui s'élève
K deffus de toutes les créatures , Ôc remonte
jfqu’à fon principe , pour lui faire hommage
^ peu qu’il efl j un ver qui a l’honneur de fe ra-
l'rter lui-même à la gloire de Dieu , à laquelle
liutcs les autres chofes font adreffées fans le fçi-
"jir. C’cfl un mortel , il cil vrai j -mais qui pla-
«toures fes efpéranccs ^u de là de la mort. C’ed
i être fini 5 mais qui n’a aucunes bornes dans
l‘ï vues & dans fes defirs. II ne faut que quatre
^s de terre pour couvrir fon corps : il faut un
'UC immenfe pour fatisfaire fon ame. Il pofféde
jures chofes , puis qu’il fe dir le fils de celui
'dlis a créées. Il n’cfl point de ces hommes
O ij qui
Traité de la Vérité
mes qui s’en orgueilliflcnc en s’agrandiflant ,
qui ne fçauroient s’humilier fans s’abatre. ILcj
,gtand fans orgueil , parce qu’il connoîc fa baj'
kfle naturelle ; & humble fans balTeffe , panp
;qu*il connoit fa véritable grandeur. Il a des al¬
liances avec fon Dieu, que la ruine du corps :î'
peut rompre. S’il ne gagne les Etats, & n’en
•braie les citez , il s’élev'e jufqu’à Curmonter
paffions qui ont produit tous ces cfers. Il faerj;
lie à Dieu des pallions aulquelles on a de^to '
tems facrific toutes chofes. Les couronnes foi
fans prix à Ces yeux. Les dignitez perdent le
éclat devant lui. Il dcfqpnd du trône , & s’ég,
aux bergers : & quoique {impie berger, il crej
pouvoir s’égaler aux Monarques? II regarj;
comme un fonge tout ce que le monde admiil:
le fiécle l’cleve par des honneurs redoj
blez ; il ne s’en eflîmera pas plus grand. Que j;
monde l’affl’ge en toutes manières , il ne fe croip
point plus petit. II s’élève au deflus de tout ji
qu’il voit, pour pouvoir defeendrè plus bas en!-
prefcncc de la Divinité qu’il ne voir point. Pc
kfTeur de l’éternité , quoi qu’il foit dans le tetT|i
enfant de Dieu, quoi qu’il vive parmi les homm
il fe trouve élevé au delTus de toutes chqf
mais il eft grand fur tout par Ton humilité,
c’eft la Religion Chrétienne qui non-'feulemj
nous fait connoître cette grandeur' de rhomn*
mais c’eft elle feulement qui la produit , en fC|
mettant la plus baffe partie de nous< mêmes l
plus noble. Il faut donc reconnoîcrc qu’en ^
nonçant à la Religion, vous perdez tout ce 'ji
vous élevé, ^ que la mefure de l’incrédulité
celle de vôtre abaiffement.
C’eft donc la Religion Chrétienne feule
nous fournit la connoiffançc du mal & celle jl
^cméde , qui produit une véritable vertu, & ôtj^
pafque à tous l,cs vices, qui nous dccguvüc ji^
, àe 'Religion Chrethnni, j’i'f
je tnifcre , & nous en afFranchit 5 qui fait cefler
jkrc bafl'cfl'e , en nous Ja faifanc connoîtrc ; &
Iji produit nôtre grandeur, en nous humüiant 5
lui fe proportionne à tous les états de la vie, &
, laîflc point de vuide dans le coeur y qui nous
btific enfin , nous cleve & nous fatisfait.
|s hommes & les Anges s’aflemblent pour en in-
enter une plus utile, & qui reponde mieux à nos
rfoins , ils n*cn viendront jamais à bout
VI. TABLEAU
De la Religion Chréciénne ,
Ou fes raports avec la gloire de Dieu.
[L en cft de la Divinité , comme du SoIeH ^
■qui eft lumineux en lui- meme, qui répand fa
loire au dehors par fes laïons , & qui imprime
ans la nuée ou dans l’eau une image afFoiblie &
épouillée de fou plus grand éclat , mais pure ,
grcabic & majeftueufe.
La Divinité a une gloire efTentîelle qui«con{i(le
|!ans l’éminence de fes vertus & de les perfccHrions
nlînies, à laquelle il eft impofîib;e de rien ajouter,
k dont il efl meme impoffible de foUtenic l’cciar'.
"^ette gloire fort au dehors, par fes ouvrages , qui
iennent de leur divin principe , & elle forme du
J’oncours des raïons qui la portent jafqu^à nous^
jfc qui fe réüniflcnt dans le cœur de l’hoi'ftme, une
mage de ce beau Soleil, qui, quoi qu’affoiblie
X dénuée d*un éclat trop ébloüilVant, ne laide
pas d'êcre pure , fidèle & magnifique. Cette
mage eft ce que nous apclons la Religion Chre-
^ienre, & que l’on peut prouver pat le feul avan-
!:agc qu’elle a de fe raporter la gloire de Dieu , &
d’erre comme une fidèle exprtflioii de fes vertus
& de nos devoirs.
O iij
II
jî ^ Traite de !a Vérité
II n’y a que celle- ci en cfcc qui dcTabufe îcjl
hommes , en detruifant les faufles idées qu'ij*
avoienr de la Divinicé. EHe (cule fait connoîtriv
la nature du vrai Dieu. Éllc ôte à la Divinité t;
nuée, fes voiles materiels, & fa pompe corpoî
relîe, plus propres à la deguifer , qu’à la fait'
connoître. Elle nous fait voir Dieu 5 en noui
montrant qu'il eft invilible 5 & elle le dérobe au'
fens, pour le faire paroître à refprit. '
Il n’y a que la Religion Chrétienne qui nou'
fafle connoître ce conleii de Dieu fi mifcricoi j
dieux & fi ncçefTaire à nôtre confolation , c’ei
quil a, ^nvdié [on Fils au monde , afin
que croit en lui ne périffe point , mais qu il ait i\
'vie éternelle : commit il n’y â qu’elle aulTi qui glej
rifie fes vertus , & qui en découvre diflindcmcr'
la perfedion & l’infiniié.
C’cfl elle qui nous aprend que Dieu goùvcrnl i
tout par fa Providence , qu’il fait fervir le maj ■
meme à nôtre bien , qu’il pourvoit à nos befoirj '
par fa bonté, que fa fidélité & fa jufticc ne It;
permettent point de fuporter nos déréglemcns!
& que néanmoins fa mifericorde & fes compaf'
iions-n’ont point de bornes. !
Elle ne nous enfeigne pas feulement que l’hom ■
me doit ferv^ir Dieu, elle nous fait voir que c'elj
là fa fin, *Elle nous aprend à lui demander la'
vancement de fa gloire avant touies-chofes , &
commencer nos prières par lui dire , Ton no?,
foit fan^ifié , ton régne ^vienne , ta volonté [oit fai]
te. Elle veut que nous le glorifions non des lévrc;
feulement, ou par de fimples himnes , maisfaq
nos paroles, par nos penfccs & par nos aélionîf
Elle nous aprend à ne fouftraire aucune créaturj
à la Providence , aucun péché à fa jufiiee, auca^
pécheur à fa mifcricorde , aucun mouvement di
pieté à la^loire de fa grâce , aucune adion à fo«
nî2:emcnt. .
J 0 T:r
de lût Religion Chrêtîennê»
. i Elle nous fait voir des miracles qui glorifient
’ipuiflancc infinie, des cvcncmens qui font écla-
jt les merveilles de fa Providence , des bienfaits
jii font paroître fa bonté & fa mifcricordc ,
ce qui avoit été inconnu aux hommes , elle
;>nncà toutes les vertus divines leur jufte ccen-
lue, c’eft-à- dire , une étendt|£ fans bornes. De
•jelie autre fourcc nous victrtient les idées de
bternîte de Dieu y de Ton imiBenfitc , de fa tou-
-puiflance , de fa connoijGTancc infinie, de fou
nmutabiJité ? &c. •
Il n’y a que la Religion Chrétienne qui fçaehe
’ever Dieu & l’homme en meme tems. Elle en-
rrme tous ces liens admirables qui uniflenc
homme avec Dieu , & Dieu avec riiomme. Au-
(Linc autre ne -nous engage de foiimettre à Dieu
ôtre volonté, pour acquiefeer fans murmure à
Jüus les ordres de fa Providence, ni à lui donner
defirs & nos afFedlions , en le icconnoiflanc
t»our Je fouverain bien. Les hommes avoknt
roula honorer leurs Dieux par des lacrifiees de
)étcs : mais en vit- on jamais qui fuflént apris a
glorifier Dieu par le facrificc d’eux- memt^ ?
3^cllc autre Religion pouvoit fournir les motifs
fun fi douloureux lacrifice ?
Certainement il faut s’aveugler voîontairc-
ineiu foi- même , pour ne point voir que la Reli¬
gion Chrctiei ne n’eft en éfet qu’un commerce
ires pur & très fpiricael entre les venus <le Dieu
i)ui fc font fentir à l’homme, & les i'cntnnens du.
ccenr de i’hemme , qui glorifient les vertus de
Dieu. Ni la chair , ni le lang , ni le monde , ni la
nature , ni i’éducatiôn, ne font pas des caïucs af~
ez élevées pour avoir produit un efee fi grand
fl lublimc J & ce ne peut être ici que la produ-
riion de celui qui a parfaitement connu les acords
de toutes chofes, & quia içîi que nône cœur
étoit fait pour la gloire de Dieu , & que la gloire
O iiij de
5-2^0 Traité de la Vérité *
de Dieu de voit fc peindre dans nôrre cœur paf
Religion. .
VIL TABLEAU
De la Religion Chrétienne , i i
rail cMfidére dans fa Morale. \
1 ■
POur peu que nous foïons inflruits de ce qu
fc pafle au dedans dô,nous, nous trouveronv-
non- feulement qu*il y a un commerce d’erreur &;i.
d’illüfion entre le» deux principales facultcz de ::
nôtre ame, qui fait que le cœur trompe refpiit | :
& que refpiic trompe le cœur j mais encore riOu;j.!
ientons qu’on ne peut prefquc entreprendre d<| ;
Lguerir ou.de facisfaire l’un , fans augmenter Ici ;
defordres de l’autre, !
Si vous guciiifez l’igncrance de l’efprit par l’a 1 ^
quifition des connoiflances qui vous manquoient|'
vous enflez le cœur, qui s’en orgueillic de le;
polTcder. Si vous fatisfaires le cœur par l’afi
fouviffement des paflions qui l’agitent. , vou|
iScez les plus, dargereux principes des crreuti
& des faux préjugez qui obrcurciffeiit l’cCprit I
il c’eft une vérité trop connue par l’expéiience i*
que la fcicnce *quî éçiaire l’efpiic corrompt f
cœur 5 & que la débauche qui fatisfait le cœu,
corrompt l’efprît.
C’eh ce qui a fait le mauvais fuccez de tons ceu'i
qui ont entrepris de régler & de fatisfaire l’hora
me. Les uns ont choque les droits de la raiferi.
pour avoir eu de la complaifance pour les pafj
fions comme les Ep icuriens, qui font ceiT’er l’hom '
n^c d’ccre raifonnable , pour le rendre plus heu i
reux , en l’engageant dans la volupté. Les autrci
ont fait naître un orgueil prodigieux dans la vo*
lœ:tc^ pour attribuer trop à la railon 5 cornu 1
' !
de lût 'Religion Chrétienne.
:îs Stoïciens , qui fc font méconnits eux- memes
I force da lumière & de connoiflance , & qui ont
l'oulu élever rhommeaii deffus de Thomme , en
l’cnyvrant de Topinion de fa propre fageffe.
Mais Dieu , qui connoîc mieux que les honr-
•es les remèdes qui nous font propres, nous a
lonnc une Religion qui (atisfait le cœur fans
rorrompre rcfprit,&qui cccnd les lumières dû
’efpric fans corrompre le cœur. Comment cc-
a ? C'eft qu’elle fatisfait le cœur , & le morti-
fie, comme elle éclaire refprît , & le confond.
L'entendement, qui connoîc des véritez grau*
des Sc fublimes , n’a aucun Oi^ec de s'’élever ,
puis qu’il ne les connoîc que par la révélation, &
qu*il demeure convaincu qu’elles font au deffus
de fa portée. Le coçiir,qui trouve dans la Reli¬
gion des objets qui le rempliffent, & qui répon¬
dent à rînfinîtc de fesdefîrs, n’en eft ni enflé ni
corrompu, puifquc ces biens fpirîtuels lui coü-
itent la perce de fes plus doux atachemens & de
fes plus cheres habitudes. Le feul moïen qu’il y
avoir d’eclairer la raifon, & de l’humilier tout
à la fois, étoitdemcler des ténèbres à la lumiè¬
re de la Révélation î & la (eule voïe qu’on pou¬
voir trouver de fatisfaire le cœur, & de l’cmpc-
cher de s’enfler tout enfemble, étoit de mêler
des devoirs triftes & mortîfîans* aux promefles
magnifiques de l’Evangile. Ainfi la fevéritc de
la Morale Chrétienne , & l’übfcuritc mifteiîeurc
de la Dodrîne , font deux moïens en la main
de Dieu pour éclairer l’efprir fans en*flcr le
cœur, & pour remplir le cœur fans flater les *
: pallions qui corrompent l’efprit. Ce qui montre
d’abord, non- feulement que la Religion Chré¬
tienne a un caradere divin , puis qu’elle enfer¬
me la véritable maniéré de corriger & de ré¬
gler l’homme y mais encore , que ce qui choque le
plus les incrédules dans le Chriflianilmc, fcavœr
O V la
511 Traite de la. Vérité
la fcvcrîtc de la Morale & la difficulté des inî-l|
Acres, cft précifcmcnc ce qui eft le p4us dans Ic^
confeii de Dieu, & le plus propre à la fantifîca-
tien de l’homme , qui eft la grande fin de la
Religion Chrétienne.
Voilà en effire les deux parties eflentiel!es%
importantes de la Religion, la Morale & le
Miftere : l’un qui regarde la Foi , & l’autre qui eft
la régie de ce que Dieu veut que nous faffions
pour parvenir à la vie. Il n’cft point ncccffairc
de marquer ici quels (ont les dogmes ou les pre-i
ceptes qui font contenus dans la Révélation. La/
Sagefle divine n\ point permis qu’on en pût pré- '
rexcer l’ignorances & d’ailleurs, comme c’eft de
la vérité de la Religion en général qu’il s’apîtà '
prefent, c’eft de la Morale Chrétienne en gene¬
ral , & de la dodirinc de la Foi en gros , que nous
de\’ons traiter ici.
La morale de Jesü s- Christ a un grand;
nombre de caractères remarquables , fur lefquclsi
on ne peut réfléchir fans recornoître fa divinité.
Car I. C’eft le paradoxe desfens, du cœur,'
de l’efprit & de la nature. Oh n’avoit jamais
fçû qu’il falüt porter fa Croix , cftimer bien-,
heureux les pauvres en cfprit, ceux qui mè¬
nent dciiil , & ceux qui font pcrfécutcT pour
la jufticc 5 qu’on dût aimer fes ennemis , &
prier pour ceux qui courent fur nous & qui
nous perfécutent 5 qu’il falüt non- feulement fc
confqjer au milieu des maux & des traverfes,
mais fe réjouir d’etre affligé, & regarder la me-
fure de fes fouffranccs comme la mefure de fa
gloire & de fon bonheur. Les hommes n’avoient
jamais eu de telles penfees. Les paradoxes des
Stoïciens cèdent beaucoup à ceux-ci ; & nous
trouvons avec furprifc,que des pécheurs Am¬
ples & grofliers dans leur langage, débitent des
maximes auffi élevées au deffus de la portée or¬
dinaire
f
de la Religion Chrétienne, jiJ
maire de retpric , qu’elles Te crouvent côntrai-
cs au penchant du cœur.
I I. EnefFcc, ilfauü remarquer que la Mora-
e Chrctiennne eft trîfle & mortifiante. Elle
ontrainc toutes nos paflions.* L’amour propre
’en plaint. La volupté ne* la peut foufFrir,
L’orgueil y trouve fon tombeau. Ceux qui l’a-
)rouvcnt davantage ne peuvent s'empêcher de
a haïr en fecret , lors qu’ils ont le cœur rcm^i
le quelque paflion. On a vu dans tous les fié-
les des Chrétiens qui tâchoient d’en changer
c fens par des explications plus conformes à
curs penchans qu’à la vérité, rancantiflant in-
liredement , parce qu’ils n’ofoient le faire d’u-
]c façon plus ouverte. Et qu’on ne s’imagine
3as qu’on ait fait recevoir cette Morale en la
Icguifant. J £ s u s-C h R i s T , qui parmi tant de
ara(î^cres admirables de fa vocation en a un
brt remarquable, qui eft de ne fl.itcr jamais
les penchans des hommes, déclare que pour
Itre du ntÿnbre de fes vrais Difciples , il faut
‘arracher les yeux , 8c Ce couper les mains , fc
laïr foi-méme , renoncer à foî-meme , haïr
bn ame, &c. cxprcfïions qui s’expliquent les
Trtes les autres , & qui nous marquent que les
■fforts & îes*douleurs de ceux qui pratiquent fa
Morale, font comme des perfonnes qui fe cou-
îcnt les bras, qui s’arrachent les yeux , on qui
b féparent en quelque forte d’eilcs-m.cmes. iCc
ne font point ici les adrefles Sc les menagemeris
les Dodeurs du monde. Il paroît bien que-
I E s ü s-C H R I ST cft le Doâ:eur venu de Dieu.
III. Confidérez , pour le mieux comprendre,
que tous fes principes roulent fur le fonde¬
ment de l’humilité. Il faut que nous foïons
débonnaires , fimplcs de cœur, pauvres en efprîr,
travaillez & chargez , petits à nos yeux , des a-
jneaux, des petits cnftns en malice, les fcrvitcurs
P vj des
514 Traité de la Vérité
des autres, pour prétendre à la qualité de' fe^t
Difciples. Jesüs- Christ unit deux qualitcz quiji
n’avoienc jamais etc d acord , en joignant l’hu- i:
milite du cœur & les lumières de Terprit , & nous,:
ordonnant d’etre prudens comme des ferpens .
limples comme des colombes. On voit bien que;
cette union ctoit ncccflaire pour fantifier verita-'
blement les hommes 5 mais c’cft-là un fccret qu^j;
lis hommes n’avoient jamais trouvé. On en a vai
qui ont renonce à leur interet , qui lé font fait ouj
briller, ou couper les bras & les mains , & qui ont;
afronté la mort , foütenuspar un prodigieux or-|
guciJ , qui leur faifoit préférer la gloire à toutc^i
chofes : mais Ton n*a jamais vu que Tamoui!
propre ait permis aux hommes ce facrificejàj
moins qu’il n*ait pu fc dédommager du côte d<|
la gloire. Il n’y a que la Morale Chrétienne qal|
nous fafTe voir ce miracle.
IV. On s’étonnera moins apres cela qu’ellci'
coupe la racine à tous les vices. Il n’y en apoini,'
qui ne viennent de l’orgueil ou de la volupté
La Morale de Jésus- Ch r i s t , qui ^fétrjuit run*|
par les auftéritez delà repentance , & l’autre pa:i
les idées de la grandeur de Dieu opofée à nô'i
tre baffeiTe , enferme donc tout ce qui cft gc i
ceffaire pour détruire les vices daijj leur fourcci
On peut dire meme qu’elle comprend tout en tui
mot j & qu’en donnant leur jufte étendue à ce
paroles du Légîflatcur , Tu ne convoiteras point
& en preferivant fi foigneufement la pureté dij
.cœur &de la confcience^contrc la faufl'e glofcdc
Scribes & des Pharifiens, qui ncgiigeoient le dc;
dans , & n’avoient foin que du dehors , J e s u
C HR I s T établit la véritable fourcc de la fanci i
üca ion que peu de gens avoient connuë5& qu’au¬
cun ne fc mettoi: plus en peine de rechercher.. ’
V. C*eft encore un divin caradlere de fa Mora¬
le, d’établir en deux mois le principe de toute 1
le
^1
de Id Relîgiôn Chrétiennè*
!S vertus. Il ne faut avoir qu’une connoî (Tance
. iort médiocre du coeur de l’homme , pour fçavoiî:
||uc l’amour propre raporte tout à foi , & nous
net en la place de Dieu , auquel toutes chofes
ioivent tendre. Il fc facrifie tout. Il defire tout-j
k trompe par fes propres affections ,il veut tout
:c qui lui cft contraire. Tous fes mouvemens ne
ont que des manières particulières de tendre à
;e but , des defirs de ce qui ne lui apartient pas ,
des clans vers la gloire ou vers le plaifir qui font
~cs deux. grancTs objets des 'démarches mifterieu-
Les pour y parvenir, ou des defintcrclTcmens hi-
pocrites qui ont pour but de furprendre ce qu’ils
refufent. Qu’importe que le corps fc plonge dans
la volupté , ou que l’orgueil enivre l’ame de plai¬
fir ? que Tintérct dérobe, ou que Thipocrifie furV
prenne, ou que l’ambition atcc^ite fur cé qui ne
lui apartient pas ? Q^on donne aux chofes tel
nom que l’on voudra 5 & vices & vertus dans le
cœur des hommes du monde ne font qu’un pur
trafic d’amour propre. Que peut* on faire pour
corriger ce derordre,& pour établir un principe
4c vertu aufii véricable & aufii légitime , que
Tamour propre en cft une fource impure & cor¬
rompue ? Engagez les hommes à aimer Dieu par
deffus toutes chofes, & vous avez obtenu le but
que vous vous étiez propofè.
Car comme la préférence que nous faifons de
nous- memes à Dieu , fâic**Tcfpric de î^us lips vi¬
ces j on ne peut douter que la prcfcrcncc que'
nous ferons de Dieu à nous- memes , ne foie Ta¬
nne de toutes les vertus. L’amour divin corrige¬
ra mcinc tous les dcrcglemcns de Tamour^pro-
pre, auquel Ton ne reprochera plus qiTiI*vcuc ra-
porter tout â foi, puifqne nous nous raporteront
nous- memes à Dieu. Cet amour propre ne (èra
■plus aveugle , puis qu’il connoîtra foin véritable
iiKcicr, qui c(i de plaire à celui de qui il tient
tout
1
traité de la Verîtê i
tout ce qu’il a & tout ce qu*il poffcdc. Il cfj
impoflTiblc que l’homme aime Dieu, fans qivijl
aime à penfer à lui, ni qu’il penfe à lui, faniflj
qu’il s’humilie foNmeme. S’il aime Dieu, il s’e ]
lèvera au deffus de fçs mauvais defirs, pour por«^d
ter fou image , & pour vivre conformement à fjii 1
volonté par la jultice & par la tempérance. Ainljj
voilà toutes les vertus, mais des vertus veritar^
blés & folides, qui fortent du fond de l’amour di-i
vin. Comment jEsusrCHRiST a-fil rencontre fj
jufte,en établiflantlc fondement de fa Morale ,f,
VI. Ce qui ne nous permet point de douter que/:
fa Morale ne rencontre jufte fur ce fujet , c’efli;
que nous n’avons qu’à fuivre les idées qu’clld
nous donne delà vertu, pour parvenir au?c four-j
ces du véritable bonheur. Les hommes avoîeni, ;
cfperé vainemcftt cette heureufe alliance de',
deux chofes , que la raifon &la nature nous di-j
fent devoir aller cnfemble. Comment ils n’avoient' i
point de folide vertu , ils n’avoient point auffi de,
véritable félicité. A des vertus en peinture rc*,
pondoit une béatitude en idée ; & à des vertus:
fiormées par l’orgueil, un bonheur qui n’étoiti
qu’une cfpecc d’cnyvrtment , ou unejoïe faulTei,
&înfenféc de leur Vanité: ce que Brutus' lui-mc-:
me confcjfTa en mourant. Mais ici la fatisfaélion ;
que la Morale de Jesüs-ChRISt nous procure,-
affortit mcrveilleuferijent la folidité des vertus
qu’elïb nous recommande, l’cCprit de la fainteté.
fait le principe clfenriel de nôtre bonheur. Suivez ;
le chemin de la vertu que J e s u s-Christ vous
prcf^ric, & vous marcherez dans celui du bon-
ï^orat, Jheur. Si vous retranchez la cupidité, vous coupez
une fource abondante de miferç , & vous vous |
épargnez un nombre infini de foins & de fatigues '
qui tendent à ce centre. De memeauflî, fi vous ai¬
mez Dieu comme vous devez, vous vousrcjoüi-
rez de fa gloire , de fes perfections infinies & de fa
félicité ^
I de la Relifton Chréûenné^
llicitc , comme fi toutes ces chofes vous apar-
boient en propre. Vous aurez la meme joïeca
jonfiderant les beautez & la magnificence du
pond^, qu’un fils en trouve à contempler la
randeur ou les biens de fon pere. La gloire de
;)ieu fera vôtre gloire, fes avantages, vos avan-
iges, & à force d’aimer Dieu vous participe-^
ez à fon bonheur. Toutes ces veritez font in-
onteftablcs, fi vous confultcz la railon & l’ex-
î'érience.
. Car puifque rexpcrîencc ne nous permet poînr
lie douter , que celui qui aime ne tire fa fatis-
adlion de la connoifiance de l’objet aimé r qui
iloute qu’un homme ne foit heureux en aimant
Oicu, puisqu’il trouve en ce feul objet ce qui
u/ïit à tous fes befoins ? Il vivra en afiurance,
)arce qu’il fe repofera en Dieu. Il ne craîndrâ.
;)oînt de rien perdre , fçaehant que tout pafle ,
nais que Dieu ne pafle point. L’avenir ne lui
’cra point de peine , parce que Dieu demeure
‘.tcrncllemeot. La folitude lui plaira , parce
ju’elle lui donnera ocafion de s’entretenir avec
Dieu. II ne craindra point les afflicSlions , qu’il
regardera cômme des châcimens paternels , ou
rommedes épreuves qui fe ra portent à fon bien,
{] eft afluré d’avoir & joïe & honneur & immor¬
alité, parce qu’il fçait que toutes ces chofes font
:n Dieu. Qu’on tourne les chofes comme l’on
voudra, il eft împoflibleque nous aimions Dieu,
ans être dans cette difpofitîon & nous ne pou¬
vons être dans cette dilpofition , fans être fatis-
'aits, mais d’une fatisfaêiion pleine, & telle que
doit erre celle de ceux qui croïeut ne manquer de
tien, & avoir trouve tout dans un feul objet.
Il eft donc vrai que l’idce du devoir nous con¬
duit aux fources du bonheur ; preuve évidente que
ce devoir eft légitime , & que la Morale qu’il
•iflugne ne peut être que véritable & fahuaire.
yi\ Mais
Traite de la Vérité
VII. Mais cc n’cft pas aflez , que la mcfurcHi
la vertu prcfcritc par Jésus- Christ corrme Ici
fondement de la Loi &dc TEvans^ilc , faffela
fure du bonheur particulier de chaque perfonne j;
clic établit encore le bien & le repos de la focicté '
& par un heureux privilège, elle f^t rencon-'
trer le bien public dans celui des particuliers, &
!c bien des particuliers dans Tinterct public. Qik|
icfultera-t-il de la pratique de la charité, qui nou:;
fera aimer Dieu de tout nôtre cœur , & le pro*'
Chain comme nous-mêmes ? Il en réfultcra, qu<;
les intérêts des uns feront les intérêts des autres
qu’il n’y aura ni haine , ni jaloufie , ni concurren !
ce 3 que chacun remerciera Dieu des biens qu*ur|
autre aura reçu i que la charité nous rendrî^
tout propre j que nous ferons heureux par lcr
avantages des autres, comme un fils feh pa:'
ceux de fon pere 3 & comme un pere Tcft piij
ceux de fon fils 3 que la fociétc ne, fera qu’une mc-l
me famille , d\autant plus étroitement unie, qire 1;'
charité égalera tout cc que les pallions humaii.c|
dininguoient auparavant , & d’autant plus hciv*
reufe , que le bonheur d’un feûl fera le bonheur d;
tous , & le bonheur de tous le bonheur d’un fculj
Il eft facile de prévoir ce que les incrédules ré¬
pondront à toutes ces choies. Ils diront que L
Morale Chrétienne çft une idée de perfcdlion for;
belle fans doute, mais aufli fort utile , parc
qu’elle eft trop élevée au deffus de notre porte
& de nos forces. La réponfe à cette' objeêlic;
dépend des rcftexîons que nous continuerons ;
faire fur les caraêleres de cette Morale,
VIII. Nous difons donc, qu’encorc que dan;
cette lutte de la chair & de Tefprit que nmi
éprouvons, nous ne puifïîons pas pratiquer f
Morale Chrétienne dans toute fa perfeêlion , n
par conféquent en gourer les avantages dan;
toute leur étendue, il fulEc que pratiquée fdo.i
l’éta:
de la^ Religion Chrétienne.
' ;tat ou nous nous trouvons , clje produit mille
iFcts avantageux , pour nous faire voir qu’cjlc
. cft point une (impie idée de perfedfion. Or
cft-là une vérité que rexpérîence rend incontc-
able : & il cft (i vrai , que robfervation de c^tte
> ivine Morale eft utile & falutairc, que les peres
i fouhaitent à leurs enfans , les maris à leurs
;:mmes , les femmes à leurs maris , les ferviteurs
leurs maîtres , les maîtres à leurs ferviteurs , les
'rinces à leurs fujets, les fujetsà leur Prince , (.es
réanciers à leurs debiteurs , les debiteurs à leurs
rcanciers, comme un principe de fidelité , d’a-
nOur , d’intelligence & de vertu, & meme de^fa-
isfadion & de joïe.
i L’amour propre la trouve une (impie idée de
)Cifc(Flion , lors qu’ellî lui ordonne de renoncer à
es mauvais pcnchans , il ne croit point avoir affez
le force pour fa pratiquer : mais il la trouve ju-
ife , folidc, fenfée & parfaite ,.lors qu’il s*agicdc
réprimer les vices & les défauts-des autres, & à
moins qu’il ne foit tombe dans le dernier dérègle¬
ment , il eft bien aife que ce frein ari*êce,du moins
en autrui , la cupidité & les paillons , qui tendent
à tout perdre & à tout violer;
I X. Mais ce qui^défend entièrement la Morale
Chrétienne du reproche qu’on lui fait à cét égard,
c’eft qu’elle enferme cHc-mcme des forces qui
élevent l'ame de l’homme, ou des objets, qui
avec l’cfïcacc de l’cfprit qui les acompagne, ba¬
lancent le poids des objets fenfibles ,& l’inclina¬
tion que nous avons pour le monde. Ç’cft aux
Philofophcs qu’on peut reprocher que leur Mo¬
rale n’cft qu’une fpécujationjparcc^quc leurs belles
maxinaes i;e font point acompagnees des puif-
fans motifs. Ils nous aprcnnçnt qu’il faut fe vain¬
cre & renoncer à (es de(irs j mais quand on leur
demande pourquoi , ils (ont bien embaralTcz.
La Morale eft belle : mais les motifs font foibles,
150 Traite de la Vérité
ëc un peu de fiuncc qu’il y a à gagner en pratî-ji )
quant la vertu qu'ils recommandent , le titre dcî^
fages, & cette augmentation de vanité qui le fuir ,1^.
font au fonds des raifons bien legeres pour obligeiiV
le coeur à fc défaire de fes attachemens.
Mais il n*en eft pas de meme de la Morale dc' j
J ES u S‘C ç[ R I ST , laquelle eft admirablemcnt^t
ibütenuë par les motifs qu'elle nous propoCc.; .
Tout s'y fuit. Tout y eft proportionne. Elle,
nous demande de nous atachcr à la pratique de ;
devoirs triftes & morrifians. Elle contraint le .
cœur. Elle mortifie la chair : m^s comme c’eft-j
là uci cfort 'dificilc & fublime , çlle lui prcpofcl .
aufti un prix magnifique & glorieux. La gran-| .
deur de la promefte eft meme foütcnuë par desj
menaces cfroïables, & l'un & l'autre de ces dcuxl
objets, par des bien^faits infiniment propres à,
nous gagner le cœur.
Les bien-faits dous font en quelque forte ga-j
rans de la vetitc des promefTes j & la vérité desi
prome{?es nous fait connoître celle des menaccî.i
Les promeftes que Dieu nous fait dans l’Evan-j
gilc , de nous donner la vie & l’immortalité bien- 1
heureufe , (ont grandes & magnifiques, je l’a-,
voue : mais clics ne le font pas plus que celle quc|
J ESUS-CHRisxfit autrefois à deux de fes Dif- j
ciples, en les apclanc, & leurdifant, Venez afrés\
moi y (^je njota ferai pécheurs â" hommes. II y avoit
moins d'aparcncc que de pauvres pécheurs puflent ,
prendre dans leurs rées la Dodfrinc , l’autorité,^
l'elprit , ^'éloquence des hommes, qu’il n’y en a
que nous voïons Dieu apres la mort. ,
La vérité des promefles ne peut fubfiftcr fanS;
celle des menaces ; & il eft évident qu'en pro-,
mettant de fe faire voir à ceux qui feront nets de
cœur, il menace de fon éloignement tous ceux,
qui ne le (eront pas,
Qg^les hommes ne fc flatent donc pas , & j
qu’ils
; I
i
de J a Keltghn Chrétienne.
!ii*îls ccffcnt d’crrc incrédules fur le fujet des
j»diiics qui atendcnc les méchans apres cette vie.
|-a%aifon leur dit , que Dicd» ne peut moins faire
i|uc d’clôîgner de lui ceux qui ont perfeveré dans
IC defTein de Tofenfer par leurs crimes , & que ccc
loignement cft accompagné d*une fouveraioç
nilj^rc , qui eft autrement apclce la mort crer-
iclle. La confcicnce nous fait entendre les me¬
nés cliofes par Tes remords. Les promefles me¬
nés de Dieu nous renfeignent. Sa juflicc nous y
onduit. La Loi nous Taprend. L’Evangile nous
enfeigne. Et la natui^ meme des chofes ne nous
')crmet point d’en douter ; puifque Dieu ne peut
dreffer l’homme à fa véritable fîi^j fans fe re-
licier à lui ; ni fe révéler à lui , fans lui faire con-
boître fa volonté , de quelque manière que cela
c fâflc } ni fe faire connoîrrc à lui , fans lui don-
ber une loi , fans. Taccompagner-de motifs , qui
le peuvent être que des promefles , où des me-
laccs gravées dans le fonds de la confciencc ,
ors qu’elles accompagnent la Loi naturelle , &
edigées par écrit , lors qu’elles fuivent la Loi
•crite j ni faire aux hommes des promefles ou des
Tienaces , fars être fidèle dans l’accompiiflement
ks unS autres. Peut- il y avoir de plus
grande nécefîirc que celle qui eft fondée fur la
iélitc de Dieu & fur la nature des chofes.
II n’y a rien qui puifle fouflraire l’homme à
:ette ncceflité. Il ne faut point alléguer fa baffcD
e J car on fçait que cette circonftance aggrave
le crime au lieu de le diminue^; & qu’on n’exeufe
point un fujet qui a ofenfé fon Roi , en difant quai
c’efl un Arrifan , & non pas un Gentilhomme. Il
Dc faut point fe défendre fur la force du tempé-
ramment. Si elle cède aux raifons que vous
avez de ne commettre rien d’indécent devant un
Souverain ; & fi elle cft fufpcnduë avec toutes
fespaflions^ lorfque vous êtes erî quelque danger ,
• ou
i Tftitte de lu Vérité , i
ou que vous attendez la Sentence de vôtre mon'-,
clic a dü rêtre par la prcfcnce , la volonté Sc^psi
jugemens de Ditu.^11 ne faut point fc deferwire;
fur le défaut de connoiflance. Il nous juftifieroît J
s’il ctoit véritable , puis qu*il a acoütumc d’ex-
eufer les bcics , & les enfans & les fous. Mais eu,'
'font les hommes qui ne connoinein leurs de¬
voirs ? La confidcration de la mifericorde* de|
Dieu ne doit point les raflurer j puis qu’elle n’a,
point pour objet les pécheurs impénitens , & qu<
pieu ne fauve que ceux qui veulent erre fauvez,
Q^’on ne nous dife point* que des peines éter¬
nelles font dirproportionnées à la foibleflc de
nôtre état. Car Dieu que vous avez cfFenfén’eft*
il point étcnlll ? Et vôtre ame qui a péché n’eft-
fllc pas éternelle ? Une éternité de vie ne dé¬
plaît point à l’amour propre le plus aveugle. I h
n’y trouve ricu de difproportionné à nôtre- con^l
dirion. Mais une éternité de miferes le choquC;!
&luiparoîc impofïible & chimérique. Pourquoi
Gcla, fi ce n’cft par ce qu’il veut à quelque pri>|<
que ce Toit 5 fe faire illufion à foi meme ?
Cepetidant, comme vous ne pouvez anéaniîii;
ni réterniié-de Dieu , ni réternitc de ramc,qiUj
la raifon meme vous fait reconnoîtr^ , il*faiu ou!
que vous fupofiez que l’ame doit être éternelle¬
ment avec Dieu, ou éternellement éloignée dO
Dieu, c’eü-à-dire, qu’elle doive vivre ou mou-l;
rir éternellement, puifquc vivre avec Dieu en-|
ferme la perfection du bonheur , & être éloîgncjij
de Dieu le comble de la mifere. Dés que l’on ait
^reconnu l’cxiftencé de Dieu , & que l’on a fçûquci
l’ame n’a point de parties , qu’elle n’eft point ca ?
pable d’aucune difTolution départies, que fa na¬
ture étant tour-à-faît diferente de celle de la!
matière, elle n’cfl point enfevclîe fous les lüincîp
du corps , il cft difîcilc que Ton réfifte à ce qu(
l’Evangile nous ^aprend de l’ccat des âmes apré'i
!
üe la Kellgion Chrétienhe;
|a mort. C’eft mcmc une neceflî: c de le recevoir^
:-ar fi les âmes des mcchans & celles des gens de
i^ien font cgalemcnc éloigirées de Dieu , la con-
jcicnce, la raifon , la nature & toutes nos con-
loilTances nous avoient trompez , en nous faî-
ant eQ)crer la rémunération. Et fi les âmes des
mcchans & celles des o-ens de bien font toutes
ivcc Dieu, ces memes principes nous avoienc
cduics , en nous faiCant craindre Ces jtigemeriS ;
k par tout fa juftice & fa fidelité fe trouvent
incanties avec toutes nos lumières. Reconnoiffez
ionc que les âmes des bons doivent être aveç
Dieu , & celles des mcchans éloignées de lui , Sc
i^ous dites la chofedu monde qui a le plus de.ra-
iport* avec toutes nos lumières, & qui coule le
plus claîrement de la nature des chofes.
Les bienfaits de Dieu répondent à U magnifi¬
cence de fes promefTes & à la faveur redoutable
de fes menaces. Toutes les créatures vifibics
concourent à nous faire du4)icn. Car outre les
'bmedicî^îons temporelles, la terre remplie. de la
comoîfiance de Dieu3& les cœurs fantifiez les
9mcs confolces , l’Evangile prêché par tout i'U-
nivers ^Jc fils de Dieu more pour nos offenfes , &
iclufcîtc pour nôcrc juftification , ce Crucifie
forrant du tombeau pour nous aporter la pais
de Dieu, & pour fécllcr la vérité de fonEvan-
igile par fes fréquentes aparitions' , le Saint-Efpric
fc répandant vifîblemcnt & communément fur
les hommes, une multitude de Marcirs envoïez
de Dieu pour retirer les hommes du vice & de la
fupcrftition par leur parole & par leurs exem¬
ples, font des bienfaits qui alforcilTenc merveil-
' Icuiment les promefics & les menaces , & qui
nous perfuadent que la Morale de J. C. â autant
de ce qui cle^ & qui fortifie les âmes, que de
ce qui frape k qui Curprend les efprits.
X, Mais pour nous rqontrcr que cette Mo®
raie
f54 Trahi de la Vefiti *
raie n’cft pas une fimplc idée de pcrfeftîon y fa
fageffe divine a voulu , que non- feulement clk .
fut ccricc dans les Lfvres du Nouveau Te(la-'l
ment, mais encore qu’elle fut gravée première- :
ment dans la vie de J e s u s- Christ , & enfuitc
dans la pratique des premiers Fidèles. Cc-nc font
jfoint ici des Docteurs qu’on puifle aeufer de^
parler bien , & d'agk mal , comme Ton acufoîc i
Seneque ie faire de. crés beaux difeours fur la 4
pauvreté & fur le mépris des biens de la fortune J ;
pendant qu’il poffedoit plus de richeffes & dej^
plus belles maiions deplailànce, que les plus rî-|
ches Citoïens de Rome. Ceux-ci confirment j
tout ce qu’ils difenc & par l’anéantifTeme^t de
leurs mauvaifes pafTions, ils forment une focie-
tc entièrement conforme a celle que nous avonsP
entrevue tantôt en fuivant l’idée du devoir. Ils}'
renoncent aux paffions qui les diftinguoienr.. Ils!
oublient leur rang & leur condition , pour fc|
traiter en frères, fis confondent leurs interets.* jî
Ils vendent leurs poffeffions , pour en foulagcr!
les néceflicez les uns des autres. Ils fe réjoüifi'enc 1
d’avoir été trouvez dignes de foufrir pour le !
nom de Dieu. TÔut fert à leur bonheur, juf-j.’
qu’aux aflidions. Ils prient Dieu pour ceux qui
les perfécutenc. Et comme c’eft la charité,
non l’amour propre, qui efl la régie de leurs af- ;
fcd:ions , tous les mouvemens de leur cœur n’ont \
qu’un même centre, qui eft la gloire de Dieu & ^
le bien du prochain : ce qui fait dire à l’Ecriture, | »
qu’ils n’etoient qu’un ccciir & qu’une ame. p
J’avoue que cé-t état n’a pü fubfifier toujours ;
dar^ l’Eglifc : mais la fageiTe de Dieu a permis j
qu’il durât quelque tems , pour nous laiiTer en- ,
trevoir une image du Ciel fur la terre, & pour j
confirmer par la beauté de cet exemple , une j
Morale qui étoic déjà foûtenuë par de fi grands!
<5: de fi puiirans motifs. • j
^ VIII.
àè Religion Chrétiennê, i fÿ
VIII. TABLEAU
K De la Religion Chrétienne 3
§l^ie l'on confidére dans [es Mifleres*
LEs Miftercs que Dieu nous a révélez dans fa
Parole , rcflcmblcnt à cette colombe de nuée
ui conduifoît les Enfans d’Ifraël dans le deferr,
ont comme clic, un côté lumineux & un côte
bicur.
5i vous conEdérez le côté lumineux des Mî-
cres , vous trouverez qu’ils font grands, fubli-
jics, conformes à la nature des chofes dignes de
)ieu , & très étroitement liez avec les principes
plus inviolables de nôtre cosifr & de nôtre
'fprit.
Leur grandeur & leur fublîmitc a donné à
leux làancme qui les ont annoncées, une ad-»
liration qu’ils n’ont pu cacher. Tantôt ils dé¬
laient , é^ue Ce font la des chofes c^ue P œil n a
oint vü'és , que V oreille n a point otites , qut ne
^ionîer ont jamais au cœur de l'homme : expxcllion
ulG naturelle qu’énergique , qui nous fait voie
ombien ils en étoient remplis. Tantôt ils s’en
xpliquent en ces termes , Rt [ans contredit , le
yliflere de pieté efi grand : Dieu manifeflé en chaire
ufiifié en ejprit , &c. Tantôt ils apellcnt ces
hs)res des tiefors de fageflfe , & toujours ils pa^
oilTent être en peine pour trouver des expref-
ions dignes de les reprefenter.
Ce (ont là des objets infiniment élevez au def-
us des fens , éloignez de Taparcnce très contraî-
e aux idées du Paganifme & aux gpinions char-
lellcs des Juifs, au delTus de la conjcdlurc des
iommes , & cependant ce font des objets dignes
'c Dieu.' Ils le glorifient d’une façon très
T Y dite de la Vérité
cxc^lcnte, & nous font voir corribîcn Dîcu cfl
grand & magnifique, foie dans les dons qu’il fait(
aux hommes, (oit dans la fublimitc des devoirs^
qu’il leur preferit , foit dans l’excclcnccdu prbe*
qu’il leur defiine , foit dans l’emploi des moïen!'
par lelquels il les y conduit. Comparez les'
idées de la Religion Chrétienne avec toutes
îes autres, & vous n’en douterez point. Mais*
ce n’cft pas affez que les mifiercs nous paroi!-*
fent au defiTus des hommes , qui n’auroient pu'
îes inventer, & digne de Dieu, qui feul peut*
Tious les avoir révélez, on peut dire encore quch
tous les jprincipesqui font^en nous s’unilTent par-
fairement avec eux. j
Ce ne font point ici ces’Pables & ces rêveries-
des Poëres, que le cœur des hommes recevoitj
avec avidité pendant que la raifon les condam-1
Moit. La création du Ciel &de la Terre par uni
Dieu tout - puifTant , la Rédemption du Genre!
humain pauJcminiftcrcd’un Médiateur, h facri-i
fice expiatoire de Jesus-Christ , la commu-!
nîon des Saints , la refurreétion des morts, lai
rcmiflion des péchez, la vie éternelle, font des;
, objets cgaÜcmcnc majeftueux & raifonnablcs,'
Xeur perte entraîne néceflairement celle de nosi
plus pures connoifTanccs , & dettuiroit mcmela '
nature de l'Etre Souverain, '
deviendroit en effet la fagefTe de Dieu î<
Laiflcroit^elle les hommes fe raporter à des fini
contraires à leur deftination ? Permettroît-ellcl ^
les defordres&Ics confufionsde la Tocietc , pour
ne les réparer jamais, elle qui tient les créatures'
inanimées dans une fi bonne intelligence & danîî
un fi parfait acord ? A quoi fcrvîroicnt les prin¬
cipes de droimre , & cette loi naturelle qucliea
mife dans notre cœur ? Pourquoi auroit-elh
raportc tant de chofesau bien de l’hoîpme, afir:
que l’homme lui-meme fe raportâc à'unc fin illé-î
t
de îa Religion chrétienne-
jîmc ? dcviendroit la juftice de Dieu î
i^Ile f’erou la vericc des fentimeil's de la coii*^
jkncc ? Q^llc feroit la punition des mechans ,
i la rcmuncraticn des juftes ? Q^c dcviendroit
] tre ame , puifq/ue la raîfon nousaapris, que
I qui penCe cft diiFercnc de ce qui eft materiel ,
|i que l’elpric ne relève point de la diiTolucion de
j.elques parties- de matière ? Pourquoi cette amc
çi:-elle des(entimens de Ton immortalité ? A quoi
ïirviroient rèquicc & la jufticc ? Pourquoi ne pas
^àtôt s’abandonner au vice , qui (croit cncicrc-
icnt préférable à la vertu.
îi Et qui ne rcconnoîcra pour légitimes & rai-
,:nnab!es des principes fans lefquels il n'y a que
vnfuûon & détordre dans la fociccc, qu'incerci-
:dc & ténèbres dans rcfprit , que faufl'eté $c
,u(ion dans la conlcience & dans la loi naturel-
J, &c. Que préjudice & milcre dans la prati-
le de la vertu i & dont i'ancanriflement enferme
dui de la bonté , de la fagefle & de la juftice de
fieu, CCS vertus que nous avoit montré la vérité
: ion exiPcnce ?
, Ce ne font point ici des fpéculations qui Torrent
\ loifir de quelques contemplatifs , ou des rafî-
fmens deTÉcoIc, mais des veritez qui coulent
la nature des ebofes, & qui s’unillent excel-
nmment avec la dernîere fin de Phomme. Mais
liclque lumineux que (oit ce côté des Mifteres,
cft certain qu’ils en ont un autre obTcur & dif-
cile. Non que ces Mifteres aient ou puiffenc
voir lien de contraire à là rai Ton (ai & dé-
> cocu P ce : mais c'efl qu’ils font impénétrables à
ïptrccfprit, & qu’il n’eû ni fur , ni permis , ni
bfTiblc d’en fonder la profondeur,
i Or bien qli'il ne foi t pas abfolument ncccfTai-
lie rechercher pourquoi il a plü à Dieu
.’âflaifonncr (es Miftcrcs de quelques difficul-
‘.z, & qu’il fuffife de dire pour route raifon ,
'lome IL P que
5^8 Traité delà Verhê
c]ue c’cfl: là fa volonté & le confeil de fa fagcffc
neanmoins nous ne devons point négliger dcdon^i
ner fur ce fujet les cclairciflcmens que i’Ecricunji
& la raifon nous fournifl'ent. ^
Chacun Içait la différence qu’il y a entre voîi^
^ croire. La vue n’enferme aucune difficulté i
mais la Foi eft mclée d’obfcuricé & de connoiffan-
ce. Leurs objets font differens. On ne voij
point ce que Ton croit 5 & l’on ne croit point , î;
parler exadement , ce qu’on voit. Voir c’efi
apercevoir par foi- meme 5 & croire c’eft aperce*,
voir par les yeux d’autrui. La vue eft double
celle des fens, qui connoiffent les objets qui leui
font proportionnez j & celle de rcTprit , lor!
qu’il juge des chofes par fes propres lumières!
JLa Foi de meme eft de deux ordres ; la Foi humaij .
ne , & la Foi divine. La première eft la perfua'|
(ion qui eft fondée fur le témoignage des hom-j*
mes : & l’autre, celle qui eft établie fur le té, .
moignage de Dieu. Il n’eft pas difficile aprc| .
de comprendre la penféc d’un Apôtre , ejuj
nous fait entendre que le deffein de Dieu clj .
que nous marchions par foi, & non point pa^ .
vue. Cela veut dire , que nous devons renon*j
cer aux vues de nôtre efprit , pour fuivre le h
lumières de la Révélation , & pour n’embraffcijv
les véritez du falut que fur le témoignage dj
Dieu. j
Il eft aife cependant de connoître la repugnan*,
ce que nous y avons. Cette conduite de Die^
contraint la liberté de nos efprits. Elle abaiHj -
la raifon fuperbe de l’homme. Elle lui ôte I?
privilège de la* vüc dans des matières qui Iij
font infiniment importantes. S'agiflant de rci
noncer au monde que nous voïons , nous voUi
drions voir les objets que la Religion mer darj
Taiurc balance. Cependant Dieu ne le veq
goinc. Il faut fe contenter de croire les objeij
de la Religion Chrétienne^ 539
«î nous font renoncer à ce que nous voïons ; 6c
fclquc convenance qu’ils puiffent avoir avec les
I neipes du Cens commun , ce n‘eft pas la raifon ,
iiis la foi , qui doit principalement nous les faire
revoir. Or par le meme principe qui fait que
l cœur s’irrite contre ia loi qui lui impofe
1 nccelTitc d’agir , refpric (e fouleve contre
J Révélation qui lui impofe la ncceflicc de
oire.
Il eft certain que cette conduite de Dieu ell
enferme à la nature des chofes , très cpnvc-
ib’c à rétat où nous nous trouvons, ncccflairc
iiôcre fandlificâtion , & utile à la gloire de Dieu.
In’eft pas étrange que l’œconomiede la foi pré-
de celle de la vue, puilque nous voïons les te-
■bres précéder la lumière par un ordre naturel ,
que nous fommes enfans avant que d’etre
Immes. L’expérience & la raifon nous enfei-
icnt qùe nos connoiflances font trop imparfaites
!|ns cette vie , où l’ame elt apefantie par le corps,
Hir nous permeitre de marcher fùrement à la
i/eur de nos propres lumières. Les Païens qui
Int entrepris n’ont fait que s’égarer dans leurs
!ïcs.
Il y a deux déréglemens dans l’homme qui
;nt la fource de tous les autres , Porgueil & la
pluprc. Celle-ci naît dans la plus baffe partie
M l’ame , & les fens y ont beaucoup de part:
;iis l’orgueil cft proprement le crime de l’ef-
Ùt. Comment donc l’on n’a point encore trou-
de meilleur remède contre la volupté , que
ilui d’affliger les fens , en I^ur refufant le plai^^
t qu’ils cherchent avec tant d’ardeur ; on ne
Mt point auffi qu’il y eut de meilleur
joïen de guérir l’orgueil de l’elpric , que cc-
•î de l’humilier , en captivant , ces lumières
j.ii renflent , & en l’affl'gcant par le facrîfîcc
fon lui demande de fes foiblcs conjtdluies
P &
54^ TYxlte de la Vérité - J
^ de fcs vains raifonnemens.
Ec ceitaincment ce facrificc eft bien du jj
la Divinité : car il n*y a pas plus de railoif.
que nous lui foümettions nôtre volonté paî
nôtre obcïflTance à fes loix , qu*il y en a ou*
nous lui aiTujetti (lions nôtre cfpiic par la f^o:'
Ear Tun de ces adles nous le reconnoiiVons pou*'
un maître qui a droit de nous commander^
^ par l*aiure nous avoiions qu’il eft louvcrai^'
nement véritable , & que nous ne devons roir'
craindre de nous tromper en recevant ce qu
nous dit. [
L’homme qui s’étoît perdu pour vouloir toi '
connoîcrc , doit faire une cfpéce de réparario)
de fon crime , s’il eft permis de parler ainfij
en ne voulant rien connoître par lui-même. 1
avoir voulu être auffi éclairé que Dieu : il ri.‘
veut plus rien connoître que dependamment c<r
Il avoît etc aveugle dans le beau jour de ,
nature : il faut qu’il voie clair dans les obrcuiit(
de rœconomie de la Foi. Car depi^i>s quen la p
f ience de DieUy le 97}onde n a point connu Dieu p.
fapience , le bon plaifir du Pere a été de fauverl
hommes par la folie de la prédication.
II eft certain que fi Dieu fe révéloit ordinaîrjà
ment & familièrement par des miracles Tcnfibir
êc continuels, nous marcherions par vue & n(
point parToi: & il cfi vrai auffi que fi les objej '
de la Revélarion n’étoîenr revécus de quclcjir
ténèbres, il n’y aurôit ni cforr, ni difficulté , |
facrifice de raifoD à*crc>ire. j
Les dijSculrez qui acompagnent les Miffer
font à peu prés à Tcgard de nôtre cfprit le rr-erj- ■
éfet que les affligions font à Tégard de nô|
cœur i elles le foümertent. C’en font rout |
>T,cme les épreuves. Et comme ii a plu à Dieu ci ^
ivôtre patience fut exercée par deux fortes j
foi!
f
de la Religion Chrétienne.
jaffranccs , les unes qu*il nous difpenfe îmme-
otement Jui-meme, & les autres qui nous
'lennent du côte des hommes du monde qui font
s ennemis : aufli a-t-il voulu que nôtre foi fut
xercée par deux fortes de difHcuItcz , dont les
’iics viennent de Dieu immédiatement , & les
;.tres fortent du cœur & de rcfpiic des homv
CS,
' Car il faut diftînguer les tenebres de Dieu p
les tenebres des hommes. Les premières fonc
• coAe ou ncceflaires , comme toutes les dif-
i:ultcz qui naiffent de la difproportioh èflen-
!llc qui eft entre les objets infinis tels que
nt ceux de la Révélation ^ & un érpric bvor-
. : comme le nôtre > ou volontaires , & qui en-
eut dans le deffein & dans le plan même de Ix
icligion.
'On peut difiinguer celles-ci félon la diverfite
ae , dans nôtre maniéré de çoncevoir , nous
‘:|)mmes obligez de fupofer dans les vertus de
■fieu. Il y en a qiii forcent du conl'eil de fa fage'f-
,5 , d’autres de celui de fa jufiiee , d’autres de ce»»
lii de fa Majeftc, d’autres enfin de celui de
jDntc & de fa mifericordc.
»j Ainfi la fageife divine a mêlç quelques obfcu-
frez aux prophéties les plus expreffes , de peur
juc la clarté n’en dctruific révénement. Il faut
'pporter a ce principe les énigmes, les figures,
Ts reprefenrations paraboliques , le mélange des'
bjets fcnfibles avec les biens fpirituels , de l’ctac
c l’Eglife avec l’état de rifracl félon ia chair , Sc
pus les autres moïens que le S. Efpric a mis en
ijfage , pour couvrir en partie des evenemens
ju’il annonce pluficurs fiécles avant leur acom-
'liflcment.
, Elle a couvert dans l’Ancien Teftamcnt les vc-
itez les plus cffenrielles les plus capitales
omme rimmort alité de l’arnc , la Trinité, U
P iij Rcdcm*-
5 4^ . Traité de la Vérité
Rédemption , &c. de cjuclques tcncbrcs
rieufes , afin qu’une révélation diflindle de touî*
ces objets fut un caradere ircontcftable du Mcf-Î
lie , & que Tes Difciples puflTcnt dire hardiment
La vie cft rcvélce'en J esus-Christ : la grâce clli
clairement aparuë en lui : Nul ne vit jamais Dieu i
cefl le F/Trf unique qui efi au fein du Pere , qui
manifeflé, Raportez à cetre fource ces mcnage-i
mens du Saint- Efpric , qui infpire les Patriar-t
ches pour leur faire voir une meilleure vie ,1
6 pour les obliger à s’écrier en mourant , Seh
gneuYy j'ai attendu ton falut : mais qui ne Icu i
fait voir cct objet qu’en énigme , & par de:
fentîmens & des notions qu’ils ne démêlent pa:!
bien eux- mêmes j réfervant une conuoiflànci
de fes mîfleres plus abondante à ce tems qu’i
avoît deüîné à racompliffement des oracles ,
& à îa manifeflatîon de celui qui eft le centre d<i
la Religion. C’c/l pour cela qu’il ifeft prefqiïil
fait mention que de promefles & de menace i
temporelles dans les Ecrits de Moïfe 5 que J i-
s U s- C H R I s T lui- meme difputant contre Ic ;
Saddaciens, n’en tire la réfurreélion des mort
que par conféqucnce. ‘ :
Cette meme fagefle a voulu que Jésus
Christ naquît dans l’obfcuriré & dans l'a*
bâillement , afin que ces trifles dehors , cho¬
quant les préjugez des hommes charnels 6
des Juifs mondains , donnaflent lieu par acciden
à l’execution des chofes que la miain Sc le con-
feil de Dieu avoienc déterminées devoir etn
faites. Voilà une des caufes de fa pauvreté
de fa baflêlTe , de robfcurité de fa nailTance, dt
genre de fa première profeflion, du choix de fc
Difcîp’es, Scc;
La jufiiee de Dieu agiflant de concert avec f;
(agclTe l’oblige à parler un langage énigmati¬
que aux profanes & aux contempteurs de fc'
miücic
âe la Religion Chretienn}. 3-4?
liftcres. Il leur cache fes perles , de peur que
rmme des animaux immondes ils ne les foulent
us leurs pieds. C*e{l la raiCon qu’on peut don*
r du refus que Jesus-Christ faifoic quelque-
•is de hgnaler fon pouvoir devant les înereduJes,
;s foins qu’il prenoic par fois de cacher fes mi-
xles. C’eft pour cela qu’il parloic quelquefois
1 paraboles aux etrangers , & qu’il s’expliquoîc
airement à fes Difciples , leur faifanc entendre
fens de ces fimilitudes, & leur déclarant , que
Dur eux ils avoîcnt le privilège de voir toutes
hofes à découverte
La Majefté de Dieu ne lui permet point de
; révéler à l’homme criminel aufïi famiiiere-
icnt qu’il feroit à l’homme innocent. II n’y
. là rien d’extraordinaire. Les hommes ont
'coütumée d’en ufer ainfi. Les Grands bannif-
mt de leur prcfcncc ceux qui ont atiré leur
olerc. Il faudroic concevoir une moindre idée
,c la Majeflc de Dieu , que de celle des Mo¬
narques du monde, pour trouver étrange qu’il
e cache au pécheur. Ceft de là que vien-
lent ces foins mifterieux que Dieu prenoit de
c cacher , lors meme qu’il fe manifeîioit. C’ell:
oour cela qu’il ne fe montroi*: qu’en fonge &
:n vifïon , caché dans la nuée & datas l’Ar-
the 5 ou revêtu d’autres voiles. C’eft la rai-
fon pour laquelle il bannifloit de fa prcfence
tous ceux qui avoient la moindre tache dans
leurs perfonnes. Il ordonnede aux Miniftres
du Sanctuaire de fe fandifier. Le peuple re¬
çut ordre de laver fes vétemens , lors qu’il fut
averti que dans trois jours Dieu dcfccndroic
vers lui i & il faloit une pureté extérieure &:
corporelle , pour aprocher d’un lieu cù la
Divinité fe manifeftoit fous des fimboles cor¬
porels. J E s U s-C H R I s T acompliffant en
cfpric tout ce qui cioic caché dans la lettre
P iiij dç
)-4 4 Trahè de la, Vcrltk || ,
de la Loi nous cnfei^ne que ceux-là vciTan6|4
Dieu , qui feront^ ncrs de cœur. Il ne faucjili
pas s’étonner fi lorfque riiomme (e cache ài^
Dieu par fcs vices , Dieu fc cache à l’homme par. |
fa Majefic. ' j-
Lnfin la bonté & la mifcricorde de Dieu cou¬
vrent la Révélation de quelques obfcuritez ,j
pour exercer nôtre foi , pour tenir en halciiK^
nos efprits, qui s’cndormiroient , s’ils n*ccoient|:(
piquez par ces difïicultez qui affaifonnent Ictji
miheres , pour humilier une raifon fuperbe , quil^
s’endc de (es connoiflances ; pour régner fuip
cous par la fourni ilion de nos efprits , qu:j
creïent des véritez incroïables, parce que c’eftj
lui qui les révéle j aufîî bien que fur nos cœurs ,
qui reçoivent des objets triftes & mortifians 3
parce qu’il le veut , pour ôter à nôtre orguci!
toutes fes prétentions , & mettre nôtre efprii
dans la ncccfïité de reconnoître que nôtre hier
vient de Dieu v & cela d’autant plutôt , que
nous parvenons à la vie par des moïens & pai
des objets qui nous pafTcnt entièrement. Il fau!
qu’ii paroifîe que nôtre ruffilàncc vient de Dieu,
& que TEvangilp cft la vertu de Dieu falutairc \
tout croïant. Raportez à ce principe le choix
des perfonnes que Dieu emploie pour évangcli-
fer , la nature du paradoxe qu’il fait annoncer ;j
contraire à toutes nos lumières & à tous nos pré¬
jugez 5 le filcncc du S. Efprit fur des matierei
que huit ou dix paroles rendroient palpables &j
fans difficulté* »
Mais Dieu ne fc contente pas d’exercer nôtrej
foi par les ténèbres qu’il répand lui-mcme danij
fa Révélation 5 il permet encore les erreurs , le:!
héréfies , les fcifmcs , la fuperftîtion , poui
éprouver ceux qui font de mife. Il permet quq
toute l’Egypte (bit couverte de ténèbres , afîr|
que> la merveille de fa protedion paroiffe davan j
dê tt Religion Chrétienne, 54r
'a|c, lors qu’il cclaire la terre de GolTen de la
i:imicre de fa vérité 5 c’eft-à-dire , qu’il nous
jbnne une Religion acompagnée d’une évideii-
;'c que les hommes mondains & charnels n’a-
êrccvront jamais, parce qu’ils font mondains
5c charnels, & que leur propre cœur tire de
à propre corruption les voiles & les nuages
h|ui-Ieur dérobent la vérité. Dieu éclaire les
i lommes ; mais lès hommes s’aveuglent : Sc
f 3icu le permet ainh pour les confondre , &
\ hous montrer qu’il cft le Pere de lumière: Mais-
. /oïons les principes de cette obfcurité qui vient
lu côté des hommes.
I. Les préjugez des fens & de- rimagînation
[ont fi grôffiers, qu*il n’y a perfonne qui n’aic
honte de les Cuivre ouvertement,* Cependant ii
:ft certain qu’ils font un affez grand effet - dans
fc cœur de la plupart des hommes , 'qui n’ont
point honte de dire, Je n’ai jamais rien vu de
pareil: je le croirôîs, fi le je voïois. Qm cft- ce
qui a vu des morts revenir de l’autre monde ?
Qui eft-cc qui eft monté au Ciel , ou defeendu
dans l’abîme ? Raifonnemens dont l’abfurdicé
eft affez évidente. Car y a-t-il une plus grande
folie, que de ne vouloir rien croire que ce qu’on
vpît , lors qu’il s’agit d’objets qui ne Icroîent pas ,
' s’ils n’étoient invifibles } Voïez-vous le paffé ,
l’avenir , vôtre ame j la Divinité ? Cat c’eft le
pàflé , l’avenir , les objets ^ les intérêts de l’a-
me, & les bienfaits de Dieu , que la Foi nous
propofe.
I I. L’éducation nous a de meme acoutu-
mcz à ne croire que les chofes qui aniverit
ordinairement. Nous nous renfermons dans
un certain cercle d’objets que nous recevons ,
parce qu’ils ne choquerft ni rcxpériencc, ni la
probabilité i & ccite habitude de refufer ' nôtre
Créance à toutes les autres^ chofes s'étendant
P V jufquss
54^ l'raiîé de la Vente
julques dans les matières de la Religion , nouSs'
jette dans l*incrcdulitc. Cependant , à bien con-l
fîdcrer ces objets qui (ont d’une connoilTance Sc
d'une expérience commune, on trouvera qu'üs;
font en eux-mêmes tout auflî furprenans & aufïi i
incomprchenfiblcs que les objets de la Rcli-;
gion. Vous trouvez étrange que Tamc furvi-
ve aux riiines de la matière ; foïcz furpris plu- '
tôt de la voir lice à un fujet fi different de Ton'
cxcclence. C’eft funîon de Tame avec le corps,
& non pas fa réparation que nous devons admi-j'
rer. Comprenez, fi vous pouvez , cette alliancci
d’une chofe étendue qui ocupe un lieu , qui a desj
bornes qui la contiennent , qui n*agit que dansj
le prefent, fur les autres fujets & fur ce qui Iuî|
eft proche, avec une chofe qui n’a ni figure, ni;
etenduë, ni couleur, ni fluidité, ni folidité, quip
cfl: par tout en quelque fens , fans avoir de parties!
qui ocupent de lieu, qui agît fur le pafTc , fur|
Tavenir , fur foi* meme & fur fa maniéré d’agir ,!
par une merveille qui nous perfuadera malgré |
nous nôtre fpiritualité. i
Vous trouvez étrange qu’on vous parle d’un!
Créateur & Confervateur de toutes chofes :|
foïcz plutôt étonnez d’avoir été fi long-tcms
dans le monde, fans vous être demandé , Pour-!
quoi fuis* je ? D’où viens-je ? deviendrai-je î
Et qui a fait tout ce que je voi ? i
Ce n’eft point le Jugement dernier , de qucl-i
que maniéré qu’il fe fafle , qui vous doit (ur-i
prendre 5 mais plütôt le fuporr de Dieu qui per- ;
met tout pour juger tout. C’eft cette confufioni
aparente de la focieté qui auroit lieu de vous;
faire de la peine, fi elle ne devoir être terminée i
par un événement qui juftifiera la juftice & la,
fagefle de Dieu. A entendre ces Mcfliêurs-là ,
on diroit qu’il n’y a rien d’extraordinaire ni dej
Xurprenanc dans le monde. ■^Cependant il!
de Ift Kelifton Chrétienne, 547
ft'y a rîen qui ne le foie.
III. Mais la principale foiirce de nôtre îneré-
iulitc , c*cft que nous avons des pallions , qui
aïanc de rintcrcc à nous faire haïr la Religion,
nous donnent du penchant à tous les doutes qui
CS favorifent,
C’eft ici le fond & la fource de toutes les
h/BcuItcz. Les hommes font incrédules , par¬
ce qu’ils veulent Tctrc ; ils veulent Tctre ,
parce que c’cft-là l’interet de leurs pallions*
Dc-là il arrive que tout lert par accident à
une li malhcurcüfc fin ; les fciences , l’élo-
qucr?cc , la politique , &c. non par elles-
tnemes , mais par le mauvais ufage qu’on ea
fait.
I V. L’orgueil^ qui ell de toutes les paflions
• la plus dai^gereufe & la plus invétérée , ne nous
permet point de perfévérer dans la dîrpofition
que Dieu veut que nous aïons pour la Révélation.
Cctrc dîfpofition a deux parties. Elle confille I.
à recevoir les véritez qui nous font révélées. II.
ï les recevoir , encore que nous ne les compre¬
nions pas , fans vouloir trop fonder les abîmes de
Dieu.
II faut donc pour croire, non- feulement ctre
perfuadé des vêtirez révélées, mais fçavoir igno¬
rer ce qu’il a plü à Dieu de nous en cacher ; être
dans une dilpolîtion à dire. Je ne fçai & je ne
comprens pas aulfi-bîcn que je croi. II faut baif-
icr la vue devant le côté obfcur, comme il faut
fe réjouir en contemplant le côté lumineux.
L’incrédulité nous fait rejetter des véritez qui
dévroîent fraper nos yeux j & la curiofité déré¬
glée de l’efprit nous cmpcchc de re fpe (Sic r les faill¬
ies obfcuritcz qui les environnent.
Et de ce principe on peut conclure , qu’il n'y
a rien de plus extravagant, ni de plus impie ca
mcrac tems, qvfc le aeffein de quelques Doc-
P vj leurs ^
54^ Truité de Ict^ Vérité
tcurs , illuftrcs daillèurs par leur érudition ^ .
par leurs lumières , qui ont voulu faire comme '
une Religion de plein pied , & en ôter toutes les ,
difficultez, coupant fouvent des nœuds qu’ils ne ;
pouvoient denoiier. C’eft ignorer que les ténè¬
bres de la Religion fuivent la nature des chofes^
ou entrent dans le plan & dans le delFcin de Dieu,
comme les Apôtres nous le font comprendre- 1,
lorsqu'ils nous aprennent que le deflein de Dieu
a etc d’anéantir l’intelligence des fages ^ & ■
lors qu*ils s’écrient , o profondeur des richeffes de ,
la fapience ^ de rintelligence de Dieu ! §lue fes
jugemens font incompréhtnfibles J fes %>oïes diffi¬
ciles à trouver / On peut en inférer en fécond '•
lieu, que la curiofîté humaine, qui a tant mul¬
tiplie les queftions de la Théologie, cft un des
plus grands obftacles à la foi véritable.
On ne fc contente point de fçavoir les chofes^.
on veut fonder la maniéré i & c’eft la manière
que Dieu ne veut point que nous fçaehions > c’eft- ,
là le côté obfcur qui doit être refpeélé.
Il nous fuHifoic de fçavoir que nous fommes
corrompus i que nous le fommes dés nôtre origi¬
ne, & qu’il n’y a que la grâce de Dieu qui pniflTc
BOUS retirer de cét état. Mais on n’avoit garde
de s’en tenir là. On veut fçavoir comment le pé¬
ché cfl entré au monde j quels reflbrts de nôtre
ame ont été les premiers en détrac ; comment
s’eft faite la propagation du péché. Le S. Elpric
cft comme le vent , dont on entend le (on , fans
qu’on fçaehe d’où il vient ni où il va. On mar*-
que les degrez de (es opérations. On décide. On
coupe. Ce ne font que diftindlions barbares à
l’Ecriture, de grâce antécédente, grâce confé-
quentc, grâce (iifhfante, grâce efîicace , grâce
imivcrfclle, grâce pariîculicre , grâce médiate,
& grâce immédiate : diftinCtions qqc les hom-
sncs fcmbknt avoir inventées , comme des dé¬
tours
de la Keltglon Chrétienne. 34^
tônrs & des fuîtes , pour fc difpenfer de recon-
noîcre que quoique nous faflions , c’eft Dieu qui
poduit en nous avec efficace la volonté & l’ac¬
tion félon fon plaifir. Nous ignorons pourtant
la maniéré dont il s’agit. Y a- t-il neanmoins rien
de fi jufte& de fi raifonnablc qu’un pareil aveu 5
& ne vaut- il pas bien toutes les fpêculations de-
l’Ecoîe qui fc confond elle»mcmc, & tombe d’a¬
bîme en abîme, pour vouloir connoîcre ce que
Dieu lui a caché ?
Le mal de tout cela eft , que les Chré¬
tiens aïanc groffi prodigieufement leur Théo¬
logie de ces fpéculations , qui vont à con-
noître la manière des chofes que Dieu nous
révélé, forment les diffieukez les plus confi-
dérabîes des incrédules qui fe fervent de ces
fpéculations humaines pour attaquer les fon-
demens de la Religion ; ou qui concluent des
conteftations de la curiofité humaine , que la
Religion n’a rien de folide & d’affiiré. Mais
il eft facile de leur montrer leur injuftice.
La Foi a deux fortes d’ennemis : Ici incré-:
dules , qui l’attaquent du côté qu’elle écla¬
te ; Sc les tén>éraires , qui n’en refpedlcnt
point robfcurité facrcc : ceux qui nient tout ,
& ceux qui veulent connoître tout. Faites
voir à CCS curieux i nfen fez q Qu’ils fc trom¬
pent ; à la bonne heure : mais ne croïez pas
que leur défaite faffe aucun préjudice à la
Religion, puifque la curiofité déréglée n’eft:
guéres moins contraire au génie de la ReJi-
l^ion & à la nature de la Foi, que l’incrcdu-
lue elle- même.
V. Cette curiofité eft efTcntiellcment join¬
te à la témérité j & fon ne fçauroic dire à
quels étranges cxccz l’une & l’autre orit conduit
les hommes. On en raportera un exemple impor¬
tant & néccffairc. C’eft celui de la Trinité &
de
J J a Tratté de la Vérité
de l’Incarnation , un des plus profonds & dcl j
plus impcnctrablcs Miftcres de nôtre Religion, j
La curiofitc a porte les hommes à franchir les i
bornes de la Révélation à céc egardi & latcméritc
les a obligez à anéantir la Foi. j
L'Ecriture noos enlcignc cju’iJ y a un feul |
Dieu , & un feul Médiateur. Elle nous aprend d’un ;
autre côté , que J e s u s-C h R i s x eft Dieu , j
qu’il n’a point réputé à rapine d’être égal à i
Dieu ; qu’il a fait le monde , les fiéclcs , toutes |
«hefes. Elle lui atribuë tous les atributs , tous ;
îcs ouvrages & tous les noms de la Divinité , i
fa puiflancc , fa fageffe , fon éternité , fon immei>- |
fitc , &c. Elle nous aprend que le S. Elprit cfl i
Dieu, Elle dit que ces trois ne font qu’un ; que i
nous devons tous ccrebâtifcz au nom du Pere, <
du Fils & du S. Efprit. Elle nous parle du Pere !
comme ^d’unc perfonne, du Fils comme d’une j;
perfonne, du S. Efprit comme d’une perfonne. J
pourquoi ne pas s’arrêter là ? ‘
C’eft qu’il n’a pas plu à l’orgueil des hommes. !
Le; (■nef fai y ouh je necon^pr en s point y ciï un mot |
fî terrible , qu’il n’y a rien qu’ils n’inventent j
pour fe difpcnfer de le prononcer. Ils veulent !
fçavoir comment cela fe fait , que trois perfonnes |
fubfîPcnt dans une meme eflcnce. Ils nous par- j
lent de modes , de relations , de fubhftances y de !
diftindions modales , de diftinêlions formelles , |
d’etre abfolu , d’être relatif, &c. On dit que j
l’Entendement divin produit le Verbe, & que le i
S. Efprit eft la produ(Sàion inciéée de la Volonté •, |
& mille autres chofes qui ne font ni füres , ni ré- |
vélées. Pourquoi cela ?C*eft pour faire compien- j
dre un Miflere qUe Dieu veut qui foil incompre- ,|
hcnfiblc qui exerce nôtre Foi. \
Les autres ne pouvant fe fatîsfaîre de routes *
ces fpéculations fcolaftiques , conçoivent Je def* i
(cin impie d’anéantir ce Miftcre qu’ils ne peuvent ■
com- !
de h 'Religion Chréthn^i: j/t
Comprendre ; & par une infigne impiété , ou ils
rejettent les Livres de TEcriture qui en font
mention , ou ils donnent des explications fi vio¬
lentes aux paflages, qu’il faudroit que le S. Ef-
prit eut eu deffe'n de nous tromper , s’il avoît
parlé dans le fens de ces Doélcurs. fe fuis avann
qîi Abruham fàt y veut dire , Je fuis avant que
s’acomplît la Prophétie qui cft enfermée dans le
nom d’Abraham, & qu’il fut devenu Je Pere des
Nations, Glorifie-moi de lût gloire que fûti etiè
fiVûtnt Id fond ûtt ion du mondes fignifie > Glorifie-
moi de la gloire dont tu as rcfolu de m’orner.
Jl étoitftu commencement , ^ toutes chofes ont été
faites par lui y ne veut dire finon , Il ctoit dés le
tems de Jean-Bl^rific , & c’eft par lui que toutes
chofes ont été faites dans TEglife, &c.
Pourquoi routes ces fiibrilitez fi contraires à la
fîmpücité évangélique ? C*eft pour anéantir les
facrées obfcuritez que la (agefle de Dieu a répan¬
dues dans les Miftercs, & pour fauver par la fa-
gefle humaine ceux que Dieu veut conduire à la
vie éternelle par la folie de la prédication.
V I. On doit joindre la fuperftition à la té¬
mérité & à la curîofitc déréglée de rcfprir.
Celle- là le forme peu à peu par l’effort des
paffîons , qui cherchent des voiles extérieurs
pour fe cacher des prétextes , pour éviter la
mortification de la repentance , & des moïens
pour éluder la févéritc de la Morale Chrétien¬
ne 'y & qui pour cet effet ocupent l’homme à des
exercices corporels qui font profitables à peu
de chofes , ou Tarachent à quelque culte char¬
nel. Or apres que la fupcrflition s’eft ainfî for¬
mée infcnfiblcmcnt , elle fe met en crédit 5 elle
prend droit de bourgeoifîc dans la Religion , s’il
ir.’efi permis de parler de la forte ; on confond fes
imaginations les plus monftrucufes avec les plus
lacrez Miffercs 5 èc alors tout ce que les paffions
humaines
îfp- ^rahi de îa Vérité'
humaines ont pu enfanter d’ablarditcz & d’cîd^ ' i
travaganccs, fert aux incrédules pour attaques: ' j
la Religion qui s’en trouve en quelque forte rc- j
vetuë. On veut tout fau ver , ou faire août périr. î
Attaquez la fuperftition , vous paffez pour être j
ennemi du Chriftianifme. Çefendez la gloire |
la fainteré du Chfiftianifme ; on veut vous en- i
gager à défendre les extravagances de la fu- I
perdition. i
Le deffein que nous avons d’écrire pour Îc5’ '
Chrétiens en général nous défend toute aplica- i
tion. Il me fuiEc que tout cela eft vrai dans la I
îhéfe. Qu^on en cherche des exemples là ©ùl’on |
voudrai ils ne font pas trop difficiles à-trouver. 1
Nous noûs contenterons de ftre fur ce fujet ]
que cette multitude de Sedes qui déchire fi pi- j
loïablement la Chrétienté , & qui fait que le nom i
de nôtre commun Maître eft blafphcmé parmr |
les Infidèles , ne vient que de ces trois principes |
la curiofité déréglée , la témérité de rerprît,&- i
la (uperftirion : comme ces trois principes eux- |
memes viennent, d’une fource plus ancienne qui* ;
eft le dé'rcglcnnent de nos paffions. !
Demander donc , pourquoi Dieu permet cet- j
te multitude dé Religions & de Sedes , c’eft à' |
peu prés demander, pourquoi Dieu permet qu’il ]
y air des méchans. Celui qui permet la licence i
des pâfiions , en permet néceffaircment les effets i
naturels & les fuîtes infaillibles. j
VII. Cela étant ainfi , on ne doutera point |
que la Philofophic ne foit une autre fource de |
difficultcz, quand on veut la i joindre à la Rcli- j
gion. En effet , leurs fins font fi differentes , qu’on ;
peut affurcr qu’elles font opofées. La Philofo- ]
phie fe propofe de fatisfaire la curiofité., & la- |
Religion de la mortifier. La Philofophie rcchcr- j
che la maniéré des chofes j la Religion fait pro- ■
fcflion de Tignorcr. La Philofophie enfin enfle |
l’homme , »
de 'Kcligiôn Chyéthnne, 5-,/^
?hômme , en ctendanc (es lumières > & la Religion
Fhumilie, en lui demandant le facrifice de fes
connoilTances. La Philofophie veut tout com¬
prendre ; & une partie effcntîelle de îa Religion
confifte à reconncître qu'on ne comprend rien.
Audi la Philofophie ne trouve-t-cllc pas trop
fon compte dans la Religion, ni la Religion dans
la Philofophie , s’il m’eiï permis de parrer ainlî.
Copernic Defcartes ne feront pas fans doute
fort fatisfaits, ni de la d^feription que TAuteur
de la Genefe fait de la Création, ni des deux
grands luminaires , ni du miracle de Jofué , lors
qu’il arrêta le Soleil , ni du troiheme Ciel donD
parle faint Paul , ni des nouveaux Cieux , & de la' •
nouvelle terre que les Ecrivains facrez nous font
attendre, ni de rembrafemenc des Cieux, de la
diilblution des clémens , & de robfcurcifleracnt des
A (Ires, qui doivent fignalcr le jour du Jugement,
Ces Philofophes s’écrieront , que ces objets n’ont
aucun raport avec leurs idées agronomiques.
Mais qu’ils ne s’en étonnent point. Les Ecrî«
vains facrez ont prétendu parler le langage du
peuple, & non pas celui des Philofophes. IIs;
ont voulu fantifier les homnks , & non pas ex¬
pliquer la nature. Il a donc falii qu’ils s’accom-
modaflenr aux idées du vulgaire. II a plu meme
au Saint-Efpric qu’ils n*en eulTent point d’autres
afin que fes Mifteres revêtus de fes idées populai¬
res, fulTcnt proportionnez à la portée de tout le
monde parla manière de leur révélation , ne pou¬
vant l’ctrc par eux-memes.
Ce lî’eft point là une conduite qui lui foit ex¬
traordinaire. C’eft ainfi que la fageffe divine en ufe,
lors qu’il s’agit de reprefenter aux anciens Ifraë-
litcs les merveilles de l’économie Evangélique.
Elle fc fert d’cxprclTions empruntées des ufagos
communément reçus. Elle dit que tous les peu¬
ples aborderont à la montagne de S ion i qu’il y
aura
5 5' 4 Trahi de la Verhi
aura un Autel drelTc au milieu de l’Egypte t qu’ôÔ
ofrira par tout des facrificcs de proiperitc , cjuc
le pavillon de la gloire de Dieu ou Ion taber¬
nacle, fera tranfportc parmi les nations, D’oii
vient que les Prophètes annoncent en ces termes
la vocation des Païens ? C’cfl que c’croicnt-là
les idées du vulgaire ^ qu’il faloit fe fervir d’ex-
preflions connues i & que la révélation devien-
droit intelligible fans cette condefcendance de
Dieu , qui fe proportionne à la portée de tous
fans exception. *
Imaginons-nous en cfet , que Dieu eut atendu
à nous révéler la vérité de la Création , le miracle
de Jofué , la gloire des Bien-heureux , le Jugement
dernier, &c. jufqu’à ce qu’on eüt fait compren¬
dre à tous les hommes par les principes de la Phi-
Jofophie, que les Etoiles font plus grandes que la
Lune 5 que c’eft la terre , & non pas le Soleil qui fe
meut j que les Cieux ne font que des efpaces liqui¬
des & étendus à l’infinî ; que le Soleil cft fi eflen-
tiellemenc lumineux , qu’il ne fçauroit perdre fa
clarté , à moins qu’il ne foit anéanti , &c. où en
ferions-nous, & que feroît-ce , fi tous les hom¬
mes dévoient être Philofophes , avant qu’ils puf-
fent aprendre à craindre Dieu ?
La fageffe de Dieu eft admirable , non-feule¬
ment en ce qu’il fe proportionne aux idées de
tout le monde, afin de fe rendre intelligible:
mais aufli en ce qu’alors il pourvoit, à ce qu’on
ne puifle fe tromper en preffant la lettre de ces
façons de parler populaires,
^II n’y a rien , par exemple , de plus ridicule
que les railleries que les incrédules font du feu de
l’enfer. Ils fe jotient eux-memes lors qu’ils pré¬
tendent joiier la Religion. Car celui qui confi-
derera bien ce que l’Ecriture nous dit ià-deflus,
trouvera qu’elle affcmble diverfes images , pour
Hous reprefenter par des idées connues un objet
inconnu
de la 'Religion Chrétienne*
inconnu , & pour mettre devant les yeux par piu-
ficurs images , ce qu'une feule idée n’étoît point
capable de nous reprefenter. Elle emprunte pour
cet cfet Je feu & le Touphre de Sodomc , Taflic-
tion des jours de Noc , les jugemens que Dieu
exerça fur les nations dans la vaice de Jofaphat ,
les tenebres horribles qui couvrirent toute l’E¬
gypte , pendant qu'Ifraë! joiiîflbit de la lumière
ce Dieu dans la terre de Gofl'en ; le feu perpétué! ,
& le ver qui ne meurt point de la valée. des en-
fans d’Hinnom , &c. le plçur & le grincement
des dents des crifans qu’on iramoioît à Moloc ,
en les mettant entre les bras de cette ftacuë
brûlante.
II y auroît autant de raifonà prefferqueîqu’u-r
ne de ces idées , qu’à fonder de grandes dificul-
tez fur celle de Paradis , du fein d*Abraham , de
Canaan celefte, de Jerufalem d’en haut, &:c.
qui font empîoïécs pour nous reprefenter la fé¬
licité qui attend les fidèles. Ces idées leroient
faufles & contradiéloîres 5 fi elles ctoîent litera-
le : puis qu’un Paradis n’cft point un Canaan ,
qu’une Jerufalem n’efl point le fein d’Abraham.
La variété de ces images nous fait voir qu’elles
ne fout point Jitcrales , & nous montre aufîi que
l’objgt qu’on prend foin de nous reprefenter en
tant de maniérés, étoic trop grand pour ctre re-
prefenté par une feule de fes idées.
En fuivant cette vûë , tien n’efl fi facile que de
répondre à une objedion qu’on fait fur le juge¬
ment dernier, & qui avoir paru confiderabîe.
On dit que la defeription que l’Ecriture nous fait
du dernier Jour , nous difant que le Fils de Dieu
doit venir précédé des Anges qui fonneront d'u¬
ne trompette, Sc qu’il mettra les hommes les
uns à fa main droite , les autres à fa gauche , &c.
ne s’acordc ni avec l’idée que nous, avons des ef-
prits , ni avec celle que nous devons avoir d’un
û grand cvcncmcnt. Pour
îji Trahi de la Vérité' ï.
Pour répondre , il ne faut que diftîngucr 1'
jet & la manîcre dont il cft rcprefentc. Le pre- ;
mier cft raifonnabic , grand > magnifique, digne j
de remplir nos efprits , capable de toucher nos |
cœurs. Nous avons aflez juftific qu*il eft con- j
forme à nôtre raifon , en faifant voir qu*il faut ;
anéantir toutes nos lumières avec la nature des j
chofes, ou reconnoîcre un Jugement dernier. |
Et qu‘y a-t-il de plus grand qu’un objet qui jufti- |
fie la fagefle de Dieu , fa juftice & toutes les i
vertus fans exception , & qui fonmet tous les j.
hommes , toutes les actions des hommes , toutes I
les penfees de refprît , & cous les mouvemens du
cœur à Ton examen ! Or Tobjet eft ce qu’il y a de
icel & d’invariable.
Pour la manière dont il clt propofe , elle no
feroit point proportionnée à nos connoifiances &
à nôtre foibleffe, fi elle étoit aufTi fublimc que
l’objet. Nous n’y comprendrions rien , & il nous
cbloiiiroit , fi Dieu nous le reprefeatoit prccifc- 1
ment tel qu’il eft en lui- même. j
J E s U s-C HR I s T fait alTcz connoître que ces’ ;
images ne doivent point être prcfices par la va- '
rietc & la multitude de celle qu’il emploie pour j
nous re'prercnter ce Jugement. Tantôt'il fe ferc 1
pour cela de la parabole de l’Epoux & des yier- j
ges : tantôt’ il nous le reprefentc par le juge- !
ment d’un maître envers fes (ervitcurs , à qui il j
avoir confie fes talens. Taiitôt il montre le Juge |
du monde comm.c un berger qui fcpare les bre- j
bis d’avec les boucs : tantôt tous l’image d’uil S
pere de famille, qui arrache l’ivroïe & la fepa-
re du bon grain, pour brûler au feu la première, 1
éi pour afTcmblcr celui-ci dans fes greniers : I
tantôt confme un Monarque glorieux & triom- |
phant , précède de légions d’Anges & de Mef- j
fagers qui Tonnent la trompette. Les "traits j
de cette defcripxion fe dctruiroicnc , s’ils i
ctoicnc J
de la 'Religion Chrétîennêi ^S7,.
♦ctoicnt tous pris à la lettre.
On doit en faire le meme jugement que de
î’hiftoire du Lazare & du mauvais Riche , qur
quelque longue & quelque raifonnee qu’elle foir^
fl’eft , au jugement de tout le monde , qu’une
parabole , dont il feroit ridicule de vouloir pref-
1er le Cens liceral
Que la Philofophîe ne fe choque donc plus des
cxprelîîons de l’Ecritur^^Q^’ellene nous objede
plus qu’un feu materiel iTclçauroit brûler les âmes,
que les Anges n’ont point une bouche pour fonner
de la trompette j que la valce de Jofaphat eft trop
petite pour contenir tous les hommes , &c. Ce
(ont des dificultez pilcriles^ & qui ne font poinc
de peine à ceux qui font tant (oit peg inftruics à
parler le langage de Canaan.
Au refte on ne peut douter que le mélange
q l’on a fait de la PhiloCophie avec la Religion
n’ait aporté un préjudice confidcrabic à nôtre
foi. Car premièrement ,*Ia Philofophie entaflant
fpcciPation fur (péculation , nous parle d’une
c:cndal' infinie de matières, d’autres globes ha¬
bitez , de mondes qui fe forment par le concours
desatômes, deloix de la nature inviolables , &Co
d’éternité de matière , & d’autres imaginations
qui femb'ent ne point s’unir avec les principes de
la Religion. Là deffns les paflîons, qui font comme
. en fcnrinelle pour (ai/ir & adopter tout ce qui les
favorite en combatant la Foi, aurorifent les plus
Ic'geres conjeélures , & donnent du crédit à ce
ru’on regarderoic fans cela comme des extra¬
vagances. Ainfi les doutes de la Phîlofophic
font changez en certitude, par l’envie que nous
avons de changer la certitude de la Religion en
doutes.
En fécond lieu , la Philofophîe forme en nous
l’habitude de vouloir juger de tout par nous-mc-
^es : difporition entièrement cçntraire à la Foi ,
Traité de Ix Vérité |
cjiii nous fait croire fur le témoignage de Dîca* :
On ne cefle de nous demander des dcmonftra- '
tions. On en veut de pareilles aux dcmonftra-
tions Gcomccriqucs, c’eft à-dire, qu*iis veulent ;
une lumière fans aucunes ténèbres. O l’admirable j
prétention ! Nous avons véritablement des de- |
monftrations , mais des dcmonftra tions de foi,6c.j
qui dit foi, dit lumière & ténèbres. !
Le troificme cfet ^ug^reux de la Philofo- |
{)hie , confifte en ce qtW^ tourne la Religion ■
de la pratique à la fpéculation. Plus nous nous j
guindons en raifonnemens Pbilofophiques fur j
les Mifteres , plus le corps delà Religion fe perd , J
& plus fa majefte difparoît, parce qu’elle eft
cfTentiellcment pratique. A force de la chercher,
nous ne la trouvons plus. L’expérience dévroic
nous avoir apris , que le progrès du raifonne-
ment nous éloigné du centre véritable , qui eil j
la pieté ; plus il ed mct^phifîquc , moins ilnou- '
rit l’efprît, & plus il fait naître de doutes. Au '
contraire, plus nous defeendons dans la pratique, |
plus nous connoiflbns la Religion , en Tentant
la divine éficacc par nôtre propre expérience ,
& la rccoiinoiflant pour ce qu’elle efl: , aux im-
prelTions qu’elle laifle dans nos coeurs. Si la Rc- ,
ligion nous avoir été donnée pour nous aprendre ’
à Phîlofophcr fur la nature des chofes , la con- j
noiffance théorétique de refprit feroit la régie à
laquelle nous devrions la mefurer : mais qu’elle i
nous a été donnée pour fantifier nôtre coeur, il |
eft jufle que la contemplation cede à la pratique j
& au fentiment. |
VIII, La politique eft encore plus véritable- |
ment ennemie de la Religion, que la Philofo- |
phîe. Ce n’eft pas qu’elle ne fe (ei ve de la Relî- |
gion avec rucce7 pour retenir les peuples dans ||
leur devoir ,• mais c’eft qu’elle prétend erre fu- |f|
péricurc. Elle veut que la Religion fléchilTe fous |
Ces l\
I '
r
He lûb Religion Chrétienne» 55*9
fes ordres : & la Religion ne plie que fous les or¬
dres de Dieu. La politique regarde ordinaire¬
ment lap’üpart des hommes comme des efclaves
^des Grands. La Religion , maigre la politique ,
|es fait tous égaux y elle ôte éficacement les in-
Ijcgalitcz que les pallions humaines avoient pro-
’ duîtes. La politique , fuivant les préjugez de
; l*orgucil & de Tambition , agit , comme û la vie
^des hommes n’étoit point de plus grande conlî-
deration que celle des betes. La Religion nous
aprend que Tame d*un païfan eft auiïi chere à
Dieu , que celle d*un Monarque. ? tous
CCS gens /à feront- ils mes égaux ? dir Tambitieux.
Oiii , & plus heureux que toi , fi tu ne te repens ,
répond la Religion. Grand cara(5lere ! qui nous
perfuade quec’cft de Dieu , qui n’a aucun égard
à Taparence des perfonnes, Sc non des hommes
acoücumcz à s’encenCer les uns les autres, qu’el¬
le tire fon origine.
Les politiques raifonnent à peu prés de cette
forte, La Religion nous fert à retenir les peu¬
ples dans leur devoir , pour les foümettrc au
Souverain & aux Loix de i’Etat. Donc elle n’eft
deftinée à autre choie. La confcqucncc n’eft pas
juAc.
Si l’on veut comprendre que la Religion a
une fin plus élevée , on doit confidérer qu’elle
n’eft pas moins contraire à l’ambition des Souve¬
rains, qu’à la rébellion des peuples ; qu’elle ne
fc raporte point au bien d’un Etat particulier ,
mais qu’elle tend cfTenticIlemeiw à augmenter
la . paix entre les Etats , & f inrelligcnce qui doit
être entre les hommesj qu’elle fc moque des dé-
fenlcs , des loix politiques & duf)ras féculier,
lorfque les puifTances veulent la contraindre ;
que toute la politique Romaine, armée des plus
cruels luplices qui furent jamais inventez , n’a
pu en arrêter les éfets 5 qu’enfeignant ^ux hom¬
mes
Trahi de la Vérité *
mes à mcprifer la mort , & à cfperer une meîl- ;
leiire vie, elle les met au deffus des promefl'cs 5c '
des menaces de la politique , & que far.ûifianc ;
le cœur & la confcience , elle fait ce que la politi- -
que n*a jamais entrepris.
IX. La Rhétorique a tout de même produit
des cfccs affez de fa vaut âge iix à la Religion , par
le mauvais ufage que les hommes en ont fait.’
D’abord les objets de l’Evangile propofez fansj
étude & (ans art , fraperent les efprits de furpri- ,
fc & d’admiration, & touchèrent les cœurs juf-
qu’à les faire renoncer à leurs attachemens. C'e- i
toit toute Tcloquence des premiers tems. Mais !
enfuîte TEglifc adoptant les vanîtez des Grecs & ;
des Romains , les Mifteres de T Evangile com* !
mencerent à devenir ou des matières de conte- j
Ration philofophiquc , ou des fu jets d’cloquciicei !
comme celle-ci tient de la Pce fie , dont lai
principale louange confiée dans la fiêlion , on |
deguifa tout , on exagéra tour. Dc-là viennent 1
les Panegiriques , les Oraifons funèbres, & ces!
paradoxes qui produifent avec le tems des opi-ji
nions h monPrueufes. Il fie faut pas s'étonner dej
cela. L’cloquencc & les paroles charmantes dcl
îa fageffe humaine ne font pas moins contrairesfii
à la Religion que la Philofophjc. Car ü c’eh unjt|
dérèglement de vouloir comprendre par la Phi-j;'
Jofophie des Mifteres que Dieu veut qui nous! j
foient incompréhenfibles j ç’en eft un autre peujj
diferent, de vouloir revêtir des faux orncmensi?
d’une éloquence mondaine , des objets que la fa-|
gefl'e de Dieu veut proportionner à la ponce de; :
chacun, par la manière iimple dont elle veutt)
qu’ils foient propofez. * 1
X. Enfin il n’y a point jufqu’à la Grammaire ,j
qui en la main de nos paflions ne ferve à jetteri
quelques ténèbres fur la Religion. On fc plaint^
que la Grammaire des Juifs çR incertaine, que la!
poû- 1 •
delaKeligton Chrétienne,
ponftuation eft doiucufe , qu*il y a des diver-
ifcs leçons dans le Vieux & dans le Nouveau Te-
ftament , qu*on ignore qui c*cft qui a recueilli les
Livres de l’Ecriture , & qui a fait le Canon j que
lies Apôtres citant les Prophètes, fe fervent de
la Verfion Grecque des Septante ; qu’ils ne font
pas fort exads à raporter toutes les paroles des
paflages qu’ils citent 5 qu’il y a des endroits iiu-
parfaits, & où il manque des paroles, &c.
Il efi certain que cette exaditude grammatica*
,1e, ou cette fuperftition de'Grammaire , a peu de
iraport avec nôtre foi. Q,uelqu*un la dit fort bien ,
Scriptur'a non amat nimium diligentes. Les raiftjns
qu’en en peut donner font premicrcmeik , que
les objets de l’Evangile ront& trop grands & trop
iîmporcans ,, pour que la fageffe de Dieu ait per-
i mis qu’ils dépendiffent des pointilltries de la
U, Grammaire. On ne- s’avife point de rechercher
I fi les Ordonnances d’un Roi font énoncées en
itermes que Tufage autorife , ou s’il y a des
Uranfpofitions & des parenthéfes, ou fi les loix
de la Grammaire y font obfervées, ou qui
c’eft qui les a recueillies , & pourvu que nous
lïçachions que ce font là les Ordonnances du
[prince, & qu’elles foient affez claires pour
fêrre entendues de tout le monde . nous nous
difpofons à nous y foCimctrre. -Pourquoi donc
i forme- t-on toutes ces difficuItezTur le fujet
^des Livres de l’Ecriture, qui ont cct avantage
iilfur les Ordonnances des Princes, que les me- •
:mes chofes y font mille & mille fois rcpctccs ,
| & qu’ainfi elles font à l’cpreuve de toutes 4cs
irevolutîons grammaticales ?
D’aillelirs , fi le fond & la fubHance de la Kclî-
l'gion déperdoit de ces changemens extérieurs, il
lis’enfuivroic qu’on ne pouroit être Chicticn, juf-
qu’à ce qu’on fur Critique y qu’il faudroit pofTeder
les langues, avant que d’etre admis à ccudicr la
Tome IL feien-
Traite la Vérité
fcicnce du faim, & qu’aînfi ou feroic des pro4
grez dans la Religion , à mefurc , qu’on auroic
bien ctudic au College : ce qui cil la chofe du
monde la' plus contraire au deflein de Dieu, qui
eft d‘apeler toutes fortes d’hommes à fa con-
noiflance. ■
Ajoutez à cela , que fi le faim étoit atachc à !
rarangement des mots & des fillabes, les hom- ;
mes changeroient le refpecî qu’ils doivent avoir i
pour lesMifteres, en celui qu'ils auroient pour ;
les fillabes & pour les mots, & qu’ainfi nous j
romberions dans les extravagances de la fuper- |
flition cabaliflique. ]
Imaginez-vous que vous eufîiez etc du tems j
des Apôtres, & qu’alors vous les eufliez enten- j
dus les uns apres les autres annonçant les Mltle-
res du Roïaume des Cieux , mais s’énonçant cha- ji
cun à fa maniéré particulière , vous n’aüriczpasj
fait dépendre vôtre falut de leur maniéré de
s’exprimer , mais des objets qu’ils vous auroient '
mis devant les yeux d’un commun confentement^
& pour peu que vous eufliez etc touchez de
tant de chofes magnifiques qu’ils annonçoîent,
& qu’ils répétoient en cent maniérés , vous-
n’auriez pas chicane fur quelque mot cquivo-'
que qui leur feroit cchapc, ou Cur l’arrange¬
ment de leurs paroles, ou fur d’autres vctillc!;
de cette nature. Or la parole qu’ils ont écrire efl;
la meme que celle qu’ils ont annoncée , & nousj
devons en faire le même jugement. Ces bons 8c
faints perfonnages , qui parient ainfi que refpTii
leur donne à parler, c’efl- à-dire ,* avec fimpli-
cité, parce que cela eft nécelî'aire pour le deffeir
de Dieu, n’avoient garde de penlcr , qu’on dûi
porter le raffinement fi loin , èc qu’on formeroi;
tant de doutes fur leurs exprellions , qui font fi
naïves & fi naturelles? y
Le principal cfl de s’arrêter à la fubflancc dj| ,
icu!f
de la Religion Chrétienne. 5 ^5
leur prédication. Le confeil de Dieu, qui confi-
fte dans le dciTein qu’il a de fauver les hommes
par la mort de ton Fils , fait comme le fond
& la lubflancc de la Religion. Tout fe raporcc
à ce centre. Il y a trois grands objets qui loü-
tiennent celui-là, qui font la réfurrcdlion de
J ES cj s-C H R I ST atceftcc par les Apôtres, l’a-
complilTemenc des oracles contenus dans les
Ecrits des Prophètes, & les dons miraculeux:
du S. Efprit : objets qui ont etc fenfibles aux
Apôtres , que les Apôircs ont très clairement
enfeigne aux hommes, & qu’üs ont lédigé pat
écrit par la direction de la lageffe de Dieu ,
iorfquc toute la terre en ctoit comme pleine,
voïant les dons extraordinaires que Dieu repan-
doit fur les hommes , tous les oracles acomplis
en ]£SU5-Christ , & les foufFranccs & les cpreji-î
ves des tcmoiijs de Dieu.
Ceft là la fübftance des Ecrits des Apôtres ,
auiïi bien que de leur prédication. La' Providen¬
ce a voulu que ces choies fufl'enc rédigées pat
écrit, dans un tems où elles ne pouvoienc être
fuposées : que ces Livres -fuflenc reçus par tou¬
tes les focictez Chrétiennes : qu’ils fufl'enc d’a¬
bord répahdus par tout par des Verlions &
des Exemplaires fins nombre^, citez enfuice pair
une infinité de Dodleurs , confervez en une
infinité de lieux, portez par tout où la perfé-
cutîon jettoit les Chrétiens. Elle a voulu que
CCS Ecrivains nous apriflenr la meme chofe, en
fuivanc chacun fa maniéré j que leur façon d’é¬
crire fut toute fcmbiable à leur maniéré de par¬
ler, qu’ils luivifl'ent dans leurs citations la
Verfion Grecque qui ctoir connue du peuple, fans
embarrafler la Foi des fimples de remarques de
Critique, quianroienc été trop indignes de ceux
qui avoient vu & touché la Parole de vie , qui an-
nonçoient les chofes magnifiques de Dieu , & qui
Q^ij • avoient
î«4 Traité de la Vérité
avoicnt reçu le don de parler toute forte de lan*
gaes pour fe faire entendre à rourcs les nations.
Il a falu c]ue ces Ecrivains admirables euflent
plütôt egard au choies qu’à rarrangemenc des
mots y pour foücenir ce grand caradere , & afin
que nous aprenions à acacher nôtre confiance
aux chofes qu’ils nbus difent, & non pas à la
maniéré donc ils les expriment. Ils ont apli-
que fuffifammenc toutes les veritez falutaires &
ïondamentales , qui font en petit nombre, & ic-
petees prefque dans toutes les pages de leurs
Ecrits i ils ont laiflc à leurs Difciples le foin de
recueillir ces Eciits , & d’en compofer le Canon
qui nous fauve , non entant que c’ell le recueil de
tous les Ecrits des Apôtres, mais entant qu’il con- i
tient des objets que les Apôtres ont mille & mille ^
fois repérez pour la fandification des hommes.
Pour les diverfes leçons, elles (ont en fi petit nom- ^
bre & fi peu confidçrables , quelles n’aportent au- '
Clin changement fenfible à ces Livres , bîenloin de
changer la fubfiance de la Re-ligion înalicrablc, '
parce qu’elîe eft lice à tout , & répète par tout.
Quand ce qu’on nous dit de la Grammaire
Hébraïque, & de l’autorité des Livres de l’An¬
cien Teftament, (croit auffi certain qu’il rcll .
peu, nous devrions nous en mettre peu en pei¬
ne depuis que J ê^üs- Ch R i st & les Apôtres ;
l’ont confirmée. Ces petites difficulrcz ne font
en aucune forte préjudiciables à nôtre Foi; puis
qu’il fufiic à cette dernière , de fçavoir que l’Ecri-i')
turc cft la Parole de Dieu , ce qu’elle reconroît!
à (es marques; & d’ccre aflurée qu’il eft abfo-
lument impofTible , que ni par le défaut des Co-
pides , ni par la négligence des hommes ,
par l’infidélité des Verfions, ni par la mulci-i
nide des termes équivoques, elle foît vuide dej
tes objets importans & rahitaircs qui nous fan-'
v;nf, nous fanilifient , & donc die dl une con-
• tinucllcj
àe la Religion Chrêtlênnè:
^inuclle rcpctition 5 parce cju’il fandroît ou que
Dieu nous du trompez , ou que fa lagcfle
fe fut trompée , en manquant à conferver un
moïcn qu*clle dcftine a enrrerenir Ja Foi des
hommes.
Nôtre defTcîn n’eft point ici de condamner 'ni îe
foin qu’on prend d’etudier les régies de la Criti¬
que faintc , ni le rcfped: qu’on a pour les expref-
fions de l’Ecriture, dignes d’etre préférées à tou¬
tes autres. A Dieu ne plaife que nous aïons une
vue fi impie & fi infenfée. Nous prétendons feu¬
lement deux chofes : l’une que routes ces petites
difficultcz de Critique ne doivent nullement être
confidérées comme capables d’ébranler les fonde-
mens de nôtre Foi , & que la fagefle divine* a
pourvu à ce que nous ne pu fiions douter avec rai-
fonàcét égard: l'autre, que ces difficultez elles-
mêmes fervent non- feulement à nous humilier,
niais encore à nous défendre de la fuperfticion lit¬
térale} ou de ce que nous pouvons nommer jufie-
nienc l’idolâtrie des termes.
II eft dono vrai que toutes chofes , les fens ,
l’éducation , la curiofitc de refprit , la fapcrrti-
tion , la Philofophie , la politique , l’clo-
quencc humaine & la Grammaire , font des in-
ftrumens dont nos pafiions fe fervent pour
anéantir la foümîfiion que nôtre Foi doit à Dieu ;
que par le mauvais ufage que nous en faifons , ce
ne font que des maniérés difFerentes de fecoüer
ce joug divin } & que les fpéculations qui vien¬
nent de tous ces principes , tendent à afFoibh'c
nôtre Foi , de même que les maximes des Cafui-
fics relâchez vont à anéantir la morale : n’éranc
pas moins dur à rcfprîc de croire, qu’au cœur
de fc mortifier.
Cependant on peut dire I. Qi^ cette foümilîion
cft nécefiaire , & que fi vous ne la donn^ à Dieu ,
en recevant les principes de la Religion , vous
QJij ferez
Trahê de la Vérité
ferez oblfgcz de la donner à la matière , en voiTf
jetcant dans les obicuritcz de Timpietc : étant cer¬
tain cjue vous comprendrez tout audî peu l’c-
ternité , Tinfînirc , retendue , la maniéré & la
nccefîiflé de Texiftcnce de la matière , que vous
combinez ce qui Ce pafle en Dieu. II. Vous
avez cette difpofîtîcn de coeur dans les choies
civiles & naturelles. Vous n’attendez point à
manger, jufqu’à ce que vous aïez Içü la ma¬
niéré en laquelle fe fait la nutrition , & vous
crcïez que Taîman attire le fer , encore qu’oa
ne vous ait jamais dit comment cela fe fait.
Pourquoi de meme ne croirons- nous pas les ;
Mifteres , encore que nous n’en puiflions pc- \
nétter la manicie ? III. Cette foümifllon eft i
tellement raifonnablc , qu’il faut être infenfe !
pour ne pas le voir. Car jufqu’à ce que rô- i
cre efprîc foie infini , il n’y aura qu’un c-ôte '
des cliofcs que nous puiflions voir , & il fera j
nccefTaire que l’autre nous foit inconnu. IV. Elle j
eft jufle ôc légitime , s’il cn^fut jamais. Elle !
ne va qu’à nous faire reconnoî’re r^tre ignoran- i
ce 5 Sc qu’étant dans le danger de nous tromper, j'
nous devons fuivre la Révélation comme un
guide fidèle. Nous fornmes bien extravagans , !î
fi nous ne rcconnoiflbns point nôtre ignorance, ii
ou fi nous craignons que Dieu puifle nous trom- p
per, lors qu’il lui plaît de fe faire connoîcrc à i
nous. '
V. Mais ce qu’il y a de plus remarquable , ce |
qui efl infiniment glorieux à la Religion, & qui - j
îa fait rcconnoître pour divine, c’eft que ce rc- p
nonccment à fes lumières eft le fcul moïen que i;
Rous aïons de fortir d’erreur, & de voir clair dans ri
les matières de la Religion. J
C’efl un miracle propre à la Religion Cbrc- i :
tienne , nous rendre heureux , en nous j :
obligeant à renoncer à nous-memes ; mais ç’en ) ;
cft :
de la Religion Chrétienne»
fcft un auffi grand, de nous rendre claîrvoïans ,
en nous failant lactifier les lumières de nôtre
raifon.
On s’aveugle en portant une vue trop fixe
& trop hardie fur Içs Mifteres : mais on aper¬
çoit la lumière de Dieu, lors. qu’on ba'ffc les
yeux. L’on cft f'çavanc , lors qu’on ne veut rien
fçavoir que ce que Dieu nous révèle : & l’on
ne fçaic rien, lorsqu’on veut tout fçavoir. Par
tout ailleurs le degré de connoiflancc fait le
degré de l’habileté : maïs ici c’eft le degré de
la foümifïion : & c’eft plus par l’humilité du
cœur , que par les lumières de refprit , qu’on
s’inftruit dans la fcicpcc du falut. La preuve
n’en cft pas difficile. On a vu quelles tenebres 4cs
fpéculations d’une raifon indépendante jettent
fur les Mifteres : & voici comment la foumif**
fîon de l’efprit change ces ténèbres en lumière ,
ou du moins cmpcche jque nous n’en foïons
obfcurcis.
Si je fuis dans cette difpofitîon d’humilité,
toutes les difficultez perdront leur force.
ne ferai point furpris de ne pouvoir bien com¬
prendre la nature de Dieu , ni fa maniéré de
connoître , d’aimer & d’agir, ni fon éternité,
ni fon immenfitc : & je ferai plutôt ravi en
admiration , de. ce que moi qui ne fuis qu’un
ver & un atôme , je fuis honoré de fa cou-
noifTancc , & fuis élevé à la gloire d’entrevoir fes
merveilles.
Je ne trouverai encore rien qui me choque
dans cét abandon que Dieu avoir fait autrefois
des Païens , & qu’il a fait de tant de nations
infidèles qui croupiftent dans des ténèbres . fl
profondes , encore qu’il n’y ait peuc-ctre rien
de fî difficile & de ft incompréhenfible dans la
conduite de Dieu. Je me regarderai : je tâ¬
cherai de me connoître. Je me trouverai abî-
QJ’ij me 5
Traite de la Verlti
inc, pour aînfi dire, dans un coin de tt va*
fte Univers dans un tems ou cUns une con-
jond:ure qui n’eft qu*un point auprès de ces
cfpaccs de durée immenfes qui ont coule, 6c
de cette ccernité qui coulera encore. Je n'a-
perçoi dans cct état que quelques années , &
quelques peuples, que je doniïe pour objet à
la Providence, comme (i c’ctoicnt-Ià Tes bor¬
nes. Mais foible & imbccille que je fuis ! je
ne voi point cette fucceflion infinie d’objets qui
roulent dans le plan de rintelligcnce Souverai- ,
ne : je ne voi ni les liaifons de ce ficelé avec '
le monde avenir, ni la place que ces peuples,
dont je déplore Fignorance, tiennent dans cct |
eflehaînement , ni les droits que la juftice de
Dieu a fur eux : ou du moins je ne les con-
nois qu’imparfaîtement. Je ne corfidcrc pas
que mille ans font comme un jour, & un jour
comme mille ans > qu'un peuple eft comme ;
cent peuples, & cent peuples comme un peu-'
pie à l’égard de celui qui en peur tirer une in¬
finité du néant , d’cii il nous a tirez nous-mc-
mes. Nous foinmes comme ceux qui veulent
voir toute i’ctcnduc des Cieux, encore qu’ils
füîenc dans un puits.
Si nous nous connoifl'ons nous memes , nous
ne ferons ni curieux, ni témcTaires , & nous
craindrons le fort de ceux qui furent frapez
pour avoir voulu regarder dans FArche. Il
nous fera même facile de reconnoîcre les dog-'
mes que la Philosophie & la témérité auront’
ii^venrcz : car en nous airciant dans les bar¬
rières (acrées de la Rcvclarion , nous connoî-i
rrons ceux qui foi t alftz hardis pour les fran¬
chir. Nous difeernerons la Religion qui nous;
confond & nous mortifie , de la fuperftitiom
qui nous flâte & nous trompe agréablement.
Les hauteurs & les liertez de la 'politique, qüî|
nouï
de lOi Religion Chrétienne^ $6^
nous regarde comme des bcces , ne nous em¬
pêcheront point de nous regarder comme en-
fans de Dieu. Et ni les illuficns de TEloquence ,
les vétilles de la Grammaire ne troubleront point
une Foi qui le repaît des objets de TEvangilc,
trop manîfeftez , trop répétez , trop liez avec
les principes du fens commun , trop confirmez
pat les evénemens trop atteliez , trop dignes
de Dieu*, & trop utiles à nôtre fanêtificatîon,
pour être révoquez en doute. En un mot , nous
ceflerons d*êtrc incrédules , lorfque nous au¬
rons renoncé à ce qui nous en infpiroic le fecrec
defir.
II cfi donc vrai que Dieu a répandu une fain-
te obfcurité fur les Miftercs de la Religion , Sc
a même permis que les hommes y joignilTcnt
leurs propres ténèbres : mais ce qui eft également
admirable & confolant , ce ne font point les ha¬
biles 5 mais ceux qui renoncent à leur habileté,
qui voïent clair dans la Religion. C’eft la penfée
de J E s U s-C H R I s T , qui dit à Ton Pcrc , Pere ,
je te rends grâces de ce que tu cftché ces chofes
mux fages aux entendue y ^ les a révélées aux
petits enfans.
C*eft ici où je tremble de rcfpe^ & d’admira¬
tion, lorfqu^je joins ce caradere de la divinité
de ma Religion à' tous les autres. Je renonce à
moi- même, & demande à Dieu Ton illumination,
lorfque je voi qu’une fcience fi élevée , & qui nous
propofe des objets fi magnifiques , n’cft pourtant
compriie que par les fimpîcs de cepur & d’intelli¬
gence. Je dis ^ quelle divine Religion , qui m’é¬
claire & m’humilie tout à la fois, qui confond
& reêlific mon entendement, qui me conduit à
la fcience falutairc par Taveu de mon ignorance ,
& qui guérit tous les défauts de mon cfprît en le
foûmcttant î Ou efi le fage ? Ou efi le dijputeur du
fiécle f
IX.
f70 Traité de la Vérité
\
IX. TABLEAU
De la Religion Chrédenne ,
la convenance de fes Mifleres avec le%
lumières de la raifon.
A Près avoir vu la fource des faux préjugez ;
il n’eft point difficile de (cparcr la Religion
de la fuperfiitîon ^ & la Théologie de la P/iilo^
fophic : diftin(flion (ans laquelle on tombe dans
uncmbaras& des difficultez inexplicables , & par
laquelle aufii l’on peut faire voir, que la Religion
n’enferme pas de plus grandes difficultez que la
Nature.
Ainfi la predefiination , la grâce & la doélrinS
du péché originel font des abîmes qui cpouvçn-
tent d’abord l’cfprit de celui qui entreprend de les
ïicordcr avec la lumière naturelle : & déjà je croi
vôir une multitude de Douleurs s’écrier, que je ne
dois pas m’hazarder à fonder la profondeur de ces
Mifi’eres qui les confondent, à mefure qu’ils leé
confidérent avec plus d’atention.
Mais qu’il nous foit permis de dire avec la per-
inîffion de ces grands hommes , qtfc ces matières
leur paroîcroient moins difffciles , s’ils avoienc
plus de fimplicité , & moins de Philofophic.
Qu’ils fe fouvi^nnent de ce grand principe , que
la foi & la raifon , la Théologie & la Philofo-
phie different clTcnticllement , en ce que l’une
aperçoit l’objet, fans prendre à tâche d’en pé¬
nétrer la manière, & confifte meme eflcntiellc-
ment dans cette foümiflion qui l’empêche dépor¬
ter fa vue plus loin , aïant pour fon contraire
l’orgueil & la témérité de rcfprit, au lieu que
l’autre cherche à connoître & les chofes , 5c la
Wîaiîicrc , & la caufe phîfique des chofes , ne re-
con-
de la Religion Chrétienne. 571
(Connoiflant point d’auctc ennemi qui lui foie opo»
fc , que l’ignorance.
Sur ce principe, le Théologien examinera feu¬
lement s’il y a une grâce , une prcdellination , un
péché originel j & le Philofophe conhdciera quel
cft l'ordre des decrets de Dieu > de quelle manière
la grâce détermine le libre arbitre ,& pat quelle
voïe le péché originel s’eft tranfmis du premier
homme à fa pofteritc.
Les Apôtres, vrais Théologiens, ou plutôt
les feuls qui fc foient contenus dans les juftes li¬
mites de la Théologie , nous ont enfeigné ces ob¬
jets avec beaucoup d’étendue* , en démontrant
amplement la vérité & la néceflicé , Sc jamais ils
n’ont dit un mot pour en faire comprendre la
^aniere. Mais les Chrétiens aïant enfuitc étudie
la Philofophie de Platon 8c celle d’Ariftote , ont
crû que la connoiflancc du falut étoîr une fcîcncc
comme les autres, & ont fait des Sîftcmcs, de
fpcculations inutiles & fterilcs , & fouvent affez
contraires à la pieté 5 Sc par là ils ont rempli la
Religion de diiEcuItez humaines.
On auroit tort de s’imaginer , que lorfquc
S. Paul a parlé (î amplement de la prédeftination,
il ait eu pour but de fatisfaire lacuriofitcdeceux
à qui il écrivoit. Tout Ton difeours fpéculatif
en aparence , eft très pradique en éfet. La qnc-
ftion ctoit alors , h la diflindîon des deux peu¬
ples n’avoit pas été entièrement ôtée , & fi les
Gentils ne dévoient pas faire un meme corps
avec les Juifs fidèles. Quelques-uns de la
Circoncifion acoütumcz à regarder les Païens
comme un peuple maudit Sc exécrable , ne
pouvoient comprendre que ces Païens duflenc
être aufii privilégiez qu’eux. Saint Paul, l’Apô¬
tre des Gentils , comBat ce piéjugé de tout
fon pouvoir 5 & dans cette vue il montre que
Dieu cil le Dieu de tous les hommes , qu’il a
Q^j permis
37 2' Trutti delà Vérité
'pcrnnîs que tous pcchaflent , pour faire graee'
à tous ; que s’il a premicremcnc choifi le penplt
des Juifs pour être fon peuple, cette cIed:ion n’a
eu rien que de libre & de gratuit j que c’eft par
la Foi , & non par les œuvres , que les Patriar¬
ches ont etc agréables à Dieu ; que fes grâces
ne font point attachées au lang des Patriarches 5
que la circoncifion de la chair n’eft pas ce qui a
rendu ce peuple agréable à Dieu j que la Loi n’a
pu par elle- meme produire céc cfet j que ce ne
font pas les bonnes œuvres de Jacob qui ont fait
recevoir fa pofteritc au préjudice de celle d’Elaü,
puifquedans un tems où les enfans étoient encore
dans le ventre de leur mere , & n’avoîent par con-
féquent fait ni bien ni mal , il fut dit à leur mere,
lors qu’elle confultoit l’oracle de iDieu , Le
grfind fervira nu moindye.
Or fur cette dodliinc de S. Paul- il faut faire
toutes ces réflexions. I. Qi^e la néceflité qu^ii
y avoir alors de traiter de ces matières , & l oca-
fîon qui obligea cét Apôtre à en parler , ont en¬
tièrement celfc , pLiifque perfonne entre les
'Chrétiens ne doute, ou ne doit plus doutcr dc
l’éledion des Gentils qui ont crû à l’-Evangile : de |
forte que lors qu*on difpute avec animofité fur
ces matières, ce n’eft plus que par vanité , par
^obftinatîon , par curiofité téméraire. Tout ctoit
pradîique dans le Traité de S. Paul : tout eft Ipc-
cuîatif dans les Traitez qu’on en compofe main- j
tenant. Paul avoit pour but de faire naître l’uniou !
& la charité entre les deux peuples , en faifant j
voir qu’ils étoient les uns &: les autres l’objet de j
l’élcéfion divine: mais par un defordre déplorable, j
cctrc dodrine changée en fpéculation & en Plwlo- ' j
fopN'e, ne fett plus qu’à divifer fcandaleufcmcnt |
les Chrétiens. * '
II. Le plus fur & le plus avantageux eft d’imî- |
ter la modeftie de S. Paul qui dit la chofe , mais |
de la "Religion Chrétiennê. 37 f
fc garder bien d’en fonder la manière. II parle de
Tcledion ; mais lorfque la raifon curieufe Tinter-
roge fur le comment, que répond-il ? O profon¬
deur de richejjes ! Scc. S. Paul avoir autant d’ef-
prit que les nouveaux Théologiens , pour fc faire
des Siftcnrics probables , pour bien enchaîner les
decrets de Dieu, pour trouver dans le mauvais
ufage du libre arbitre , ou dans les refforts de nô¬
tre ame, dequoi refoudre ces difficultez. Il ne le
fait pas néanmoins. D*cù vient cela ? Cefl qu’il
cft Théologien , & non pas Philofophe , & qu’iî
n’ignore pas qu’une partie effenticlle de la Foi
conhfte à baiucr les yeux devant le côte obfcuK
du Mifterc.
III. Cependant , comme il nous cft permis
•de concevoir les chofes divines en nôtre maniè¬
re 5 & que fans cela il nous feroit impoflibîe
d’en parler : nous pouvons aufli diftinguer di¬
vers decrets de Dieu , les ranger , & les conce¬
voir dependans & fubordonnez : mais nous fou-
venant neanmoins de la vérité de ce principe ,
Deus non vult hoc pr opter hoc y fed vult hoc e(Je pro^
pter hoc , nous ne ferions *pas *plus raifonnabics
de prc/Tcr les difficultez qui naiffent de cet aran-
gement des decrets de Dieu , que fi quelqu’un
pretendoir faire des objedions fort férieufes fur
la diftintftion que nous concevons entre les mains
les pieds & les yeux de Dieu. Car comme l’oa
répondroit à ce dernier , qu’il ne doit pas trop
prefler des façons de parler humaines & figurées ;
on dira au premier , que la diftîndfion & la dé¬
pendance des decrets de Dieu n’etant pas réelles 5
il ne doit pas auffi beaucoup-s’embaraffer desdifi-
-cultcz qu’on en voit naître.
IV. J’avoue cependant, que l’on doh tâ¬
cher de donner à ces decrets l’ordre & l’arrange¬
ment le plus conforme qu’il fe peut à la raifon, êc
le pluç digne de Dieu : 3c c’eft pourquoi étant obli-
gez
J7 4 Traité de là Vérité
tcz à cct égard à concevoir Dieu Comme un
omme , il cft juftc de le concevoir comme uu
homme fage. Mais il faut avoücr qu’ü n*y a
point de folie pareille à celle de ces Théologiens
Philofaphcs , qui fe déchirent , & fe font une
smpicoïabic guerre fur la maniéré de concevoir
l’ordre des decrets de Dieu. Car enfin il efl évi¬
dent que les Apôtres n’en ont iamais dirputc.
Ils n’étoient ni Supralapfaires , ni Univerfaliftcs ,
ni Particulariftes de profcffion , parce qu’ils
n’avoient pas la maladie des Sificmes , & qu’ils
n’ctoîent pas faits à la fpéculation. Quelle efl:
donc la dodrinc des Saints Apôtres ? C’efl: celle
qui eft commune à tous ces diferens ordres de
Théologiens , celle qui eft comprife dans nos
Catechifmes, celle qui ne demande point qu’on
fafte un Cours de Philofophie pour en avoir la
connoiffancc 3 celle qui nous aprend la chofe,
& non le comment de la chofe , celle qui produit
la paix & l’union des Chrétiens, & non celle
qui fait naître leurs partialitez & leurs diffenfions
fcandaleufcs.
V. Enfin on peut diftîngucr deux chofes dans
!a dodrine de la predeftination , telle qu’elle
nous eft propoféepar faint Paul. II y aTcxpref-
fion , & la chofe. L’expreflion nous paroîtra
quelquefois étrange , parce que nous n’enten¬
dons pas affez les Hébraïfmes dont ufoient les
Apôtres. Ainfî cette cxpreflîon , Dien endurcit^
qui fembîe marquer un aefte pofitif bien indigne
de Dieu , ne fignifie en éfet autre chofe , finon
que Dieu n’ôte pas rcndurciflemcnt. Pour la
chofe , il y a deux éledions dont .il peut être
parlé au neuvième Chapitre de l’Epître aux Ro¬
mains, une clcdlion generale, & une eledtion
particulière.
A l’égard de Téledlion générale du peuple des
Juifs , S. Paul entreprend de faire voir qu’elle ne
dépend
de la> Religion Chrêtienné» 57^
dépend point des caules extérieures , mais du
(impie bon plaifir de Dieu. Il nous fait voir que
ce n*eft*pas à caufe de la juftice de Jacob, com¬
me les Juifs fe rimaginoient, qu’IfraëJ avoic etê
préféré à la pofteritc d*£dom j puis qu’avant que
les enfans eulTent fait ni bien ni mal , il fut dit à
Rcbccca , qu’elle portoit deux nations dans fon
ventre , en portant fes deux fils , & que le plus
grand ferviroit au moindre. l’Apôtre parle
en cet endroit de l’éledlion generale du peuple ,
îl eft aife de le voir par le paflage de Malachie,
Chap. I. 1. 3. qu’il cite lui-meme , & qui cft
tel :fe vom ai aime:^, a dit i*EterneL Rtvom
ave^dit. En quoi nom evs- tu aimez. • EÇa'ù n
îoit-il pm frere defacohy dit C Eternel ? Or fai aimé
yacob , mais fai haï Efaü , fai mis fes mon^^
tagnes en defolaüon , expofé fon héritage aux
dragons du defert. G^and Edom dira , Nous
avons été apauvris , mais nous retournerons , &c.
Il eft incontcüablc que Malachie parle là des
deux peuples. Ce qui doit nous faire compren¬
dre que c’eft aufTi l’intention de S. Paul, Rom.
de parler de l’cleéfion des Peuples : ce qui
s’acordc auffi avec tout ce qui fuit & qui précé¬
dé. Car dans les verfets précédens , il nous fait
voir qu’il ne fufit pas pour être dans l’alliance ,
d’etre de la pofteritc d’Abraham félon la chair ,
mais qu’il faut i’etre par la Foi , par ce qu’il fut
dit , En ifaac te fera apelée femence y & (\\ilfaac
eft le fils de la promejfe : & dans les verfets qui
fuivent , l’Apôtre introduit Ofcc parlant ainfi à
ce propos : y*apellerai mon peuple celui qui nétoit
point mon peuple , la hien-aimée celle qui nétoit
pas la bien- aimée*
Ce n’eft pas que S. Paul ne parle auffi de l’é-
Icdion des particuliers. On ne peut douter que
cette elevflion ne fe trouve dans ces belles paroles
du Chapitre picccdcnt. Ceux qu ïl a préconnus >
il
Traité de la Vérité
il les a atiffl prédefline^^à être conformes, Scc. Ceux
qtiil a prédefiineZy il les a aufft apelez : ceux qiitl
a apeleZy il les 'a aujft juflifie:^^ ^ ceux qu'il a ju^
fiifiez , il les a auffi glorifiez , &c. & plus bas ,
Gjui mtentera acufaùon centre les élus de Dieu î
&c. Or il cil remarquable que cette chaîne dej^icn-
faits met en ordre non le decret , mais rcxccution
de ce decret ; & tout ce que Ton peut recueillir de
ces paroles , c’eft que Dieu nous prcdcftinc i 6c
qu*aprcs nous avoir prèdeftinez , il nous apelle,
nous juftific , nous glorifie : ce qui , à s'arrêter là,
reçoit bien peu de difficulté.
N'allons pas plus loin que cet Apôtre, & puis
qu’il n’a poinrt philofophc fur l’ordre des de¬
crets , laîffons-là ces fpcculations inutiles j qui
auffi bien s’cvanoiilflent , dés que l’on a fuposc la
{implicite de Dieu : ou fi nous voulons philofo-
pher là-dcflus , fcparons cette Philofophic , de
la Foi ; diftinguons nos raifonnemens , des vues
du Saînr-Efprit ; ne nous déchirons point fur des
maniérés de concevoir. Je fuis pour moi fort
convaincu qu’il n’y a point d’ordre plus confor¬
me à la raifon & à la fageffe de Dieu , que celui
que les Particulariftes mettent dans les decrets
de Dieu : mais je fuis plus convaincu encore ,
que je ne dois point condamner ceux qui font
d’un autre (entiment. Ils font tort à Dieu , dira
quelqu’un ; ils^Ie font cruel , ou bizarre, Oiii fé¬
lon vous , qui leur iluputcz ces conféqucnces : mais
non pas félon eux , qui les nient. Ii fuffic qu’ils
nient toutes ces fuites, afin qu’on ne puifie point
les leur imputer.
Si les Chrétiens s’cntcndoîcnt , & s’ils vouloîent-
bien faire cet heureux dilcernement de la Philo¬
fophic & de la Théologie que nous leur deman¬
dons , s’arrêtant dans les bornes d^ la Révcla'-
tion qui nous înftruit de la chofe, & rejettant en
matière de Religion la Philofophie qui en rc-
_ cherche
àe Religion Chréthnnê: J 7 7
Cherche la manière , on verroit bien- tôt dî(paroî-
tre la plupart des Sedes , & toutes choies rame¬
nées à Tunîte & à la {implicite de la Religion
Apollolîque.
Alors la dodlrine de la predelVination ne fcroic
plus un amas de ténèbres , de difficultez & de con-
tradidions, comme elle elt aujourd'hui par la
faute des hommes ? & -même ngus trouverions
qu’il cft mille fois plus conforme à la raifon de
tenir une piédehination que de n’en teaîr point.
Car s’il y a un Dieu , il ne fe peut que Dieu ne pre-
veïe ce qui arrivera des hommes, & qu’ils tom¬
beront dans le péché & dans la mifere : & h quel¬
ques-uns d’eux font fauvez , il feroit ablurde dç
penfer que Dieu ne les deftinc point au falut.
La dodlrine de la predeftination , féparêe des
fpeculaiions de l’Ecole & des recherches de la
curiofité humaine , eft toute comprife dans ces
deux propofitions : Dieu prévoit le péché &
la mifere des hommes , &c. Il en deftine quelques-
uns au falut , félon cette maxime de l’Apôtrc ,
Ceux qî4 d n connm , ü lej a prédeftinez , &c.
Et qu’y a-t'il de plus raifonnable que ces deux
principes ?
Si un homme fage prévoit l’avenir par les ré¬
gies de fa prudence , feroit-ce pas une penféc
bien indigne de Dieu , que de lui attribuer de ne
pas connoître'ravenir , à lui qui a formé toutes
chofes ? N’auroit-il enéore aucune part au faluc
des hommes ? Les hommes feroient-ils fauvez
au hazard , fans qu’il le voulut ? Où fcroic fa
mifericorde , fi ce qu’il faifoit ne venoic du def-
fein qu’il a eu de nous fauver ? Peut- il avoir en¬
voie fon Fils au monde , fans qu’il ait voulu
fauver même les hommes qui viendroient après
J esus-Chri ST. ^
En tout cela il n’y a qu’une feule difficulté ,
qui eft celle que S, Paul fe fait à lui- meme , lors
qu’il
57^ de la Vérité
qu’il dît, Mais fi cela efi y fourquoi fe plaint-tî
encore ? Car y qui efl-ce qui peut réfifler à fa vo*
lonté ? Suis-]c coupable, dira le peuple Gentil,
de n’avoir point etc plutôt cclaîrc de fa lumière ?
Comment puis-je me (auver , dira le réprouve,
puifque Dieu ne me deftine point au falut ? N’al¬
lons point philofopher, pour éviter cetie dificul-
té qui fe trouve dans tous les Sîficmcs, & qui
devient meme plus force dans le Sifteme de quel¬
ques-uns. S. Paul s*eft arreté ici j arretons-nons*
y. Bornons nôtre- curiofîté par ce qui fait les
bornes de la révélation. Plus la Philofophic
nous fournira de facilité pour répondre à cet¬
te objedlion , plus elle nous éloignera de la vé¬
rité , qui a paru impénétrable à un Ecrivain qui
en fçavoit plus que nous, & qui Pa obligé à s’é¬
crier, O profondeur! &c.
Au relie il eft aifé de faire voir que c’eft-Ià
une dificulré commune. Il cft impcffible de rc-
connoître rexîftencc de Dieu , fans lui attribuer
de prévoir 1,’avcnir j & il cft vrai que la prévi-
fîon de Dieu fait naître à cét égard les mêmes
dîfficulte2 que la prédeftination. Elles font ai iTi
véritables & auffi infaillibles l’une que l’autre , &
îl eft impoflible d’aller contre aucune des
deux.
Il cft évident encore que cette difficulté ne fera
pas moindre dans les chofes naturelles , que
dans celles qui regardent la Religion. Car fi
Dieu prévoit l’avenir, il a néceffairement prévu
& marqué les limites de nôtre vie .* & li cela eft ,
mangeons ou ne mangeons pas , confervons-
nous ou ne nous confervons pas , c’eft la meme
chofe i nous ne fçaurions nous arrêter au deçà de
ce terme , ni aller plus loin.
D’où je conclus , que la dodlrîne de la prcr
deftination enferme deux fortes de difficultcz ;
les unes qui naiflent des vücs trop rafinces de la
Phî-
ie la 'Religion Chrétienne»
Phîlofophic, qui doivent fort peu nous emba-
taffer, & aufqucilcs nous ne fommes pas obligez
de répondre 5 les autres qui font des difîcuitez
naturelles , & qui ont lieu fur toutes les atraires
de la vie civile, dés que vous avez pofé pour
principe, qu’il y a un Dieu qui nous a formez,
& que Dieu a affez de lumière pour connoîrrc
ce qui arrivera. Car fi la raifon & Tcxpériencc
nous aprennent , & que Dieu peut prévoir Ta-
venir , Sc qu’il l’a prevu & prédit en mille ren¬
contres ; ce qui paroît par l’acompIifTemenc des*
oracles : vous voï^z bien que la raifon &: Texpé-
riencc nous perfuadent de recevoir ce qu’il y a de
plus difîcile, ou plutôt ce qu’il y a feulement
de dificile dans la predeftînation.
II nou-s feroit facile de faire voir la meme ci^o-
fc fur le fujet du péché originel & de l’éficace de
la grâce. Il faut diltinguer en tout cela la ma¬
niéré & la chofe. Il eft certain que nous fommes
fouillez de péché par le malheur de nôtre naif-
fancc, aïant été conçus en péché , & cchaufez en
iniquité , & nous trouvant de nature enfans de
. colere. L’Ecriture nous dit la chofe, parce qu’el-
Ic étoi: ncceffaire à nôtre humilité & à nôtre
fantification. La manière croit inutile, parce
qu’il ne fert de rien de fçavoîr comment on eft
tombé dans un abîme ; & que le principal eft de
trouver le moïen de s’en retirer. Aufïi l’Ecritu¬
re ne dit-cllc. rien de la manière dont le péché
originel eft venu jufqu’à nous, je veux dire de
la manière phifîque de fa propagation. Toutes
les quéftions donc que les Théologiens font à
cét égard, ne font proprement que des quef-
tions de Philofophic ; & ce n’eft: pas à nous à
répondre à toutes ces difîcuitez. Peut être que
fî nous fçavions bien diftindement les loix & la
manière dePunion de nôtre ame avec nôtre corps,
nous pourions expliquer diftindemenc cette in-
Jî © Tfdtté de la Verhe ' i
comprchcnfiblc tranfmiffion du péché orî|încr'
mais comme cela n*eft pas, nous avons grand '
fujet de nous défier de nôrre Philofophie : & 1
quoi qu’il en foit , nous ne devons point mettre
fur Je compte de la Foi les difiicultez de la curiofuc
humaine.
La Foi & la raifon font Ici tout-à-fait en bonne
întclligelice , en fe contenant dans leurs limnes.
La Foi nous enfeigne la chofe j la rai Ton y confent. ,
La railon n’en comprend point la maniéré; la Foi
• compofe cette incoiijprchcnfibilitc.
Si la raifon pouvoir niei» que les hommes
n’aïent des leur naîflance une inclination à
\ mal faire , elle feroit contraire à la Foi, qui nous
enfeigne ce principe. Si la Foi nous pcrmiettoic
d’oter de cet objet toutes les dificultez qui fc
prefentenc à ceux qui en veulent pénétrer le fond
& la maniéré , elle feroit contraire à la raifon ,
qui doit reconnoî:re qu’elle ne fçauroit aller juf-
qiîcs-!à : mais puifque cela n’cft pas , rien ne
nous empêche de demeurer d’acord de la honne
intelligence de la Foi & de la raifon.
En cfer , la meme proportion à peu prés qui
cft entre la raifon & la* Foi , fe trouve entre les
fens & la raifon. Comme la Foi eft fupericure àla
raifon , la raifon eft fupericure aux fens. Or il eft
certain que la raifon , & les fens ne fc combat¬
tent point , encore que Tune de ces faculcez ne
comprenne point la manière des chofes qu’atefte
l’autre. Les fens témoignent , par exemple , qu’iî
y a, un flux & un rciîux dans la mer. La raifon
perfuadee par ce témoignage & par le confente-
ment de tous les hommes , convient de la chofe :
mais cependant elle en ignore la caufe & la ma¬
niéré. Si les fens actcftoicnr que ce phénomène
peut erre parfaitement compris 3 ils feroienC
contraires à la raifon, qui ne le comprend gue-
rcs. Si la raifon nioic que ce phénomène fut ab-
. foin-
ie la Religion Chrêtienné. 3^1
folument, elle fcroit contraire aux fens, qui
moignent qu’il eft. Mais les fcns arteftenc Texi?
ftcnce de ce phcnomene , & la raifon cft pcr-
fuadcc* La raifon le trouve très dificile à com¬
prendre i & les dens ne difent pas Je contraire.
Ils font donc parfaitement d’acord. Telle eft la
convenance de la Foi & de la raifon à Tcgard des
plus grands Miftercs de la Religion. "
Ce font d’admirab’es dificultcz que celle que
la Philofophie fait naître dans la Théologie. II
y a dans la nature une infinité de choCcs donc
nous reconnoiffons Tcxiftence : & il n’y en a pas
une feule pour pente qu’elle foit , dont nous
comprenions la maniéré, fans qu*il foit jamais
tombé dans Tcfprit d’un homme qui a le fens
commun, de les révoquèr en doute pour cela.
Pourquoi étans fi raifonnables dans la nature , le
fommes nous fi peu dans la Religion ? C’eft que
dahs la nature nôtre efprit agit naturellement ,
. & que dans la Religion il eft trompé par fes paf-
fions , qui ne cherchent que matière de doute.
On doit ^airc à peu prés le meme jugement
des matières de la grâce. Séparez la Philofo-
phie de la Théologie , vous ôterez un nombre
infini de dificultcz : étant certain que la plupart
naillenc ou de l’envie de comprendre ce qui ne
peut être compris , ou des fpéculations qu’on a
déjà fait fur ce qu’on ne pouvoir comprendre. Or
pour connoître l’in juftice des hommes à cét égard,
il ne faut que remarquer qu’étant perfuadez ,
du moins lâ plupart, que Dieu nous conferve ,
nous rburit , & nous foütîcnt par un concours
perpétuel , fans lequel les alimens que nous pre¬
nons, & les foins de nôtre confervatioh , nous
feroîehc inutiles ; & par lequel nous fubfiftons
immédiatement : perfonne , que l’on fçachc,ne s’eft
avife d’en conclure fcricurcment , qu’il faille
s’abftenir de ces foins & d’alimçns , & fe repoCer
uni-
3? 1 Tfaîtê de la Vérité
j^iicTucm^nt fur Je concours divin. On ne voit
peine de gens affez fous pour s embarafler dans
ces queftions ; Si, je me nouris moi même, en
prenant les alimens qui me font ncceffaircs ,
comment peut-on dire que c’eft Dieu qui me
nouric , ou me conferve ? Ou fi c’eft Dieu qui
me nouiit, comment fuis-je oblige de me nou»
lir, & de me conlerver moi- meme ? On ne fait
point toutes ces dificultcz dans la nature: on les
faTt dans la Religion. Cependant elles fcroienc
aufîi bien fondées dans l’une que dans l’autre , puis
qu’elles roulent fur la dépendance dans laquelle
nous nous trouvons dans nôtre erre, ou dans
nôtre nouvel être, à l’egard de là Divinité.
Dans la'nature, nous fçavons que nous ne fub-
fiftons que par le concours de Dieu , & nous ne
nous informons point de la manière de ce con¬
cours. Dans la Religion , nous ne fommes pas
fatisfaits dé fçavoir que. nous fommes régénérez
par la grâce , nous demandons à fçavoir la ma¬
niéré de cette operation, nous nous, faifons une
affaire de la découvrir : dcfortc que des dificultcz
qui n’embaraftent pferfonne lors qu’il s’agit de
boire & de manger, paioifTent afreufes & terri¬
bles lors qu’il s’agit de bien vivre. Demandez-en la
raifon au cœur de l’homme. Pour nous, il nous
fufît à cét égard d’être aufli raifonnablcs dans la i
Religion , que nous le fommes dans la nature. |
La raifon elle-même , fi nous confultons fes
plus pures lumières , nous dira qu’il n’cft pas ^
moins néceffairc que la nouvelle créature dé- ’
pende de Dieu , qu’il l’eft que la créature foie
dans fa dépendance , parce que Dieu n’eft pas I
moins l’auteur de l’une que de l’autre : & que
comme nos corps n’ont ni être, ni vie , ni mou-
vcment que par lui, nos âmes n’ont aufli ni :
faculté, ni connoiflance, ni afcdliors qu’elles i
ne ticnricnt de lui. Tout l’être vient de lui. II n’y j
a ■■
de Religion Chrétienne.
a que le defaut qui aie un autre principe.
La chofeelt donc certaine, je veux dire Texi-
ftencc de cette grâce à laquelle nous devons ra-
porter tout le bien qui eft en nous 5 & cela eft de
la Théologie. La maniéré donc cette grâce agit 3
je veux dire le degré de vertu qu’elle déploie »
la maniéré donc elle détermine le libre arbitre ,
fes momens , Tes conjondtares , peuvent être des
chofes cachées , & du reflbre de la Philolophie,
fans que cela faffe aucun préjudice à nôtre foi,
laquelle meme confifte autant en loiimillion
qu'en connoiflance , 8c fçait îgnprer autant ^
qu'elle Içiit apercevoir.
Je ne fçai fi les Théologiens ont affez remar¬
que, que lorfquc les Apôtres veulent nous mar¬
quer ce qu’il y a de plus grand dans les Mifteres,
ils nous parlent point de l’ordre des decrets
de Dieu , ni de ces inconcevables tranfmîflions
du péché originel , par lefquelles la malice du
premier homme eft parvenue juCqu'à nous , ni
de l'incompatibilité aparente de la grâce avec la
liberté de l’homme. Pourquoi ? Parce que , ce
font-là des dificultez de Philofophie & de curio-
fité humaine, donc ils ont voulu nous enfeigner
par leur exemple à ne nous embaraffer point.
Quel eft, félon eux, le grand Miftere de pieté?
C’cfl celui-ci , Dieu manifeflé en chair,
flifié en efprit , và .des Anges , cru au mondes
prêché aux Gentils y élevé en gloire.
L’Incarnation , qui eft exprimée en ces mots.
Dieu manifefté en chair ^ eft véritablement ua
Miftere fi grand & fi fublimc ; mais qu’on fe dé-
fafte de fes préjugez, & l’on ne le trouvera nul-^
Icment contraire à la raifon.
Car il faut fupofer d’abord , que ce n’eft
point ici une aliance dans laquelle Dieu .defeend
ou s'abaifle en faveur de la créature, fcmblabic
à CCS alliances mal aflbrties , où les petits def-
honorcac
5^4 Trittté de la, Venté
honorent les grands par leur union. C'eft Tallian-'
ce cù Dieu s’unie à la créature, fans rien perdre
de (a grandeur fupréme , & où la créa¬
ture s’unit à Dieu, fans rien perdre de fon hu-
milice. Le Soleil s’unû avec le nuage où il im¬
prime fon éclat, fans rien perdre de fa glofre;
& pourquoi Dieu ne s’unira- t-il point avec une
nature innocente, fans rien perdre cîe fa digni¬
té.
1 1. Nous trouvons une aflez belle image de
cette vérité dans l’union de nôtre ame & de nô¬
tre corps. Deux fubflances fouverainement di-
ferentes fe joignent & dépendent l’une de l’autre,
(ans avoir aucun raport naturel. Qu’a de com¬
mun cét cfprit avec ce corps ^ Comment y peut»
il avoir quclqu’alliancc entre des chofes fi dif-
proportionnees ? On me dira , qu’il y a un
plus grand éloignement entre la nature humaine
& la nature divine , qu’entre l’clprit & le corps.
Je conviens que réloignemcnt eft infiniment plus
grand : mais la diverfîté eft la meme, & d’ail¬
leurs il y a aufli bien de la difercnce entre une
union qui emporte une dépenda'ncc mutuelle,
telle qu’eft celle de nôtre ame & de nôtre corps
& une union qui n’enferme que la dépendance
d’une feule partie, telle qu’eft celle qui fe trou¬
ve entre la nature divine & la nature humaine.
Ce qu’il y a de plus furprenant dans la pre¬
mière de ces deux unions , c’eft que l’efprît, qui
cft fi noble, foit tellement uni à la matière, qu’il
dépende de la matière dans fes operations.
Or c’eft ce qui n’cft point dans l’incarnation.
On ne dira point que la nature divine dépende
de la nature humaine, mais bien , que la nature
humaine dépend de la nature divine. Dans cette
union, Dieu demeure tout parfait, tour puif-
fant , fout libre, éternel & invariable : l’hom¬
me par cette union cft changé, fantific, élevé,
Q:ci
de la, 'Religion Chrétienne.
Q^î cfl donc l’inconvcnicnt ; Autant qu’il cft
furprenanc de voir un être noble afl'ajcctî à un
être moins parfait, autant cü* il naturel qu’un
être moins parfait foit airujctti à un être plus
noble. Or rincarnacîon nous fait voir le dernier,
& Tunion de l’amc & du corps nous fait connoîcrc
le premier. Il s’enfuir donc que l’union de l’amc
avec le corps cft en quelquc/cns extraordinaire &
plu<; furprenantc que l’Incarnation.
III. Voulez-vous une autre image de cet ob¬
jet, qui vous en donne quelque idée ? Confidc-
icz un parélic , qui eft compofé de deux clicfcs
très differentes en clles-mcmcs , & neanmoins
fî étroitement unies, qu’elles paroifFent confon¬
dues, fçavoir la nuée,*& la lumière du Soleil. La
nuce n’cfl point le Soleil, le Soleil n’cft point la-
nuée : ainfi la nature humaine de Jésus- Christ
n’cft point la nature divine , la nature divine n’cft
I poîrt la nature humaine. Lz parélic cft un So-
' Icîî, & le parélic cft une nuée : de même Jesus-
Christ cft Dieu , Jesüs-C H R I s T cft homme.
Le paiclre eft formé de la (nbftanre de la terre,
' puis qu’il cft compofé des ruées qui en font les
vapeurs : le parélic cft auffi forme de la fub-
ftancc du Soleil, puisqu’il cft comnofe des raïons
J qui font le corps de cét aftrc. D ir.cmc Jesus^
1, Christ eft pris de la terre , & fan partie de la
I mafle du genre-humain . puis qu’il cft homme : ce
i qui n’cm pêche pas que Jésus- C h R i s T ne foit la'
propre ftîbftancc du Pcrc , entant (^’il cft la ref-
plcndcur de fa gloire. Cette image cft jufte , fans
être parfaite. On en pardonnera les défauts
i dans un fujet fi élevé au deflus de nôtre imagina¬
tion.
IV. Au refte, de tous les hommes qui ont parlé
de la Dîviniic, il n’y a que les Epicuriens , qui
la concevant oifive & fainéante , l'aient fcparéc
cnriéreroent de Tes créatures, Tous les amies
Tome 11^ R la
lYAtté de Vérité
la conçoivent unie à fes ouvrage?. Les Païens
fêla rcprcfcntoicnc attachée à leurs temples, &
à leurs ftatucs, aulquclles elle venoit s*unir. Les
Juifs concevoient avec plus de vérité Dieu uni
d*unc façon particulière à un buîffon , à une nuée,
à une Arche. Pluheurs des incrédules fc reprelen-
tent la Divinité comme un efprit univerfcl at¬
taché à la matière univerfclle, comme nôtre anic
Teft à nôtre corps. Que s’il eft h ordinaire de
concevoir Dieu comme uni à les ouvrages, qu’y
a-t-ilde lurprenant à le rcprelenter très étroi¬
tement uni à la nature humaine de Jésus-
Christ, d'une manière plus étroite & plus
particulière qu aux autres ? Car s’il y a une créa¬
ture à laquelle la Divinité puilfe s’unir , c’eft une
créature faintc & innocente , comme celle- ci. S’il
ch pofTib'c que Dieu s’unifie à un corps , il rdl
bien davantage qu’il fe communique à l’eiprit.dc
Jésus- Christ. Si une Arche a pu être remplie
de Dieu , il y a peu dé difficulté à concevoir, que
la nature humaine pure & faintc , plus parfaite
que toutes les Arches, ait eu cét honneur d’une
façon particulière. Et fi l’on ne rougit pas de ren¬
dre l’clprit unîvcrfcl dépendant en quelque forte ;
par Ton union avec la matière , pourquoi refufe- j
rions-nous d’admettre une union qui laiflc à Dieu |
toute fon indépendance & toute fa liberté, & ne II
va qu’à rendre le corps Sc l’amc de Jesus-Christ '
plus foümis à Dieu ? jj
Dés que l’or^rcçoit le mifterc de rincarnation , jl
on ne trouve rien de choquant dans la doctrine jj
Chrétienne. Nous n’avons plus de peincàcom- î,
prendre que Iesus-Christ ait pu mourir,;!
puis qu’il ch homme : nique fa mort foit d’une |
valeur infinie , puis qu’il eft Dieu. Cette dignité J
qui naît de l’union des deux natures cft fî grande, I
qu’elle fait de la mort de Je us-Christ l’équiva- J
kne des peines que nos péchez avoient méritées, a ,
Nous !
de la Religion Chrétienne. 587
Nous ne trouvons plus de difficulté à nous per-
fuader la vérité de la refurredion du Seigneur
Jésus. Il feroit contre la raiion, qu’une nature
qui a etc honorée d*unc union fi particulière
avec la Divinité , fut difloutc pour toujours, 8c
demeurât à jamais fous l'empire de la mort:&
il cil très railonnable de penfer qu'elle a du fe
relever du tombeau où elle avoit voulu defeendre*
que li Jesus-Christ cft réCufcitc des morts , la
raifon niera- t-ellc que nous ne puiffions refufei-
ter à Ion exemple ?
Mais comment la raifon démcntiroît-e!Ic ce
que les fens des Difciples avoîent vu ? Ils avcicnn
contemple la gloire de Jésus- Christ dans Tes
miracles & dans fa fainteté. Ils avoicni vu Dieu
manifefté en chair. Ils avoîent été les témoins
de la réfurredion du Seigneur. Ils avoient vu
les Anges defeendant vers lui. L’Evangile avoic
été picchc aux Gentils par leur miniftere. Le
monde avoit cru à leur prédication , &ilsavoicnc
vu Jesus-Christ monter au Ciel, Tout cela
avoir été pour eux bien fenfibîe.
L’Incarnation n’a donc rien de contraire à la
raifon. Et^néanmoins exft ce qu’il y a de plus
difficile dans les miücres de la Religion Chré¬
tienne J’en excepte la crés-fainte 8c très-ado¬
rable Trinité fur Je fujet de laquelle cét acord
cft plus difficile. Cependant il cft encore vrai ,
que quoi qu'elle foit infiniment élevée au deffus
de nôtre raifon , cHe n'cft point contre la rai-
fon. I. Parce que le terme de perfonne ne fe
prend point au meme fens que celui d'cflencc.
Trois perfonnes & une feule perfonne , une
cllence & trois cflences fait une coniradicftion ,
je 1 avoiic mais une cflence & trois perfonnes
n’en fait point, lorsqu'on avertir de la diverfe
fignifîcation de ces deux termes. II. Parce que
la Divinitéeft un fujet fi grande fi fublimc, que
R ij nous
jSS Triiitê de laVerité
nous ne devons point ccre furpris de n’en pouvoîi^
point ateindre la hauteur par nos fo’bles concep¬
tions. lîl. Parce qu’il peut ccre que les plus
confidcrablcs difîîcuhez de ce iniüerc naiflent
d’un defaut de révélation, ou du filencc de l’E¬
criture. Pcut-écre que Ci le S. Efprit avoir voulu
nous en révéler davantage , nous y trouverions
peu de difficulté : mais telle eft la conduite de
Dieu, qui cherche à nous humilier , & non pas
à fatisfairc nôtre curiofité , & à nourrir la vanité
d’un efprit qui cherche à trop connoître. IV.
Nous ne manquons point abfolumenc d’images
pour nous rcprcfcntcr cét obfet , tout îneompré-
hcnhble qu’il c(I en foi Une meme ame eft un
entendement , entant qu’elle conCicît : une volon¬
té, entant qu'elle veut : une mémoire, entant
qu’elle rapellc les chofes pafTecs ; trois facultci
en une intelligence. U'^c meme lumière eft dans
le Ciel un Soleil , dans l’air une clarté, dans la
nuée un parélie V. Aj outez à- cela j que les plus
grandes f!:ffi:ulccz de ce miftere , nailTcnt des
ipeeuîaeions dont la ScolaHique l’a cnvclopé : au
grand fcandalede la foi , &à laconfufion écer-
nelle de nôtre raiCon.
Car enfin j qui pourroît foufrîr cette horrible
licence avec laquelle ces Théologiens méiaphifi-
ques fc font mêlez d~ former & décider des que-
ftions ridicules ou téméraires fur ce grand mifte-
rc 't Peut- on lire fans une jufte indignation toutes
ces queftions> fi plufieurs personnes divines pou-
voient prendre une meme per Tonne ; fi le Vcibc
pouvoir prendre en union hîpoftatiquc un Ange,
une bccc , une femme , un être infcnfiblc , un ac¬
cident , un adcMc péché, un diable, de forte
que CCS propofitions fuftent vraïes , Dieu ef^ un
péché , un , &c. fi le Verbj a pris en union hipo-
ftan'quc l’amc plutôt que le corps, ou le corps
pï’utô: que l'ame : fi encore que l’homme n’eut
de la 'Religion Chrethnné.
point pcchc , cc Verbe n’auroic pas laîfïc de
prendre nôtre chair : fi la nature humaine cft
premièrement unie avec rcffcncc , ou avec îa per**
fonne : fi !a nature humaine cft unie par pîuficurs
unions : fi une perfonne divine peut prendre une
peifonnc créée :ii 1 humanité eft unie à la per¬
fonne de Christ par farme d*accident, ou pat
forme de fubftancc : ft ta nature humaine & la
nature divine font parties de Christ, & d
Christ eft deux chofes : fi Christ cft d’unitc
créée, ou incrcéc : pourquoi Christ n'a point
pris la nature individuelle d'Adam , fi cette pro-
pofition , Christ efl homme , ct-oit véritable du¬
rant les trois jours de fa mort : fi Christ n’c-
tant point mort , fut more de vicillcfl'c,
Voilà tout cc qu'il y a de difficile dans la Reli¬
gion Chrétienne. Tout le refte a un raport fi cf-
fcnticl, fi vifible & fi ncccffairc avec ia raifon ,
qu’il eft fnrprenant que les incrédules ne s'en
aperçoivent pas. La preuve en eft répandue dans
tout rOuvrage : & l’on ne peut l'étendre ici fans
répéter cc qui a été die.
Il fuffit de remarquer que Jésus- Christ cft
comme la raifon de la nature , de la fociété & de
la Religion. C'eft la lumière qui éclaire tout , 6c
fans laquelle nous tombons dans des difficultcz
& dans un embarras inexplicable. Jésus-
Christ cft le centre de tous les événemens qui
fcrr:b!cnc tous fc raporter à fa venue: le centre
des veritez , qui font plus clairement révélées , à
mefnre que fa venue* aprochc : le centre de tou¬
tes les cérémonies de Mcïfc , qui font extrava-*
gantes, fi elles n’ont point de raport à Jesus-
Chri'^t : le centre des vertus , qui n’ont ni for¬
ce, ni motif fuffifant que par la vue de l'im-
morralité rcvélcc en Jésus* Christ ; ic centre
& le fondement des plus légitimes & des plus
inviolables fentimens de la confcicncc , qui ne
R iij feuient
55 0 Traite de la Vérité
feroient qu'rrreur & qa’illufion , fi la foi Chré*^
tienne ctoit faaflc: le centre de tous ces cara<Slc-
res de fageffe que nous voïons répandus dans les
ouvrages de Dieu , puifque n’y aïant que la Re¬
ligion Chrétienne qui conduife l’homme à fa vé¬
ritable fin , il n’y a qu’elle aulTi qui juftifie à ccc
egard la faoefiTe de Dieu le centre descfpcran-
ces de l’homme : car que lui rcftc-t-il à efpcrcr ,
fi la Religion Chrétienne cft faufle ?le centre de
toute l’évidence & de toute la certitude qui cft
dans nos connoifl'ances , car qu’y a- t-il d’afl'uré;
fi nôtre ame crant feulement un arrangement d’a¬
tomes, & n’aïanr point cette fpîritualitc & cette
immortalité que lui attribue la Religion Chré¬
tienne , il n’a falu qu’un autre arrangement de
parties, pour former des premières notions tou¬
tes contraires à celles que nous avons ? Que l’on
confidére la chofe de prés , & l’on verra que hors
de Jésus- Christ qui nous aprend à nous con-
noître nous-memes , & qui nous révéle la vie &
l’immortalité , il n’y a point de falut non plus
pour la raifon que pour la confcicncc.
X. TABLEAU
De la Religion Chrétienne ,
Ça proportion avec la Religion Judaïque,
Tl cft certain que la Religion Judaïque a un
côté divin & augufte. On ne peut coufidércr
la majcHc de les miracles , la fublimîté de fa
Morale, le defintereflement de fa doctrine, la
fainteté de fes préceptes , & l’accompliflcment de
fes prophéties, fans y trouver des caradcrcs de
divinité. Mais on ne pourra s’empêcher aufti de
lui remarquer un côte tout-à- fait défedtueux , fi
l’on veut la feparer de la Religion Chrétienne ,
de lu Religion Chritlennê* î
i hqaclle clic (c raportc.
On ne pourra comprendre nî que Dieu foit le
Dieu d’une nation , fans être aufli celui des au¬
tres : ni que cette Divinité Toit renfermée dans
une Arche materielle; ni qu’elle Recherche avec
tant de foin une pureté cxtéricurc,& corporelle,
étant le Père descfprics , nî qu’elle demande des
facrifîces, ne voulant point fatisfaire fa juftice :
ou que voulant être (atisfaitc par des oblations ,
elle en exige de fi baffes, qu’elles ne paroiffenc
nullement dignes de fa Majefte : ni qu’un Dieu
qui a fait le Ciel & la Terre, habite dans un Tem¬
ple fait de main : ni que celui qui a crée les cho-
fes vifibles & invifîblcs , fc plaife à une pompe &
à des exercices corporels : ni que celui qtiia créé
l’odorat , fans en avoir lui^mcmc flaire un encens
materiel : ni qu’on entende la voix proprement
dite de celui, dont le tonnerre meme n’eft pas
une affez digne voix.
Qui cft-cc qui acordera la fageffe qu’on remar¬
que dans la Religion de Moïfc avec les defauts
qu’on y trouve ? Comment ce Lcgiflatcur feroic-
ii fi contraire à lui-meme ? Comment tant de ca¬
ractères de divinité font-ils acompagnez de tant
d’ufages qui fcmbicnt fupcrflicieux, & de cérémo¬
nies qui paroiflent puériles ? Jettez les yeux fur
la Religion Chrétienne , & vôtre furprife ceffera.
Là vous verrez la raifon & la fagcfl'e de tout ce
qui vous avoit furpris dans l’ancienne Révélation.
En cfet , on peut prefque réduire les ufages de
tout ce qui cft contenu dans l’Ecriture du Vieux
Teflament , à trois : fçavoir I, A préparer toutes
cliofes pour le Mcflic qui dévoie venir. II. A rc-
prefenter Ton Miniftcrc & Ton économie comme
dans un tableau anticipe. III. A le caraderifer de
telle forte, qu’il fut impoflible aux âmes éluëà &
marquées du cachet de Dieu de ne le pas recon-
uoître lors qu’il feroie venu. Celui qui çonfidc-
R iiij rcra
59*' Traité de la Vérité
rcra TEcriturc ancienne dans ces trois vues, n’y
trouvera rien qui cmbarraflc la foi , & qui en lui
découvrant les dcfleins de Dieu & le grand plan
de la Religion , n’ajoute de nouvelles lumières à
celles qu’il a^deja.
Comme nous n’entreprenons pas ici de fon¬
der la profondeur des abîmes de la fagertc, de la
juiUcc & de la mifcricorde de Dieu, nous ne re¬
chercherons pas auflj les raifons pour Icliqucllcs
Dieu a permis que les hommes péchaffent , & s’e-
garaffent dans leurs voies , ni pourquoi il a voulu
fauver les uns plücgt que les autres , ni par quel¬
le raiO^n il s’eft fervi pour cet cfcc du mîniherc
d’un Médiateur, pla:ôc que d’un autre moïen i
ni s’il y avoic d’autres voïes d’expier les pcchez
des hommes , que la mort de ] es u s-C H R i s t.
Ce font de vaincs queftions. Il ch bien juüc qu’en
quelque chofe nous reconnoiflions nôtre ignoran¬
ce; & je ne croi point qu’il y ait une ocahon dans
laquelle il foie plus honnête ou plus ncceflairc de
l’avoiicr, que lorsqu’il s’agit des voïes de Dieu ,
puifque nous ne pouvons les comprendre à fond,
fans que bous cellions d'erre ce que nous Tom¬
mes , ou qu'il cefle lui-meme d’etre ce qu’il
cfl.
Sans vouloir donc pénétrer dans la manière des
chofes.qui nous cft tout-à-fait inconnue > & donc
nous ne pouvons parler qu’en bégaïant, nous fu-
pofons la vérité des chofes mêmes. Nous ne dou¬
tons point que Dieu ne permette le péché , puifque
nous nous trouvons tous pécheurs. Nous fçavons
qu’il y en a un petit nombre qui font fantéfihez,
& aufqucls [^Ecriture fait de magnifiques pro-
rrieffes. On nous a enfeigne que c’efi par le mini-
flerc d’un M :diarcur qu’ils font délivrez de leurs
péchez, que ce moïen avoir etc deftiné de Dieu
pour pi odiiire cet éfet avant la naifiancc du mon¬
de. Vgïous comment la fagefle divine y condüifoic
de lit Religion Chrétienne. 5^1
îcs hommes par pluficurs differentes pfcpaia*
dons.
II y en a dans TAncicn Tcffamcnt de plus d'u*
ne e(pccc. Il y a prcparatîon d^evénemens ,
prépararion de ceremonies , préparation d’ora¬
cles, préparation de préceptes, & préparation de
dosâmes-
Les évenemens (e raportent tous à ce grand
centre de la Religion. Si Abraham avoir tou¬
jours demeure à Urdes Caldccns, il auroit été
idolâtre comme fes parens , oii il n’auroit pii
conferver à fa pofteritè la conhoiflancc & le
culte du vrai Dieu, & par conféquent fa fe-
mence n’auroit pas été une femence de béné¬
diction pour toutes les nations. Il a donc falu
qu’il quittât fon païs & fon parentage. Si Ja¬
cob croit toujours demeuré avec Laban , la
pofterite de l’un auroit été corrompue par celle
de l’autre j de forte qu’Efaii s’étant déjà mélê
avec les etrangers , la race fainte auroit été con¬
fondue avec la profane , & la promefle du Mef-
fic n’auroit été attachée à aucun fujet particu¬
lier, & fon difccrncmcnt feroit enfin devenu en¬
tièrement împoflible. II étoit donc néceflaire 8c
que Jacob abandonrât la famille de fon beau-
pere , & qu’il vécût féparc des nations. Sans
la protedion de Dieu , ce peuple honoré des
-alliances , & auquel les oracles avoient été
commis , feroit péri en Egypte , & avec lui
rcfpcrancc du Rédempteur promis. Pour con-
ferver cette cfpérance , il a dû etre féparé de
tous les peuples ; & pour fc conferver , quoi
que féparé d’intcrcts , de mœurs , d'inclinations &
de Religion de tous les autres peuples de la terre,
il a nécefTaircment falu que Dieu fut fon fouverain
Magiftrar , & qu’il lui donnât toutes ces mar¬
ques miraculcufcs de (a protection que nous li¬
ions dans le Vieux Tcffamcnt. II a pü être tranf-
R V porté
3^4 Traité de la Vérité
porte -en Babilonc pour fes péchez : maïs il a cîu
être rafTemblc de cette difperfion foixantc & dix
années apres , de peur qu’une plus longue Icrvi-
lude ne iui fît perdre les marques de Ton élec¬
tion.
Au reflc il n’cfl pas difficile de s’apercevoir,
que c’eft en faveur du Meffic avenir que Dieu
fait tant de diftindlions. La promcffic ne pou-
voie être attachée à tous les peuples de la
terre. Il fcpare une nation de toutes les au¬
tres, pour la rendre en quelque façon. la de-
pofitairc d’un fi grand falut. Et parce qu’il
cfl: abfolument nccclTaîrc que cette dihindion
fubfîftc jufqu’à ce que le Rédempteur foit né ,
il établit cinq principes remarquables de cette
réparation. Le premier cft la connoifTance du
vrai Dieu : caraélerc divin de l’éledlion de ce
peuple, & privilège dont il ne pouvoir qu’etre in¬
finiment jaloux , en confidérant fur tout les pro¬
fondes ténèbres de (uperHition & d’ignorance
qui croient répandues dans le monde. Le deu¬
xième cft la Cîrconcifion j ce ligne de fon Al¬
liance, que Dieu voulut qui fut dans la chair des
Ifraclites, pour les féparer plus efficacement de
toutes les autres nations. Car ce n’cft ni par ha¬
sard, ni par bizarrerie , que cette coutume s’eft
établie parmi les luifs. On ne reçoit point fars
quelque raifon bien forte un nfage fi douloureux,
fi difficile, fi contraire à l’aff.dlîon des meres ,
comme cela paroît par l’exemple de Sephora , &
qui paroît meme avoir d’abord quelque chofe de
falc & de honteux. Car pour les redexions de Phi-
Ion & de quelques autres fur les ufages de la Cir-
concifion , il n'cfl rien de plus digne de pitié. Le
troifîémc cft la terre de Canaan, que Dieu donne
aux Patriarches & à leur poftérité, encore qu’il ne
les en mette point d’abord en pofteffion. Il atta¬
che les affcdlions de ce peuple à ce pa'is particu-
[ âe lût, Religion Chrétienne. $9 J
I Her , afin qu’il ne fc dirperfc point fur la face de U
f terre. Les Patriarches en mourant 'ordonnent
f qu'on y tranfporte leurs os , afin d’y attacher ’da-
^ vantage les efpcrances & le cœur de tonte la na¬
tion. Et afin que les Ganancens, les Pherefiens ,
les jebufiens, &c* qui occupoient auparavant ce
païs , ne fe mêlent avec la race faînte, & ne la cor¬
rompent par leur (uperftition. Dieu confent que
des cette vie ils foient exemplairement punis de
leurs crimes , qui avoicnr rempli la mefure , & fa
vengeance emploie Jofuè & fes armées pour les
cxtcimincr. Le quatrième c*cftle Tabernacle, &
enfuite le Temple , que Dieu veut qui Toit le cen¬
tre du fervice cctcmoniel , n'agrcant point d’au¬
tres facrifices, ni d’autres oblations materielles' ,
que celles qu’on lui prefentera dans ce lieu , afin
que les Ifraeütes ne s’éloignent point d’un lieu
qui efi comme le centre de leur Religion , &
qu’ainfi leur feparation des autres peuples, fi né-
neflairepour faire un jour reconnoitrc leur Mef-
fie , ou pour y préparer les hommes, ait des fondc-
mens plus fürs& plus fermes. Enfin le cinquième
cfl le culte meme de la Loi, qui étoit tel , qu’il cn-
gageoît néceffairement les Juifs à avoir de l’hor¬
reur pour le commerce des autres nations > ou les
autres nations à regarder les Juifs avec horreur.
Car Id^ juifs dévoient facrificr des animaux que
les autres peuples adoroient 3 & les autres peuples
ne faifoîent aucune difficulté de manger des vian¬
des qui faifoient l’exécration des juifs , &c. Enfin
la pureté extérieure & corporelle que la Loi
preferivoit avec tant de foin, défendoît aux
juifs tout commerce avec des nations foiiillccs
& profanes.
Mais ce n’ctoît pas aflez que Dieu feparât un
peuple de tous les autres , il a voulu encore fc-i*
parer une Tribu dans cette nation , fçavoir la Tri¬
bu de juda , lui affcélant les promeflks qui
R vj legar-
59^ Traité de la Vérité
rcgarcioîcnt le M^flie, par cèt oracle fî illuflre ;
prononce par la bouche d*un Patriarche mou-
ranr. Le Sceptre ne fe départira poïmdejuda.ni
le Légrjîatehr d'entre [ts pieds , ju^qu h ce que
Schilo vienne : à lui apartient l* ajftmhlée des
peuples. Dans certe Tribu Dieu a voulu encore
choifir une famille , pour lui aproprier la pro-
med'e du Mefïie. C*cft celle de David , auquel il
promet qu’il fera fcoîr fa poPerite (ur le tronc
tant qu’il y aura Soleil & Lune j ce qui eft évi¬
demment faux, s’il ne s’acomplit en la perfonne
du Meffic. Enfin dans la famille de David Ü
choiût une branche qui fort d’une terre qui a
4ioif, & qui l'ort du tronc dTfaï , c’eft- à- dire , qui
eft dans l’obfcuritc & dans l’abaiffemcnt. Diftin-
(flîons qui ont pour but de faire difeerner & rc-
connoître le véritable Meflic , & d’cmpcclier que
cette connoiflancc fi lalutaire ne fe perde dans la
confufion des peuples, des tribus, des races &
des gcnprations.
Ce n’cft pas feulement par les evenemens que
Dieu préparoit les Ifraëlitcs à recei^oir le MefTici
Dieu leur împofe le joug d’un nombre prcfqu’in-
fini de ceremonies , afin qu’ils foüpircnt apres l’a¬
vantage de s’en voir afranchis. Il leur cache à
demi des dogmes fnblîmes & importans , afin
qu’ils défirent d’y voir plus clair. Il donne une
Loi qui n’a que des motifs charnels , & qui n’cft
aoompagnéc. que de bcncdîdlions & de menaces
temporelles, afin que Ton infuHifancc infpirc le
defir d’une mejllcurc Alliance. La Loi eft inter¬
venue 5 afin que le péché abondât par la connoif-
Tancc & par le fentiment 5 & Dieu a fait connoî-
tre & fentir le prêche par anticipation pour obli¬
ger les hommes à recourir à fa mifcricordc, prc«
te à fc révéler en Jesus-ChRist. Ainfî toutes
chofes préparoient à une nouvelle économie,
li faut ajouter que toutes chofes la reprefen-
toient.
de lût Keliglon Chrétiennè, 197
toîcnt. Le Lcgiflatcur , le peuple J’AIIîancc , le
Médiateur, le (crvicc & la condition des Fidè¬
les, tout (c trouve portrait dans TAncien Tefta-
ment , comme dans un grand & magnifique ta¬
bleau compofe par les mains de Dieu mcmc,&
cxpôfc aux yeux de tous les ficelés.
La Divinité y paroîc fous une forme humaine ,
pour nous faire voir un type d’un Dieu^ianifefié
en chair. Elle Jure avec Jacob , pour nous apren-
dre que la prière eft un combat qui lui cft tout- à-
fait agréable. Elle défend à Moïfc d’aprocher
du buiffon ardent oii elle fc manifefte, julqu’à cc
qu’il ait déchauffé les fouliers de fes pieds, pour
nous faire comprendre que fans la Candi fîcation
nous ne devons nj ne pouvons nous aprocher de
Dieu. Elle ne fc montre que par derrière à fon
ferviteur MoiTc , pour nous aprendre que l’avan¬
tage de le voir à face découverte , c’eft-à-dirc ,
de connoîcrc parfaitement fon confeil & fao^o-
lonté , apartient à un autre Prophète plus grand
que Moïfc.
Les deux Alliances nous y font reprefentées
par les deux femmes d’ Abraham ; l’Alliance de
l’Evangile par Sara qui a des enfans libres î &
l’Alliance de la Loi par Agar qui les engendre
pour la fervirude.
Le peuple fidèle , qui cft l’Egîîfe ou l’alTcmblée
des perfonnes ordonnées à la vie éternelle, nous
y eft marqué tantôt par le peuple d’Ifracl , tan¬
tôt par l’affembléc des premiers nez , & tantôt
par la multitude des Lévites & des Sacrifica¬
teurs. Les raports qui font encre le peuple d’If-
raeî & l’Egliie Chrétienne font tour- à-fait fenfî-
blcs. Le peuple d’Ifraël eft féparé de toutes les
autres nations : les Fidèles le font de tous les
hommes. Dieu eft le proteâcur d’Ifraël, pen¬
dant qu’il abandonne les autres peuples : il n’y a
de meme que cette nation faintc répandue dans
59^ Truité de la Vérité
tous les tems & dans tous les lieux , que nous
apeionsTEglife , qui puiflefe vanter de la protec¬
tion de Ton Dieu. Le peuple d’Ifracl eft dcccflc
de toutes les nations: TEglife cft haïe du monde.
Le peuple d’Ifracl cric dans le fond de ropreflîon ,
& (on cri parvient ju(’qu*à Dieu. L'Eglifc a des
Manirs & des affligez qui crient jour & nuit,
fi^fquà tfuand Seigneur ^ &c. Le peuple d'IC-
raël n’a point d’autre guide que Dieu , ni d’autre
lurrierc que la fienne , ni d’autre rempart que fa
providence, ni d’autre pain pendant long temps,
que celui que Dfeu fait tomber miraculeurcmcnt
du Ciel pour le nourrir, &c. L’Eglifc de meme
n’a point d’autres lumières que celles de Dieu , ni
d’autre prudence que fa providence , ni d’autra
rempart que fa force, &:c. Dieu croit enlfracl :
il voulut avoir un Tabernacle , pendant que les
Ifraciitcs habitèrent dans des tabernacles , & il
yoijut qu’on lui bâtir une maifon, lorfquc les
Ifrac’îtcs habitèrent dans des maifons. Dieu eft
au milieu de Ton Eglife , & les Fidèles eux- memes
font fes temples & t’es fanduaires.
Au refte le fervice divin qu’on rendoit à Dieu
en Ifraël prefiguroît cxcclcmmcnt^ ce fervice
Tpiritucl que nous femmes cnfeiçncz de rendre à
Dieu, Au Temple fcparc en Parvis , L’cu faint,
& Lien tres-faînt , repond le moode, l’Eglifc &
le Ciel , qui eft le fanduaîrc éternel; aux Lévi¬
tes tous les Fidèles (ans exception deftinez à fer-
vîr Dieu 5 aux vetemens blancs des Minif^rcs du
Tabernacle , l’innocence & [a faintetc de ceux
qui s’aprochent de Dieu ; à la pureté du corps , la
pureté du coeur & de la confciencc i au fang des
boucs & des agneaux qui confirme l’ancienne Al¬
liance, le fang de Jesus-Christ qui confirme le
Nouveau Teftament ; à l’entrée du fouverain
Sacrificateur dans le Lieu très- faint , lors qu’il
portoic les noms des douze Tribus far fon efto-
mach ,
de lût Religion Chretlennê,
tnach , & qu’il prcfentoit à Dieu le fang qui
avoit etc répandu dans le Parvis , l’entrée de
Jésus- Christ dans le Ciel, cùil nous reprefentc
devant Dieu ,& intercédé pour nous en vertu du
fang qu’il a verfe pour l'expiation de nos pécher f
aux eaux de purification qui ôtoîent les taches
corporelles , les eaux de la grâce qui fand:ific l'ef-»
prie j au mont Sinaï le mont de Sion i| à la voix
du cornet la voix de l'Evangile j à MoïTe Média¬
teur de la Loi, Jesus-ChRist Médiateur de la
nouvelle Alliance,
Les divers crats de l’EghTe nous font reprefen-
par les divers états du peuple d’Ifraël, nos
fervitudes fpîritucllcs par fes fervitudes tempo¬
relles, nos délivrances par fes délivrances, nos
ennemis par fes ennemis, & les raports font fi
juftes & fi naturels entre ces images & leur ori¬
ginal , que l'Ecriture ne fait pas difficulté de les
confondre, & de mêler dans un meme Chapitre
ce qui regarde le temporel des Ifraëlitcs & ce
qui concerne le fpiricucl des Fidèles ,& de mêler
les événcmeils de la République des Juifs avec
les merveilles de la nouvelle Alliance. Cette re¬
marque e/l tout-à-fait importante. Celui qui ne
la fera point, ne comprendra rien dans les pro¬
phéties da Vieux Teftament.
Enfin la fagefle divine a voulu qu’il y eut un af-
fez grand nombre de types qui nous reprefentaf-
fentd’cxcclrncc, les fondions & le miniftcrc de
n©crc Médiateur. Ifaac conçu dans le ventre
d'une femm» Aérilc, les délices de fon Père, le
fondement des promeffes de Dieu, offert en fa-
crificc fur une montagne par la main de fon Père,
réfufeirant ,par maniéré de dire, fous 'le couteau
que fon pere à déjà levé fur lui , & aïant cnfuicc
une poftéricé auffi nombreufe que les étoilles du-
Ciel & le fable de la mer , cA une image de Jésus-
Christ conçù dans le fein d’une Vierge, le bon
40 0 Traité de la Vertié
plaifir de Ton Pcrc , le fondement toutes Jc9
promefles , la fourcc de la benedi^ion, mouranc
îbr le mont de Calvaire , refufeitant miraculcu-
fement apres fa more , & fc voïant de la pofteri-
té apres qu’il a mis Ton ame en obîacion pour le
pcchc. jofeph vendu par Tes frères , livre par
envie , aceufe , quoi qu’innocent , condamne ,
parce qu'il n’avoic point voulu confentir aux de-
firs impudiques d'une femme , fortant de la pri-
fon cil il avoit etc mis , comparoîffanc devant
Pharao avec des habits convenables à cet hon¬
neur, & s’affeant à la droite de Pharao , nous
repreCente J b s u s- Christ livre par envie , ven^u
par les Juifs qui croient fes frères , condamne
pour n’avoir jamais voulu participer à l’infidcliic
de la Sinagoguc , jette d^^ns les cachots de la
mort, revetu des dons cclcües , & s’affeant enfin à
la droite de Dieu. MoïTe dcftinc à être le Média¬
teur de l’Alliance Legale , fauve à fa naiflancc d’un
déluge de fang, expofe fur les bords du fleuve, &
comme livre à une mort certaine , mais lauve cn-
fuirc, comme par un miracle , du milieu des eaux,
& fauvant enfuirc le peuple par une heureufe fui*
te de cette perte aparente , nous reprefente Jesus-
Christ qui vient au morde pour être le Média¬
teur de la nouvelle Alliance, dérobe à fa naiflancc
au meurtre d’H rode , & qui fauve les hommes
après avoir fonfert la more, jonas qui eft jetté
dans la mer pour calmer la rcmpêcc, & qui deftend
dans les entrailles d’un poîffon , qui le jette fur le
rivage le troificme jour, nous fera cotinoître celui
qui calme par fa mort la tempête que nos péchez
avoient excitée , qui defeend dans les entrailles de
la terre , & s’en relève le troificme jour. David
enfin paffant de lacondîuon de berger à celle de
Monarque , cft un type exccicnt de Jisus-Christ,
lors qu’apres fon abaiflcmcnt il hérite un nom qui
cft par deffus tout nom.
Pour
iè la KeUgton Chrétienne^ 401
Pour les oracles qui ohr Enarque la perfonne,
la venue 5c le tems de la venue du Mefîic par des
époques illuftres & des caradlcrcs cclarans ,
nous en avons déjà parle amplement ; & ce que
nous en avons die, eft pIuTquc ruffifanc pour nous
faire admirer la proportion qui eft entre la pre-^,
tnierc & la féconde Alliance, la Pvclîgîon Judaï¬
que & la Religion Chrétienne. Moïfc donne du
jour à J B s U s-Christ : nous Tavons prouve dans
nôtre première Partie. J bsu s- Christ donne du
jour à Moïfe : le paralclle que nous venons de fai¬
re le dit aflez.
XL TABLEAU
De la Religion Chrécienne ,
Ou fa fro for tien avec la Religion naturelles ■
CEtte peinture eft déjà faîte. J’ai déjà fak
voir en plulîcurs endroits de céc Ouvrage y
que la Religion Chrérienae anéantît la corrup¬
tion qui avoit altère la nature 5 qu'elle détruit le
Paganifmc , qui croit la corruption de la Reli¬
gion naturelle j qi^Vlle répare & rétablie celle-ci 5
qu’elle foutient les principes de droiture & d’é¬
quité que Dieu avoir mis dans nôtre cœur j qu’elle
produit la plus parfaite de toutes les unions, qui
ch celle de l’amour & de la charité ; que l’humili¬
té , la tempérance , la fageffe & toutes les vertus
qui Coüricnncnt la Religion naturelle , tirent toute
leur force des motifs de la Religion Chrétienne,
qui feuls peuvent balancer le poids des objets fen-
fiblcs, & qu’enfîn elle nous fait répondre à nôtre
dehinarion.
C’eft une penfée qui nous réjouie & nous élè¬
ve mctvcilîcufcmcnt , que la fia de l’homme Toit la
fia
40t Traité de la 'Vérité
fin de la Religion Chrccicnnc , & la fin de la
Religion Chrétienne la findc Thomme. Tout ce
cju’il y a dans l'homme cherche Dieu, par ma¬
niéré de dire. L'infinie curioficc de nos erpiits,
qui afpirent toujours à connoître de nouveaux
objets , demande cette Divinité que !a Religion^
Chrétienne nous fait connoîtic , paKc que cette*
Divinité enferme toutes chofes dans i’emincncc
de fa nature. L’infatiable avidité de nos cœurs,
qui ne peuvent ctre fatîsfaîts par tout ce que nous
voïons, demande le fouverain bien , qui enferme
tous les avantages.
Jamais onti'avoitfçu qu'il falüt remplirle vuidc
de fon cœur en glorifiant Dieu. Se donner à
Dieu en renonçant à foî-meme , & renoncer à
foi-même pour fc donnera Dieu, font des parado¬
xes dont la Religion Chrétienne nous montre la
veriré , en fupicant aux défauts de l'homme , &
rétabîilTant la Religion nattfrclle.
Portez maintenant vôtre vüë fur ces onze Ta¬
bleaux que nous vous avons prefentez. Confidérez
que ce n'eft pas nôtre imagination qui a fait la
Religion naturelle, la Révélation de MoiTe , le
cœur de l'homme, la Morale de Jésus- Christ ,
fa dodrinc , fa fin , fes éfets , les témoignages qui
lui font rendus , fes acords avec la grande fin de
l’homme, qui cft la gloire de Dieu, que ces miroirs
ne dépendent ni de nôtre caprice , ni de celui des
incrédules î & que quand nous ne fçaurions point
d'eù la Religion Chrétienne cfl (ortie , nous dé-
vrions la raporterà une fource celefle , frapez par
tant de caraéleres de divinité.
Et que (cra-cc donc , quand nous confidérerons
que le Ciel a parlé pour nous l'aprcndrc j qu'une
infinité de Martyrs (ont morts pour nous le con¬
firmer, que les évenemens & les miracles nous
l’ont apris y que des faits inconteflablcs nous le
perruadenr, que des Prophètes l'annoncent, que
de la Relî^ten Chrétienne. 405
. les démcmsic confeffent par leur fiicncc ? Et que
dirons- nous maintenant que nous fommes envi¬
ronnez de lumière de tous cotez , lumière des
fens , lumière de la raifon, lumière de prophétie,
lumière d’acompîiffemcnt , lumière dcfaintctc,
lumière de miracles , lumière de connoiffancr ,
lumière defentiment, lumière d*cxpcriencc, lu¬
mière de témoignage, lumière de faits , lumière
dcdodlrinc, lumière de cœur, lumière d’cfprir >
Nous dirons que c’eft ici i*œuvre de Dieu , &
nous prierons celui qui nous a fait la grâce de
connoîcrc fa faince Religion , & de la défendre
contre la fauffe fubeilité de Tes ennemis^, de la
graver profondément dans nos cœurs pour fa
gloire Se pour nôtre laluc. Amen.
Fin de U II, Panit,
i7i ^7i ^7i i7i I7i i7i l7i )7<:
J^' /M'N /WX//^'^ /M'' /MN /»*' 'V' M'' /aA.\ /WX /MX A- . /m- <*n
. . "■ ' ■'
yj$:^ 7m^
TABLE
Des Sedions 8c des Chapitres.
SECONDE PARTIE.
Oà l’on établit la Religion Chrétienne
par fes propres caraéteres.
I. SECTION.
Preuves de la Religion Chrétienne ,
tirées du témoignage de ceux qui
l’ont premièrement annoncée.
D'Effein de VOuvrage* page i
CHAP. I, Oh ton recherche d*oh font ventes
les Chrétiens , d" (quelle eji leur froftjfton , en
remontant jtifqu PMx premiers (iécles, J
CHAP. IL Oh ton examine le martire des pre-
miers Chrétiens. 6
CHAP. ,1 1 1. oh ton continue à prouver la
vérité de la Religion par des faits incontefla^
lies. 9
CHAP. IV. oh ton continué d'établir la vé¬
rité de la Religion par des faits qui ne peu-‘
vent être conteflez,
CHAP. V. oh ton montre que tous les faits
’ de t Ecriture du Nouveau Tefla?ncnt ne peu¬
vent être fupofez, i6
TABLE.
'jf; •
IL SECTION.
Où Ton établit la divinité de la Religion
Chrétienne, en examinant TEcriturc
du Nouveau Teftament.
C H A P. I, Gine cette Ecriture riefi point
. pofée. jt
C H A P. II. les Livres qui compofent l*Er
criture du Kouvem Tefi^tment n ont point été
corrompus* 56
C H A P. III, G^e les Apôtres nont point écrit
des chofes fabuleufes* 4 u
CH A P. IV. G^e les Difciples de ]Ems-CHKisr
ne pouv oient tmpofer fur ce qui fait lu matière
de leurs Ecrits y ou de leur prédicution* 4^
CH A P. V. Ou ron examine plus particulière^
f ment fi les Apôtres ont pu , ou voulu tromper les
hommes*
CH A P. VI. Ou Von examine les chofcs qui font
contenues dans VEvangtle , pour voir fi elles
font fufceotiblts dillufion ^ d' impoflure.
C H A P VII. De U famteté dt ]E>\xs-CuKi^r ,6 o
CHAP VIH. Des Prophéties de Jbsus-
Christ.
CHAP. IX. Ou Von entre dans V examen
; des chofes qui font contenues au Livre des
ASies. 7 9
CHAP. X. Ou Von confidére le fuccez tée la pré^
dication des Apôtres. S|
CHAP. XI. Ou Von entre dans Vexamen des
chofes qui font contenues dans les Epitres des
Apôtres. • Sy
CHAP. XII. Ou Von continué d* examiner les
Epitres de faint Paul*
TABLE.
C H A P» XÎII. <^e nous devons regarder com^
une divine l^Ecniure du Nouveau Tefiatnent. loj
C H A P. XIV. Ou Von examine les dtfficultez
qui peuvent être opofées aux véritez précé-*
dinîes. 10^
CH A P. XV. Ou Von continue à examiner les
difficulîez des incrédules» iij
CH A P. XVI. Ou Von continué a exammi^r
Les difficulîiz qu on peut opofer à nos prin¬
cipes. ILI
C H A P. XVII. Ou Von continué a fatisfaire aux
dtfficultez de V incrédulité^ 118
III. S E C T ro N.
Où Ton tâche de pouirer les preuves de
fait & de fentimenc jufqu'au degré
de la démonftracion.
C H A P. I. T)e Vétat de Vefprit ^ dti cœur des
Difciples i ^ quels étoient teurs p^êjuge:^, lorf-
que ]Esm-OHKîST s*efi fait ccnnoitre à eux, 157
CHAP. IL Premier centre d^ vérité. Cor/ff'^
dération particulière des miracles de ] us-
Christ. ijj
C H A P. III. Second centre de vérité, ConficLe'^
ration particulière de La réfurreViion Jésus-
Christ. ^ • 17J
G H A P. IV. Troîféme centre de véri:é. Confidé^
ratiM particulière de VAfcenfion de Jesus-
Christ, 18^
CHAP. V. Gpuatrtéme centre de vérité. Confia-
dération particulière de Veffufion du S. Efprit
fur les Difciples. ici
CHAP. VI. Ou Von réunît tous les faits rniracu» [
leux pour en former une démonffration, lOj j
table.
Rcflexicns fur l* Evangile filon S. Mathieu. 117
CH AP. VII. Ou Von continue a produire des au¬
tres Evangiles des endroits propres a faire fentir
la divinité de la Religion Chrétienne. 1 4 i
CH A P. VIII. Ou Von continue à produire
âes AVies des Apôtres Ues endroits propres à
faire fentir la divinité de la Relifîon Chré¬
tienne. 2J7
CH AP. IX. Ou Von continué a produire des
Epines dt faim Paul , de faint Pierre , ^ defaint
Jean , des pajfages propres à faire fentir la divi¬
nité de la Religion Chrétienne. 2^4
IV. SECTION.
Où l’on prouve la vérité de la Religion
Chrétienne par la confidération de
fa nature & de fes propi iecez.
"Divers Tableaux dans lefquels on la peut con--
fidérer. 180
I. Tableau de J a Religion Chrétienne, Von
coïffidere dans V amas des témoignages qui lui
font rendus. 181
IL 'ÿableau de la Religion Chrétienne, Ou fort
opoftion avec toutes les autres Religions. *28^
III. Tableau de la Religion Chrétienne ,
Von Cên fl dére dans fes éfets. 2>fS
IV. Tableau de la Religion Chrétienne, Ou la
pureté de fa fin. 50J
V. Tableau de la Religion Chrétienne, Ou [a
proportion avec les befoins de V homme. 504
VI. Tableau de la Religion Chrétienne, Ou fes
raports avec La gloire de Dieu. 517
yil. Tableau de la Religion Chrétienne,
V on con fi dére dans fa Morale. ji©
TABLE. 1
VIII. Tableau de la Religion Chrétienne,
* Con conjidére dans ftsMilieres,
IX. Tableau de la Religion Chrétienne, Ou
csnvtnance de fes Mtfiera avec les lumières de J
la ratfon, 57®^ 1
X. Tableau de la Religion Cbrccicnnc , Ou fa ;
proportim avec la Rcltgiatifudftïque, 3^0 -
XI. Tableau de la Religion Chrétienne, Ou fa i
proportion avec la Religion naturelle* 4 ,1
I'
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